‹ Œuvres complètesChapitre 147 sur 540 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

QUELLE EST LA ^jUALITU: PnÉCISE DE CETTE VEXATION DU MALIN ESPUIT.

I. La possession consiste précisément en un droit que le malin esprit a de résider au corps du possédé et de lultérer. La résidence et l'altération , qui sont les deux points constitutifs de la possession, peuvent monter ou rabaisser selon divers degrés. — ]I. Saïil était énergumène; mais en qui néanmoins il y avait grande liberté, et pour sa conduite particulière et pour le gouvernement de son Etat. Le même est remarqué par saint Jérôme en un favori de C empereur Constance. — lU. ]l y a des possessions dont raltération nest autre qu'une manière d'infirmité ordinaire. — ly . // y en a d'autres dont l'altération n'est sinon la privation d'une ou de deux facultés, comme de l'ouie, de la vue ou de la parole. Les esprits jïialins sont dénommés des vices ou des peines qu'ils apportent à ceux dont ils se saisissent. En quelques possessions l'énergumène est exempt de la géhenne et torture de Satan. Il y a aussi des possessions esquelles Cénergumène porte privation d'une seule faculté au regard d'un objet seulement. — V. Ce qui est commun ci tous possédés, est le droit que le malin esprit a d'habiter et d'agir en eux. Ce droit est étranqe, si nous considérons les personnes si différentes : l'effet, qui est Ane liaison dont le ciment est la haine : et la suite, qui est un empire absolu que Satan prend sur la personne possédée. Le pouvoir de Satan dans la possession est entièrement opposé au pouvoir que l'homme avait sur soi-même en l'état d'innocence.

1. Il est facile au lecteur de reconnaître la vérité des articles précédents, car en tant qu'il est Chrétien, il sait qu'il y a une communication entre l'ange et l'homme, si étroite quelquefois que Satan vient jusqu'à s'introduire dans ^on corps; ce qu'il ne peut pas ignorer être très-dommageable, et au regard du corps, et au regard de l'âme, supposé ce que la foi lui enseigne de la condition de ce malin esj)rit. Pourvu aussi qu'il soit tant soit [)eu versé en l'état ecclésiastique, il y verra que ce mal est fréquent depuis l'incarnation ; et que l'Eglise est assistée d'un ordre contre cet accident. Ce qui suit est j»li)s diflicile, et quiconque sait bien que ce mal est grand et fréquent, ne sail pas pourtant en quoi j)récisément il consiste.

Remarquons donc que, comme l'ordre

(O"?) Eii leurs toiiimciilaires sur ce liru, et Joséplie au, liv. vi des A» nV/ttid's judiaq., ohap. 9, où

d'exorciste réside en un droit et en une autorité que l'Eglise a sur les malins esprits, Suit qu'elle l'emploie, soit qu'elle ne l'emploie pas : ainsi la (jualité de cette possession , contre laquelle cet ordre est établi, consiste préciséu)ent en un droit que le malin esprit a de résider en ce corps et de l'altérer en quelijue manière, soit (]ue la résidence et altération soit continue, ou bien interrompue ; soit qu'elle soit violente ou bien modérée ; soit qu'elle apporte seulement une privation de quelque acte et usage naturellement ûù. h la nature, >o\l qu'elle ait aeijoint un tourment sensible. Ce sont divers degiés esquels ce mal peut monter ou rabaisser, sans i]ue pourtant il croisse ni diminue beaucoup, carie diaijie y est toujours j)ire que tous maux. Ce sont accidents ditl'érents en divers possédés, dont nous avons témoignage en l'histoire tant sacrée que profane.

II. Car, en firemier lieu, l'Ecriture nous dépeint Sai.il comme saisi et tourmenté du malin esprit : Post diem ulteram invasit eum spiritus Domini malus [I Reg. xviii , 10) , dit le texte, au lieu duquel le chaldée a, Mansit in eo; ce (lui ne peut être dit au regard de l'âme ; et à cause que Satan la possédait dès longtemps auparavant; et à cause que la possession dont il est ici parlé, est réelle, et non pas spirituelle , et même est jointe à un dérèglement extérieur. Car il est dit là même, selon le chaldée : Delirabat in medio domus suœ , et il est dit ailleurs : Exagitabat (ou selon les Septante : Suffocabat) eum spiritus nequam a Domino (/ Reg. XVI, 14) , non pas d'une agitation intérieure et spirituelle, mais corporelle et visible, ()uis(iu'elli' e.'it aperçue de ceux de sa suite, qui lui disent : Exagitat te Spiritus Domini malus, et qui lui donnent conseil sur son mal d'avoir près de &o'\,hominem scientem psallcre ut, quando arripuerit te spiritus malus, psallal manu sua, et levius feras. [Jbid., IG.) Ces conjectures me semblent valables, et ces teruies exprès, à signifier la résidence du déuion en Saiil , et l'altération qui l'accompagne, c'est-à-dire les deux points constitutifs d'une possession, la(|uelle est aussi reconnue de Toslat,de Théodoret etdeJosèphe (1)7). Or son mal n'était pas continu, ains recevait plusieurs et longs intervalles : car ilans la môuie histoire il est re[)résenté tout autre, gouvernant son royaume, commandant aux armées, fuyant ses passions particulières, reconnaissant ses fautes, recevant l'intluence du Saint-Es[)rit en la compagnie de Samuel; bref faisant acte de prince, de pécheur, de pénitent, de prophète, et non de possédé. D'où nous trouverons moins étrange ce qu'on recueille de saint Jérôme [Mta Hilanonis) , d'un ùivovi de l'empereur Constance, Iccjuel étant possédé dès son bas ûge, ne laissait de servir son [irince, de hanter sa cour, sans que son

il dit de Saiil : Patiebalurdtnnotiia el sitlfocationes, {1 Reg. XIX ) Eliain S(ul inlci prophelus.

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