CHAPITRE VI
Outre îa prudence nalurelle^l' intendon droite et les vertus , j7 faut un don surnaturel pour la conduite des œuvres de Dieu. Ce don est donné à entendre par C Apôtre en ces mots : Opitulationes, gubernaliones. (7 Cor. xi(.)
A cet eiïet, posons |)0ur fondement que le gouvernement des âmes et des maisons se réfère à une fin sublime, éternelle et surnaturelle. Qu'une chose si haute ne doit avoir rien de moins que l'esprit, la grâce et l'assistance de Dieu |)0ur son principe et pour sa conduite. Que la prudence et dextérité naturelle, bien que très-utile, ne sulfil pas à celte entreprise; et qu'outre l'intention }>ure et élevée, outre la vertu, la prudence et les bonnes qualités qu'on doit supposer, il est besoin d un don surnaturel que saint Paul seuible nommer entre les dons du Saint-Esprit : Opitulationes , gubernationes. Car il me semble plus à propos de prendre ce texte eu ce sens, que de le réfé-
rer selon quelques-uns h la conduite des liApilaux. Ce don e>t martjué el spécifié entre les dons qui sont gratuitement donnés (tour le :alut des autres ; ee don est beaucoup plus néc(;ssaire 5 l'assislance et à hi direction des Ames infirmes par leurs propres imperfections, et à la con<luite des maisons de Dieu oii elles sont assemblées el recueillies, qu'il n'est pas nécessaire h la conduite extérieure des hftpit.iux el des malades. Ce don aus-»i «pii est saint et sj)irituel, a beaucoup plus de rapnortetde |»iO|)orlion h ce saint œuvre do cdarilé spirituelle et divine, el au service d'un hôpital intérieur et Sjdriluel, où se guérissent les maladies des Ames (s'il est permis de |»arler ainsi), que non [>as au secours des maWuJes et au gouvernement temporel des couniiunaulés instituées pour les servir el leur distribuer les aumônes. Ce sens me semble [)lus élevé, plus utile, plus fondé, plus digne de la sublimité et profondiié de cet apôtre. Et en tous cas nous ()Ouvons toujours référer ce texte à cet usage, soit par la proi»riété de la lettre, si elle le permet, soit au moins par l'analogie des choses corporelles aux spirituelles, qui sont plus dignes et plus importantes, et sont plus dans le dessein et l'intention du Salnt-Es|<ril, qui esl l'auteur do ce texte sacré, et le directeur de l'esprit do l'Apôlre, qui la consigne à la postérité.
CHAPITRE VII.Î Comme les corps célestes sont plus élevés et plus purs que les corps qui en dépendent, ainsi ceux qui sont commis à la conduite des âmes doivent avoir quelque prééminence en grâce sur elles.
Que si les cieux qui ne sont quedes corps, et des cor|)S inanimés, d'autant qu ils ont induence et élévation sur les choses inférieures et naturelles, ont des qualités si nobles et relevées, et ont même des anges pour faire el pour régler leurs mouvements, quelle vertu, condition et direction doivent avoir les âmes des supérieurs, qui ont d'autres âmes à régir ? Certes, si elles sont toutes semblables en la nature, selon les philosophes, celles-ci au moins doivent être supérieures en la grâce, et être plus pures et plus élevées que les âmes qu'elles régissent : comme les cieux sont plus purs et plus élevés que les corps inférieurs qui reçoivent leur luaiière et intluence. Et les mouvements des sui)érieurs doivent être réglés, non par leurs passions, mais par des dispositions angéliques.