DISCOURS VII
JÉSIS-CHRIST, MONTANT AU CIEL, NULS LAISSE SON CORPS ET SON ESPRIT, ET TOLS LES DEUX SONT JOINTS EN LA MESSE.
I. Considération de ces deux donations si grandes et si divines; de !a fin et des effets de l'une et de l'autre. — II. Ces deux dons différents sont miis à la messe , où nous avons le corps de Jésus, et le Saint-Esprit qui le consacre et le rend présent. Il y a trois affections que nous devons renouveler en la messe : foi, amour et adoration. — m. Dignité de la messe, et quels sont les sentiments où nous devons entrer quand nous y allons. Combien les hérétiques sont et impudents et déraisonnables , en s'opposant à la créance de ce sacrifice.
I. Jésus-Christ a laissé son corps à son Eglise en partant de ce monde, et du ciel il lui envoie son es[)rit, donnant ainsi par amour ineffable à celle qu'il daigne faire et nommer son épouse, son corps et son esprit f)Our su[)[)lément de son absence durant cet exil mortel, in quo peregrinamur a Domino. Ce sont deux donnations divines, toutes deux distinctes, et toutes deux importantes, qui procèdent d'un même amour» et d'une égale puissance, et tendent à une même fin, de nous tirer à lui et d'unir nos cœurs, nos corps et nos esprits en lui pour jamais. 11 nous donne son corps lorsqu'il est encore au milieu de nous, allant à la croix et à la mort ; et il nous le donne aussi jiour remémorer sa mort et sa croix. Il nous envoie son esprit lorsqu'il est au ciel, et séparé de nous et de la terre ; et il le nous envoie pour nous séparerde la terre et nous tirer au ciel. Ainsi nous avons dès la terre, et son corps et son esprit : son cor[)S pour aliment de sa grâce, pour médicament de notre âme, et pour semence d'immortalité en nos corps; et nous avons son esprit, pour esprit de notre esprit, et pour sanctification de notre âme. Donations très-grandes, trèsdivines, très-ditférentes et toutefois trèsbien conformes et conjointes l'une h l'autre. L'une est du ciel et l'autre de la terre, et toutes deux pour la terre et pour le ciel. L'une est d'un corps, et l'autre d'un esprit; mais toutes deux pour le corps et pour l'es- ]irit : car le corps du Fils de Dieu nourrit nos âmes, et son esprit habile en nos corps comme en son temple. L'une est d'un corps visible en soi, mais donné invisiblement et efficacement pour exercice de notre foi ; l'autre est d'un esprit invisible en soi, mais donné visiblement et sensiblement pour exercice de notre charité. L'un est d'un corps et l'autre d'un esprit, mais tous deux sont
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donnés sous le couvert et sous le voile de diverses espèces : le corps sous l'espèce du pnii), aussi est-ce un pain vivant et vivifiant (pie le pain consacré contient (;l représente; et l'esprit est donné sous l'espèce de feu, car aussi Dieu e.st un fen consumant.
II. ('.es deux dons dillérents se rotionvcnt conjoints en la messe ; car c'est son esprit qui consacre son cor|)S, et c'est son corps que noi:s y avons par la puissance de son esprit, (|ui transmue, comme dit sainl (irégoiro de Nysse, ces dons visihies, ce pain proposé, au corps et sang de Jésus, [lour l'exercice de notre foi, |)Our aliment de, notre âme, pour objet de notre amour et charité, et pour usage de notre religion , (jui opère ce changement admirable du pain connnun au (»ain vivaiU et viviliant, et du fruit de la vigne en celui qui se nomme la vraie vigne, et nous unit à soi comme le cep à la vigne. Que notreAmes'élève [)ar-dessus elle même, et, confortée de res()rit de son Dieu, qu'elle exerce foi, charité, religion : trois points à exercer en la messe. Croyons h Dieu en sa parole. Aimons celui qui se rend si présent à nous. Adorons-le, et en sa croix souiïrant pour nous, et en son Eucharistie adorant son Père éternel par ce sien élat présent qu'il a réservé, otfranl son corps, son sang et ses plaies qu'il présente incessamment au Père éternel pour nous. Olîrons son corps comme hostie de louange et victime de salut, cl unissons-nous à lui, nos cœurs à son corps précieux, et à son es[)rit saint; unissons nos actions à ses actions, notre adoration à la sienne, et nos louanges aux louanges qu'il rend au Père éternel, en tout temps et en tous lieux honorés do sa sainte présence.
III. Allons donc à la sainte messe, comme à une action opérée par le Saint-Esprit, exercée par le ministère visii)le de ceux qu'il a laissés et ordonnés à son Eglise pour dispensateurs de ses mystères; remplie de choses si divines, si substantielles, si solides comme le cor|)S ei le sang du Fils de Dieu. le prix du monde et la victime de Dieu.
Le corps de Jésus est la victime du genre humain, et est en la messe en qualité de tictime, exposé sur l'autel de Dieu, pour représenter sa mort, et [lOur appliquer le fruit d'iceile, et sous la forme de victime.
Cette action si sainte est blâmée ridiculement par nos adversaires. Luther dit que c'est le diable (jui lui a appris à combattre la messe; mauvaisdocteur en l'Eglise de Dieu, et dangereux témoin sur une vérité qui combat son royaume. Et Calvin dit que tous les Pères ont reconnu ce sacritice; confession importante, et qui nous met hors de peine de le prouver, et ses sectateurs hors de pouvoir de le nier, et hîrs de raison de le suivre. Car qui ne doit plutôt suivre tous les Pères depuis quinze cents ans, et toute la face de l'Eglise (s'il y a eu Eglise de Dieu au monde) que non pas un moine apostat et chanoine débauché, o'est-à-dire un Luther, un Calvin : gens sans pouvoir et sans mérite, sans miracles et sans sainteté au monde, si leurs mœurs infdmes et déré-
fachari.sth:. Disc, viii, commun, sous une f.sp. tto
glées, leurs crimes punissables par les lois, ne tiennent lieu de crédit et de miracles en nos Jours ?
Laissons-les on leur erreur, suivant le diable selon Luther, ou leur esprit [larticulier, quie^l une autre soile de démon ; mais, ouant iinou^,suivons l'Eglise et les Pères (îe 1 Eglise, (Juin 'luod lenuerunl, hoc docuerunt,
DLSCOLUS Mil.
I>F. l,\ COMMUNION SOLS LNK liSPÈCE , CONTilB I.KS lIKUÉTiyUES DE CE TEMPS.
Les h^riHifjHCs r/uiôlenl le crps cl le sanq du Fils dr DicH à l'Iùjlise, ne aoirent pas faire (fini de plaintes pour une gontle de vin, qui est tout ce qu'on leur 6le, selon leur nouvelle créance. Jésus-Christ disant : H\~ bite ex eo omnes , buvez-en tous, ne parie quanx apôtres.
Il n'y a jamais eu personne h qui il appartienne moins de parler des deux espèces en la counuunion sacramentale, et (jui le puisse faire avec moins d'ap[)arence et de raison que les hérétiques de ce siècle. Et il n'y a point d'article où l'Eglise doive moins reilouter la j>uissance et les efforts de ses adversaires, et oh elle ait moins de besoin de force pour sa défense, que celui-ci; auquel toutefois ils provoquent si souv(-nt et avec tant d'ardeur et d'exclamation, coumie si c'était le point qui relevât davantage lo lustre et la splendeur de leurs assemblées, et comme si le seul reproche qu'ils font aux catholiques du retranchement de la coupe, était leur victoire et leur triomphe, et que cela sulfit pour coiivrirla face de l'Eglise de honte et de confusion. Car s'ils ont eu assez de front et d'impudence pour ravir le corps et le sang de Jésus-Chrisl à son Eglise, nonobstant la clarté de ses paroles testamentaires proférées en l'article de sa mort, et rap- })ortées par tant de témoins et de secrétaires fidèles, o\i il laisse son cor[)s à son épouse; cette même Eglise peut bien prétendre d'avoir assez d'autorité pour leur ôter un peu de vin, selon leur créance; le pouvant faire sans violer tant soit [)eu la parole expresse, sur laquelle ils se fondent au contraire; beaucoup moins sans être réduite à se jeter aux ombres et aux ligures, [larmi la clarté et la vérité de la loi évangélique, comme ils font eux au plus haut et au plus solide de ses mystères. Et si en ce même article, et en ce même texte de linstituiion sacramentale, ils défèrent si peu à la clarté des paroles proférées par le Sauveur, en l'aiticle de sa mort et au dernier période de sa vie, entre ses plus assurés amis, en ce qui concerne la substance de ce mystère, qu'ils font profession tout ouverte de s'en séparer et de réduire en ce peu de paroles dernières de Notre-Seigneur tout ce qui est épars en tous les volumes des Ecritures saintes et profanes, de duretés, d'im|)ropriétés, d'ombrages et de figures; qui leur permettra en la même ligne où ils ont combattu si fort contre la clarté de la parole, de faire force où bon leur semble, et en un incident de cf^ mystère, et en l'usage seul d'icelui, sur une
ŒUVRES COMPLETES Dl' CARDINAL DE BERLLLE.
petite parole, et [larole aussi mal entendue, comme elle est souvent alléguée par eux? Cette instance pourrait avoir (juel(|ue grâce aux luthériens, qui présument avoir la vérité du cor|)S et du sang, et à qui il [ilaît d'entendre ainsi les paroles de Notre-Seigneur. Mais en vous, Messieurs, qui au commencement de la dispuste avez secoué fortement la clarté des paroles, comme si vous changiez de personnage, ou si vous luirliez à un autre monde, ou comme si vous et nous en eussions (^erdu la mémoire, que vous insistiez si hardiuient contre loute l'Kglise, comme surpriseenllagrant délit, [lour une parole dont vous pressez la clarté sans l'entendre, qui lepourraitsoulîrirsans vousobliger, ou de vous accuser de vous-mêaies les premiers, qui violez l'Ecriture au [loint jjrincipal, ou d'avouer la faiblesse de votre procédure, (jiii vous intéresse plus que vos adversaires? (Jui n'aura sujet de vous dire, vous qui en la clarté de la parole de Dieu croyez ce qui vous plaît, et ce qui ne vous plaît pas, vous ne le croyez p.is : ne vous croyezvous pas vous-mêmes et non sa j-arole? Au contraire, qui n'écoutera facilement l'Eglise dispensatrice des mystères et des paroles do son Seigneur, qui en ce sien teslauient révère [larlout et la clarté et l'autorité des j)aroles qui contiennent la dernière volonté de son Seigneur et de son Epoux, et qui, en ce mystère qu'il a laissé [lOur gage de son amour, s'attache égaleu.ent et à l'usage et à lu .substance?
Mais, dites-vous, Jésus-Christ a dit : Bibitc ex eo omnes : « Buvez-en tous. » [Malth. xvvi, 27.) Il est vrai , mais à qui l'a-t-il dit? Est-ce à tous généralement, ou seulement à tous les apAtres? Il n'y a point de texte en l'Ecriture, ni de |)aroies en ce texte qui le réfère à autres qu'aux ajiôtres, et il n'ajoute rien qui oblige de le rapporter h tous. Lorsque le Seigneur discourait avec ses disciples ue la vigilance qui est nécess.dre en la voie du ciel, parce (jue cet avertissement était général, et regardait un chacun aussi bien qu'eux; il ajoute : Quod vobis dico, omnibus dico, vigilaie {Marc, xiu, 37) ; mais il n'a pas fait le même en cet endroit, où pourtani il était plus nécessaire s'il devait être ainsi entendu, et où il pouvait être moins deviné. Il faut donc que vous confessiez que la clarté de celte parole ne regarde (jue les apôtres, et p^our cette seule action j>résente, et faut que vous passiez à la nécessité de la conséquence, (jue vous trouverez aussi [.eu londée en l'Ecriture et en la raison. Car ni tout ce qui est dit aux a()ùtres universellement ne s'adresse à tous, autrement en vain aurait-il ajouté cette particule : Omnibus dico, vigilate. Et y ayant des choses dont les unes leur sont réservées, et les autres non, noui n'avons nulle part en l'Ecriture,
(01) L'auleur a rapporté quelqn'aulre part l'objcilioii que fonnciil les liéi cliques sur ces paroles : Si vous »ie mdnfjcz ma chair et ne bitvczuwn sang, vous iCaurcz poin: la vie élcr:iellc, tu saint Jean, vi, (vei|S. o4), çl a réiiondu qu'ils ne sont pas receva-
une règle exprimée pour faire ce discernement , et il est meilleur le prendre de l'Eglise autorisée en l'Ecriture, que de notre sens et de nos raisons |)arliculières qui n'y ont point de fondement, si nous ne voulons leur donner plus (le crédit qu'à ^Egli^e et qu'à l'Ecriture même qui l'autorise, et ne nous autorise pas (Gl).