‹ Œuvres complètesChapitre 142 sur 540 · COMMUNICATION · texte numérisé non relu

COMMUNICATION

Le bannissement du ciel que le malin esprit porte, son activité naturelle, son imvuissance à s'occuper en Dieu et à converser avec les bons anges et encore à se contenter en soi-même, et d'ailleurs la faiblesse de l'homme, sa liberté au bien et au mal, Vimaije de Dieu dont il lui reste quelques traits, et la capacité de la gloire, sont les causes qui l'induisent à entrer en communication avec lui. — II. Et en outre, la victoire qu'il a gagnée sur ihomme , dont il porte la qualité de prince du monde , lui donne puissance sur la nature humaine. — JII. Par cette puissance, il envahit le corps de l'homme, et se saisit de ses facultés et opérations, et cette invasion est ce que nous appelons possession. — IV. Le malin esprit essaye use contenter dans la possession des energumènes, comme superbe, comme lion rugissant, comme adversaire, comme destructeur. — V. Quand nous ne connaissons point les causes pour lesquelles Dieu permet au diable un si furieux attentai, la petitesse de nos esprits devrait ployer sous la grandeur de ses jugements; mois néanmoins quiconque l'examinera plus particulièrement, le trouvera conforme àsajustite, à sa grandeur, à sa bonté. En la possession des energumènes, Dieu a préparé une troisième école pour les athées et les libertins, même pour les catéchumènes, les fidèles et les saints.

I. Comme la communication de la nature humaine avec la nature ani;élique est dérivée de la communauté de l'être que nous remarquons en ces deux natures , ainsi l'association de l'homme chassé du paradis, avec l'ange banni du ciel, est fondée en la condition de leur commun accident.

Car cet esprit angélique étant d'une capacité singulière continuellement active, et ne pouvant plus s'occuper en Dieu, lequel il a abandonné, ni converser avec, les anges bienheureux desquels il s'est séparé, ni se reposer et contenter en soi-même à cause de sa ditlormiié , ni même se regarder el contempler ainsi , défiiit et défiguré comme il est, il n'a plus autre regard (]ue sur nos déportements; et son repos est d'être vagabond par la terre, sans autre occupation que d'agir et converser avecl'hoMune, lequel est seul entre toutes les créatures, ca, able de son association à cause de son être inmialériel, et ensemble de son dessein malicieux , à raison de sa faiblesse et de sa liberté. Même la haine que Salan a contre Dieu (unique passion qui le peut occu[)er vers la Divinité) se rétléchit contre l'homme. Kt comme la panthère, selon Basile, convertit .^a fureur contre le portrait de celui auquel elle ne peut méfaire , ainsi le diable, «lui hait Dieu et ne peut l'attaquer on son essence, se convertit à son image, et choi>it l'homme pour le but de sa haine, d'autant plus âprement que l'ennui le sollicite d'abattre celui qu'il voit élevé au môme degré de gloire que naguère il possédait, el qu'il n. misésablement perdu.

Cet esprit donc extrêmement actif, assisté d'une malice égale à son activité et poussé de deux fortes passions , haine et ennui, contre l'homme, seul objet de son occupation et de son dessein; il le tourmente en toutes les manières que l'immanilé (l'un rare esprit peut inventer , et que la nature humaine peut souffrir. Voilà en quoi et pourquoi Satan conjiuunique avec nous; lequel ayant un naturel enclin à la communication, et depuis sa chute n'étant plus porté qu'au mal: conune il n'a plus aucun avec lequel il puisse ou veuille converser, sinon l'Iiounne; aussi n'a-t-il plus rien (ju'il lui |iuisse départir en cette communication que i!u mal, soit en ce monde, soit en l'autre, soit à l'âme, soit au corps. Reste tant seulement à considérer jusque où la malignité décolle intention peut s'étendre contre lui, en tant qu'il lui est inlérieur par la condition de sa nature, el on tant qu'il est son esclave par la prévarication commune. II. Auj)aravant l'état de l'honmie était élevé d'une justice originelle, qui le rendait égal aux anges, supérieur à Satan, seigneur de ce monde sensible , ne relevant cpie de la divine majesté. Mais depuis qu'il fut porté par teiie en ce duel mémorable que le serpent lui livra dans le [laradis terrestre comme en un champ clos, Satan, qui aupaiavant n'avait aucun droit en ce monde, ni aucun [touvoir sur I homme , comme victorieux il l'a dépouillé de son domaine, et s'est attribué la puissance et rem{)ire du monde , qui était échu à l'homme dès sa naissance, dont il en porte le litre de prince depuis celle usurpation(74). Et sans cesse il le poursuit par tentation, ne laissant son

(li) En sailli Jean (c. xiv) le diable est appelé /c prince du monde.

841 IIIAITK DKS ENERCLMKNKS.

âme pflisihlo latidis qu'elle osl «Wins les limites lie rempile (ju'il a (•oiii|iii> ai usurpé sur nous.

III. Môme il eiivaliit (pu'hpnMois s(m propre (orps, en sorte (pie coimiic avant le (lùelié il s'incorpora dedans le serpent, niainlenniil il s'incorpore dedans riionniie. i;t bien «pie IMine réside toujours en ce (or[i«. comme en son domii ile; si esl-ce (ju'il en prend possession, et (Manl le pouvoir et l'usage qu'il y a, il suhstituo en son lien sa iorceel son aciivilé. l-iHct, l\ la vérité, et ellort bien étrange; mais il vient d'un rare espni et d'une rage nonpareille, et n'est pas du tout hors de la (Oiiditioiide notre iinlure. (^ar encore ipie l'ôlre do riiomme soit comme un fonds aitpartcnanl en propriété à Dieu seul, duquel il porte la manpie éternellement ; si, est-il ai eompagiié de |ilusicurs l'aeullés et opi'rations , dont ru>age est comme un usufruit qui nous est concédé

t>ar le droit de n.iture, lequel Satan trou- >le queliiuefois [>ar tentation , el quelquefois usurpe par une invasion furieuse que nous a|>pelons poss(!ssion.

IV. Or la condition liumaine, déjjourvuo «Je la justice originelle, est telle qu'il faut que ce pauvre esclave endure l'usurpation d'un si puissant ennemi, lequel ayant jienlu Je ciel , battu el poursuivi des bons .inges , fait sa retraite dans riiomiue comme dans un petit monde. Kt ainsi (pi'un prince clia.s>é de son étal, il pense relever aucunement sa condition en se logeant dedans le corps humain, puisijue Tenfer où il est relégué lui est un lieu iiisuj)porta!)le , puisque le ciel d"où il est banni lui esi une place inqjrenable. Même comme superbe , il prétend satisfaire à son orgueil , en j)renant |)0ssession d'une créature (]ui appartient à Dieu et non à lui. Comme lion rugissant , il se jjromet d"assonvir sa rage en déchirant l'homme, el déligurant l'image delà Divinité. (/Pe/r. v, 18.) Comme adversaire il s'assure d"accom()lir son souhait de nuire à l'âme, en saisissant ses organes extérieurs, en occupant ses facultés intérieures, en la privant de ses actions , el en l'assiégeant et tourmentant de si près. Kl en somme, comme un e>prit qui a le nom et la qualité de destructeur (75), il se |ilait à pervertir l'ordre de la nature, en ce que contre ses lois il se trouve que deux esprits sont joints en un même cor(»s; !'àme, qui en est la forme ordinaire, est violemment dépossédée de ses organes; et Tange qui n'a aucun rapport aux choses maiérielles, est mis en possession des sens humains. Ce qui n'est [las un petit aiguillon au malin esprit, qui est inlinimenl désireux de dérégler l'ordre de la nature, depuis qu'il s'est retiré de ce bel ordre de la giAce auquel il avait été singulièrement élevé. Car étant destitué du pouvoir surnalurel, comme d'un ajjanage

uni(jiiemetit affecté aux enfants de Dieu, <lu nombre dexpiels il n'est plus, il ne peut passe contenir en l'or-lrc de la nature, à raison du péché, (jui, rasant éloigné de son centre, le rend perpéluelleiuent inquiet el mourant, l.i en ne lb''i;liiss.iiii (ju'à regret sous ses lois, il ngil quehpjefois outre, (juelipiefois coiilie , comme étant ces ordonnances éliiblies par son capital ennemi, esqiK Iles il est bien aise de contrevenir. Kl ( ommc si ce signe de la Divinité aiïectait de l'ensuivre en l'élablissemenl qu'elle .*• fait de deux ordres limités, l'un au pouvoir de la ( réature , l'auire au vouloir du Créateur, il forme sur le modèle de se.» appétits désordonnés, comme un tiers ordre d'accidents déréglés en l'étal de ce monde. A quoi je réfère (e mouvement rpii l'incline .'i s'introduire dans les animaiix, comme dans les pourceaux en saint Luc (cviii), dans les chameaux en saint Jérôme, qui paraît bien être un dérégl.Miienl e'i la nature, mais non pas un etfel d'aucun autre motif spécili(pie , si ce n'est que quehju un le réfère avec Hilarion h la haine de Sjlaii contre l'homme, laipielle a réllexion sur les animaux comme sur une des choses qui lui apparlicnnent (70).

\'. 11 est bien vrai (|uecet(>rdie, lequel Satan es.saye de pervertir, est en la main do Dieu (pii en est l'auteur; que Ihoinme sur lecjuel le malin esprit attente une telle usurjiatioii, est en sa garile ainsi que le |iupil!e en celle de son tuteur; el que ce môme ennemi, qui ose dissiper les œuvres de Dieu, est dans le ressort de ce juge ei Seigneur souverain qui le punit en sa fureur. Ce néanmoins, il trouve bon de lui permettre ce furieux altenlat qu'il désigne au détriment de son pupille, et au dérèglement do l'état mis en la nature. En quoi la petitesse de notre esprit doit ployer sous la grandeur de ses jugements, car il n'appartient qu'ci Dieu même de sonder la profondeur de ses conseils sur les enfants des hommes. Il faut que nous en admirions les effets el révérions les causes 1 Toutefois qui voudra examiner cet effet plus particulièrement, le trouvera conforme à sa justice : Quœ anuavit omncm creaturam in ultionein iuimicorum (77j, et [)ar conséquent celle-ci qui est la première de toutes, selon Job (xl, 14 }, qui appelle Satan sous le nom deBéhémolh, principiumviarum Dci. Conforme à sa grandeur qui a voulu qu'un effet visible de sa justice paraisse dès maintenant au monde, ainsi comme il y a des effets visibles de ses autres perfections. Conforme à sa bonlé qui a daigné préparer une troisième école, spécialement |)Our lésâmes rebelles, lesquelles n'a vaut pas profité en l'école de la nature, ni en celle de Jésus-Christ, el n'y ayant point appris à croire en Dieu ( comme les athées), ni à craindre ses jugements (comme

(75) EiGCB., lib. vin. c, \ , dit que le itrme de démon vient du nom hébreu sdaiin , qui signilie deitrucleur.

OEuvaES COMPL. DE DE BÉRCLLE.

(76) HicRON., Vila llHarii.

(77) Sap. V. 40. .\insi l'expliquent saint Grégoire et saint Jérôme.

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ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BKRULLE

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