DISCOURS PREMIER
DE l'excellence ET SINGULARIT<Î DU SACRÉ .«ySTÈRE DE l'lNCAUNATION.
Nouvelle acatlémie établie par Jésus en la lerre, el ce (|ii'il nous y veul enseigner. — II. Diverses excelleiices du mystère de l'Incarnation. — III. Dieu veut être honoré par silence. — IV. Le mystère de l'Incarnation doit è;ie plutôt lionoré par œuvres, et non pas orné de paroles. — V. Raisons qui ont mu l'aultur à rompre son silence. Ces discours seront sans aigreur. Invocation de Jésus-Ciirisl par les paroles de saint Augustin. — VI. Dieu n'a créé cpi'un monde pwir honorer son unité. Dieu en ce inouiie a fait un cln'l' d'œuvre, qui honore divinement et en plusieurs manières celte unité suptènie. Outre les trois ordres de nature, d^ grâce et de gloire, Dieu en a Tirnié un quatrième , qui est celui de l'union hypostatique, auquel il n'y a (|u'un seul indivi lu. Exce lence du mystère de rincarnalion. Unilé de Dieu dans la création , dans la sanctiiication et dans rincarnalion.
I. Le Verbedivin, la splendeur, la puissance et la gloircdu Père éternel, étant envoyé au monde, y a voulu établir une académie sainte, un état de grûce, une assemblée divine, conduite et animée de son esprit, pour parler à la lerre le langage du ciel, pour enseigner aux hommes la science de salut, et pour les élever à une haute et sublime connaissance de Dieu, en leur faisant connaître de l.i grandeur de son essence, de la pluralité de ses personnes, de la profondilé de ses conseils, de la singularité de ses œuvres, ce que le sens humain ne leur eu peut apprendre.
ILUr un des premiers et principaux l'oints
qu'on, nous enseigne en celle école ae -a. [)icn<;e et de salut, établie et ouverte au monde, est le sacré mystère de l'Incarnation. Mystère si élevé, qu'il surjiasse la hautessede toutes lesjiensées des hommes etdes anges; mystère si excellent, qu'il contient et comprend Dieu et le monde ensemble dedans soi-môme; mystère si profond, qu'il est caché de toute éternité dans la plus secrète pensée de l'Ancien des jours, et dans le sein propre du Père éternel, d'une manière si haute et inetfable, (jue le grand apôtre le nomme à bon droit en divers lieux : le mystère caché de toute éternité en Dieu, qui a créé toutes choses. [Ephes. m, 9; Col. I, 2G.) Et toutefois ce mystère si hautel excellent, si profond et caché, s'accomplit en la |)léniiude des temps au milieu de !a lerre, pour être exposé à la vue de la terre et du ciel, lant il est public. Et il s'y accom[)lit [)Our être l'objet de la foi des peuples, l'ancre do leur espérance, la cause de leur salut, et l'accomplissement de la gloire de Dieu en l'univers. Car c'est par ce mystère cpie le ciel est ouvert, que la terre est sanctifiée, que Dieu est adoré, et d'une adoration nouvelle, d'une adoration inetfable, d'une adoration inconnue à la terre et au ciel môiue auparavant, puisque !e ciel avait bien lors des esprits adorants et un Dieu adoré, mais n'avait pas encore un Dieu adorant. C'est par ce mystère que Dieu est en la terre abaissant sa grandeur, et couvert de nos faiblesses, revêtu de notre mortalité, est opérant luimôme au milieu de nous, comme un d'ctLtre nous, le salut du monde.
(JELVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BKRLLLE.
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C'est |>arce mystère que la terre est un ciel, et un nouveau ciel, auquel Dieu habite d'une nîanière plus haute et plus auguste, j)lus mainte et plus tlivine qu'il n'habitait auparavant dans le plus haut des cieux. C'est en la foi, en l'amour et en l'hommage de ce sacré mystère que Dieu établit par lui-môme, et non par ses anges et serviteurs, une religion en la terre, qui ne sera jamais changée ni ùlée de la terre, et qu'il a réservée aux derniers temps; comme aussi ce mystère porte les derniers traits de sa puissance, de son amour et de sa sapience éternelle. C'est en ce mystère .jue l'Eglise doit être saintement et divinement occupée, et la jiiété des âmes plus éleyées, ravie d'étonnement et d'admiration, contemplant cet ob- ^el, auquel on découvre etonafierçoit en une manière ineffable la majesté de la divine essence, la distinction de ses personnes, la profondité de ses conseils, et l'éminence, la rareté, la singularité que Dieu a voulu être en cet unique ouvrage, c'est-à-dire, tout ce qui est grand, tout ce qui est saint, tout ce qui est admiral)le, et comme un abrégé et un sommaire de tout ce que les oracles de \a foi nous révèlent et enseignent de Dieu et de ses œuvres. Divin mystère, qui est comme le centre de l'être créé et incréé, et Vunique sujet auquel Dieu a voulu, et voulu pour jamais, comprendre et réduire au petit pied le monde et soi-même, c'esl-à-dire, son ir.Qnilé pr.)pre et la grandeur de l'univers ensemble.
III. Les Egyptiens. — Quelques [)euples signalés dans l'anti'juité profane, célébrés dans les lettres sacrées, et honorés de la garde et tutelle du peuple de Dieu et du Fils unique de Dieu même, en l'état de sa minorité et de sa sainte enfance, lesquels en leurs actions et documents étaient pleins de figures énigmatiques et hiéroglyphiques, avaient accoutumé de représenter la reli-
ion par un certain animal qui n'a point de angue, pour montrer que Dieu, duquel la bonté, la grandeur et la majesté surpassent toute éloquence, ne doit point être adoré avec la langue et les paroles, mais avec la pensée et l'entendement. Que si, délaissant les pensées de ces profanes, nous voulons rechercher les sentiments des âmes saintes et divines, celle qui a été si dignement consacrée aux louanges de Dieu, et qui fournil et à la synagogue et à l'Eglise des paroles sacrées pour louer Dieu en tout temps et en tout le monde (je veux dire le roi, le prophète et le poète sacré des Hébreux), chante divinement : Tibi silenlium (ans, Ùeiis, in Sion. A toi le silence est louange, ô grand Dieu, en Sion. Car c'est ainsi que la (iropriéié de la langue hébraïque, selon saint Jérôme; rend ce verset de la version ordinaire : Te decel hymnus, Deus, in Sion {Psal. i-xii,/|.-2); [)0ur nous ajjprendre que l'hynme et la louange qui convient proprement à la grandeur de Dieu, est une louange non de paroles, mais d'un profond silence.
IV. Ce qui convient ainsi à Dieu et à la religion peut ê4re justement appliqué à ce
très-haut, très- grand, très-sacré mystère de l'Incarnation : car en son état et en son étendue, il enclôt Dieu môme; il établit en l'univers une religion perpétuelle et universelle tout ensemble; il est la consommation des desseins et îles conseils de Dieu sur les enfants des hommes, et rond non seulement sur la terre, mais dans le ciel môme, un culte et un honneur admirable, et un hommage éternel et singulier à la Divinité. La grandeur donc et la sublimité de ce sacré mystère devrait être adorée par un sacré silence, et non luofanée par nos pensées et jar nos paroles , ei nous devrions imiter la modestie et retenue des anges, qui se couvreiu et se voilent à la vue d'un si divin objet, et demeurent avec étonnement et admiration en voyant sa gloire. Car c'est du Fils de Dieu," et du Fils de Dieu fait homme, que cette vision célèbre des esprits angéliques , rapportée par le plus grand prophète {Isa. vi ) , est expliquée par un des plus grands apôtres, dans le saint Evangile. (Joan. xxii.) Nous donc, à leur exein[)le et imitation, touchés d'un si rare sujet, capable de rendre l'éloquence même muette, devrions avoir recours à l'éloquence dej œuvres et des services, louant, aiiuant et adorant Jésus-Christ Notre-Seigncur do toute notre puissance, et le su[)pliant que tout le cours de notre vie lui soit à jamais une dévote et continuelle action de grâces , et un perpétuel tribut et hommage de servitude.
V. Ce serait mon désir de demeurer en ce silence, et c'a été mon dessein jusqu'à présent; mais une juste défense me le fait rompre, pour autoriser un ouvrage de piété contre quelques esprits que la modestie et charité chrétiennes ne me [)ernjettent pas do nommer, pour ne [)as:nléipsser une profession sainte par ledéfaut de quelques i)articuliers. Ils blâment ce qu'ils n'entendent pas, comme s'ils voulaient imiter ceux (jui , selon saint Jude (vers. 10), Ce qu^ils ignorent, ils le blasphèment : ixQuœ ignorant blasphémant. » Ils parlent par des raisons qui lie sont pas de théologie, et par des intérêts qui ne regardent pas le cruciûx. Ils s'emportent par des mouvements qui ne viennent pas du nouvel homme, et ne conviennent pas à l'école de la croix. Ils disent et font publiquement des choses que nulle loi ne peut autoriser, nulle raison ne peut défendre , nul prétexte ne peut excuser, nul artifice ne peut couvrir, si ce n'est par un ingénieux; silence. Je neveux point re[)artirà ces violences et à ces procédures : elles sont [ilus dignes de correction que de discours, de mépris (jue de paroles, etd'oublianceque de souvenir en la mémoire des hommes. Je ne m'arrête pas à leurs factums, à leurs libelles, à leurs calomnies, répandues avecaussi peude charité que de vérité; me tenant dans le silence, qui est lamcilleure réponse, selon le dire d'un ancien (Euripide) ; et je ne veux pas employer mon temps, mon es()rit et ma plume, a cette sorte d'écrits et de réponses , peu uliles au [»ublic, peu séants à ma prQ-
GRANDIlUnS DK JKSIJS. - DISC. PIIKMIKU. tXCIXL. Di: 1. INCARN.
fcs^'ion el |»<'u av.'iiilngi'nx h lu uiuso.
Ail lion donc de rc^|iii(jiie el de rcparlie, 8|>r^> dit 'Wis do imiieiire el <le silence ; après trois nns do icinpôlos et orn.^os suseiti^s en Fr.iiKM.' et en Italie , [lar dos cspiilj nés à cet exercice; nprès plusieurs (vdriiiinies cl .sii liholles injurieux cl diir.mi.'iloires soigrieusctuciit é| /uulus , el uiôuie flux |iroviti( es ('Iriiiii^èies, je pioduis ce diseours en évideu( e, el le produis , non pas pour parler de leurs per>onno>-, de leurs desseins, de leur conduite , mais pour [larler de Jésus, de son état .suprôuie el do ses grandeurs admirables ; de Jésus, (jui a été autrefois la pierre d'ailiOi>|)emenl entre les Juifs, et (|ui a prédit lo devoir ôlre mCme enlre k-i l'Iiréiiens, à son iieuple, à son Israid, h ses eiifanls; cl qui sert encore de pierreiTai lioppement en celte t;ause è ceux (|ui ont voulu cor)lredire à l'hommage «-l à j.i servitude qui lui e>l rendue. Je publie donc ce discours, pour maintenir en son iionneur ce dessein de piété par voie de piété, el arrêter le cours de la violence par la raison et par la douceur.
C'est ccllo occurrenle nécessité, ô Jésus , mon Seigneur, Fils uni(iue de Dieu, Fils iini(|uc lie Marie, qui m'y oblige; el l'avis encore de personnes qui , honorant vos grandeurs cl vos mystères, veulent vous a()parlcnir jiour jamais par un liomm.igo particulier: desquels ji-vous dois dire, avec saint Augustin : /// siint servi lui fratres mei , fjuos plias liios esse voluisli dominos ineos, (/uibus jussisli ut scrviu)n si volotecuin de le virere. {Cunfess., lib. x, c. '*.) Ce sont vos serviteurs, el en cette qualité ils sont mes frères. Vous avez voulu qu'ils fussent vos enfants ; en celle qualité ils sont mes maîtres, el vous m'avez commandé de les servir, si je veux vivre de vous avec vous. Pardonnez donc, ô souverain Seigneur des hommes et des anges , si par leur cotmuandemenl el par celte rencontre, je romps mon dessein et mon silence, el si j'ose parler de vous, vous qui êtes la sa[)ience adorable, la parole inetfable, la splendeur admirable du Père éternel , el son Verbe divin, par letiuel il parle el à soi-même el à ses créatures.
Je no dois pas, en un sujet qui regarde le Fils de Dieu, la paix du ciel et de la terre, de Dieu el des hommes, mêler les paroles cl cavillalions de ces esprits contentieux. Elles n'ont pas un grand c-ens, ni un grand fondement, el la lumière de ce discours suflil, à mon avis, à dissi[»er ces ombres et ces nuages : s'il est besoin, je les réserverai à I art et après ce discours. Car il parle de l'alliance du Verbe éternel avec notre humanité, et il ne doit ressentir que douceur et bénignité, conformément h l'état el à la nature de ce n)yslère, auquel e^t apparue l'humanité el la'béuignilé de Dieu même , selon l'Apôtre, Ce n'est pas qu'il me fût bien dillicile de leur répondre, et en peu de mots: mais comme aux sacrilices qui s'offraient sur la paix et concorde conjugale, les anciens Otaienl le fiel des .losties, aussi en ce dis-
cours que j'offre è Dieu el au imblu-, t-ri riKUineur de la paix el de l'allianc e qu'il a élalilieavec nous pur le sacré mystère do rincarnation , je veux ôler le fiel el l'amertume de semblobles conlenlions.
Daignez re( evoir, ô Seigneur, ce présont (jui vous est offeil d'une main si indigne, et d'un esprit si faible à publier vos grandeurs el vos louanges; el à l'entrée de celle œuvre, permeitez-uioi de vous ailresser les paroles du plus humble cl plus savant, du plus saint el plus prudent, du plus modeste el plus religieux docteur que la tt-rre ail porté, et (pie vous ayez encore donné h votre Eglise. Par ses oaroles donc élevées, saintes et divines, qu'il prononce à la lin de l'un de ses (juuvres , je vous dirai au (ommencemeiit de celui-ci : Domine Deus meusy vna sfies mea, esaudi me, ne fulitjatus nulim If (/iiii rcrr : (/Kcrruni furicin luam semper ardmlir. Tu da t/uarendi vires, qui invenire te fecisli, cl miKjii mwjisque intcniendi /e, spem dedisfi. Coram le csl firmilus el infirmilas mea; illum serra, islam sana. Coram le csl scient in et iynoranlia nu a ; uhi aperuisli,susripc inlranlem; uhi claasi>ti, aperi pnlsanli. Meminrrim lui, inletliyam le, diliyam le ; au(je in me ista doncc me ri formc$ in inletjrum. Mulla dicimus cl non prœvcnimns, et consummniio sermonum universa tu es ipsc. Cum pcrvcnerimus ad te, cessabunt inultn illa qnœ dicimus, et non pervenimus; et munebis anus omnia in omnibus , et sine fine diceiitus unum. laudantes te in unum, et in te farti etiam nos in unum. Domine Deas^ guœcunfine dicam de tuo, u'jnoscont et tui ; si (pia de n.eo, et tu ignosce el tui.
« O mon Dieu, mon Seigneur, mon unique esjérance, exau;ez-moi, de peur que, fatigué dedans les ennuis de cette vie, je refuse de vous chercher. Je veux chercher votre face, el la veux chercher toujours ardemment. Vous qui m'avez fait la grâce de vous trouver, et m avez donné lespérance de vous trouver de plus en plus, donnez-moi aussi (\cs forces pour vous chercher. Devant vos yeux est présente ma force el ma faiblesse : conservez celle-là, relevez celle-ci. Devant vos yeux est pré>enle ma connaissance et mon' ignorance. OiJ vous m'avez ouvert la porte, recevez-moi en y entrant; où il vous a [tlu me lu fermer, daignez l'ouvrir à celui qui y frappe. Oue je vous aie em|)reini en ma mémoire, (pie je vous connaisse, qu(î je vous aime ; augmentez ces dons en moi jusqu'à ce que vous m'établissiez en ma forme parfaite. Nous nous épandons en plusieurs paroles, mais sans atteindre au but où nous prétendons. El c'est vous, o Seigneur, qui êtes le comble el l'accomplissement parfait de tous nos discours. Lorsque nous serons parvenus jusqu'à vous, cette multif»licité de pensées el de [laroles inutiles s'écoulera, el vous demeuierez en unité seul tout en tous; et sans fin nous dirons tous une môme chose : vous louant unanimement en unité , comme étant aussi recueillis et rétablis en vous en unité el unanimité parfaite. 0 Seigneur, mon Dieu»
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œ'JVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERl'LLE.
VèC)
ce que je dirai de vous, l'ayant puisé de vous, que vous et les vôtres l'approuvent; et si en ces discours il y a quelque chose qui soit mien et non pas vôtre, que vous et le^ïvôtrcs l'excusent. » (S. Aug., De Trinit., lib. XV, c. 28.)
VI. Dieu voulant après une éternité de séjour,d'occupation et (l'opération en lui-même, comme sortir au dehors par une nouvelle manière d'o|»ération ; c'est-à-dire, après les émanations inlernesqui l'occupent heureusement et divinement dans son essence, et dans sou éternité, et (jui constituent les personnes divines en la Trinité sainte , voulant opérer hors de soi, et faire des créatures capables de le connaître, servir et adorer, il s'est résolu de faire le monde que nous voyons; et pouvant tirer plusieurs mondes des trésors de sa puissance et de sa sa[)ience, il a voulu n'en produire qu'un, pour figurer l'unité de son essence dans l'unité de son ouvrage. Aussi le même Dieu, se contemj)lant soi-même, aimant son unité, l'a voulu peindre encore plus vivement, et la consacrer {>! us saintement dedans ce môme monde. El comme il avait fait un monde en son honneur, dans ce môme monde il a voulu choisir un sujet et avoir un œuvre à soi, qui fût unique et singulier, qui n'eût point son semblable, qui fût rare et sur[^assant tous les autres œuvres de ses mains, qui eût un })arfait rai)[)ort à l'excellence de L'ouvrier, j»ar sa propre excellence, et à son unité , par son unité ()ro|!re : C'est le divin mystère de l'Incarnation , le suprême des œuvres de la Divinité, h; chefd'œuvre de sa puissance, de sa bonté et de sa sapiem^e , l'œuvre propre de Dieu ; ainsi l'appelle son prophète en cette pai'ole : Domine, opus tuum. [îlahac. m, 2.) OEuvre inconq)réliensible , et qui comprend Dieu môme; œuvre et triomphe de l'amour incréé, auquel l'amour triorai)he heureusement de Dieu même; œuvre et mystère unique et singulier au monde, que la saj)ience éternelle a accouîpti comme l'œuvre de ses œuvres, et le mystère de ses mystères, lequel va bénissant par sa présence, remjilissant par sa grandeur, régissant par sa puissance, et sanctifiant par ses iniluences et le ciel et la terre. Nous voyons l'unité de Dieu comme empreinte en l'unité de ce mystère, et gravée en cet œuvre comme dans un diamant précieux. Nous voyons que Dieu, dans ce monde où il y a [ilusieurs natures capables de sa grandeur, n'en choisit qu'une, et délaissant la nature angélique, fait choix de la nature humaine pour l'unir à soi. Nous voyons (jue dans l'étendue du genre humain, où il y a plusieurs sujets, il n'en choisit qu'un; et (pi'entre les enfants des hommes, il n'y a qu'un fils de l'hounne qui soit Fils de Dieu. Nous voyons qu'en Dieu même, où il y a eu unité d'essence pluralité de personnes, il n'y a qu'une [)ersomie (lui se soit incarnée, Ijien que le Père et le Saint-Ksi)rit soient également puissants A a(|complir une semblable conununicalion do leur subsistance divine. Et par ainsi co
n'e>t plus seulement l'unité d'un monde, comme auparavant en la création, mais c'est l'unité môme d'une personne divine et incréée, qui honore eu ce chef-d'œuvre de l'Incarnation l'unité de Dieu.
Parlons jilus simplement, et donnons plus de clarté et plus d'étendue à cette pensée, et disons que ce n*est plus l'unité d'un monde terrestre et élémentaire, d'un monde matériel et sensible : mais c'est l'unité d'un nouvel œuvre et d'un nouveau monde; d'un monde de grâce , de gloire et de grandeur; d'un monde tout céleste, tout glorieux, tout divin ; d'un monde qui égale et qui enclôt dans son pourpris Dieu môme, comme faisant partie d'icelui, s'il nous est permis d'ainsi parler, qui annonce, qui loue, qui adore l'unité de Dieu. Car Jésus est un monde, et un grand monde selon la vraie théologie, et pour bien d'autres raisons que la philosoiihie n'a jamais euespournommer l'homme un petit monde, comme il sera dit ailleurs. Et en Jésus nous adorons l'unité d'une personne divine , qui, subsistant en deux natures différentes, est divinement et inetfablement employée à annoncer, honorer, servir l'uuilé suprême de la divine essence.
0 suprême unité, que vous êtes aimable et admirable en la Divinité et au [)lus divin de ses œuvres 1 que vous êtes adorable, puisque Dieu même emi)loie à votre honneur l'unité de son Verbe en deux natures associées, et l'emploie pour jamais, comme vous êtes éternelle et [(our un jamais! Que les mortels sont coupables de vous considérer si peu, de vous conserver si peu et de vous violer si librement dans vos œuvres, ne considérant pas que Dieu est unité, fait tout pour l'unité, et fait tout aussi par l'unité n.ônje !
Car c'est l'unité de sa puissance, de son essence, de son intelligence, qui est le principe de tout ce qu'il opère hors de luimôme et en toutes ses œuvres ; et il tend à tirer tout à soi, et à son unité sainte, par l'unité de son esprit eu la grâce et par l'unité de son Verbe en l'Incarnation, employant ce mystère, et en icelui l'une des personnes divines, pour honorer l'unité de la divine essence. O unité d'essence, adorable en la Trinité sainte! ô unité de personne, adorable et ai niable en l'Incarnation ! Unité d'essence divine et de [)ersonne divine en ces deux mystères, singulièrement adorable et aimable, et (pii veut nous tirer à Dieu et à son unité! Et des es[)rits audacieux, par de faibles raisons et par de fortes passions, rompent si librement l'unité (les esprits en la loi par hérésies, et l'unité des cœ^urs en l'obéissance par rebellions!
Mais laissons ces pensées pour rentrer en nos discours et en nos mystères, et disons que Dieu ayant établi dans l'univers trois ordres différents, l'ordre de la nature, de la glace et de la gloire, en chacun desquels y a [ilusieurs sujets dont la terre et le ci(îl sont remplis avec une variété de créatures comme infinie, et avec une admirable divei*-
«rj CUANDLLKS DK JKSUS. — DISC. 11.
sit6 de c.lioses. il v a voulu furrner un nouvel orilrc au<iuol 11 n'y cill qu'un sujet qui fût seul sans ext'ni|ile. tl.'ir bi nous corilcniplons l'orilre do la ni;lure, (|ue il'ctoiles au ciel, (|ue île plantes en la terre, (jue d'oiseaui en l'air, (|ue de poisson;» dans les enux, (jue d'aniuiaux dans les forôts, (jue do millions d'Iionanes, (juc de milliers d'ang»'sl El si nous | asson.^ l\ l'ordre de la grîlce, combien y a-l-il de iusles ? lomhien do pro|ilièles et do palriar( lies? combien do martyrs et do lonlesseurs? condiien de vierges et combien d'ùmes qui servent à Dieu, ou dans rinnocenco, ou dans la pénitence? Kt si nous nous élevons jusqu'à l'état do la gloire, combien de saints y a-t-il, et combien dillercnts? Que do séraphins, que do chérubins, (|ue do trônci, i|UO do vertus et do dominations, (juo de [luissances et do principautés, et tant d'autres noms inconnus en co siècle et reconnus on l'autre! Mais en l'ordre de l'union hypostatique, qui est le suprême entre les ordres, la luinièro do la loi nous apjirend qu'il n'y a qu'un seul sujet; et comme elle nous ensei;^ne (ju'il n'y a tju'un Dieu, elle nous enseigne aussi qu'il n'y a (ju'un Homme-Dieu et un Dieu-homme. Car tout ainsi qu'il n'y a (ju'un Fils uni(]uo au sein du Pure, aussi Dieu a-t-il voulu qu'il n'y eût qu'un fils de riiommc (jui lût Fils de Dieu, et que ce fils de l'homme, né de la Vierge Marie, fût unique et .singulier, non en son être humain, mais en son état divin; non en sa nature, mais en sa dignité, et qu'il lût seul enclos dans cet ordre inetfablo de l'union personnelle avec la Divinité, comme unique sujet de cet ordre admirable; au lieu qu'il a voulu que chacun des ordres do la nature, de la grâce, de la gloire, se partage et communique à tant de sujets infinis en nombre Jésus donc entre seul dans cet ordre inef fable, et il n'y a aucun homme ni aucun ange (jui doive y être associé. Et comme da;is les ordres et hiérarchies célestes, chaque ange remplit dignement et suflisamment son es|ioce, sans qu'il s'y trouve aucun autre individu : ainsi le Fils uniciue de la Vierge, l'ange du grand conseil, remplit tout seul ce grand ordre, sans «lu'aucun [)0ur jamais y doive être appelé. En lui Dieu a voulu arrêter le cours de ses œuvres, comme en son chef-d'œuvre ; en lui Dieu a voulu com prendre et terminer sa grandeur, sa puissance, sa bonté et l'inelfable communication de soi-même, ne j)0uvant faire rien de plus grand, de plus saint, de plus divin que Jésus, et ne voulant jamais rien faire de semblable. Ainsi Jésus est seul dans la terre, dans le ciel, dans le temps, dans l'éternité; seul, dis-je, possédant rôlre incréé el infini, entre plusieurs qui possèdent la grâce et la gloire. Jésus est seul ayant la divine essence pour une de ses essences, et la personne divine [lour sa propre personne. Jésus est seul assis à la dexlro du Père, seul posé dans le trône de la Divinité, seul digne d'être adoré de toutes créatures, seul digne tic posséder nos cœurs et nos csi)rits, nos
i:li:vati.)N a dii:i' sl'u L'i.ncaun. i.",s
scntinients et nos pensées, comme il [lossède seul l'essence et la personne divine en une manière inelfable, propre et particulière h lui, par le sacré mystère do rjncarnation.
DISCOUHS II
EJf ronME D'fel.fevATION A DlKl SI II LE MYSTÈltB
uii l'i>(;a«>ation.
1. liaison (le rélévalioii de l'auteur à Dieu h Tenlrée de ces discours. Il vaut mietu enln-r pir révérence et par amour dans la liiniiéie, )|Uf par lumière dans l'amour. — II. Jcsu-> vrai soleil. Divers rappdfls do Jcsiis au soleil. L.i u-rie se doit mouvoir atilonr du vrai sol*-i| , qui est Jcsns. — III. tiévalions à (.li.iciine d«'5 p<;rsonnPS divines, en iciirs prupriélés pcrsunnellcs. Pro|><iélés el appropriations éternelles cl temporelles des trois pe. sonnes divines. Le Fils de Dieu, (jui est principe de l'amour incréé dans relernile, a voulu ôlre le principe d'une nouvelle manière de nràce el d'amour dans les temps. — IV. Elévation à riidniauilé sainte de Jésus. Cette liumaiiilé sainte est comparée au buisson ardent. Giandeurs et jtriviléges de celte liuiuaniié déiliéc. — V. Grandeurs de la sainte liuiu-iniié de Jésus. 11 v a plusieurs substances en l'ordre (!e la nature , mais il n'y en a qu'une en l'ordre de la jçiice, el cellelà e:>l Jésus. Kapport singulier de la subst:ince dédiée, qui est riiuinanilé de Jésus , à l'unilé ce l'essence divine. Tous les elleis de gràc-; et de
Îloiie des saints sont comme des accidents, doi.l esns est la substance. Tous ces elTcts de j^ràcc et de fîloiie émanent de Jésus comme de leur feource. La sainielé créée est subsisianle en relations à Jésus, comme la sainteté incréée subsiste dans les le. allons que les personnes éiernelles ont les unes aux antres. î'ouvoir suprême et autres excellences de l'iiumaiiilé saiiile de Jésus. -;- VI. Oblation à Jésus en l'étal de s rviiude. Nous sommes liés à Dieu, et par sa grandeur, el par notre indigence en l'ordie de la naime; par sa bonté et par notre iinpi;issanee en l'ordre de la grâce ; el enlia nous sommes liés u'un lieu substantiel à la personne de son Fils, par un excès d'amour en l'ordre de l'union h yposiatique.
— VU. Souhaits de l'unité siiiijuliere en Jesus, a laquelle nous sommes appelés. — Vlli. Tiois sortes de vies célestes cl incoinpréliensibles e.'i Jésus: vie divine, vie méritante, vie glorieuse.
— IX. Vie voy.igére de Jésus est dereclier divisée Cil deux sortes d'elléts, les uns de privaiion et su^peni^ion, les autres de plénitude cl d iiifu« sioii : tous également précieux el adoiables. — X. Le secret admirable de ce grand chi f d'eeuvre de l'union de la Divinité à riiumanité est le denùment (|ue cette nature a de sa subsistance propre et naturelle. La subsistance divine est ei:tée dans la nature liumaine comme une manière de grelTe; mais au lieu que le tronc a accoutumé de soutenir le grcUè , ici c'est le grello qui soutient le tronc. Appropriation singulière de l'hun.anité à la personne divine du Vei be. Les actions el les soull'raiices de l'humaniié appartiennent en propre à la personne du Verbe, et c'est le Verbe qui a droit d'en disposer. — XI. Le droit de la personne du Verbe sur les actions cl les soulTiances de riiumanité n'est pas seulement moral, mais plu:? que naturel. L'humanité do Jésus ne relève plus des lois communes di»la nature. La personne du Yerbe devient propiie- (aire de l'éial et des actions de rbuinanile, cl niutuellemenl l'humanité entre au droit des giandeurs de cette divine personne. — Xll. OLlalion à Jésus en l'honneur de la deillcatiou el du dcuùnicui de SLU humanité saiûte. — XUl. L<;
COUVRES COMÎ^LLTES DU CARDINAL DE BERULLE
Fils de Die» prend la forme de servilciir en deux manières. Conîinuaiion de Toblalion à Jésus en élat de servitude. Jésus en la maison du Père él'Miiel esl fds fl serviteur tout ensi^mble. Dieu adorant Dieu. Vie cachée de Jésus. Défense modeste de l'iiuieur contre les calomnies dont quelques-uns avaient essayé de noircir cette dévoiion à Jésus. — XIV. Continuation de l'oblation à JésUS. L'iuimanilé sairite ilu Verbe est le vrai it'inpie de la Divinité. Communication des perftctions divini'S à celte humanité déifiée. Nous devons demandir à Jésus île lui appartenir par S(m pouvoir, et non senlemenl par le nôtre , et de le servir non seulement par nos actions , mais aussi par l'état intérieur et extérieur de notre vie. 11 faut demandv^r à la Vierge qu'elle nous rtnde esclaves de Jésus.
I. Ceux qui rontemnlent un rare et excellent objoi se trouvent heureusement surpris d'élonnemenl et d'aduiiration à la première vue (l"iLelui,avanltnêuie qu'ils reconnaissent oar le menu les [arlicuiarités du sujet qu'ils conlera|)lent. Et cet étonnement qui semble imprimer une faiblesse en l'âme lui donne force et vigueur; car tirant des forces de ses faiblesses, elle s'élève à une plus grande lumière et à une plus haute et parfaite cunnaissance. Le même nous arrive en la première vue et pensée de l'excellence, rareté et singularité de Jésus-Christ Notre-Seigneur et du sacré mystère de Tlncarnation. Car étant vivement et sensiblement touchés de la grandeur de ce rare objet, proposé au discours précédent , nous croyons être obligés de nous élever à Dieu et de le louer en son unique ouvrage, remeltant par après à considérer davantage l'état et les grandeurs de Jésus, et à pénétrer les secrets et la profondité de ce très-haut mystère. En quoi nous sommes semblables à celui qui, sortant d'une caverne et obscurité profonde, jiosé sur une haute montagne, verrait le soleil, ne l'ayatit jamais vu auparavant, et le verrait en la sérénité d'un beau jour s'élevant en notre hémisj)hère, ornant ei embellissant l'univers, et le viviûanl de ses rayons et de sa liimière; car touché de l'aspect d'un si bel objet, sans doute il serait surf)ris et ravi en celte vue, et obligé dlionorer Dieu en co sien œuvre, sans se donner loisir de mesurer la grandeur et les dimensions de ce grand astre par les règles et les j>rincipes de l'astronomie , et sans s'arrêter curieusement à rechercher et observer les {)ropriélés de sa lumière, refllcace de son inlluence , les périodes de ses mouvements et les autres perfections de ce grand corps céleste.
Ainsi nous, sortant hors de l'obscurité des choses terrestres, et venant à conteutpler le vrai soleil du monde, le soleil de ce soleil qui nous éclaire, le soleil de justice qui donne sa lumière à tout homme venant au monde {Joctn. 1, 8), nous sommes comme surpris d'élonnement et épris d'amour et d'admiration au premier éclat et h la pretnière vue de cette splendeur; et obligés d'interrompre nos discours pour, à l'entrée de cette œuvre, et dès la première pensée d'un si digne' sujet, nous élever à Dieu sur les grandeurs vie son Fils uni(iue el sur l'état de ce très-
saint mystère. Elevons nous donc à la contemplation de Dieu lait homme , et a|)pr(Jchons ce sanctuaire avec esprit d'humilité et de piété, recherchant beaucoup plus d'entrer par révérence et par amour eu ses lumières, que par lumière en son amour, encore que nous désirions recevoir de lui l'une et l'autre qualité et impression en la conduite de nos mouvements et affections vers un objet et un mystère d'amour et de lumière tout ensemble.
II. Les Egyptiens adoraient le soleil, et l'aiipelaient f)ar excès le fils visible du Dieu invisible. Mais Jésus est le vrai soleil qui nous regarde des rayons de sa lumière, qui nous bénit de son aspect, qui nous régit par ses mouvements : soleil que nous devons et toujours regarder et toujours adorer. Jésus est vraiment le Fils unique de Dieu, et ni le soleil, ni autre chose créée, soit au ciel, soit en la terre, ne lui tient compagnie en cette qualité. Jésus est le Fils unique et le Fils visible du Père invisible, comme nous dirons ailleurs. Disons maintenant qu'il est le soleil, non des Egyptiens déçus en leurs fables , mais des Chrétiens instruits en l'école de vérité et en la lumière de ce soleil, qui est le soleil du monde surnaturel, et un soleil qui a voulu se peindre et se représenter en celui-ci, qui n'est que son ombre et sa figure. Car le soleil est l'image de Dieu, le père de la nature, le principe universel de la vie. Et Jésus est la vraie et la vive image du Père éternel; il est son image en sa personne divine et encore en son humanité sacrée, comme unie à la Divinité. Il est l'auteur du nionde, le père de la nature humaine, et par sa puissance en la produisant, et par son amour en la rachetant, II est la source de la grâce et le principe de la vraie vie, en la terre et au ciel, au temps et en l'éternité, dans les hommes et dans les anges, dans la grâce et dans la gloire.
Le soleil est formé au tiiilieu des jours dédiés à la création du monde, et posé au milieu des créatures, les unes plus hautes, et ies autres plus l)asses, pour les éclairer toutes. Et Jésus, la S|>lendeur du Père, se fait voir au monde, et vient dans le monde de la grâce, au milieu lies temps, à l'issue de la loi ancienne et au commencement de la loi nouvelle, illuminant de la lumière de sa grâce et les Pères qui l'ont précédé, et ceux qui l'ont suivi; les uns et les autres étant, selon l'Ecriture, comme des astres luisants de la clarté de ce soleil, au milieu desquels il s'élève et [)araît au monde. Et comme la lumière créée et subsistante dès le premier jour au monde , a été unie au corps ilu soleil le quatrième jour, j)Our être en lui et par lui un corps et un principe de lumière en la terre el au ciel ; ainsi la lumière éternelle, lumière non créée, mais incréée, la lumière subsistante de la Divinité, est au quatrième millénaire unie et incorporée en l'humanité de Jésus , pour faire en lui et par lui un corps et un principe de vie, de grâce, de gloire et de lumière à toute éternité. L'un des plus fameux aslrouomtîs <1q.
r.RANDLlIlS Di: JKSL'S. — DISC. II. KU-VATION A DIFU SÎR LINCAUN.
îfil
r.iiili(|uit(5 ( Kiiiloxo ) fui si ainoiircux (I« l'oltji-l |>iiiici|uil "It's.'i scitMicc, qui élait le soleil, qu'il (k'sirrtil li' pouvoir voir cl coiil(Mn|ih'r (h; imùs, cl Cire brûlé cl (((iisOMunô *Mi le r('i^.'i!(l.'int.
Jésus est l'olijcl lie In scieuce de snlul et (le la scienr-e Ues C.lu étions. Le docteur el apAirû du inonde publie liniiteinent (]uc sn science, c'esl de savoir Jésus. [/ Cor. ii, 2.) Les rin étions donc no seront-ils point touchés d'atuoiir et {[(^ di'sir tie voir et crmlenihler col (dtjct principal de leur créance, de leur science et ilo leur reIi|^ion ? N'auront-ils pas plus d'allei lion pour le soleil do leurs Auies (pie ce |»liilosOjilio n'avait pour le soleil de la terre, soleil coniinuu el exposée la vue el l\ l'usaj^e el des hommes el des hAles? et ne seront-ils point ardents h s'npproclicr de ;>rès de ce «uleil de justice, |>our être non consommés, mais endtrasés d'un feu d'amour et de charité 3n le roj^aniant? Vu excellent Cs[iril de c(î siècle (5) a voulu maintenir tjue le soleil est au centre du inonde, el non pas la terre; ([u'il est inmiobile, el que la terre, proportionnément à sa ligure ronde, se meut au regaid du soleil, par celte position contraire satisfaisant à toutes les apparences ((ui obligent nos sens à croiie(|uele soleil est en un mouvement continuel à l'entour de la lerre. Celle opinion nouvelle, i)eu suivie en la science des astres, est utile et doit être suivie en la science de salut. Car Jésus est le soleil immobile en sa grandeur el mouvant toutes choses. Jésus est semblable à son Père, et étant assis àsadextre,il est immobile comme lui, el donne mouvement à tout. Jésus est le vrai centre du monde, et le monde doit ôlre en un mouvement conlinuel vers lui. Jésus est le soleil de nos âmes, duquel elles regoi- Yent toutes les grâces, les lumières et les influences. El la lerre de nos cœurs doit être en mouvement continuel vers lui, pour recevoir en toutes ses puissances et j)arlies les aspects favorables el les bénignes inlluonces de ce grand astre. Exerçons donc les mouvements elalVeclions de notre âme vers Jésus, el nous élevons dans les louanges de Dieu, sur le sujet de son Fils unique el du mystère de son incarnation, par les pensées et les paroles suivantes :
III. Trinité sainte, divine et adorable en l'unité de voire essence, en la pluralité de TDS personnes, on l'égalité de vos grandeurs, en l'origine de vos émanations éternelles, et en la jouissance ineffable que vous avez de vous môme, qui est la vive source des félicités célestes : je vous loue et vous bénis, je vous adore el vous rends grâces de ce conseil Irès-haut et Irès-prolond , conseil très-secret et très-sacré, conseil tout divin, tout admirable, que vous avez tenu de toute éternité, d'unir un jour et pourja:iiais la nature humaine à votre divine essence (6) 1
O Père éternel et tout puissant, qui de lonte votre }»uissance produisez en vousmême, el non en un sein étranger, un Fils
{o) >icolaus CopcraiCiis.
unique égal h vous, el le produi>ez toujours, sans désister jamais de celle production divine, singulière et inoirnblc, qui est .««ans lin et sans commencoment, comme volro propre essence : je vous aime el arlore comme Père éternel cl tout-puissant, et connue toujours Père, el toujours engendrant votre Fils, l'image vive, unique et élornelle de vos grandeurs; je vous loue el vous bénis, comme doiuïant te môme Fils unique h C(.'tlc humanité dérivée de la Vierge, et comme le donnant par amour iidini, d'une (lotiati(m si grande, si singulière et si absfdue, (pie notre nature rcf;oit on elle-môme la personne do voire Fils unique pour sa pro|>re personne el subsistance, et en lui votre môme essence !
O Verbe éternel, je vous révère, je vous aime el adore comme Fils, et Fils unique de Dieu; couime émanant toujours du Pore éternel , sans dépendance , sans indigence ; comme a3'ant en v(<us la plénitude de l'être incréé; comme étant la vie, la sapience, la puissance du Père, et, si je l'ose dire, un autre lui-même, el comme étant un principe, avec lui el par lui, d'une personne divine en la Trinité sainlel O Fils de l'Klernel, éternel comme lui et égal à lui ! O Dieu de Dieu, procédant du Père seul, qui est la vive source de la divinité ! O lumière de lumière, lumière en votre essence et en votre personne procédenle comme lumière el S[)lcndeur duPère 10 vie, vive source de vie :Apud te est fons vitœ, comme s'écrie votre pro|)hèle ! [Psal.ww, 10.) Vous êtes au sein du Père comme en votre re[ios, el le Père est en vous comme en celui qui a sa vie et son essence, et qui est son Verbe el sa connaissance 1 Vous êtes un avec le Père en unité d'essence et en unité de principe ;el vous êtes en lui et avec lui, vive source de vie et d'amour en la Divinité même; source de vie divine et incrcée, et d'amour éternel su.bsilant el personnel, égal ii vous, et un autre vous-même 1 Boni soyez-vous pour jamais, de ce qu'étant source de vie en la Divinité, vous l'avez voulu être en notre humanité, et qu'étant un principe d'amour en la Trinité sainte, vous avez voulu être, par un nouveau mystère, un nouveau princifie d'un céleste amour en la terre et au ciel ; el qu'étant Fils de Dieu dans l'éternité , vous avez voulu être le Fils de l'homme en la plénitude des temps, et nonobslatd les grandeurs de votre naissance éternelle, vous abaissera prendre une naissance temporelle, et vous anéantir vousmême en vous unissant par amour à la nature humaine, dans les entrailles de la Vierge 1 Amour anéantissant , el anéantissement d'amour que je révère el adore, comme donnant existence el subsistance à une nature humaine en la grandeur d'une personne divine, et comme ayant son origine dans l'excès d'un amour inVréé cl infini 1
O saint Esprit, Esi>rit du Père el du Fils, procédant d'eux en unité d'origine et les liant tous deux en unité d'amour el d'esprit,
(6) S. Léo, screi. 1 De nuiiv
(SUVriES COMPLETES DU CARDINAL DE BEULLLE.
rsr>rilel amour éternel, subsistant personnellement en la Divinité, et terminant divinement les émanations éternelles : je vous adore et vous rend grâces de cette opération sainte et admirable par laquelle vous avez accompli le sacré m.ystcrejde l'Incarnation 1 Vous êtes dans l'éternité le terme divin des émanations divines , et vous êtes en la plénitude des temps, le principe d'un nouvel état (état de l'union bypostatique), qui est la source et l'origine de toutes les 0[-érations saintes, de toutes les émanations de grâce que le ciel et la terre révère 1 \'ous êtes en la Trinité sainte le lien sacré des personnes divines entre elles-mêmes, et en l'Incarnation vous liez une personne divine à une nature humai neî Là vous êtes recevant du Verbe éternel dans le sein de son Père sa ])ropre essence en votre émanation, et vous êies ici donnant à ce même Verbe une essence nouvelle dans le sein de sa mère par votre ojiération, en le revêtant de notre humanité 1 O Esprit-Saint, vous êtes Esprit d'amour, et vous laites aussi en la terre cette opération d'amour, cette union divine, cette alliance incomparable qui joint la terre au ciel, l'être créé à l'Etre incréé, et Dieu à l'homme, d'une liaison si étroite, que nous avons un Dieu homme et un Homme-Dieu pour jamais 1 Béni soyez-vous à jamais en cotte sainte opération, qui accomi)lit l'incarnation du Vei-bc et la déification suprême de la nature humaine, laquelle, demeurant humaine dedans l'état même de celte union divine, reçoit la grâce incréée et infinie dans un être cr'éé et fini et semblable au nôtre, et est comme un nouveau et admirable buisson devant la face de Dieu pour le salut du ])eu[)le, ainsi que le buisson d'Horeb dev;uit la face de Moise. Buisson ardent et non consommé ; toujours buisson et toujours ardent; toujours buisson dans les éfiines de notre humanité, et toujours ardent dans la ilamme de la Divinité.
IV.O humanité sainte, élue parle Père éternel pour entrer seule entre toutes les créatures en l'étal de la filiation non adoptive, mais naturelle, pour être unie pour jamais à son Verbe et associée à sa divinité en unité de personne, i)0ur être sainte par la même sainteté qui le rend saint, et le rend Saint des saints, bien (ju'en une autre manière, et pour être la cause de toute la sainteté du ciel et de la terre : je vous loue, je vous aime et adore en l'union [)ersonnelle que vous avez avec la Divinité; en îa vie nouvelle que vous avez et que vous possédez en la source de vie; en liiitime et secrète communication des jjerfejtions divines qui vous appartiennent en une façon singulière, sans aucun préjudice des conditions et limitations de votre être créé, et comme h une nature subsistante en la Divinité 1 Je vous loue en la dignité intinie et en tous les pouvoirs etollkcs que vous recevez en cette qualité ; en la relation, appartenance et a[)propriation que vous avez à la Trinité sainte : au Père, en la filiation du Verbe humanisé procédant ùe lui; au Fils, en la subsistance que vous
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recevez de lui; au Saint-Esprit, en l'opération par laquelle il vous produit et vous unit au Verbe ! Et je vous loue enfin en l'état suprême, tout divin, tout admirable, auquel vous êtes entrée |)ar cette union hy|)Ostaiique, et en toutes les suites, appartenances et apanages qui sont dus à cet état divin, selon l'ordre de la puissance, de la sapience et de la bienveillance du Père éternel envers une nature qui lui est si proche et qui a unejilus grande intimité aveclui qu'aucune autre nature, après sa i>ro|)re essence, puisqu'elle lui est intime et conjointe par la subsistance de son Fils.
V. Vous êtes en cet état et subsislcnce un abîme de merveilles, un monde de grandeurs, un excès d'éminences, de raretés, de singularités; vous êtes le centre, le cercle et la circonférence de toutes les émanations de Dieu hors de soi-même 1 Vous èles le chef-d'œuvre de.Dieuel l'œuvre auquel, sortant hors de soi-même, il épuise lui-même sa grandeur, sa puissance, sa bonté, et auquel il s'enclôt lui-même pour faire comme partie de son ouvrage, pour le relever par-dessus tous les œuvres de ses mains et f;our le dignifier et déifier par soi-même! Vous êtes le trône de gloire et de grandeur où la ])lénitude de la divinité habile uniquement, divinement, corporellement, ce dit le grand Apôtre {Col. ii, 9), dignehéraut de la gloire de ce très-grand mystère. En la Trinité sainte le Fils de Dieu est conjoint à son Père en unité d'essence ; et il est ici conjoint à cette humanité en unité de personne-. Le même Fils de Dieu, en la divinité, est conjoint à son Père en unité de princi[)e, pour produire la troisième personne de la Trinité, et il est ici conjoint à celte humanité en unité de personne, i)our être un principe avec elle, et par elle, de tout l'ordre de la grâce et de toute la sainteté de la terre et du ciel.
L'être et l'ordre de la nature est attribué au Père par son Fils ; l'être et l'ordre de la grâce et de la gloire est attribué au Fils par cette humanité, et il l'opère et accomplit par elle, comme l'ayant élevée et choisie pour être un instrument conjoint à la Divinité. La divine essence est une grâce substantielle; et vous, ô humanité sainte, comme unie au Verbe, vous êtes une autre sorte de grâce substantielle el subsistante personnellement en la sainteté divine et incréée 1 Et comme les accidents et propriétés Huent de la substance et ont leur être et leur dépendance en elle , ainsi les etfets de la grâce ont leur racine en vous et leur subsistencc en vous, ô humanité déitiée I ô divinité humanisée ! tellement que cet Homme-Dieu, ce Verbe incarné, ce Fils unique du Père éternel au ciel et de Marie en terre, est en l'ordre de la grâce, ce qu'est la substance au regard des accidents, et ce qu'est Je soleil au regard de la lumière; et il aune éminence, une inlluence, une puissance:
une éminence suprême, une influence universelle, une puissance singulière et absolue sur tout l'état de la grâce et sur tous les
GRANDKLUS DE JESUS, - DISC. II. ELEVATION A DIEU SUR LLNCAnN.
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(ïllcls qui CM procrdcnl. Ml commo dnns l'étcniilt', i»nr resscin'c (|ii'il roroililc son l'ère, il est principe (lu S<iiiil-l'>pril, INpril élernel et imréô ; nussi en la sxile des temps, par ressemé (pi'il reroildesa mère, c'est-à-dire, ])V'V l'ori^aiK! do notre liumanité, il est une nouvelle source, source vive et puissante, do toute la sainteté créée, de; toutes les ^r.lces infuses, de toutes les assistances divines, do toutes les oj.érations saintes de la leire et du ciel, du temps et de l'éternité.
O excès ! A ahîme ! On ne peut compter les étoiles nu ciel, les leuilles en la terre, les sahlons en la mer, bien que ces choses aient leur prix et leur nondire limité; mais qui pourra compter le nondjrc et estimer le prix, la sini^ularité de tous les ell'ets de la grâce? de tous ses eU'els, dis-je, dans le ciel en tous les saints, dans la terre en tous les justes, et dans les pécheurs mômes, <)ui s'opj)Oscnt h la grAco qui leur est présentée? Qui pouira dignement considérer ce (juc jiorte l'étendue des siècles jusqu'à la lin du monde, et l'itdinité de la durée d'utie éternité? d'une éternité, dis-jo, qui n'a point d'autre vie que la vie de la grâce, et ijui n'est que sainteté en tous ses usages, et qui est toute rcm[)lie et occuj)ée d'etlels de grâce et de gloire? Or tous ces clfcls, soit de Dieu envers les hommes ou des homnies envers Dieu, vous regardent, ô Jé>U'-, et vous regarderont pour jamais comme leur origine, et ont leur a[)pui, leur soutien, leur fondement en vous comme en leur substaricc. O substancel ô origine de grâce I que cela dit chose grande en Jésus au regard (Je la grâce 1 Car comme l'ordre de la nature et tout cet univers que nous voyons si diffus et si étendu en diversités aihuirabies, est jiartagé en deux êtres dillérents, dont l'un est substance et l'autre est accident, qui comprennent toutes les variétés de ce monde : aussi l'ordre de la grâce a ses accidents et sa substance : sa substance au Fils de Dieu incarné, et ses accidents en ses saints et en ses serviteurs; mais avec cet avantage que l'Homme-Dieu est lasubslance unique et singulière de tout l'ordre de la grâce, au lieu f|ue l'ordre de nature est divisé et diversifié en plusieurs sortes de substance. Kt ainsi l'ordre de la grâce, comme plus excellent et plus approchant de la Divinité, est aussi plus approchant de l'unité, (jui est tant célébrée eu la Divinité, et n'n qu'une substance déiliéo, comme il n'y a qu'une essence et substance divine. Et ce Jésus, en qui nous co;:sidérons une substance rare, excellente et unique en l'ordre de la grâce, ne l'appuie pas seulement comme la substance appuie tous les accidents qui la concernent, mais est encore une substance originale de tout l'ordre et état de la grâce. Car la grâce en la terre et au ciel est lluente et émanante incessamment de Jésus, comme les accidents Huent de leur substance, et comme la lumière en la terre et au ciel est procédante
(7) D. lliciiON., in MaUh. vm : Ex hoc loco iiilclligiiiius<|iiO(i(imriescrcnliir;c seiiiiaiilCrealuieiii. Qu:is en. tu incropuvu et quibu:: iinpcrav.l, seiiliuiil V.n^-
«lu soleil. Kt "pour nous élevcir à un plus digne objr-t et [dus divin exemplaire, cette eu anation de la grâce est une sorte de divinité créée, de laipjelle Dieu a dit : E'jo dixi : DU rstis (P.sal. i.xxxi, (ij; et est uneexcellenle imilatiou de celte gran.le. noble et première émanât.on du Fils en la Divinité, (pii regarde le l'ère comme >on I*ère et son princijie. Et par ainsi mus avons h reconnaître et h honorer deux émanations «liflérenies en Jé-U";, l'une dérivée de l'autre : i.on émanation de son Père en sa propre personne, et l'émanation que la grâce a tirée de Jésus, ]>ar hommage et imitation de celle qu'il a lui-môme de son l'ère. Et celle émanation seconde nous découvre et manifesle un étal admirable et perpétuel de Jésus, état tiré des (dus grands secrets, et fondé aux plus hauts mystères de la religion chrétienne, et <pii doit servir de règle et de conduite à notre piété erivers lui. (iar, comme en la 'Irinité sainte les |)ersonnes divines ont relation etra()poit à leur j)rincipe et origine, et elles ne subsistent r|u'en ses jtropriélés et rel.it ons, et vivent heureusement en ce regard, en ce raftport et en cet amour réciproques ; ainsi, en l'ordre de la grâce, qui est une imitation j artaite, un 1)01 trait au vif et une paiticii atiun formelle de la Divinité, toute la sainteté créée a un rapport excellent au Fils de Lieu, a un regard singulier vers le Verbe incarné, et a vie en Jésus, comme celui cpii est et se nomme la Vie, ei qui est son principe et son exemplaire.
Et les esprits doués de celle sainteté créée, en regardant et adorant ainsi Jésus, vont adorant et imitant en la sainteté divine et incréée le regard et le ra])jK)rt éternel du Saint-Esprit vers le Père et le Fils, et du Fils envers le l'ère, comme h son origine, afin que, comme la sainteté incréée est subsistante en relations mutuelles des personnes procédantes vers celles dont elles sont protédées, ainsi la sainielé créée ait sa subsistence en ce rapport, en ce regard et en celte relation singulière vers Jésus cl vers son humanité sainte, dont elle est dérivée; et qu'ainsi nous soyons contemplant Jésus, aimant Jésus et vivant en Jésus : car il est la vie, et il veut être notre vie dès à présent et [)Our une éternité.
O humanité divinement subsistante, divinement vivante, divinement opérante 1 vous êtes digne, en celte qualité divine et infinie que vous avez, et vous êtes inliniment, et infinies fois infiniment digne de régir tout ce qui est créé et tout ce (jui peut être créé, et, par un pouvoir d'excellence, de commander à tout ce cpii peut être commandé. Car la nature môme insensible e^t sensible à vos comuiandemenls comme nous le vo. ons aux temjièles, aux vents, aux orages et aux éléments courroucés (jui vous ont obéi [Matlh. MU, 20), inojeslalc couditoris, selon les saintes paroles u'un g'"and saint et d'un grand docteur de l'Eglise (7), qui représen-
raniem, m»jesi:ite ronililnris, qua apiid nos iijScu:ià bilia, illi senïibilia suiil.
ORL'VRES COMFLETrS Dl" rARDîNAL DE BERILL*^..
teiit dignement l'hommage et la soumission que les choses mômes insensibles ont rendus à Taulorité puissante et à la majesté augusie du Créaleiir, faite visilile et sensible en vous, ô liumanité sacrée! Vous êtes digne d'acquérir et mériter tout ce qui peut être acquis et mérité, de sanctitier tout ce qui peut être sanctifié, et d'abolir et effa' er tout ce qui doit être ell'acé et pardonné : car vous êtes sainte par la sainteté même de la divine essence. Vous ôles le milieu de l'être créé et incréé : car vous avez, comme l'un, une jiersonne divine; vous avez, comme l'autre, une nature finie et limitée. Vous êtes l'objet nouveau et singulier de Dieu et des hompjes : car le Père éternel vous regarde comme unie à son Fils, le Fils comme unie à soi-même, et le Saint-Esprit comme unie à celui (p)i est son origine et le principe de son émanation éternelle ; et nous vous regardons tous comme l'épouse de notre Dieu, comme l'arche de notre alliance^ comnie le lemjde de notre Divinité, comme la source de notre salut.
VI. En l'honneur donc de vos grandeurs, de vos pouvoirs, de vos bénéfices : de vos grandeurs en vous-même, de vos pouvoirs sur tous, et de vos bénéfices envers nous; en Ihonneur encore de tous les divins ob- ;ets que nous avons contemplés, et de tous les mystères qui ont un rapport vers vous ; en l'honneur de la Trinité sainte, du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, ordonnant et opérant l'union inelîable de la nature humaine avec le Verl)e éternel ; et en l'honneur de la très-sainte Vierge, en laquelle celle union divine a été accomplie et consommée : je m'adresse cl m'élève à vous, ô Jésus mon Seigneur! et je vous dis les paroles de l'un de vos apôtres, en son extase, et je vous les veux dire eji son esprit et en son atrection : Dominus meus et Deus meus (Joan. Tix,28) : « Mon Seigneur et mon Dieu. » El en cette vue et pensée de vos grandeurs, je m'offre et n;e présente b. vous on l'état et en la (piaillé huml)le et heureuse de servitude. Et je propose et lais une résolution constante, assurée et inviolable, de servitude perpétuelle h vous, ô Jésus-Christ mon Seigneur et mon Dieu, ma vie et mon Sauveur! de servitude, dis-je, h vous, et à vuire humanité sacrée et déifiée, et h votre divinilé humanisée. Car votre humanité e6t déifiée non seulement [)ar l'infusion et déification de la grâce, mais par une bien plus noble infusion et impression, h savoir, par l'infusion et impression du Verbe mê'ue, communiquant .sa propre iiersonne ù cette humanité. Et réciproquement votre divinité est humanisée, c'esi-ii-dire revêtue de notre huin.inité, comme d'une substance nouvelle, qui lui est adjointe et adhérente par le soulien et la communication qu'elle reçoit de l'existence el de la subsislence propre de la Divinité. O grandeur, 6 bonté, ô amour, ô liaison ineffable de la Divinité avec l'humanilé 1 je he donc mon être à vous par le lien de servitude per[)éluelle, en l'honneur des
liaisons saintes et sacrées que vous voulez avoir avec nous en la terre el au ciel, en la vie de grâce et de gloire ; et je fais celte liaison sainte de toute ma puissance, vous suppliant me donner plus de grâce et de l'uissance pour me lier à vous d'une liaison plus grande, plus sainte et plus étroite.
Notre être est lié h vous, 6 mon Dieu, par votre grandeur et par son indigence, c'est-à-dire par la nécessité qu'il a d'êlre soutenu de vous, pour ne pas tomber au néant dont votre main puissante l'a tiré. Notre être est encore lié à vous par votre lK)nté el par son impuissance, ne pouvant 0[)érer aucune œuvre de salut, s'il n'est conjoint à vous fiar la grâce; baison qui n'aplartient qu'aux bons, et qui les sépare de ceux qui sont malheureusement séparés de vous-même. Mais outre ces deux linisons, il vous a plu en avoir une troisième toule [)ropre à vous seul, et qui ne convient (ju'à vous : liaison d'amour, el d'amour rare et singulier; liaison sainte et sacrée, qui lie votre personne à notre nature; liaison qui fait un nouvel être, un nouvel étal, un nouvel ordre ; laison qui fait un nouvel homme et un nouvel Adam. Un nouvel homme, disje, c'est-à-dire, non un homme juste tant seulement, ou un homme saint; non un homme angélir^ue ou un homme divin, mais un Homme-Dieu qui soutient, qui régit, qui ravit le ciel el la terre.
J'adore votre être, ô mon Dieu! comme {ippui de tout être en la liaison preniière, nécessaire et universelle à tout être créé, comme aux bons et aux mauvais. J'implore votre bonté et miséricorde, pour'être lié à vous pour jamais de la liaison seconde par les liens de votre amour, par l'impression de votre grâce, par l'infusion de votre Esjwit. Mais je passe outre, et j'aspire à vous, ô mon Seigneur Jésus, et je veux avoir [lart avec vous, it avoir part en vous à la nouvelle grâce de votre nouveau mystère de l'Incarnation! et en l'honneur de l'union admirable de votre humanité avec la Divinité même, je veux m'unir à vous, pour être en vous, jour vivre en vous, et pour fructifier en vous comme le cep en i.a vigne !
VU. O mon Seigneur Jésus, faites que je vive et subsiste en vous, comme vous vivez el subsistez en une personne divine 1 Soyez mon tout, et (^ue je fasse partie de vous en votre corps mystique, corume votre humanité est partie d'un (iivin composé subsistant en deux natures si différentes! Faites (jue je sois os de vos os, chair de votre chair, esprit de votre esprit; cl que je porte l'elfet de votre sainte prière au dernier de vos jours et allant à la croix, oij, après avoir prié pour v(»s a[)ôtres, vous priiez inslarumeni le Père éternel que nous soyons un avec vous, comme vous ôles un avec lui. Non pro eis aulem royo lantum, scd et pro eis qui cndituri sunt pcr vcrbum eorum in
iCi»
GUANOKIUS DK JESUS. - DISC. II. Kl.KVAIION A UIKC SLR LIN^AKN.
me. IJt omnes utium tint, sirtit lu Pntry in me, et tijo in te, ut et //>.>(i in nnhis unum tint: ut cirdut mutidus, i/uid tu vir inisisti. Et eyn cluritulrm (/uani tu lirdisti niihi, drdi ei$, ut sint uuuni, sicut et uns unum sunius. Etjo in eis et lu in me, ut sint consuinmuti in unum. « Or ue prir'-je point seulement pour cur, muis aussi pour ceux ijui croiront en moi par leur parole , afin que tous soient un, ainsi (/ue vous e'tcs en moi, ô mon Pire, et moi je suis en vous, afin queux aussi soient un en nous, et que le monde croie que vous m'avez envoyé. Je leur ai aussi donné la gloire que vous m'avez donnée , afin qu'ils soient un, comme nous sommes un. Je suis en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consommes en un.ty {Joan. xtii, 20se(|.)O |i.i rôles sn(?rùos (lu N'orhe t'ieriii'l î ù prière ellii ace (lu Fils uniciiie de Dieu 1 ô paroles d'uiiilé adorable du Fils avec le l'ère ! ô j-rière d'union souhaitable du Fils avec nous, et de nous avec luil ô unilé 1 ô union! Je m'unis donc avec vous en l'honneur de l'nnilé que vous avez avec le l*ère el le Saint-Esprit; et je m'unis à vous en l'honneur de l'umon inel"iahle i|ue vous avez avec noire nature par Je mystère de l'Incarnation. A la vérité, je me vois bien distant et éloigné de vous et de votre humanité sacrée, en la tli|^iiité infinie qu'elle a [lar cette union divine et personnelle, mais aussi votre huuianité, en son pur état nalurel, est éloignée de l'esprit de la divinité qui la vivifie. Conmie donc col esprit vivifiant et ce Verbe éternel s'est approché d'elle en vous, ô Jésus! s'est unie è elle, s'est fait chair avec elle par une dignalion infinie ; daignez vous a|)procher de moi, vous unir h moi, vous incorporer en moi, afin que je sois, ijue je vive, que j'opère en vous, que je sois conduit et dirigé de vous, que je sois possédé de vous; ainsi que l'esprit de votre divinité est animant, est dirigeant, e>t })0ssédant singulièrement cette âme et celle humanité qui lui est personnellement unie.
Mil. Fn ce divin état de Jésus, je révère et adore la vie, l'anéantissement et l'opération de la divinité en cette humanité ; et la vie , l'élèvement et la déification de cette humanilé et» la divinité ! J'admire les action.-) humainement divines et divinement iiumaines qui procèdent de cette vie nouvelle et mutuelle de l'Homme-Dieu en sa double essence , l'une éternelle, l'autre temporelle; l'une divine, l'autre humaine ; el toutefois si intimement, si saintement, si divinement jointes ensemble! 0 vie! ô source de vie ! ô plénitude de vie ! 0 Jésus, vous êtes vie ! Et comme en Dieu tout est vie, aussi tout est-vie en Jésus. Et nous voyons qu'en lui la mort môme est vie I Car et sa mort nous est vie, et nous donne la vie, et ne le prive pas de la vraie vie , puisque la mort ne sépare ni son âme ni son corjts de la divinité qui est la vraie vie. En la naissance du monde. Dieu, qui e<t vie, a voulu comme vie faire une ombre et une image de soimôme ; et il a voulu former trois vies mouvantes sur la terre, lesquelles il a conjointes
O^Ù:^RF:> COMPL. DE DE BÉRILLE.
el réunies on Ailam et en sa [lostérité : la vie végétante. In vie animale et la vie humaine!. Mais an second Adam , su[»[>osaiit CCS trois vies ( nnime en tous les hommes , il a établi et or.lonné en terre trois autres sortes de vie tontes nouvelles , toutes saintes, toutes divines el tontes dignes d'un nouvel homme el d un nouvel Adam. Ij\. vie divine, |)ar l'union de l'essence el de la personne divine à la nature humaine ; la vie voyagère et méritante, le salut de l'univers, par l'union de l'âme au \ crbc éternel el h un corps déilié et paisible tout ensemble; la vie glorieuse, |»ar l'union de celle âme à la gloire de la divine essence el des personnes divines. Trois unions el trois vies toutes célestes, toutes divines , toutes incompréhensibles, toutes miraculeuses. Car la vie divine est fondée au miracle des miracles, 5 savoir au mystère de l'hK arnation qui surpasse et la [)uissance et lintelligence (le la nature créée, (|ui est le chef-d'œuvre de la Divinité, et la merveille des merveilles : au reganl de laquelle tous les autres miracles ne sont que des ombres, ou des suites, ou des j ré|>aralifs de ce premier miracle. Aussi nous voyons que Dieu ne fait |)as seulement un effort sur le néant comme en la création, ou sur la f)oudre et la cendre comme en la résurrection; mais, ce qui passe toutes les pensées des hommes et des anges, il fait un effort à soi-même, à sa propre personne et à sa grandeur , pour s'abaisser à notre petitesse , pour rehausser notre bassesse, et, par ces deux mouvements dillérenls, joindre le Très-Haut à la poussière et à la fange, et faire un Homme-Dieu sur la terre.
IX. Et comme en cette vie divine, Dieu a voulu conjoindrc deux natures ensemble si distantes : aussi en la vie du Fils de Dieu vivant comme passible et mortel entre les hommes, il lui a plu de joindre deux étals el deux vies bien différentes ; dont l'une est vie (le gloire, et l'autre de labeur ; l'une de félicité, l'autre de mérite; l'une de jouissance, l'autre de souffrance ; l'une de grandeur, l'autre d'abaissement. Deux vies liées ensemble en l'état de la vie du Fils de Dieu de|)uis sa naissance en la Vierge jusqu'à sa mort, et liées inséparablement. 0 état trèssingulier ! ô vie très-considérable! ôétat qui portez un effort du Fils de Dieu sur soi, et sursa |)ropre vie 1 Effort assidu et jierpéluel par l'espace de trente-quatre ans, sans être interrompu d'un seul moment! Effort non .*! l'état de la nature, ou de la grâce, mais (le la gloire : De la gloire , dis-je , qui st^m- IjIc être un état assez élevé, pour n'èlre violé en ses droits et privilèges! Elat, effort et miracle <iu Fils de Dieu sur soi-même, qui ne convient qu'à lui, qui est propre et singulier en lui ; qui n'est que jjour lui entre tous les saints, et non pas même pour sa très-sainte Mère! Effort qui nous apprend et conjure de faire un salutaire effort à l'élat de notre vie défectueuse, misérable et imparfaite, pour honorer celui qui, pour notre salut, fait effort, et un tel effort à l'état
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
puissant, heureux et ndmirablo desa gloire. Or qui nous introduira en la contemplation de ces trois vies (Je Jésus, l'une divine, Uaulre vovagère , l'autre glorieuse? Qui lous en ouvrira les (résors et les secrets, es grandeurs el les nivstères? Qui nous A'ra voir les etTets de la divinité, les uns ojiérés, les autres suspendus i)Our un temps en cette humanité? Car le cours de la vie niortelle et vo.yagère du Fils de Dieu , est ) arlagé en deux sortes d'états bien dilTérents et comme op[»osés l'un à l'autre. L'un e.-;t un élat d'infusion et de communication de i)lu>icurs grâces, effets et cjualités singulières, excellentes et divines, que riiumanilé r. çoiî de la divinité occulte et cachée en e!le*. L'autre est un état de suspension et de privation de [dusieurs autres grâces et effets, (jue celle même divinité, selon sa giandeur et sa liaison étroite à cette liumanité, devait opéreren elle et par elle,el qui lui sont abondamment comrauni(juées dans le ciei , lesquels néanmoins ont été souvent relenus *et suspendus jusqu'au ten)psdesa vie glorieuse et céleste, pour la dispensaiion de notre salut.
Car encore que Notre-Seigneur Jésus- Chri.^l eût la plénitude de la divinité si iniimemcMil conjointe h sa nature humaine, il a toutefois voulu porter sur la terre en son hurailiié, la |)rivalion de plusieurs sortes de grâcesetd'effclssinguliersdesa divinité, qui étaient dus à son huuianilé dès son entrée en l'état de l'union liy|)Ostalique, et qui lui sont rendus abondamment dans le ciel. El, ce qui est admirable, paraissant aux .yeux des hommes comme pécheur, il a voulu porter en la (erre, ii la vue des anges, cette privation comme marque de la ressemblance de la chair du péché, et comme un moyen d'ux|)ier en soi-iuème la privation que les j»écheurs portent de tant de glaces qu'ils recevraient de Dieu, s'ils n'élaient en sa disgrâce , et comme un sujet rare et particulier d'honorer sur la terre, par un état de privation sainte et divine, celui que les pécheurs déshonorent en la terre et sous la terre par une privalion maligne et misérable de la grâce et de l'amour de Dieu.
Ces deux étals sont très-dignes de considération singulière dans le cours de la vie du Fils de Dieu : et nous avons des indices sulhsants de l'un et de l'autre parsemés dans l'histoire de sa vie. Car c'est un indice signalé de cet humble élat de privation, que le moment de la transfiguration , qui dura si peu , et qui devait durer toujours , et qui était non-seulement un éclat de la gloire (le son âme, mais aussi un éclat et un témoignage de la divinité toujours vivante en cette âme et en ce corps , selon saint Jean Damaïcène. Ft toutefois, nous voyons son humanité sainte dépouillée de cet éclat el splendeur rentrer aussitôt en son état [)récédent : élatcouinnin et ordinaire à son humilité, mais bien extraordinaire à sa grandeur et à sa dignité. Semblablement c'est un indice de cet autre élat d'abondance, que l'é-
manation de tant de merveilles rapportées en l'Ecriture, où nous voyons que, durant l'espace de trois ans, il lui a plu imprimer les marques de sa grandeur et de sa puissance dedans le monde, sur la terre, sur les eaux, sur les choses animées et sur les choses inanimées, sur les orages et sur les lempAtes, sur les hommes et sur les démons même, sur les âmes, sur les corps, sur les vivants, sur les morts, et sur toutes sortes de malades, lesquels étaient tous guéris. Et de ses guérisons, les unes étaient opérées par sa simple i)arole, les autres jiar l'imposition de ses mains saintes et puissantes, les autres par l'atiouchcment de sa cliair sacrée et déiiiéc, et quelques-unes mémo par le simple attouchement de sa robe : et ce non-seulement pour marque de son pouvoir sur les choses et animées et inanimées; mais encore pour marque de la vertu résidente en cette chair déinée, et émanante de cette chair précieuse, beaucoup plus efficace que tous les simjiles de la terre, et divinement efficace pour la guérison de toutes sortes d'infirmités. En l'unedesquellesil apluauFils de Dieu (pour nous faire entrer en connaisr sance des émanations saintes et divines qui sortaient de lui) de dii-e ces | aroles dignes de grands poids : Qitis me teliyit ? novi enim virtiitem exissc ex me : « Qui est-ce qui m'a louché? car je sais qu'une vertu est sortie de moi. )• [Luc. VIII, 46.) ¥.1 il a inspiré un de ses évangélisles de dire le njême sur un un autre sujet : Virtus de illo exilât, et sanabat omnes. (Luc vi, 19.) Une vertu sortait de lui, et les guérissait tous.
Car celle humanité, comme elle est le sacré domicile de la divinité qui contient toutes choses en éminence, elle e>t aussi le réservoir et le trésor de toutes sortes de grâces, de vertus, de propriétés singulières, dont peut émaner un nombre infini d'effets miraculeux, excellents eldivins,dans le ciel, dans la terre, dans les hommes et dans les anges, et sur tous les sujets où il lui plaira d'opérer el d'employer sa pui)«sance et sa vertu. Car comme les créatures sont émanées de Dieu, el Dieu produit continuellement des choses qui sortent hors de celte source vive de tout être , aus^i de l'Homme- Dieu doit émaner continuellement un monde d'effets excellents de vie, de grâce, de gloire, de s|)lendeur, dignes de la divinité, et clignes d'une humanité subsistante en la (Jivinité,et vivante de la divinité.
Le soleil n'a qu'une ou deux émanations hors de soi-même qui nous soient connues, et il les a continuelles, car nous voyous comme il a incessannnent émanation de lumière et d'influence. Et ne voulons-nous pas que ce soleil du soleil, celte source vive de grâce et de gloire, ce Jésus Homme-Dieu (qui a tout en soi-même, et contient tout, ou en existence, ou en éminence), ait une émanation continuelle de grâce, (de lumière, de vie, de sainteté et d'amour, et de toutes autres sorles de qualités et d'opérations divines et excellentes, et qu'il ail cette émanatiou avec beaucoup plus de puissance, plus de
«;iiAM)Ki;us in; jksus. — Disc, ii
continuité cl plus (rnctivilé, i]ue n'a pas ce soleil (pjo nous voyons, (lui n'est cjue son ombre et sa (i^jun.'? Jésus (ion<; est en un él/it (lo plénitude, d'inrusion et de conMUunic.ition de» gr/^ies et d'elFets éninnants de la divinité en riiuinanilé, et déroulants <le l'Inininni'.édéitiéo sur les «-réalures, comme d'un».* iiléniludc de vie cl do grAcc , 5 Incinelie les liomiuos et losanges particnpenl, selon le témoignage de son l)ien-aimé disciple, l-'t cette infusion et ahondance est due h Jésus ddvs le nioinenl de rincarnation,ol elle a été en plusieurs rencontres divinenienl suspendue et arrêtée pour un certain lem|»s par lo conseil de Dieu. De plenitudine cjus nus omues uccepimus. {Joan. i, 16.)
Kl ainsi sa vie n"»orleIle cl voyagère est h l»on droit distinguée en ces deux états, l'un de |)rivation, cl l'autre de plénitude et d'infusion do plusieurs grâces ot eirets, dont les uns ont été puissaoïmenl suspendus, et les autres divinenienl o|>érés et conmiuniqués à cette humanité. Ce qui mérite bien un discours à jiart, ()ue nous réserverons [)Our une autre fois. Mais les uns et les autres on cotte hunianité (jui en reçoit ou la communication ou la suspension, méritent un honneur égal, lequel nous ne devons pas omeltro en l'élévalion présente. Car aux sujets qui sont éminemuicnt et divinement grands et hauts, tout y est grand, tout y est haut, tout y est égal.* En celle humanité donc, et l'opéralion f i la suspension de ces effets divins nous doit être également précieuse et également vénérable; ainsi que nous voyons en la divinité que le produire et le non produire est également divin el adorable dans les personnes de la Trinité sainte. Or le ciel n'est pas orné (le tant d'éloiles, ni la terre émaillée de tant de Heurs, comme cette humanité sacrée est embellie, parsemée et diversifiée d'un nombre innombrable d'effets divins et surnaturels, que la divinité, en témoignage de sa présence et de sa subsislaneO, ou opérait, ou suspendait en lui contimielloment.
Il n'y a moment, il n'y a lieu, il n'y a circonstance, qui ne soit illustrée ou de l'opération, ou de la suspension de quelque grâce ou ellet admirable que celle humanité devait porter en e!le, ou opérer hors d'elle jx>ur marque d'une sf)lendeur si vive, d'une grandeur si puissante, et d'une majesté si auguste, également |)résente et permanente en tous sesélats différents. Concluons donc ce point, en admirant ce que nous ne pouvons pas exprimer en si peu de mots, ni entendre avec si pou de lumière; et disons en nous élevant à Dieu : Oh! que d effets ou opérés, ou suspendus en cette hufuanilé sacrée! eljOhl quels effets d'une divinité si pré>enle, si puissante, si agissante en une humanité rendue si digne et si capable des opérations divines 1 Car elle en est rendue capable, non par la grâce seulement, mais par une essence el personne incréée habiianle en elle, unie à elle, vivante et subsistante en elle personnellement.
Passons de la terre au ciel, et de sa vie humiliée à sa vie glorieuse. Qui nous fera
KI.KNATIO.N A IMKi; Si II I. INCAIIN. 17 v
comprendre ce haut étal de gloire, «pie la sapienceet b(Milé divine a réservé à uiie âme toute sienne, cl à une Inuuanité é\v\é<: au piu^ haut priint d honneur, el h la |lu> étroite et iiilinie alliance où la puis>ance de I)i"ii jiui>se |ir)rler une n.Uuro créée, c'e-t-à-d re h l'union personnelle avec la divinité? () rare, A singulier, ô iii(;om|néli(;nsii)lc étal de la gloire de Jé>us, qui doit être a(ioro et ne peut être pénétré, et (pii surpasse toute la gloire el des hommes et des anges ensemble, et la surpasse incomjiarablementl
Kl jetant les yeux sur tout ce qui so passe en l'âme, au corns et au c(L'ur de Jésus dans les diver> états fie ses trois vies différentes , qui me fera connaître les | arti( ularités de la vie cl intérieure el extérieure du Fils de Dieu, el sur la terre el sur les cieux? Quelle vie! (juels contentements! quelles pensées! quels sentiments! quelles lunsièresl quelles élévations ! quels abaissements 1 quelles louanges! quel hommage! quels remercîmenlsl el quel amour d une âme tirée du néant, comblée de gloire el en un moment élevée [tar-dessus tout ( e qui peut être créé, et jointe à Dieu même personnellement! O vie ! ô puissance! ù majesté sortant d'une divinité puissante el subsistante en cette nature créée? 0 splen(Jeur de l'éternelle lumière ! ô roi (Je gloire ! ô soleil de justice, soleil (|ui faites ombre aux lumières du ciel, et qui avez obscurci en la terre le soleil môme au dernier de vos jours : Illumina tenebras meas {Psal. xvii, 29j> daign'v. regarder mes ténèbres , el faites que je vous aime el que je vous connaisse 1 Que j'aie |)arlausort de vos lumières! Que j'admire el contemple vos grandeurs! que je pénètre vos mystères! Je m'adresse à vous, ô sapience essentielle 1 et adorant votre être en l'unité de Dieu et en la subsistencc du Verbe auquel vous êles singulièrement appropriée, el a<lorant encore vos inventions admirables en la conduite et accomplissement de vos œuvres, faites-moi celte grâce, que je pénètre le secret admirable de ce chef de vos œuvres, el que j'annonce et déclare l'invention divine par laciuelle vous avez bien su conjoindre ce même Verbe avec la nature humaine dans le sacré mystère de l'Incarnation.
X. Le secreldonc de ce nouveau mystère, le ressort de ce grand œuvre, œuvre des œuvres de Dieu, el le moyen singulier que la sapience divine a trouvé pour joindre ainsi la terre avec le ciel, comme en un point et en un centre; l'invisible avec le visible, en un môme sujet, et l'être créé avec l'être incréé, en une même personne; el ce sans mélange et sans confusion de deux êtres et deux natures si distantes el si jointes tout ensemble ; ce secret, dis-jc, ce ressort el ce moyen inconnu aux intelligences célestes, el celle invention divine, est le dénûmenl que l'humanité de Jésus a de sa subsisience propre el ordinaire, pour être revêtue d'une subsistencc étrangère el extraordinaire à celle nature divisée et séparée d'avec sa propre subsistencc, qu'elle avait droit d'avoir el dont elle se trouve heureusement
OEUVRES COMPLETES DL CAUDINAL DE BERl'LLE.
privée au moment de sa jirodurtion. Et comme en 1 ente on divise et intéresse le tronc qui doit porter la greffe, et le fruit de cette gretîe, choisi par le jardinier, est un finit extraordinaire à l'arbre qui est enté. Ainsi le Père éternel, comme le divin agriculteur de l'Evangile, a choisi en la terre une plnnle sauvage (si nous la considérons en son origine et en sa nature) qui est Thuuianilé, portant la ressemblance de la chair du péciié; et en elle a sé])aré la i.aiure d'avec la per>onne qui lui eût été propre et connaturelle, et qui devait naturellement Huer de son essence existente et actuée; et il a substitué la greffe céleste, la subsistence divine, la personne propre de son Fils au lieu de la subsistence humaine qui a été interdite en elle.
Tellement que cette plante, ainsi divisée et comme intéressée en ce qui est si intime, si propre, si connaturel à son être, porte des fruits différents, et qui appartiennent, non pas à elle, mais à la greffe qui est entée en elle. Et cette nature ainsi dénuée et ainsi revêtue, a désormais un être et un être différent, non en son essence, mais en son existence et en sa subsistence. Si bien que sa vie, ses mouvements et ses actions ne sont plus comme d'elle ni à elle en propriété, mais sont à celui qui la soutient divinement. Car il y a celle différence à remarquer entre la greffe du jardinier et la greffe liivine du Pèic éternel, le jardinier céleste, (ju'au lieu que la greffe est soutenue du tronc sauvage auquel elle est enlée, ici le Verbe, comme une greffe divine entée en la nature humaine connue en une plante sauvage par la resscndîlance du péché, est -e soutien de celle même nature. Et celui qui de trois doigts soutient le monde, soutient celle humanité en une manièie plus puissante et plus singulière, se l'approprie, la sanctifie et la déifie en sa personne. D'où il s'ensuit que la vie et les actions de cette nature humaine ne sont pas à elle; non qu'elles ne soient procédantes d'elle comme de leur ])rincipe; mais elles ne sont pas à elle en propriété, ni en terme de logique, ni en terme de droit et de moralité.
J'ai regret de m'élendre en ce sujet, et d'employer ici des paroles mieux séantes dans les thèses et dans les écoles, que dans les chaires et dans les discours de la foi. Mais le lecteur me le pardonnera, s'il lui })lait, vu que la nécessité m'y contraint, pour obvier, par manière de précaution, aux diflicultés que forment quelques-uns, lesquels je prierais volontiers ou de garder le Silence par modestie, ou de vouloir prendre la peine de considérer attentivement et d'approfondir les vérités que la foi nous enseigne, atin (ju'il api'araisse que nous avons tous un môme senliment, accompagné tie charité aux choses de la foi, comme nous le commande l'Apôtre (8). Car ils ne s'aperçoivent pas que, contestant cette vérité, ils
(8) Rom. XII, 16: Idipsum JHi'JHccm. — Pliili|ip. U, 2 : Idem sapiatis, eaindem cliaritalem hubcn-
intéressent le fonds du christianisme, qui a pour son trésor et pour son fonds, les actions et les souffi'anccs de cette humanité, non simplement comme humanité, mais comme humanité du Verbe , c'est-à-dire comme humanité qui appartient, et en sa nature, et en ses actions, et en ses qualités, à un être divin, incréé, infini, qui relève l'essence, l'état et le mérite de celte nature humaine jusqu'à une existence et subsistence incréée , jusqu'à une condition et dignité divine, et jusqu'à un prix et valeur inestimable.
Disons-leur donc, que les actions de cette humanité ne peuvent pas être jugées propres à cette humanité en terme de logique; car elles ne conviennent pas à elle .«eule, comme requiert ce qui est estimé parfaitement propre selon les lois des logicien^, puisau'elles conviennent encore à un suppôt qui est étranger à cette humanité, si nous la considérons sim[)lement dans l'état et dans les bornes de la nature. Disons-leur derechef, qu'en terme de droit, soit commun et naturel, soit même divin et surnaturel, les actions de celle humanité appartiennent proprement au Verbe et non pas à elle. Car le Verbe éternel, comme personne substituée au droit de la nature humaine, et personne divine et incréée, par un pouvoir et amour infini, s'approprie cette humanité, l'unit à soi, la rend sienne, repose et habite en elle comme en sa propre nature, la tire hors des limites d'un usage commun et naturel, l'oint et la consacre de l'onction de sa divinité, et prend droit et autorité sur elle et sur ses actions, et généralement sur tout ce qui appartient à cette humanité. Car tout ce qui est en Jésus-Christ est fondé en l'hyposlase de sa divinité. Et le Verbe éternel, comme suppôt et supjiôt divin de celle nature humaine, est le propriétaire de toutes ses actions et souffrances, les soutient, les relève et les déifie en sa propre personne, en soutenant, relevant et déiôant la substance de cette humanité, par le moyen de laquelle elles adhèrent à la divinité, comme jar un lien commun d'inhérence hypostatique.
U est donc évident que le Verbe, a en cette façon, droit et autorité légitime d'user et disposer de l'état, de la vie, des actions et des souffrances de son humaniié, comme de chose qui lui appartient, et qui est vraiment, saintement et divinement sienne, par la puissance admirable et par la possession singulière qu'il a tlaigné prendre de celle nature, et de tout ce qui convient à cette nature ainsi dénuée d'elle-même, et ainsi dignement revêtue de lui-même. Car si un esclave, après avoir cédé ou jierdu sa liberté, perd le droit el l'autorité que la naissance commune lui donne sur ses actions et sur l'usage de sa f)ropre vie ; et si ce droit est légitimement transféré de la [)ersonne de l'esclave en la personne de celui qui le tient
/,".s, unanimes, idipsum sentientes, niliil pcr conte»lioiiem, ncque per inaiiem gloriam.
GIlANUKl us DK JESLS. — UIS<;. Il, lLKWMDN A I>ILU SUU LINCAKN.
en ca|itivité , coniliien [dus celle liuiiwinitû sniréc e^l-ello de^liluée «le ce droit et do ce pouvoir de dis|ioscr de soi-niAme et de ses actions, et co droit se trouve Glrc légilinieuuMit transf(jr<^ de la nature liuinaiiie en la personne divine (pii la >outicnt ? Car se voyant dépouillée il'j la subsistenco naturelle, |>oiir être li.iulemenl relevée en une .suhM.stence si éiuinente roniint; colle du \'crhe éiernel , non-seulement elle lui cède >oloiiiii'rs sa IVnncli'se et sa liberté , connue riieurcuse esclave de sa puissance, de sa grandeur et de sou amour, mais elle lui cède encore le droit naturel (|u'elle a de sul)sisler en soi-même, pour ne subsister qu'erï sa personne divine , et pour Aire on sa puissance et |iossessioii non-seulem(;nt morale, vcdonlaire et passagère, comnic est (elle tl'un esclave oui est en la main et au pouvoir de son mailre ; mais aussi personnelle, perpétuelle et connue naturelle , s'il nous est permis d'ainsi parlei'.
Or, il est manifeste que le dénûment de la subsistcnco liumainc ilans la nature humaine, est une privation d'une chose bien jilus liée et jilus inséparable, bien plus [iropre et plus intrinsèque à la nature, qui n"est pas la franchise et la liberté au regard lie la personne qui entre en servitude et esclavage. Car la nature ne pont ôlre sé(tarée de son être peisonnel que par l'Auteur môme de la nature : au lieu que cette franchise et liberté se perd et se séjtare de la personne libre par mille accidents humains. L'être personnel entre dans le ressort de la rature, en est le terme comme l'accomplissant et faisant en une certaine manière parlie de la piopre substance des choses : au lieu (pie la franchise et liborié n'est qu'un sim|tk' accident et qualité qui se passe et se perd sans l'intérêt du sujet, et n'entre que dans les conditions de l'état et non i)as de la personne.
Cette humanité donc qui est dénuée d'une chose si grande et si intime à son essence comme est la subsislence, et selon le Docleur angéli(jue (9), de son existence , est beaucouf» [dus en la puissance et possession du Verbe éteinel qui la reçot et la soutient en son être, que n'est pas l'esclave en la puissance et en la possession de son mailre. El si, selon la loi, un arbre transplanté d'un lieu en un autre, et y ayant pris racine, n'est plus au seigneur du premier fonds, mais appartient au mailre du second, d'autaijt (|U'; par la nourriture prise en nouvelle terre, il devient en quehjue manière un autre arbre, encore que ce soit la même lige, la môiiie substance et la même âme végétante, et en fcon genre, et en son espèce, et même en >a nature individuelle , el comme tel demeure chargé des mêmes fruits et des mêmes feuillages; combien plus dirons-nous le même (Je celle nature humaine, qui est une |)lante céleste; qui en son espèce est un arbre renversé, ce dit Platon, et i]ui en cet individu est encore projrreinent
(9j L. XXVI, § I, iVrf >», (te acq. rer. dominio.
un arbre renversé en un sens bien plus haut élevé, inconnu h co grand philoso|)he, el connu seulement des (Chrétiens ? Combien plus, dis-je, devons-nous dire que cette humanité, tirée hors du fonds stérile do l'être comnmn et ordinaire h sa nature spéciliqurs, cl Iran-^planlée heiireusemenl dans le fond propre de l'ôire divin et personnel, pour subsister et vivre à jamais en ce nouvel être du \'erb(.' divin, n'e^t plus en la puissance et possession de la nature, (jui est le fonds et l'élat dont elle est séparée ; n)ais en la puissance et possession do la grâc(! divine et imréé»?, qui est le fonds nouveau où elle est transférée par union |icrsonnelle 5 celui qui est la grAce essentielle et subsistentc ; qui porte absolument le nom de grûcc, et dans les anciens, et dans les Kcrileres mô.ne ; el qui est véritablement la grâce substantielle et hypostatique , de laquelle saint Paul, selon tous les vicui (Onnnenlateurs latins, et une partie des exemplaires grées, dit : Ld fjràce de Dieu a goûlc la mort pour tous [llebr. ii, 9j , c"cst-à-(Jire le Fils de Dii u, cpii est l'auteur, l'essence et la source de la grâce.
Que si une chose profane, [lour être offerte à Dieu, ou bien consacrée par cpielque cérémonie el action mystérieuse, ou dédiée par la volonté des hommes à la célébration du service divin, est soustraite du droit des particuliers qui la possédaient légitimement : et si leur droit, bien (|ue réel el légitime, demeure ensuite suj)[)iimé, môme au jugement des nations les [il us barbares qui aient jamais été au monde , ne devons nous pas, à plus forte raison, attribuer cela même à celte humanité que le Fils de Dieu donne et ollVe au Père éternel, connue l'échantillon, la délibation et les jirémices de notre masse et de notre nature ; el qu'il a choisie de toute éternité, pour ôlre consacrée même [lar la divine essence, et employée jiar le vouloir de Dieu à un si grand service, et un œuvre si saint comme est celui de l'expiation du monde, de la rédemption du genre humain, el de la satisfaction à la jusiitc de Dieu? OKuvre el service <pii ne pouvait ajipartenir qu'à une nature ainsi sainte, ainsi sacrée, cl ainsi élevée jusqu'au trône de la divinité. Certes, celle nature ni en elle-mêuie, ni en ses actions, ne doit pas être considérée selon la condition commune et ordinaire des autres natures de son espèce; mais selon sa condition et dignité nouvelle, par laquelle elle entre heureusement et sublimement dedans l'èlre incréé, selon lequel elle appartient singulièrement })ar tant de droits et de titres au Verbe éternei<.et par lui à la divinité.
vXl. Délaissons-donc ces es[)rits qui se plaisent ou à ignorer ou à obscurcir fiar Jours débals les vérités de Dieu, et nous élevons en esprit humble et pacifique, qui sont tous les deux qualités principales que s'attribue notre Sauveur, le sujet de nos discours; pour contemple'- nûment des
choses si dignes et si véritables, puisqu'elles contiennent la vérité même en sa propre personne, et considérons: Que le Verbe éternel qui communique la subsislence h. cette nature, est Fils de Dieu, est égal à Dieu, et est Dieu môme ; que cette nature humaine est essentiellement en état de servitude, et demeure inviolable et perpétuelle en cet étal au regard de la Divinité par sa propre nature et condition ; que le Père contemplant son Fils revêtu de cette nature, l'afjpellefiar son prophète àcetle occasion son serviteur : Servus meus es lu, o Israël, quiain te yloriabor. [Jsai. xlix,3.) Que le FilsdeDieu venant à épouser celte mènie nature, ne perd rien du droit précédent qu'il avait sur elle en qualité de Dieu, et prend en qualité d'époux un nouveau droit sur elle par cette alliance, dont elle est beaucoup plus à lui qu'à elle-même; que l'unité et l'intimité de cette alliance qui passe toutes les autres alliances, et arrive jusqu'à l'unité de personne entre deux natures si différentes, donne une auloiilé nouvelle à la [)ersonne divine sur la nature humaine ; que l'excellence, la sublimité, la divinité de celte personne, lui donne encore incomparablement })!us de droit qu'il n'en convient aux personnes humaines sur leurs natures propres , que l'état saint et sacré auquel celte nature entre par onction même de la divinité, l'affecte et rapi)ropr-ie totalement à la divinité, comme nous ferons voir [)lus clairement et j)lus amjilement au discours de la sainteté de Dieu en ce mystère.
One tous ces droits si hauts, si grands, si légitimes, ?i on y peut ajouter quelque chus<î \mv l'usage de la volonté, sont encore si huuiblen)ent, si franchement, si saintement acceptés |)ar cette humanité qui veut être dépouillée du droit qu'elle aurait sur ses actions et sur soi-même, pour se délaisser toute par sa propre démission en la puissance du Verbe éternel; car elle accepte sans cesse tous les- vouloirs de Dieu sur elle, et en particulier le dénûment de sa subsistance humaine, dénûment ordonné au sacré conseil de Dieu par la puissance et sa})ience divine, pour l'accomiilisseraent d© chose si haute, si grande et si incompréhensible sur cette humanité, et par cette humanité, sur nous; c'est-L-dire pour faire un Homme-Dieu en la terre, pour donner un Sauveur au monde et pour établir un mystère éternel : mystère des mystères, l'œuvre des œuvres de Dieu, qui lie la personne divine à la nature humaine. Or il est évident qu'en ce mystère, la personne qui est substituée et divinement communiquée à cette nature est le fondement, le soutien et l'accomplissement de cet être humain et naturel, et inlliie dans toutes les actions propres de celle nature, en la manière qu*']! convient aux suppôts, et en la manière encore qu'il convient à une personne divine et incréée. Et partant elle a un droit sur cette nature et sur ses actions, qui ne doit pas être réputé seulement moral, mais aussi comm? naturel, et non {>as seulement natu-
iSO
rel, mais aussi surnaturel, saint et sacré, et non simplement surnaturel, saint et sacré, mais excédemment surnaturel, trèssaint, très-sacré et très-divin, comme étant fondé en l'autorité sainte, en l'autorité sacrée, en l'autorité divine et absolue que cette personne divine et incréée a sur cette nature, c'est-à-dire sur une nature que le A'erbe éternel rend sa propre nature par un moyen si haut, si grand, si divin, qu'il est ineififable, et adorable des hommes et des anges.
(]ar il établit cette hum-anilé en une condition si éminente et élevée, qu'étant unie au Verbe, elle entre en domination sur toutes choses tant au ciel qu'en la terre, et reçoit même communication de l'indépendance que la pers(mnedu Verbe a des autres personnes divines, comme il sera dit au discours sixième. A plus forte raison pouvons-nous dire qu'elle est en un état si sublime, qu'elle ne relève plus des lois communes à la nature, puisque, même en une certaine manière, en sa subsislence, en sa déification et en l'indépendance qu'elle reçoit du Verbe éternel, elle ne relève pas des autres personnes divines, comme nous déduirons ailleurs, tant elle appartient uniquement et singulièrement au Verbe éternel.
Que si elle lui appartient si proprement, même au regard des personnes divines, combien plus aura-t elle d'appartenance au même V^eibe, au regard d'elle-même et de ses actions I Concluons donc et remarquons : que par l'ordonnance de Dieu, cette humanité est privée de sa subsislence et personnalité propre, et est douée de celle du A'erbe éternel ; que cette humanité accepte très-volontiers cette perte et privation, et fait cession très-librement et de soi-même, et de ses actions propres au Verbe éternel, et de tout ce qui prend origine d'elle; que, dès le premier moment de sa création, elle a fait perte de sa subsislence, et qu'aussi, dès ce premier moment, elle a accepté trèsvolontiers le conseil de Dieu qui l'en a voulu priver; que, parcelle perte et privation, elle perd aussi le droit et propriété qu'elle aurait d'agir et subsister en ellemême, et que ces actions ne peuvent pas, en terme de droit, lui être adjugées en propre, n'étant plus la propriétaire de son état et de ses actions; que tout ce droit est légitimement tranféré au A'erbe éternel , qui entre en possession de l'état, des actions et des soutfrances de la nature humaine, pour en disposer selon son divin vouloir ; comme aussi réciproquement cette nature entre heureusement au droit de l'état, des grandeurs et des biens de la filiation divine, par un commerce et communication ineffable.
0 cession heureuse! ô dénûment honorable î ô investiture riche, royale et ()récieusel ô commerce divin 1 ô communication adorable! ô conseil admirable de la sapience incréée, qui prive l'humanité de Jésus de sa personne humaine, pour lui don-
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GIIANDKIIIS DK JESUS. - DIS(.. Il, ULVfcl.ATlO.N A DIEU SL'U M.NrAll.N,
nor la |ier$(>niie divine 1 ô |<i-ivnlioii ! û i\6iiùnu'rii, qui esl loul ctisenililc, ol le |tréparfllif <lo In vie nouvelle de riloiiiniel)ieu, cl le niO(IM(î de la vie nouvelle d»î .'honinio juste selon l'esprit! (l.'ir connue l(! FiU éternel de Dieu en sa nature humaine n'a point de personne humaine, c'esl-ii-dire n'n point de moi humain substantiellement et personnellement, aussi \v Fils .•<do(plil" de Dieu, (Oiiduil par sa j;rA(;e, n'en doit [X'int avoir nuiralement et spirituellement.
\II. J'honore donc ec dénûmenl (pie l'humanilù de Jésus a de sa propre subsislence , et ensuite en l'honneur de ce même dénûment, et autant ipie voire gramleur et tua eoiidilion le porte à votre honnnajje et gloire, je renonce à toute la puissance, autorité et liberté (jue j'ai de disiios»'r de moi, de mon ôtre, de toutes ses conditions, circonstances et appartenances ; je m'en démets eutiùreiuenl entre les mains do Jésus, de son Ame divine et de son humanité oinle cl sa( rée par la Divinité môme, et m'en démets en l'honneur de cette môme humanité, jiour l'accomplissenienl de tous ses vouloirs et do tous ses pouvoirs sur moi. Je pas-e outre, et je veux qu'il n'y ail plus de moi en ukjI ; et je veux pouvoir dire, selon saint Paul : Vivo ego,jam non cjo, vtvit vero in me Cliristus : « Je vis moi et non pas moi, mais Jésiis-Clirist vit en tnoi.» [Galnl. \i, 20.) El selon la raison profonde de saint Auguslin, je veux que l'esiirit de Jésus--'.lirist soit l'esprit de mon esprit et la vie de ma vie. Kt comme le Fils de Dieu, [)ar droit de subsistence, est en possession de la nature humaine qu'il a unie à sa personne, ainsi je veux que par le dioit de puissance spéciale et |)aiiiculière, Jésus daigne entrer en |)0ssession de mon esprit, de mon état et de ma vie, el que je ne sois [dus qu'une nue ca;'acilé el un ()ur vide en moi-méiue, rempli de vide, et non de moi pour jamais.
A celte intention je vous fais, ô Jésus mon Seigneur, et à votre humanité déiliée, humanité vraiment vôtre en sa déiûcation. el vraiment mienne en son humiliation , en ses douleurs, en ses soutTrances : à vous et h elle je fais une oblation et donation entière, absolue et irrévocable de tout ce que je suis par vous en l'êlre et en l'ordre de nature et de giâce, de tout ce qui en dépend, de toutes les actions naturelles, de toutes les actions indifférentes (s'il peut y en avoir quelqu'une) et de toutes les actions bonnes et vertueuses que j'opérerai jamais; cl le autant que j'aide pouvoir par nature el jiar grâce d'en dis{i0ser. Kl j'emploie la totalité de ceraien pouvoir à me rendre vôtre, à me référer tout à vous, et à référer tout ce (jue je puis ainsi référer à l'homuiâge et à I honneur de votre humanité sacrée, laciuelle je prends el regarde désormais comme l'objet au juel, a()rès Dieu, je fais relation de mon âme et de ma vie intérieure el extérieure, el généralement de tout ce qui est mien.
XIII. Or, en ce dénûmenl que nous venons de considérer, Jésus entre en une vie divinement hu raine et humainement divine, par
I union intime de ses deux natures subsistantes en l'unité de sa personne : cl le Fils unique de Dieu, le \ erbe élernel, la splendeur, la puissance et la gloire du Père, prend la forme de serviteur, et la prend en deux manières : l'une, en prenant notre nature humaine [»ar le mystère de riiicariiation, el abaissant en i. (iui l'ùlir inlini el suprême de sa divinitéjusqu'au néant de notre liumanilé ; l'autre, en abaissant» elle même humanité par l'étal cl le mystère d'une vie laborieuse et voyagère sur la terre, abaissant, dis-je, celle humanité sienne, ainsi unie el élevée ilans h- trône «t l'étal d'une personne divine, jus(ju'à un état et forme de vie humble el servante à ses créatures, et cnlin jus- (ju'à l'opprobre et au su|»plice cruel et servile de la croix. Myslèreo grands, qui détiennent et captivenl votre grandeur et souveraineté, ô Jésus dans un état d'abaissement et servitude, par les liens sacrés d'obéissance envers le Père élernel, et d'amour envers la nature humaine! Mystères grands et (jui exigent de moi par un droit très-puissaiU et très-juste, (|ue j'emploie le néant (jue je suis, à vous servir el adorer en cet humble el nouvel étal î
En l'honneur donc de ce double étal el de celle double for me de serviteur auquel je vois voire incarnation divine, votre vie laborieuse et votre humble croix réduire votre grandeur suprême, je m'offre et me présente à vous, je vous dédie et consacre ma vie (Je nature el de grâce, et je veux vous servir nonseulement |)arme.s vœux etactions, mais aussi par un étal et condition qui me rétère cH me donne un ra|»porl singulier vers vous, alin que, comme vous êtes toujours mien, je sois toujours vôtre, el qu'il y ait en moi une qualité permanente qui vous rende un honneur et liommage perpétuel. En vous voyant par votre double abaissement fait par l'amour des hommes, doublement esclave de votre amour; je veux aussi être l'esclave de votre grandeur, de votre abaissement et de votre amour: je veux que ma vie el mes actions de nature el de grâce vous api»arlienncnt, comme vie et actions d'un esclave, vôire pour jamais. Je uie référé donc tout a vous, ô Jésus, et à voire humanité sacrée par la [)lus luiuible et assujettissante condition ([ue je connaisse , c}ui est la condition et relation de servitude , que je reconnais ôtre due à votre humanité, tant pour la grandeur de lélat auquel elle est élevée par l'union hy[ioslalique , comme encore pour l'excès et l'abaissement volontaire auquel elle s'est rendue et anéant'.e pour mon salut et ma gloire, en sa vie, en sa croix el en sa mort. A celte intention, à celle tin el à cet hommage, je mets ei élaidis présentement el pour jamais, mou âme, mon état el ma vie, en étal d'aosujetlissement et en relation de dépendance el de servitude au regard de vous et de votre humanité ainsi déiliée el ainsi humiliée tout ensemble.
liiand et admirable Jésus, je vous ai conlemplé et adoré en vos grandeurs l Que je vous contemple el adore aus^i en l'élal Ue
OEUVRES COMPLETLS DU CAIIDINAL DE BEKULLE.
iSi
voire flbaissemciîl ot servitude! Car vous êtes Fils et serviteur tout ensemble, sans que l'ùtat de votre filiation propre et naturelle soit intéressé, ni intéresse aussi cet état et olFice de servitude. Et comme la nature divine n'altère et n'intéresse point en vous la nature humaine en sa propre essence, ainsi au contraire, en la conservant, elle la relève et rehausse jusqu'à un état et une dignité infinis : aussi votre naissance et grandeur éternelle relève et rend d'autant plus admirable et adorable l'état d'abaissement et de servitude auquel il vous a plu et au Père éternel de vous réduire et de vous anéantir j)Our notre salut. Vous êtes donc, ô bon Jésus, en la maison du Père éternel, fils et serviteur tout ensemble : toujours Fils et toujours serviteur, Fils unique et serviteur unique aussi, seul Fils propre et par nature entre tous les enfants de Dieu, et seul serviteur choisi et singulier entre tous les serviteurs de Dieul Vous êtes ce serviteur choisi dont le Père éternel parle en son prol)iiète : Ecce scrvus meus , suscipiam eum : electus meus , complacuit sibi in iilo anima mea. {Isa. xlii, 1.)
Vous êtes ce serviteur choisi, auquel seul le Père prend son bon plaisir, et |)ar lui en nous. Vous êtes ce serviteur choisi, qui seul servez à Dieu d'une sorte de service qui n'appartient qu'à vous, le servant à eflfacer les péchés de la terre, à satisfaire à sa justice, à le réconcilier parfaitement a la nature humaine : ce qui surpasse la puissance de toute ciéature qui sera séparée de la grâce incréée. Vous êtes encore ce serviteur choisi qui seul servez à Dieu comme il est digne d'être servi, c'est-à-dire d'un service infini; et seul l'adorez d'une adoration infinie, comme il est infiniment digne d'être servi et adoré : car avant vous cette majesté suprême ne pouvait être servie et adorée ni des hommes ni des anges, de cette sorte do service, par lequel elle est animée et adorée selon l'infinité de sa grandeur, selon la divinité de son essence et selon la majesté de ses personnes. De toute éternité il y avait bien un Dieu infiniment adorable : mais il n'y avait pas encore un adorateur infini; il y avait bien un Dieu digne d'être infiniment aimé et servi, mais il n'y avait aucun homme ni serviteur infini propre à rendre un service et un amour infini.
Vous êtes maintenant, ô Jésus 1 cet adorateur, cet homme, ce serviteur infini en puissance, en qualité, en dignité, jiour satisfaire pleinement à ce devoir et pour rendre ce divin hommage. Vous êtes cet homme aimant, adorant et servant la majesté suprême comme elle est digne d'être aimée, servie et honorée. Et comme il y a un Dieu digne d'être atioré, servi et aimé, il y a aussi on vous, ô mon Seigneur Jésus, un Dieu 1 adorant, l'aimant et le servant à toute éternité en la nature qui a été unie à votre l)ersonne on la plénitude des temps. O grandeur (le Jésus, même en son état d'abaissement et de servitude, d'être seul digne de rendre un parfait hommage à la Divinité !
0 grandeur du mystère de l'Incarnation, d'établir un état et une dignité infinie dedans l'être créé I 0 divin usage de ce divin mystère et de cet humble état de servitude, puis(pie par son moyen nous avons désormais un Dieu servi et adoré sans aucune sorte de défectuosité en cette adoration, et un Dieu adorant sans intérêt de sa divinité ! Et nous avons sa majesté suprême si dignement, si [larfaitement et si divinement servie fl adorée par un sujet divin et infini en sa personne, et par un service qui est si haut et si relevé, qu'il est même adorable en lui par toute créature. Et par ainsi tout est divin, tout est infini , tout est adorable en l'objet, en l'état et en l'usage de ce trèshaut et très-divin mystère.
Ainsi donc vous êtes, ô Jésus, humble, grand et admirable ! Ainsi vous êtes et le vassal et le souverain tout ensemble ! Ainsi vous êtes le Fils et le serviteur unique du Très-Haut! et ainsi vous êtes Dieu et vous êtes homme ! Et ces ditférentes natures, ces divers états et qualités ne sont et ne subsistent qu'en une même personne que j'adore, que j'aime et que je veux reconnaître et servir en toutes ses grandeurs, en tous ses offices et en tous ses vouloirs. Faites par votre grâce et puissance, faites en votre honneur, et en l'honneur de l'amour et service que vous rendez au Père éternel et que vous daignez encore rendre aux hommes mêmes , que (es hommes vous connaissent, vous aiment el vous servent ; que les hommes contemplent vos grandeurs, que les hommes donnent et consacrent leur vie à votre vie, que les hommes pénètrent les merveilles et les secrets de votre vie. Vous êtes vie, ô Jésus, et votre vie est double, comme vous avez double nature; car chacune de ces natures est vivante, et est saintement et divinement vivante, et votre vie est cachée doublement, c'est-à-dire elle est cachée en sa propre grandeur et sublimité, et en son admirable abaissement et humilité.
Vie cachée en la divinité, vie cachée en l'humanité, vie cachée encore en l'humilité d'une vie voyagère et souffrante sur la terre. Je dis vie cachée en la divinité, car celte vie est cachée au sein du Père, là elle est et habite en une lumière inaccessible, et la grandeur de sa lumière lui sert d'ombre et de voile, de ténèbres et d'obscurité au regard de toute la nature créée, qui ne peut voir celte vie (jue par la lumière de la gloire, par laquelle seule nous voyons la Divinité vivante et subsistante en elle-même, et subsistante et vivante encore en cette humanité. Cette vérité est si claire et si évidente, qu'il n'est besoin (en su[)posant la foi) que de sens commun pour l'entendre, et de la simple appréhension et intelligence des termes.
Et toutefois c'est une erreur à quelquesuns de ce siècle, par des apparences telles, pour ne les qualifier pas plus clairement, que je fais conscience d'y répondre, et ferais conscience de les raraentevoir, si leur
GUANDEl'US DE JESIS — DISC. II, ELEVATION A DIEU SLR L'INCAIIN.
excès ne mo contmi^nnit au moins de leur (lire (]U0 c'est la fail)lt'»so dos raisons (ju'ils allègucfït, el ma propre inclination (jui ra'émif^nc do cos «îoinhals ol r6pli(iues, et non pas (piejo trouve aucuno 'lilliculté h les convainire de ce (jiie je ne veux [tas nommer, pour les traiter avec plus de respect qu'eux-rnôines ne rendent aux prélats en cette lausi', qui l'ont daigné autoriser puhliqiiement parleurs écrits. Leur condition les oblige et les dis|ioso h être entants de lumière; (ju'ils ne se rendent pas amis des ombres et des ténèbres, et insensiblement sectateurs, contre leur propre dessein, du prince des ténèbres en ses qualités principales, dont l'une e>t enfermée en son nom, el l'autre remar(juée en saint Jean, (jui le nomme l'accusati'ur de nos frères (.l/)oc. xii, 10), et de ceux qui cberclient h porter l'im-
Inession, la marque et le caractère de Jésus. Is ne sont pas établis en(|ualité de juges en l'Kglise de Dieu, pour régler les [laroles dont il faut user aux discours de la foi. Et les libelles (ju'ils publient témoignent peu de modestie et de .sullisance en leurs auteurs quelsqu'ils soient.
S'ils n'entendent [>as ces propositions de la théologie du Verbe incarné, qu'ils ne les examinent [las, qu'ils ne les jugent ()as, qu'ils ne les réprouvent |)as, puisque cela passe ou leur connaissance , ou leur autorité. Ce n'est pas vice de ne pas les entendre, mais c'est aveuglement et oubli de soimême de le {)résumer, cl d'entreprendre de les juger sans lumière, sans charge et sans autorité. Mais laissons ces es|>rits et leurs contentions, prions pour eux, et rentrons dans la lumière de cediscouis et de ce sujet, et adorons Jésus on sa vie cachée, dans sa propre grandeur, dans sa proi>re lumière. C'est la vie de la divinité en elle-même, et au sein du Père; c'est la vie de la divinité en son humanité; c'est la subsistence de l'humanité en is divinité, que nul sans doute ne peut voir qu'il ne voie Dieu. Et c'est encore la vie de son âme en sa gloire, vie cachée aux hommes et aux a[iôlres vivant et conversant avec Jésus, vie connue des anges, et des anges seuls, non en la lumière de leur grâce, mais en la lumière de leur gloire. Et cette double vie, vie glorieuse et vie divine de Jésus, est cachée encore en l'humilité de sa vie mortelle et voyagère sur la terre.
O Jésus, vous vivez en la gloire et en la divinité; et cette gloire et cette divinité est cachée en l'humanité, en l'enfance, en la fuite en Egy[)te et en l'opprobre de la croix. Vous êtes Dieu, et on voit en vous la nature et l'apparence d'homme, ce dit votre Apoire. [Philip. Il, 8.) Vous êtes glorieux, et vous soulfrezl vous êtes vie, et vous mourez 1 vous êtes roi et roi de gloire, et vous fuyez I vous êtes Fils el Fils unique de Dieu, et vous vivez l'espace de trente ans comme tils d'un charpentier, comme un charpentier et comme un particulier 1 O vie humaine de Jésus! vie humble 1 vie impuissante! vie souffrante, vie mourante, vie morte en une
croix ot en un sépulcre I Mais vie haute en son humiliation, vie puissante dans son impuissance, vie glorieuse dedans sa croix, vio subsistante dans la mort et dans le sépulcre, ot vie lors même adorée etdos anges glorieux et des démons souffrants, el soufi'ranls même lors p.ir colle vie cachée en la croix, en la mort et au sépulcre ; parcelle vie ensevelie on la terre, ot par la puissance de ce nouveau Hoi du ciel ot du royaume des cieux annoncé en la terre, et lors môme enseveli on la terre! Oh ! (pie de secrets, que degrandeurs, (jue de merveilles ! Obi que de choses cachée^ à nos esprits, à nos lumières l A nos es|irils (jui portent et qui reroivenl plus d'ombres (juo de lumières, et sont plus jiroprcs en la terre à adorer par révérence, (ju'à pénétrer fiar suflisance ni l'essence ni les conseils do Dieu en ses œuvres, el à la plus grande de ses œuvres, qui esi Jésus I
Elevons-nous donc à lui sur les points pro[)Osés, ot lui disons en l'adorant : O vie cachée en Ihumanité! 6 vie cachée dans la sublimité! ô vie humble! ô vie grandel ô vie humaine! ô vie divine ! ô vie incrééel ô vie incarnée 1 ô vie souffrante! ô vie glorieuse! ô vie sujette! o vie dominante!
O Jésus vivant, puissant el commandant au ciel cl on la terre, selon cette sainte parole, sortie de votre bouche sacrée à votre entrée dans l'étal de votre gloire et de voire empire : Data est mihi omnis poteslas in cœlo et in terra : « Toute puissance tnest donnée au ciel et en la terre. » [Mallh. xxviii, 18.) Que je vous reconnaisse, ô mon Seigneur, mon Dieu, que je vous admire, que je vous adore, que j'accepte tous vos [)Ouvoirs sur moi, (lue j'embrasse tous vos vouloirs, et que je vous dédie el consacre ce qui est déjà vôtre par tant de titres, et ce que je veux encore être vôtre par le nouveau tiire de mon élection el de ma volonté; et ()ar l'oblation présente que je vous fais el que je vous renouvelle; en vertu de laquelle je vous dédie et vous consacre ma vie, et tous les moments de ma vie, en l'honneur des états et moments de votre vie; et je veux qu'on vertu de l'intention })résente, chaque moment de ma vie et chaque action d'icelle vous appartienne, ô Jé^us, mon Seigneur; et à votre humanité sacrée avec autant de droit et de puissance, comme si je vous les offrais toutes en jiarticulier.
XIV. 0 Jésus ! ô Fils unique de Dieu! 6 vie et vraie vie, et auteur delà vie ! (Act. m, lo.) Béni soyez-vous à jamais et en volie dtviiiilé, el en votre humanité, et en voire subsislence, qui lie pour jamais celle humanilé à votre divine essence, et qui rend celle humanité sainte de la plus grande sainteté qui [tiiisse être communiquée à aucune aulie créature, c'esl-à-diru la rend sainte par la même sainlelé que le Père donne à son Fils, que le Fils et le Père donnent au Saint-Esprit, qui est la sainteté de la divine essence! Car celle même essence, qui est communiquée par la génération et [)rocession divine au mystère de la Trinité, est cellc-lè même qui est commun»-
ŒUVRKS COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
nuée en la naissance de Jésus au mystère de l'Incarnation (bien qu'en une manière différente), et qui est communiquée pour sanctifier eeite humanité d'une sainteté si haute et si nouvelle, qu'elle fait Dieu homme et l'homme Dieu; qu'elle fait Jésus incapable de péché, source de toute sainteté, digne de réparer la vie des hommes, de donner la vie aux anges, d'apaiser Dieu courroucé, de lui satisfaire en rigueur de justice, de l'honorer d'un amour, d'un honneur et d'un service infini, digne de sa majesté, par l'infinie dignité de la personne qui lui rend cet hommage et service en sa nature humaine.
0 divinitél ô sainteté 1 ô humanité! que je connaisse, que je pénètre, que j'adore vos grandeurs 1 Vous êtes, ô humanité sainte, le temple sacré de la Divinité; temple premier en excellence, et unique en singularité; tem|)le auquel la Divinité repose plus saintement, plus dignement, plus admirablement que dans l'ordre et l'état même de la gloire, lequel* tient son empire au ciel, comme l'ordre de la grâce tient le sien en la terre. Ce point est indubitable, et toutes fois il a servi d'écueil à nos censeurs; mais j'en appelle à eux-mêmes, ou mieux instruits, ou mieux disposés : car il n'y a que l'extrême inadvertance ou l'extrême passion qui puisse s'opposer à cette vérité si claire et si reconnue de ceux qui pénètrent sous le voile des simples paroles les grands mystères de la foi; car le Verbe divin et éternel repose en cette humanité comme en sa propre nature, et comme en une nature qu'il rend sienne uniquement et singulièrement par la communication de sa subsistance, et non pas seulement par l'infusion de quelque grâco ou de quelque lumière accidentelle; et ce mot de temple est approprié à Jésus-Christ par Jésus-Christ même, qui ai)pelle son corps le temi)le que les Juifs devaient abattre, et qu'il devait réédifier en troisjours. {Joan. ii, 20.) Vous êtes, ô humanité sainte, ceile-là seule entre toutes les créatures que le Père éternel choisit pour être existante et subsistante en son Verbe, et qu'il appelle entre toutes pour entrer [)ar ce moyen en l'état de sa filiation, non adoptivc, mais propre et naturelle; et pour porter et recevoir les communications intimes et secrètes des {)crfections divines (autant que voire être créé le permet), en suite de cet étal, de cette subsistance et de cette filiation divine, qui vous est si libéralement counnuniquée. Ce qui veut dire un monde d'excellences, de raretés, de singularités; lesquelles toutes, soit connues, soit inconnues: soit revélée>, .soil non révélées; soit publiées en la tei re , soit réservées à la lumière du ciel, je révère et honore comme je dois et comme vous le voulez, ô Jésus mon Seigneur 1 me donnant et m'abandonnanl à la souveraineté suprême et incommunicable à l'étal des choses créées, laquelle voire humanité [.ossède par cet état de filialion divine; et me livrant au pouvoir excellent, absolu et iiarticulier que cet état
admirable et adorable lui donne sur toute chose créée , ainsi je me dédie et consacre tout à vous et à elle, et je veux qu'elle ait une puissance s|)éciale sur mon âme et mon état, sur ma vie et mes actions, comme sur une chose qui lui appartient [)ar un droit nouveau et particulier, en vertu de l'élection présente que je fais de dé| endre de sa filiation et souveraineté à jamais.
XV. Et d'autant que votre |)Ouvoir surpasse infiniment le notre, je vous supplie, ô âme sainte et déifiée de Jésus, de daigner prendre par vous-même la puissance sur moi, que je ne vous puis donner ; et que vous me rendiez votre sujet et votre esclave, en la manière que je ne connais point, et que vous connaissez. Et comme (veuillé-je ou non) je suis l'esclave du prix de votre sang, je veux aussi être l'esclave de vos grandeurs, de votre abaissement et de votre amour, et être à vous, et vous servir selon vos conseils particuliers sur moi, non-seulement par mes actions, mais encore par l'état et [)ar la condition de mon être, et de ma vie intérieure et extérieure. El je vous supplie me tenir et traiter en la terre, non plus comme un de vos mercenaires, selon le souhait de l'enfant prodigne; mais comme un de vos esclaves, selon l'enseignement de votre Eglise, et comme un qui s'abandonne à tous vos vouloirs, qui se livre à tous vos pouvoirs, et qui s'otl're à porter les efleis qu'il vous plaira, de votre grandeur et souveraineté sur ce qui vous appartient.
Et comme il vous a plu vous donner à nous, et vous faire nôtre par la sainte Vierge, pormeltez-moi encore de me donner à vous par elle. Je la supplie donc comme mère de mon Dieu, de daigner vouloir être mère de mon âme; comme mère de Jésus, de m'offrir à Jésus, et de me tenir elle-même, et de me considérer désormais comme esclave de son Fils, et, en colle qualité, de m'obtenir de lui paît à ses voies et miséricordes éternelles.