CHAPITRE VIII
Les cieux, qui nous annoncent la gloire de Dieu, nous apprennent aussi notre devoir ; étant enun continuel mouvement pour répandre leurs influences partout. Les anges qui sont au ciel, et meuvent te ciel, travaillent pour la terre, et non pour le ciel : mais nous travaillons en la terre pour le ciel, et non pour la terre. Considérations de cette parole: Donec foruietur Christus in vobis. (Ga/.iv,tl).) Que les cieux donc qui nous annoncent la
gloire (Je Dieu, nous annoncent aussi noire devoir, el nous apprennent quelle doit être notre conduite, notre pureté, notre élévation, et quel encore doit être notre soin et B-otre industrie. Car les cieux se meuvent incessamment pour répandre en toutes les parties de l'univers leur lumière, leurs vertus, leur iniluence, et jiour exciter la |)roduclion des choses naturelles, que nous voyons en Tair, aux eaux et en la terre. Kt nous devons aussi élre en un soin et mouvement continuel d'e'^[)rit et de charité, vers les âmes et les maisons qui nous sont commises ; et nous le devons d'autant plus, que nos travaux et nos mouvements se terminent à former Jésus-Christ dans les âmes, car il est lui-même le fruit de nos labeurs, il est le terme de celte jtroduction céleste de 4a grâce, il est la fri de notre ministère, qui tend a le produire et former dans les cœurs, à ap[)liquer son sang et à donner son esprit aux hommes. Les anges qui sont au ciel et meuvent le ciel, travaillent non pour le ciel, mais pour la terre. Et nous en la terre, nous travaillons non jiour la terre, mais [lour le ciel, et pour le Dieu du ciel et de la terre, pour otfrir à Dieu des hosties vivantes qui le louent àjamais, el |)0ur remplir le ciel d'esprits et de sujets qui se doivent .former ici-bas sous notre discipline, et par nos mains être sanctitiés en la terre. Si donc le <iel tourne non pour le ciel, mais pour la terre, et toiirne sans cesse pour produire des plantes, des poissons et des animaux, et tourne pour la conduite des anges, bien que son mouvement n'ait rapport qu'à la production de ces choses basses et matérielles : quels soins, quels mouvements, quelles directions devons-nous avoir pour un dessein si grand, pour une fin si haute et si céleste, pour faire naître les esprits en une vie nouvelle et (Jivine, et pour produire et former Jésus-Christ dans les âmes ? Car c'est ainsi que parle rA[)ôtre à ses disciples : Quos iteruin parturio, dit-il, donec formetur Christus in vobis. Cette parole est grande, mais elle est véritable et doit être [)esée, puisqu'elle regarde notre vie et notre ministère. Dieu donc qui produit son Fils en soi-même, veut de nouveau le produire dans les âmes ; et c'est une des naissances que le Père donne à son Fils, el que l'Eglise reconnaît et célèbre en ses offices ; carie Père le proiuit en son sein au jour de son éternité, puis au sein de la^"iergeen la plénitude des temps, et entin en nos cœurs et en nos esfirils à chaque heure et moment. Mais il y a cette dillérence, que le Père produisant son Fils en soi-même, est le seul principe de son Fils bien-aimé : même son Saint-Es|)rit, Dieu comme lui, éternel comme lui, n'a point de part à celle
J production éternelle ; mais produisant son •"ils hors de soi-même, il a voulu se servir de la Vierge pour le donner au monde, et il veut se servirde nous pour le donner aux âmes, elveut nous associer avec lui en un si haut et si divin ministère. Ce qui doit nous remplir d'amour, d'abaissement, de
dévotion i]f\n< les labeurs et dans l'exercice de notre fonction sainte, s|)irituelle et surnaturelle : Tinclion qui nous lie au Père éternel produisant son Fils; fonclion qui nouslie au même Fils connue [troduit et formé par nous dans les Ames ; fonction qui nous élève, el ainsi nous conjoint aux choses |)lus grandes qui soient dans le temps et dans l'éternité.