LA NATLUE HLMAINE A COMMUNICATION AVEC LA NATURE ANGÉLIQUE
J. L'homme est un abrégé de toute la nature créée. -^U. Lliomme, en cette qualité., participe au bitn et au mal de toutes les créatures, 7J}ais particulièrement des anges. — III. L alliance de C homme avec la nature angélique est la principale, et a l'éternité pour durée. L'homme même en ce monde entre en conversation avec range, vérité connue par les païens, combien que les libertins de cesiècle s'enmoquent. — \\. L'alliance de C esprit humain et ongélique est la plus étroite et la plus accomplie. Et en laquelle, selon la règle des sociétés, l'homme entre en partage de bien et de mal. —
V. L'homme, au moment de sa création, n'a pas été élevé, comme les autres créatures, au dernier degré de son être : mais seulement doué de puissances, dont il tire lui~ même ou sa perfection ou sa ruine. —
VI. C'est pourquoi étant associé à des anges animés, les uns à son bien, les autres à sa ruine, il en tire ou un singulier avantage ou tout le contraire.
I. Dieu voulant après tontes les autres créatures créer riioranie, et considérant que les quatre ordres qui comprennent l'étendue de la nature étaient entièrement remplis; l'ange ayant l'être intelligent; les animaux, le sensitif; les jilanles, le végétatif; les éléments, l'être que l'en appelle simplement existant; en sorte qu'il ne restait plus rien de distinct et séparé qui pût être assigné ])articulièrement à l'homme, il ordonna que ce qui était de propre à chacun des quatre lui serait communiqué, et qu'en ce faisant il aurait existence comme les éléments, vie comme les ])lantes, sentiment comme les animaux et intelligence comme les anges.
El tout ainsi (jue le sculpteur Phidias enchâssant son portrait dans la statue de Minerve, en lit comme un point princii)al auquel >e rai)portaient toutes les {)arties de laliguie par les jointures intérieures (70) : ainsi le Créateur situant l'honnue, qui est son image, au milieu du monde, c'est-à-dire entre le ciel et l'enter, quant à la résidence ; entre le tem|)s et l'éternité, quant à la durée; entre lui et le diable, quant à la liberté, et entre les anges et les animaux, quant à la nature, il en lit comme un point et un
centre auquel toutes les parties du monde se rap[iortei)l par les divers degrés de la nature, comme par des liaisons internes. Au moyen de quoi il se trouve allié atomes choses, et toutes choses à lui, les matérielles I)ar le moyen du ( orps , les spirituelles jiar le moyen de Tâme.
II. Cette alliance est de grande étendue, car étant contractée d'une i)art avec la nature angélique, et de l'autre avec la nature corporelle, l'homme se trouve communiquer aux biens et aui misères qui accomjiagnent l'une et l'autie nature. Dont nous voyons que tantôt il est recréé, et tantôt travaillé de la rencontre des choses cor(!orelles, tantôt il est consolé par les visites des bons anges, et tantôt affligé des combats et assauts que les mauvais lui présentent. Bref, il |)arlicipe au bien et au mal de chacune nature, d'autant que sa condition n'est |)as limitée dans l'enclos de ce monde sensible coinmo celle des animaux, ni seulement mesurée par l'étendue tiu monde intelligil)le comme celle des anges ; mais elle s'étend et à l'un et à l'autre, ayant des facultés intérieures propres à recevoir le bien et le mal, qui est au monde intelligible ( pour parler avec Platon), comme il a des sens pour goûter la misère et ia félicité qui est en ce monde sensible.
III. Or, de ces deux alliances, celle de l'homme avec la nature angélique est la princi[)ale, car elle ne dure pas moins que l'éternité, puisque l'honnue, après le cours de cette vie mortelle, en attend une autre d'éternelle durée, en laquelle il n'aura compagnie que des bons ou des malins es{)rits; et au lieu d'un peu de jouissance qu'il aura eue des choses matérielles durant celte vie l)érissable, il sera élernellcment conjoint aux si)iriluelles, lesquelles à la vérité t.ont proprement son jiarlage. Car les choses matérielles ne le possèdent pas totalement, même en ce monde, d'autant que la conversation de l'ange I oc(upe quelquefois, lequel ayant à vivre éternellement avec l'homme, ce n'est pas merveille si lès ce siècle il s'adjoint h lui. Les sages du monde n'étant éclairés que de sa lumière, n'en ont point douté , et l'antiquité i>aie')ne fait souvent mention des génies (qui étaient des démons, selon Tertullien [71] ), de la fréquente communication desquels avec les hommes |)arle Epiciète stoïcien, Plotin platonicien, et Eui-
(70) AniSTOT., De mnndo, c. 7.
(71) Aputofj, f. ô'-i. Nvbcitis gcnios dxmoaos dici, et Inde, diminu)iva voce, daemonia.
TKAiTi: iHvs i:Nr:iu;uMi;NF«:s.
pi^docle (lilTéronl do l'iino cl l'iiiilrc se< le ; lotis iiéfliiiiioiiis (.oiivriiant on toll»; doc Irine qu'il y .'I dos inlollij^oiiriîs élovôos |>flr-do>siis noire n.iluro, li'-^(]in.'llo.s ne déditij^nenl |»(tinl ce (|iii leur e>l inférieur, se niôlenl nvec les lioinnics, cnlrenl on propos avec eux, 1^5011verncnl «-l coiidniseiil leurs iMlenli(jns, cl so rciidrnl t'.ivor.il>!cs ou ccnili.'iiiesà leurs desi.ciiis; (oiuiiio IMnlon, l'Iiil.inpie cl Apulée rnpporlcnl île l'espril l'.iuiilier de S(jcr.ile (72), cl l'un deux, du in.iuv.iis au^e de llrulu> cl du déuMMi de (iés.ir Auguste, ui.iîirisaiil celui d'Anlonius. Ce cpii /M>;ue d'iiul.inl |dus la durcie de ceux oui élaul nés on un siùcio plus insiruil eu la connaissante des choses tlivines, no |>euvcnl se persuader <pio la couininiunicalion ih; notre nature s'éleudo plus loin (pie la poilée des .>ens, ni tpio ces es[)rits divins aient aucun ra|)port avec le nôtre, tii aucune puissance ipii parvienne jus(pi'à nous; coinnie si en l'ordre des esprits il ny avail point de liens entre ceux qui liennenl le premier et le dernier ranj^ , vu iju'au monde matériel il y a une lello liaison entre le corps le plus haut cl le plus bas de tous les éléments, que le ciel est joint à la terre (J'uue contiyuiié indissolul»le,ct lui envoie sou iniluem e jus(jue dans ses enlrailles; ou comme si ce nélait point assez à leur incrédulité de mépriser la raison, qui a mémo appris aux païeris ce mutuel cnlretien entre les hommes et les dénions, sans dédaiçUer rexpérience (pje nous en avons es magiciens coniluils des malins esprits et es saints visités des anges.
1\'. J'ajoute que l'alliance de l'esiirit humain et angélique est la plus étroite. Car des deux parties qui composent noire tout, l'une étant terrestre, l'autre divine, celie-ci est la plus capable d'une ()arfaite associalion, comme étant la plus noble. De fait, l'homme recherche les choses matériel les et n'est j^oint roi herché d'elles. 31ais entre les esprits le lien est réciproque, lellement que l'ange s'unit à riiomme et l'homme à lui, parle moyen des [luissances intérieures de l'esprit qui l'anime. Kt encore (}u'il y ait disproportion en leur nature, si est-ce qu'il n'y a point d'inégalité en leur alliance , comme étant conlraclée entre deux sujets issus d'un môme père de famille, qui les a mis en même rang dans l'ordre de sa providence, qui leur a préparé môme (irix, même peii.e, même demeure, même ciel et même enfer. Et si est cette alliance la plus accouq)lie , d'autant que la condition de l'ange est la plus élevée. Car il a en soi et avec avantage tout ce qui est de j)arfail aux choses matérielles; comme dans les choses établies selon un certain ordre, les plus hautes com()rennent en [tuissauce la perfection de celles qui leur sont inférieures, il a aussi un pouvoir ()!us étendu et des airections (ipii sont les liens de celle association) plus vives, plus fortes et plus elliraces, comme ne dépendantpoint du hasard duquel il n'est
(72) Tertull., Apolofi. cap. 22 i Sciunl ilxinonas pliilosophi , Socratc ipso dieiuonis arljiirium exspeclaiiic. >
•sujet, ni d'niiniino rrénturo qui lui esl cnlieiemenl inférieure. .Méiiu; il lui est édm un sort bien plus signalé que celui dp.^ autres créatures.'» savoir l'éieriiilé de la gloire ou de la fieine «pji l'accompagne, dont le part.igi! est fa-t a Ihomme qui s'est associé avec lui, comme nous vouiiis que j'armi les sociétés humaines, les perles et les prolils s(jnt également déjuiitiN.
V. Ces (piailles d'alliance bien considérables moiitrenl as>ez combien ( clle-ci imiiorlo il <|ui considérera l'état do la naluro lium.iine, (|ui est d'uni; condition diderenlo do celle des autres créatures. Car elles sont accomplies dès riieiire môme (pj'elles s«uit faites: le ciid n'étant pas niainienant jtlus parfait, iii la lumière plus vive, ni le feu plus actif, ni la lene plus ferme (pj'au premier instant do leur i réation. Au liou que rhomni", je dis l'homiiie sur la produciion du(|uel la irinilé a voulu déhbéier, le faisant comme un abrégé de >es (euvres et une image de l'ouvrier, n'a pas été élevé comme les autres créatures au dernier degré de son être : mais seulement doué de piUNsances et inclinations singulières, des(|uelles |tar succession de temps, il tire lui-mèine la perfection de son bien-ôlre ou sa ruine totale : comme s'il ressemblait proprement à un tableau du([uel les j»re(niers traits sont divinement tirés de la main d'un excellent ouvrier, (jui laisse le {iouvoir de le parfaire ou défaire, selon la condition dessi'conds traits qui y sont ajoutés. lit de celle diU'érence une maniuo paraît au narré de la création, quand il dit que Dieu a|)piouvait chacune de ses œuvres dès l'heure môme qu'il l'avait faite, et qu'à l'issue de chai une il voyait et jugeait qu'elle était bonne. Ce rjui est notamment omis en la création de Ihomme, atin que nous jugions (pi'il ne la point approuvé , comme étant un ouvrait; qui n'avait pas encore sa dernière main. "
VI. Or je laisse à penser si lliomme qui n'est pas en sa perfection étant associé avec des anges si animés, les uns h son bien, les autres a sa ruine, n'en recevra | as en l'établissement de sa conuition un singulier avantage de la part des bons, et lout le contraire de la [)ait des autres. A la vérité, si le l»hilosophe paien conférant riio.rme avec les animaux , était bien fondé de dire que « ce divin animal est le plus utile de tous Cjuand il ^uit sa raison, cl le plus | einicieui quand il s'en éloigne, parce qu'il a un esprit dont l'industrie est la plus signalée en la qualité, et la plus étendue en la diversité des moyens de itrofiler ou de nuire, et duquel le pouvoir égale la force dont la nature arme lesanimaux {7J);»lei hilosophe chrétien conférant l'ange avec toutes les a'jtres créatures, a meilleur tlroit de dire ipje la coinjiagnie de ce divin esprit est la plus uiile, agréable et accomplie quand il est joint à son principe, qui est la divinité; et la (dus dommageable quand il en est séparé. Car ainsi que
(73) AiusTOT , De rcpubl. 'a^nep yip xaî rùîu
Thomme lient sous le cie'. le plus haut lieu des choses animées , l'ange possède un être plus élevé que l'homme, comprend en vertu ei en puissance la perfection deioutes choses créées, et tient le premier rang après la Divinité. Dont il est h |)référer à toutes absolument, ainsi rpie l'homme à tous les animaux, ei il peut plus que toutes, pour et contre Ihomme, ayant une nature si active, un intellect tant élevé, une volonté si vive et si constante en ses mouvements, parties rares en elles-niênies, puissantes en leurs opérations et applicables indiiléremment à bien et à mal.
Disons donc que les anges conversent avec les hommes, comme parties d'un même monde, comme olHciers d'un même maître, comme personnes douées presque de même esprit, et counnes créatures destinées à un même sort ; et que de la société de deux si gramls sujet>, l'ange et l'homme, il ne s'en peut rien attendre, soit heur, soit en infélicité, qui ne soit extrême.