‹ Œuvres complètesChapitre 124 sur 540 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

// n'y a point de ministère approchant de celui des prêtres de la loi nouvelle Le but des orateurs était de mettre leur opinion dans les barreaix ; celui des pre'ires de l'ancienne loi était de remplir tes esprits d'avertissements salutaires : mais notre ministère tend à former Jésus-Christ dans les cœurs.

Ainsi donc ne nous lassons pas de le penser et de le dire, ainsi Jésus est le fruit de nos labeurs, et notre ministère tend à produire celui-là même que le Père produit en son éternité. Ce fruit est rare, cette production est grande, et c'est un fruit nouveau et inconnu en la terre el au ciel même, avant la naissance de Jésus en la terre : car auparavant que la terre fût saintement cultivée de la main de Dieu même, qui a voulu au bout de quatre mille ans y planter cette plante céleste, c'est-à-dire aui'aravant le mvstère de l'Incarnation, toutes les sociétés profanes el saintes, civiles et sacrées, tendaient à choses bien différentes, bien inférieures, et leur communication ne portait [las un effet et un fruit semblable au nôtre. Les orateurs et philosophes n'avaient i)oint de but filus excellent et relevé, que de mettre dans leurs écoles et dans les barreaux leurs opinions et leurs persuasions. Les anciens prêtres et projihètes ne faisaient rien de plus par leur ministère, qu'uuprin.er des |iaroles et des avertissements salutaires dans les âmes. Les anges qui étaient les seuls habitants du ciel, n'avaient pas une manière de grâce el de j)uissance si élevée que celle (jue le Père éternel a établie au monde en y établissant son Fils : mais depuis ce divin ordre et établissement, depuis (jue le ciel a envové sa rosée, et que la terre a donné son fruit. Terra dédit fructum suum, définis que Jésus, le fruit du ciel et de la terre, le fruit du Père éternel et de Marie, a été reçu et recueilli au monde, depuis que Dieu est homme, et l'honnue est Dieu, le ciel el la terre ont été renouvelés en grâce et bénédiction, el notre ministère a une tin et une opération bien plus excellente, car il tend à faire naître et former ce Jésus dans les cœurs ; il tend à donner son corps et son esf)ril au monde ; il lenl à donner une nouvelle naissance à celui qui est né de toute éternité dans le sein du Père, et en la )>lénitude des temps au sein de la irès-sainle Vierge, et il tend à nous donner cette sorte d'alliance avec le Fils de Dieu, que le môme Fils de Dieu a honorée, célébrée el élevée de ces grandes paroles : Qui facit volunta-

MKMOIIIAL Di; niIlKCTION.

tein Pdlris uni, lue innu fnttcr, sorur et VMter eêl. {Mitlih. vu, il.)

CHAIMTUK X.

De queUe impurlancc est noire minixlrre. Ars «tlimii, iuim nnimaniiii. I.a science (lu salut <irs âmes est fundre sur I hiimilit»', nu lieu (/ne 1rs aulrrs urls et prufissinus » ni fondes sur lu suffistiiice. ÎS'uus ({ivnns lieaiicinip iuroiiuer Ji sus-Christ, et rechercher iustuiiinieiit l'ussislauce de son esprit, en loulr huinilile et de'/ianec de naus-tneiite». Jésus n'iidinel en son emlei/ue les ftuiuhh s, soit pour nutilres, soit pour disciples.

Qiip si iinire iiiinislrio n luio fin i^i cxcellcnic, n une [missamc si célesto, a un olTcl si divin : (|iiol o>l 'o minislùre? (jucllc iloil ôlre nuire connimniralifjn, (|iii'l (loi! ùlre nolrosoin, nôtre [inrclé. notre? |iiél6, n«ilre rlinrilL*, ncitri' liuinililé; cl quoi nrt et qtielle intlustrit; IWul-il iiour une* chose si grande, si nouvelle en la terre, si rare au ciel, el (jiie le ciel in(>nie reçoit de la terre foniine un IVuii, (jiie la terre ciiltivùe de Dieu, rend an ciel el à Dien môme, depuis que l(î Fils île Dieu est (Jes( endu en lerre et s est lait homme en la terre, [»our le salut delà terre, pour le hicn du ciel, et pour la gloire de Dieu son l»ôre? Certes, cela passe nos pensées et la pensée des anges, et vauilrait mieux demeurer dans le silence et dans la révérence profonde. Mais puisque je dois parler, je le veux faire par l'esprit et les paroles d'un grand saint el grand docteur qui a dit : Ars artium cura animarum, et vous dois avertir (pi'il faut que l'Ksprit des esprits, ou pour parler selon l'Ecriture, le Père des esprits, qui est Dieu, ou si vous le voulez ainsi, le Saint-Ivsprit émané du Père et du Fils, soit le docteur de cette science el le directeur de cet ouvrage. Adressonsnous à lui, et l'invoquons souvent; car en celle huml)le re(onnaissance et invocation consiste le principal de cet art et conduite : »rt fondé sur lliunulité, au lieu que les autres arts el sciences sont fondés sur la propre sullisance. Humilité qui est un digne fondement de la science de salut, et de l'école du Fils de Dieu, qui cache sa puis^ance et sa sa[>ience dans l'iiumiliiéde son enfance el lie sa croix, et qui de sa crèche et de sa croix répand son onction et institution céleste dans la terre. Héni soit-il d'être venu en terre, de l'avoir éclairée de sa lumière, d\v avoir établi et ouvert son école, d'y apprendre les secrets du ciel ; et enire autres, cel art divin d'instruire les âmes et les régir dansles voies inléi ieure^..Mais il n'admelque les simples el les humides dans son école, el les r-^gitdans les voies intérieures, et i! ne veut point d'autres disciples en son académie, et il n'adresse qu'à eux son esprit, sa grâce et ses parole.-» : Super (/uem ret/uiescet spiritus f7ieus,nisi super humileni et trementem sernioncs mensf {Isa. lvi, i ) Kn esprit donc d'humilité, adressons-nous i Jésus, le souverain des âmes, le docteur de justice, celui (jiie le Père nous a donné pour écouler: Ipsum audile doclortm justiiiœ. lin son même

esprit, entrons h son école, soyons srnis sa discipline, apprenons cet arl, el les secrets qu'il a puisés au sein du Père, et qu'il veut révéler aux siens au monde.

CIIAPITUK \F.

Cet art est une science, non de mémoire, mai» d'esprit et d'amour, et d'amour de Jésus. Celte science est la science des saints, (juin son oriijiiie au ciel, et des esprits humbles et effectifs.

Cet art est une sr iem e non de mémoire, mais d'esprit ; non d'étude, mais d'oraison ; non do discours, mais de prali<pie : non de coiilenlion, mais d'humilité ; non de s|)éculation, mais d'amour, et d'amour de Jésus (jui s'esl livré et s'e-t abandonné, s'est oublié et s'est épuisé soi-même pour le salut des âmes. (]otte science fait porfuî de la science des saints, comme parle l'Kcriture ; science spiiitiielle émanée du Père des esprits, du Père des lumières ; science qui convient aux saints, fait les saints et dirige les saints dans les voies éternelles ; science (jui a [lOur sa lumière, non la lumière de la nature, soit humaine, soit angéli(jue, mais la lumière de vie ; lumière bien dilVérente et bien plus haute, lumière qui n'est [promise et n'apparlienl qu'à ceux qui sont suivants Jésus, et adhérents à Jésus lOutser/in'fwr me, 7ion ambulat in tenebris, sed hahebit lumen vitœ {Jean, viii, 12); lumière de vie qui est émanée de celui qui est la vie, et ne se donne que par lui ; et il ne la donne qu'i ceux qui sont adhérents à lui-môme et à son esprit, qui est esprit d'amour et d'humilité: esprit bien éloigné de l'esprit froid et sec, orgueilleux et terrestre de ceux qui étudient, non en l'école du ciel, mais en l'école de la terre.

CHAPITUK XII.

Celte science haute en sa petitesse, et lumineuse en sa simplicité, confond les philosophes et les théologiens mêmes, s'ils sont arro(/unls, et s'éloiijne d'eux. Cette science est vraiment spirituelle, car elle est fondée en l'esprit de Jésus, et à Jésus pour sonori- (jine, t<>n objet et sa fin. Ses principes sont l h imiliié d'esprit, la pureté de cœur, l'abnéyaliun de soi-méine, el l'adhérence à Jésus.

Cette science s'apprend, non tant dans les livres et dans les académies, (jue dans le livre de vie au [»ied de la croix, adhérents à Jésus, adhérents à ses voies, adhérents à son amour. Celte science confond les philosophes et les théologiens mêmes, s'ils sont vains et arrogants, et surmonte toute autre science qui est plus matérielle que spirituelle, si on la compare à celle-ci, tant elle est haute en sa politesse el lumineuse en sa simi»licité. Cette science est pro[>rement une science spirituelle, car elle est pro[)"e 5 l'esprit de Dieu, et est des choses vraiment spirituelles et divines, et même rond s|»iriluelson [lossesseur propre comme étant une émanation de cette grande lumière. Lumière vraie, ce dit saint Jean, la lumière du Père, lumière (jui illumine tout liommf. venant au monde, et transforme eu soU

même et en sa clarté ceux qui l'approchent. Science {)ro{>re aux Chrétiens [)arla grâce de Jésus, et toutefois si rare entre les Chrétiens; science iropre aux supérieurs entre les Chrétiens, et si rare même entre les sujjérieurs; science qui a la lumière et non l'écorce, l'esprit et non la terre des choses ; et les voit non en elles-mêmes, c'est-à-dire en leur forme grossière et quelquefois maligne, mais en Dieu oii tout est esi)rit, tout est vie, tout est lumière ; science qui est donnée par Jésus, et comme étant émanée de Jésus ; elle aspire à Jésus, et avec l'Apôtre ne connaît que Jésus et Jésus crucifié: mais en lui et en sa croix elle connaît toutes choses, et arrive à la fin de toutes choses qui est Jésus, Valpha et l'omé^^o; car il se révèle et se nomme lui-même ainsi à son bien-aimé disciple. Soyons tous amateurs de cette science vraiment spirituelle, de cette science qui a Jésus pour sa fin, pour son objet et [lour son origine ; de cette science que l'on apprend de Jésus, de cette science qui a pour ses princiiies l'humilité d'esprit, la pureté de cœur, l'abnégation de soi-même, l'adhérence de Jésus ; de cette science que doivent avoir et rechercher pardessus tous les autres tous les supérieurs, et de laquelle ils doivent faire une profession sainte et solennelle.

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