‹ Œuvres complètesChapitre 114 sur 540 · DISCOURS IX · texte numérisé non relu

DISCOURS IX

DE L\ PRÉSENCE REELLE DU CORPS DE JESUS AU SAINT SACREMENT , d'aPHÈs CES PA- ROLES : Punis quem ego dubo, coro mca

est, CONFÉRÉES AVEC CELLES-CI : UOC CSl

corpus meum.

Que ces deux textes s'expliquent l'un l'autre, et qu'ils tic peuvent être entendus que de ta V cri té, et non de la figure.

La lumière de ce texte est si claire et évidente, (pie d'y vouloir adjoindre nos propos pour l'expliquer, ce serait éclairer un soleil avec une chandelle; mais, puisqu'il est obscur à cent qui ferment les yeux [)our n'en pas voir le sens, à ceux auxquels l'Evangile est obscur , selon saint Paul, et à ceux qui trouvent quand il leur plaît toutes les Ecritures si claires et si faciles, que chacun les peut entendre de soi-même, et d'une intelligence infaillible; et toutefois ce texte J le plus clair de toute l'Ecriture leur est l obscur et inintelligible ; éclairons ce soleil par un autre soleil, et conférons ce texte de baint Jean vi (vers. SV) avec celui de saint Matthieu xxvi (vers. 20) : Jésus prit le pain et le donna à ses disciples, disant : Ceci est mon corps. C'est une parole du même maître sur un même sujet, c'est un texte du même Evangile ; en l'un il dit qu'il donnera, voilà la promesse ; en l'autre il dit qu'il donne, voilà la promesse accomplie ; en l'un il dit que ce qu'il donnera est son cor|)s et sa chair, en l'autre il dit que ce qu'il donne est son cori)S : mêmes paroles sur un même sujet, proférées d'une même bouche en divers temps, et selon divers secrétaires ; ne suffisent-elles point à éclaircir et assurer vos esprits? Si vous voulez l'Ecriture, c'est l'Ecriture que l'on vous allègue; si vous la voulez conférer avec d'autres, voilà la conférence de ces deux textes divinement rapjujiiés. Car de faire comme vos docteurs, et d'alléguer, c'est la vigne, c'est la pierre, c'est la porte; c'est faute de voir, c'est tromper à crédit, c'est chercher des ombres et des tigures pour éclairer un soleil; c'est abus et tromperie de conierer un testament avec des paraboles : voudraient-ils, s'ils ont de quoi, que leurs testaments de la terre fussent ainsi conférés et exiiWqués avec des })araboles? et ils le font au le>tamenl du ciel, car ils prétendent plus de part à la terre qu'au ciel. C'est ignorance et fausseté, car Jésus-Christ est la vigne, la oorte et la

Mes à alléguer ce texte en faveur de la conininnion SDUS les deux espèces, puisqu'ils enseignent que ce cliapilre ne parle point de la ccMie, mais seuieinenl do la piédicalion de la parole de Dieu.

oKLvnLs DE c.oMnovLKsi:. - i.cciiAiusrii;. uisc. x, iu:fltaï.

DOIJJKCIIONS. 77 i

nierre, et non pas la liguro <lo la vigne, do ta |ioilo etdo i.'i pierre : car il dit (|u'il est la vigne, et non pas une vigne, vigne du ciel el nondeleire, vigne vivante d'nn(3 vie divine, el non p.is uni; vigne de bois ; vigne vraie, el donl cclle-ei n'esl ipie l'onibro el la figure, car les choses de la terre nesonl(ju'onil>res des ilioses du ciel. Si vous ne rérormcz la graiiiniaire et lesenscoinniun des hommes, aussi bien ({ue la lhé(dogie, vous ne pourrez trouver de ligure en ces paroles.

Discorus X.

HfePl'TATION PIISSVNTE I>K l'oIUKCTION UII»I- CII.E U\y MIMSTUK : QIE SI LK COUPS l>K jfcSL'S-CniUST KTAIT AL' SAINT SACfU:MK>T, IL POIBKAIT ÈTHE MANGÉ PAK LKS IIATS.

Quel besoin a Jésus-Christ do Ion infidôlilé, pour ôtro [ir»5scrv6 dos souris? Saint Pierre, quoi(]ue par un esprit dil'férent, le <létournait de la croix, ahsit a le, Doviinr, non erit tibihoc [Matth. x vi, 22j; et non content do l'en dissuailer par parole, il l'en voulut une fois empê( lier à vive force, frappant le serviteur du piôtre auj.irdin ; mais écoute ce que Jésus-Clirist répartit : Sonne possnm roçinrc Fitlrem meum, et exhibebil mihi modo plusquam duodecini Icyiunes anycloriim ? [Matth. ixvi, 53.) Dieu n'a-l-il point d'autre voie pour s'en défendre que par son absence? Ne |ieut-il pas avoir douze légions d'anges à son escorte, pour lui servir de corj)S de S-Hrde ? Et les Pères mêmes qui avaient les yeui |)lus clairvoyants que loi , n'ont-ils pas .lit qu'en ce sacritico les anges descendaient îi troupes jiour adorer leur maître (62) ? Mais sache que nul lieu ne peut honorer Jésus, et q-uesa grandeur ne serait jOs telle qu'elle est, si elle dépendait de ces circonstances externes ; que rien hors de lui-même ne le peut releveren dignité, rien de moindre que lui ne le peut abaisser; qu'il n'y a [)uissance ni au ciel ni en la lorre qui le puisse intéresser quelque parlqu'il soil,ni en son être, ni en sa gloire, et que ce corps n'a be>oin de rien, que de sa divinité qui lui donne l'iiyposlase, ne [touvant élre mal oii il sera avec Dieu, ni ne pouvant ôlre bien en la coml>agnie niêuie ûes séraphins, que par la jtrésenco et subsislencc de celte divinité. Le plus haut des cieux ne le peut élever, et le plus bas de la terre noie peut abaisser. C'est lui qui donne grandeur et ornement à toutes choses, et n'en [teut recevoir que de la divinité tjui le supporte, el e.^l son soulicn intime el substantiel.

I^i^se à celui qui gouverne les hommes et les anges, qui régit le ciel et la terre, se gouverner soi-même, [)Ourvo!r à son él.it et à Si' grandeur, prévenir ces inconvénienls que tu feins craindre si fort, comme s'il ne pouvait pas ou se retirer s'il v(!Ut, ou établir son siège, et appeler ses anges à sa défense où il lui plaira. L'es[)rit malin au paradis terrestre feignit craindre pour Eve, si elle ne mnngeail le fruit défendu : Car

prœcepit robis Deus, ut non comrdcrelis de unini li(jno p'irndisi f etc. {(îen. m, 1.) i;i plus bas : Scit mim Deus quod in (/uncnnf/nc die comrderetix ex eo , aperirn~ tiir nculi vrstri, et erilis xirut dii , êcientes bonnm et vtaliim {lbid.,o), prenant ufi grand soin (jo lui représenter son intérêt, jus(ju'à rentreprendre contre l'ordre môme de Dieu, et Mipposant, ( nmnie ennemi de Dieu iju'il est, tendant toujours h ruiner sa gloire, (juo Dieu craignait rpie sa créaliire ne fût trop à son aise. El mainlenanl il feint en la créalure une crainte que Dieu ne soil avili en sa grandeur, comme si le corps de Jésus qui tire sa dignité et divinité, s'il faut ainsi parler, de l'essence divine, [louvait être avili où Dieu o't. .Mais ces inconvénients que lu allègues ont-ils échappé à la conn.iissance du Eils de Dieu ? El s'il les a prévus, e^t-il hors son pouvoir d'y mellre ordre? Et i onvient-il u un homme mortel, de présumer jdus de prévoyance el plus de zèle de la gloire de Jésus-Christ, qu'il n'en a Itii- U'ônie ? ]l n'e.'st plus en état de pouvoir pAtir par les choses externes ; il est consommé dans 'a gloire de Dieu, il est immortel, il est impassible : Mors illi ultra non doiinnabitur [Rom. vi, 9j, la mort, l'iidirmilé, la douleur ne [leuvenl plus approth r<ielui Le saciemenl couvre sa gloiro.mais il ne l'ôie ni ne la diminue, et sa charité qui lex] ose à nos yeux mortels en celle forme emprunlée, no rabat rien de son immortalité, ni ne lui donne aucune j)arl en notre mortalité. S'il venait encore en la terre hors le sacremeni, comme nous lisons qu'il y est venu pour l'apôtre saint Paul, il ne serait plus sujet aux altérations de la terre, et il y est par lo sacrement comme s'il y était sans le sacrement, et comme il y a été pendant quarante jours, depuis le jour de sa résurrection jusqu'au moment de son ascension. Il est l'hostie el la viande des peuples fidèles, mais viande et hostie inconsomptibles ; ils l'olfient à Dieu sans s'en dépouiller, et ils le mangent tous les jours sans le changer; et ce sont eux qui sont changés en lui, el non lui en eux. Loin de nos esprits, ces pensées basses et indignes, qu'il puisse pâlir par les animaux de la terre, ou par aucune chose sensible; s'il pouvait pâtir, ce serait de l'incrédulité que les hérétiques rendent à sa parole.

Partout où Dieu est, le Fils de la Vierge subsisi.mt en la divinité, comme Fils unique tlu Père, sera accompagné de sa gloire et de sa grandeur. ïrouvez-moi en la terre un lieu où Dieu ne soit point, el là seulement Jésus n'y pourra être, car il ne (leul être sans Dieu. Et quoique Judas fût investi de l'esprit malin, Jésus-Christ n'a pas laissé a'cntreren son corps |)arce sacremeni, MOU plus qu'il n'a pas refusé de lui donner le baiser au jardin des Olives ; et Jésus-Christ, en sa gloire est descendu aux enfers, el s'e^t trouvé au milieu des damnés et des diables, sans intérêt de sa majesté; mais, au contraire, en faisant ressentir sa puissance su-

(6i) Chuvsost., Di- succrd^tio.

prême à ses ennemis. Et ce ministre trouve étrange que ce même Jésus, sans obscuicir sa splendeur, puisse être environné d'es- ])èces corruptil)les, et j)armi les souris et les vers. Mais cet homme qui parle tant de rats et de souris est lui-même une souris qui ronge i'écorce de la parole de Dieu, et ne peut atteindre jusqu'à rEs()rit-Saint qui y rejiose : et partant demeure toujours dans le mensonge et la mort, comme étant incapable

CARDINAL DE BEKULLE- 770

de recevoir le Saint-Esprit, qui est l'Esprit de vérité et de vie. Personne ne peut trouver absurde de manger la chair de son Dieu que celui qui irouve absurde de croire à la parole de Dieu , puisque Dieu en sa parole nous commande expressément de manger sa chair ; ajoutant même une menace effroyable, que si nous refusons de manger sa chair, nous n'aurons point la vie éternelle.

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