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CHAPITRE VII

QUELLES SONT LES CAUSES DISPOSITIVES , ET QUELLES LES 4PPLICATIVES DU M4LI.\ ESPRIT AU CORPS DE LÉNERGUMÈNE.

I. Ce mal si étrange arrive aucune fois à raison du seul péché originel; et aucune fois pour les péchés actuels, ceux mêmes quon estime légers. Un saint personnage, à sa propre requête, fut mis en la possession de Satan pour un mouvement de vanité.

— II. iVe faut pas trouver étrange quun péché soit puni d'un si grand tourment, et même un péché léger , car, en la balance divine , une légère faute pèse plus quune griève peine. — III. Ce mal arrive quelquefois sans aucun sujet apparent en la personne, comme aux petits enfants baptisés. Combien que ce mal arrive sans aucun sujet en la personne des petits enfants après le baptême ; ce nest pas, néanmoins, sans aucun sujet au regard de leur nature, tributaire à rennemi depuis la chute dWdam.

— IV. Comme ce mal a diverses causes dispositives, aussi m a-t-il diverses applicatives. Aucune fois. Dieu même expédie à Satan pouvoir sur la personne. Le châtiment de Nabuchodonosor, selon quelques auteurs, fut une espèce de possession maligne. — V. Autrefois cest un saint personnage qui livre le pécheur à Satan comme fit saint Paul au regard du Corinthien incestueux et des deux hérésiarques, Hyménée et Alexandre. — VI. Assez souvent, ce sont les magiciens et les sorciers. Comme en VEglise chrétienne, le Saint-Esprit est donné à Chomme par Vhomme : ainsi Sata.n, singe de Dieu, se plaît à voir quen son Etal, les tna'ins esprits soient appliqués aux hommes par le moyen des hommes.

I. Parce que le droit duquel nous venons de parler, et qui est le point constitutif de la possession, n'est point appuyé en la nature, il a pour su[)plément deux causes, dont l'une est morale, l'autre réelle ; l'une, est de la part (le l'homme qui est possédé, l'autre, do la part de Satan qui possède; l'une est le sujet qui donne entrée au malin esprit, et l'autre est la cause instrumentale qui l'ap-

plique. Voyons quelque particularité de l'une et de l'autre, et observons quanta la première.

Que comme es maladies ordinaires, les unes, viennent d'une indisposition héréditaire; les autres, des excès du malade, et quel(iues-unes par la condition de notre nature, sans que la personne y ait donné aucun sujet : ainsi ce mal étrange et extraordinaire arrive quehjuefois à raison de la coulpe originelle, non encore effacée par le baptême, dont on peut voir une histoire ea Bède {Historia Anglorum) ; quelquefois, ea punition des péchés actuels, coiume en cette fille que Prosper raconte {De dimidio temp.y c. 6) avoir été possédée d'un esprit immonde, pour un regard impudique jeté sur l'image de Vénus; et comme celte dame romaine de laquelle Tertullien écrit {De spectaculis, c. 2G) : Theatrum adiit et inde cum dœmonio rediil. Jtaque in exorcismo cum oneraretur immundus spirilus quod ausus esset fulelem aggredi : Constnnter et juslissime feci inquit, in meo eam inveni. Môme Cassien observe (coll. 7, c. 25) que les plus légers excès jettent aucune fois l'homme en l'accès de ce mal furieux : Corporaliter traditos Satanœ et viros sanctos novimus pro levissimis deliciis, cum in illis ne tenuissimum quidem nœvum in illo judicii die patitur invenire divina clementia, omnem cordis eoruni scoriam sccundum prophetœ {Isa. i), imo Dei sententiam, cxcoquens in prœscnii : et luimême (cap. 27) en allègue un exemple d'un saint personnage de son siècle possédé d'un esprit malin et furieux pour une rude parole qu'il avait prononcée. Et un auteur (105) plus grave et ancien que lui en rap[)orte une histoire bien ménjorable, d'un homme de rare vertu, d'abstinence miraculeuse, de recommandation singulière envers les premiers prélats de l'Eglise, et de pouvoir grand envers les démons, qui, à sa propre requête, fut mis en la possession de Satan pour un mouvement de vanité qu'il avait senti et non accepté. Je la représenterai plus dignement par ses paroles que par les miennes : Sancto viro (dit Snlpitius Severus^, ut ex virtute honor, ila ex honore vanitas cœpit obrepere. Quod malum ille ubi primum sennt, diu multumque discutere conatus est, sed rcpelli penitus vcl tacita conscientia vanitas persévérante virtute non potuit. L'bique nomen ejus dœmones fatebantur : excludere a se confluenlium populos non valcbat, virus intérim latens serpebat in pectore, et cujus nutu ex aliorum corporibus dœmones fugabantur, seipsum occultis cogitalionibus vanitatis purgare non potcrnt. Totis igitur precibus conversas ad Dominum fertur orcisse, ut permissa in se mensibus quinquc, diaboli potestate , similis his fierel quos ipse curaverat. Quid multis morcr ? Ille prœpotens , ille qui signis et virtulibus toto

nbiis constant el niiiii alifiuid commune sivc ex (104) i4pocfl/. ix, 11 : «Cui nomen liebraicc Afcad-

sejniictis sive ccaminuis, in cunclis pirspicilnr don, Is^lmc exlermimns.t

fjuo.J imporal, el «iiiod pircl cV hoc a naliiia (105) SuLriTius Sevehus, i Dial., c. 14. icesf, » etc.

TUMTf: DKS RNEUCl'MDNES.

Oriente rnhjatits, illr ml cnjiis liniimi pnpuli (inte coti/litjcrant, ad rujiis fuies swinntr istiiis sd'culi se prostravirant potestnlrg, cnrrrptiis a ilmnonr rst, Irnlus in ritiruHs, omnia illu r/Mf/* encn/itincni soh ii( fine prrpessus. (Juinli) ileintiin ineiise piifijdtns rsl tton ((Hitutn (lœini)tie, scil (/uod illi erut ulilius et opldtins xnnilate. (i"e>l ccllo coiisidér.itifMi, h mon ^ivis. (jui a fait tenir i*» >aiiil Aiij^usliri (lil). xi\ De civil , i:. V) ce* ladj^'/i^r : (Jitid dicam (le his t/ui dinnonuin paliuntur tnvursus? Qui* i'onfidil hoc vmluin vvniire nmi posse iapienli in hue viln'f |iarct' que les plus accoiiijilis sont sujets h tes lanles légères, el les |>lus élevés ne sont pa^ hors des atteintes de la vanité qui n.iil de leur inôine vertu.

11. Or le senlinienl du paganisnin étant arrivé jusque-là, d'estimer ijue ceux desquels la conscienre est ojiprimée sous la pesanteur d' plusieurs laits é/iormcs, ont en eux des {^jéliennes, des supplices, voire des enfers mêmes, qui; l'art des portes représentait sous un voile, feignant et peignant des luries avec leurs torches allumées, avec leurs fléaux ei avec leurs cheveux de ser- ))ents, tenir, i\hii ce monde, comme une espèce de g.'irnison en eux : la lumière du christianisme, comme plus entière et parfaite, conduit plus outre, et apprend qu'un seul péché, qui déméiile renier, peut bien démériter cette vengeance temporelle. Et si elle est élevée par la consi(Jéralion des sévères jugements de Dieu, elle ac(|uiescera, sans didiculté, quand mèuje les fautes légères provoquent cet écl.t de la fureur de Dieu, selon les histoires que nous venons de [)roposer. Que si le sens humain y trouve à redire; et s'il lui semble qu'un tel lourraenl, qui est l'image de l'enfer et une espèce de torture exlraordinaiie, est réservé par un juste juge aux |)lus énormes crimes. Qu'il sai he avant (jue l'éprouver hors l'état de cette vie, que le jugement de Dieu est bien différent du nôtre; que ce que nous estimons léger est de urand poids en la balance divine, en laquelle i)èse plus une légère faute qu'une griève peine.

III. Que môme cejuge souverain fait plus, ordonnant aucune fois que celte géhenne soit applifjuée sans sujet préalable en la personne, comme aux petits enfants. Chose étrange 1 mais non sans preuve et dans l'Ecriture, et dans les Pères. Car le lunatique, au rapport de saint Marc (c. ix), est possédé dès son enfance. Et à ce propos saint Augusli.i (lib. XXI De civil. ^ c. li) se plaint de la cotidition humaine ajirès le péché : Grave jugum super (ilius Adam a die exilus de ventre matris eorum usque in diem sepullurœ, ust/iie adeo impleri necesse est, ut ipsi purvhU per iavacram regeneratiunis ah oriyinalis peccatiy quo solo lenebantur,vinculo soltiti, mala mulla patientes nonniitli rtiam incursus spirilHum malignonim aliquando patiantur. l'A avant lui saint Jé:ôme {.\d Pautatn : De dunnitione Blesillœ) s'écrie : Quœ

causa est ut s/rpe himuli, (rimulive uhrra matrnui liiriantrs, a dumonio corripinntur? Jntisihilia har incrustuhili Altistimi judicio sunt relinmieuda.

Car il n en apparaît point de sujet en leur personne, excnqite de péché ai tuel (lar la bassesse de leur Age, et purgée de l'originel par les retnèdes du salut. Touti'fois (e n'est jias sans (juehpie sujet nu regard de leur nature, l.upielle est tribjffliro à l'ennemi, depuis qu'il la tira hors du paradis terrestre jusqu'à ce qu'elle soit établie dans le ciel, n'> ayant (pie la vive splen<leur de la gloire qui éteigne du tout les scmiilles de sa servitude, (^ar le libéiatrur nous donne bien ici l'espérance, mais non la possession d'une pleine liberté, et comme il lui a plu laisser en la nature l'aiguillon du péché, aussi a-t-il voulu en laisser la peine, l'un comme cicatrice de la première plaie, et l'autre comme relique de l'ancienne servitude, dont l'ennemi tire le tribut, tantôt par le moyen des causes naturelles (jui nous .dlligent.et tantôt par lui-même ipii nous tourmente, soit au dehors comme Job, soit au dedans comme Saiil. Et encore que nous soyons [jufiilles et en bas âge, si a-l-il le droit d'exiger sur nous ces intérêts de la dette (jue le Père commun a créée par le passé j-our toute ^a postérité.

IV. Chacune donc de ces vexations diaboliques a quelque sujet ou e.i la nature, ou en la [iersonne, lecjuel donne entrée au malin esprit : et chacune aussi a quelque cause jùirticulière qui l'applique immédiatement à ce corps. Quelquefois c'est Dieu même qui expédie à Satan le pouvoir sur la personne, comme jadis sur Job ailligé en son corps aussi bien que l'énerguuiène, et de la main d'un môme bourreau, et comme il dénonça et appliqua lui-njôme le châtiment à ce grand roi de Chaldée, lorsque pour un mouvement orgueilleux il le punit d'un mal si extraordinaire dépeint en Daniel (c. ivj. Châtiment que je rapporte d'autant plus volontiers, qu'E|iiphane (106j et un auteur moderne le réfèrent à une esjièce de |)0ssession du malin esprii, altéiant le tem|>érament de ce prince, et transformant son discernement naturel. Et non sans quelque apparence, puisque c'est un mal le plus approchant de cebJides énergumènes, qu'aucun autre qui soit dans le ressort et de la nature, et de la permission actuelle deDieu. Car l'Ecriture même nous spécifie en iiarticulier, qu'il a été destitué de son sens, en cette ()aiole de reconnaissance :Sensu$ meus rc^lditus est mihi [Dan. iv, 33j, et privé de la forme et figure humaine, [lar conséquence semblable de ce texte qui suit : Figura mea ad me reversa est. {Jbid.) Et généralement elle nous le représente plus sauvage que les plus furieux démoniaques de l'Evangile qui liabitaient es sépulcres; |)lus aliéné de la condition humaine que beaucouj) de possédés qui ont bien le discernement naturel saisi et occupé, mais non pas Iransforioé ea

(iOd) De vila et obitu propheiarum ; cl P«Mriis Lovrr.its. lit», i /)? specfns, c. î.

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un discernement bestial , comme Nabucliodonosorqi]! a été fait semblable aux bêles, et quant au tempérament, et quant à la ligure, et quant au sens naturel. Et en somme plus misérable (\uo les énergumènes qui ont des intervalles en leur malheur, au lieu que ce grand prince est affligé d'un mal qui, étant si extraordinaire, est continu [)ar un si long espace d'années (107).

V. Autrefois ce sera quelque saint personnage, lequel aura livré le pécheur à Satan, comme saint Paul livra l'incestueux, selon VEpitre aux Corinthiens (cv), en deux mots de laquelle les deux points constitutifs de la [)Ossession sont marqués, à savoir le droit de la résidence que lesftrit malin acquiert sur la personne, exprimé en ce terme : Tradidi illum Satanœ (vers. 5) : ut l'altération ou vexation qui la suit, insinué en l'autre : In interituin carnis. Et comme le même livra les deux hérésiarques, Hyménée et Alexandre, afin, dit-il, qu'ils apprissent à ne plus blasphémer (108). A quoi le seul retranchement spirituel, c'est-à-dire l'excommunication, n'eût pas beaucoup servi (envers eux Sfiécialement qui d'euxmêmes se retranchaient du corps de l'Eglise, et se faisaient chefs de part) sans cette peine honteuse, visible et manifeste, laquelle a fait dire à saint Chrysostome , que les apôtres se servaient des démons comme des bourreaux pour châtier et amender les pécheurs.

VI. Quelquefois ce seront les magiciens, lesquels comme ils se servent des esprits malins pour endommager l'homme, tantôt en ses b:ens, ainsi qu'il a|)pert en la loi ancienne des douze tables : In eos qui inesscs excantussent ; tantôt en l'usage de la raison, ainsi que su|)pose ce canon inséré dans le recueil de saint Yve ([)art, xi, c. 53J : Malefici vel incan(atores,vclimmissores tempestatum , vel qui per invocationem dœmonum mentes hominuni perturbant, anathematizali (il'jiciantur.

Et ce vers de VEnéide (lib. iv) r

Haecse carniinibus promiltit solvere meules.

Tantôt en lui faisant perdre la vie par des ensorcellements, comme l'expérience nous fait voir, et comme témoigne ce canon d'un ancien concile {Elbertin. can. 6) : Si quia malepcio interfieiat aliquem, eo quod sine idololalria perjicere non potuic scelus; nec in fine impartiendam illi esse communionem.

Ainsi les emploient-ils quelquefois à tourmenter par une (-ossession, comme plusieurs histoires apprennent, et entre autres, deux racontées par saint Jérôme {Vita Hilanom), et toutes deux référées par la confession même des démons aux magiciens, l'un desquels pour abuser d'une fille : Tormenta quœdam verborum et portentosas fiyu-

(i07) Septem tempora mntabuntur super le, dit Daniel à Nabnchodonnsor, c. iv, 15, id est seplem anni secuuduin o mes fere Chrislianos et Hebrœos interprètes.

(IU8) i Tim. 1 : «ha pxplicat Espencaeus ibidem : idque Augii>l. cpi^t. iS, videlur subindicare. Quo-

ras sculptas in œris Cijprii lamina, defodit. Dont étant possédée, en l'elfort de l'exorcisme : Ululât et confitetur dœnwn : Vim sustinui, invitas abductus sum, o cruces, o tormenta quœ patior ! exire me cogis, et ligatus subter limen teneor. Non exeo, nisi me adolescens qui lenet, dimiserit. Et un même esprit possédant le favori de l'empereur Constance dès son bas Age, confesse devant Hilarion : Quo in eum intrasset ordine, multasque inrantationum occasiones, et magicarum artium nécessitâtes obtendebat. Je remarque une pareille confession extorquée du démon en la torture de l'exorcisme, dont le rapport est fait au long par Théodoret (Historia sanctorum Patrum , sect. 13, in Macedonio) autear grave et ancien. Et en fav(;ur de ceux qui donnent plus de temps à lire les auteurs profanes, qu'à voir lesdivins ouvrages de nos saints Pères, j'adjoindrai à ces deux témoins ecclésiastiques, un moderne (109), grand en sa profession, célèbre en ses écrits, qui en rapporte deux liisloires mémorables arrivées en son temps, desquelles l'une est d'un gentilhomme de marque, lequel il traita longuement selon les règles de son art, jusqu'à ce qu'enfin le démon se manifesta et déclara : Se in hoc corpus injectum a quodam. Dont il conclut : Non solum morbos, verum etiam dœmonas scelerati homines immittunt.

Ces histoires, recueillies de témoins assurés, font que je trouve moins étrange ce que dit Aiiastasius r^icœnus ( Bibliotheca Patrum, tom. I, q. 23) de Simon Magus, qu'il avait le pouvoir de livrer à Sa:an ceux qui le nommaient impostcnir, au cas qu'il peut entrer en conversation avec eux, et user de ses sortilèges. Joint que d'aillours il y a de l'apparence , que comme en l'Eglise chrétienne, le Saint-Esprit est donné à l'homme par le moyen des hommes: ainsi Sa'an , singe de Dieu, chef de cette sienne milice des magiciens, se complaît à voir en son Etat, que les malins esprits soient appliqués aux hommes parle moyen des hommes.

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