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CHAPITRE II

DE LA PREMIÈRE SORTE d'aBNÉGATION, QUI EST DES CHOSES DE SOI INDIFFÉRENTES A LA VIE DE l'esprit.

I. La première espèce d'abnégation est un parfait renoncement à toutes choses extérieures et corporelles, comme étant de soi indifférentes à la vie de l'esprit. II. Ce renoncement doit être et en l'affection, et en Veffet. III. A ce renoncement nous aide beaucoup la soustraction que Dieu fait journellement de toutes choses. Il ne se passe presqu aucun jour que Dieu n'use envers nous de deux traits signalés de son amour : l'un en nous privant de plusieurs commodités de la vie présente ; Vautre, nous en laissant toujours beaucoup davantage. W. De ce renoncement naissent en l'âme trois effets principaux : 1° Une dépendance lolate de la providence de Dieu;

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

2° Une conformité singulière au vouloir divin • 3" in accroissement d'amour de Dieu.

I. La première espèce d'abnégation h laquelle l'âme doit tendre, est un [ilcin et parfait renoncement aux choses extérieures et corporelles, de soi indifférentes à l'état de la vie de l'esprit, comme les dignités ou les honneurs, les richesses ou pauvreté, la santé ou maladie, la vie ou la mort : bref toute commodité, goût et intérêts des choses créées.

IL Ce qui se doit pratiquer, et avoir tant en l'affection, en renonçant intérieurement atout désir d'icelles, et se dépouillant de tout dessoin, affection et intention que Ton y pourrait avoir comme en l'effet, en se sevrant actuellement de toute commodité, goût et plaisir occurrent d'icelles, en délaissant tout le superilu, et retenant seulement ce qui est nécessaire selon son genre de vie, avec l'avis et consentement de son directeur,

IIL A quoi nous peut grandeaient aider la soustraction que Dieu fait de semblables choses, savoir est de la santé, nous visitant par maladies, des commodités par pertes d'icelles, des plaisirs et soûlas, nous envoyant des travaux de la vie, nous envoyant la mort ; et finalement de tous autres changements des choses humaines qu'il nous fait éprouver par sa spéciale providence et dilection i lesquels il dispose tellement à notre salut et è l'avènement de ces choses caduques et périssables, quà peine se passe-t il auciin jour auquel ce Seigneur débonnaire n'use envers nous de deux traits signalés de son amour, soit en nous privant de plusieurs objets et commodités, pour nous donner sujet d'exercer intérieurement et extérieurement cette sainte abnégation, soit nous en laissant beaucoup plus qu'il n'en ôte, pourcondescendre à.notre fragilité. Et en ce il ressemble à un prudent médecin, qui ayant reconnu la faiblesse de son malade, et l'aigreur et force de sa maladie, use d'une part de quelque ingrédient violent et âpre contre la force du mal, et d'autre part le tempère de quelqu'autre doux et modéré, pour adoucir son acrimonie, et n'accabler les forces de son malade.

IV. De ce degré trois effets iirincipaux réussissent en l'âme. Le premier est une totale dépendance de la Providence et volonté divine en tout ce qu'elle nous élargit ou ôte des choses créées. Le deuxième est une conformité singulière au vouloir divin, en ne voulant de tout ce qui est créé que ce qu'il nous octroie, en ne le recevant que pour ce qu'il le veut, en n'usaut d'aucune chose que conformément à sa volonté reconnue ou par nos directeurs, ou |kir notre institut, en se réjouissant d'être par cette vicissitude continuellement dépouillé par «ettc bonté paternelle. Le troisième, un <■ ccroissoraent d'amour de Dieu, ayant ôlé l^s empêchements qui étaient entre Dieu et l'âme, dont s'ensuivent plusieurs grâces

divines, comme lumières, affections et sentiments de piété, lesquelles toutefois il ne faut désirer ni procur< r, beaucoup moins ne constituer pour but de notre abnégation, comme il arrive à plusieurs, attendu que nous ne la devons exercer à autre intention, que pour ce que nous ne méritons la l)Ossession d'aucune chose créée tant petite soit-elle, joint que nous devons ainsi nous résigner du tout à Dieu.

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