‹ Œuvres complètesChapitre 158 sur 540 · I" DEGRÉ · texte numérisé non relu

I" DEGRÉ

II. Or, comme es maladies corporelles, ce qui les entrelieut le plus esl une mécréanco que la persf)nne a de son indisposition, lorsqu'elle ne s'eslime el tient aucunement pour malade, négligeant les remèdes propres à son mal : de môme es indispositions de l'esprit, ce qui les enlrctienl le plus esl une persuasion occulte et intérieure, qui se glisse en la plus grande [lartie desûmes, [tar la(iuclle elles ne se lieniienl el estiment jioint pour indisposées, mais pour irès-sainesel accomplies en l'exercice de leurs font;tions spirituelles. A cotte occasion, le premier el le i)lus nécessaire avis en ce lieu est que l'âme se donne garde d'une telle persuasion, généralement en toutes choses, et particulièrementau fait des consolations el sentiments intérieurs; et qu'au contraire de telle persuasion, quand elle les ressent, elle croie et présume qu'elle ne les re(;oit avec la pureté el indifférence requise, sans que sa volonté y soil engagée

{lar affection et sa nature par mélange, com- )ien qu'elle ne le reconnaisse el ressente en particulier. Et selon cette ferme et humble croyance, elle appliquera l'abnégation en ne faisant aucun fondement en telles choses, comme étant très-basses, très-infirmes et puériles, et en ne les ayant en aucune estime, eu égard qu'elles ne procèdent ni d'une habitude acquise, ni d'une grâce particulièrement infuse, comme on pourrait penser, mais d'une suavité et d'une douceur interne, qui esl un objet fort proportionné à ramour-[)ropre, lequel se nourrit du propre contentement et plaisir; et par unegloutonnie sjiirituelle et abus déplorable des choses saintes, les convertit en ses propres délices el plaisirs, et les accommode à son goût et sentiment. Mal très-dangereux et occulte, duquel procèdent plusieurs complaisances, présomptions, illusions et déceptions diaboliques; duquel elle se préservera par l'observance des quatre pratiques suivantes.

La première est de se croire el reconnaître très-indigne d'icelles, de ne vouloir et souhaiter que la i>ure vertu et une perfection, de concevoir une inditférence totale à les avoir ou non avoir ; el par ces trois |)oints al>aisser intérieurement devant Dieu sou

«Tme au-dessous de tout(,'S choses, et nommément (Je telles consolations el sentiments à l'heure mémo qu'on les re»;oit.

La seconde est de les recevoir et regarder avec une grande soumission intérieurfî, les référer à Dieu, durpiel elles procèdent, ne licrmctlre son esprit se reposer en icelles, ains l'employer lors h s'établir et accroître es solides vertus par bons actes intéi leurs el extérieurs d'icelles. I*'l par ainsi Vàiuo ne s'en servira que pour la iin jiour larjuelle Dieu les envoie, et non pour son intérêt el contentement particulier.

I^ troisième est de prendre garde par la soumission susdite de soi, el dépression de telles consolations, à ne suivre toute leur largeur el amplitude, n'exécuter actes indiscrets, ne tenir [)ropos cl ne faire [)romesses préci|)itées des choses extraordinaires, el qui, le goût cessant, semblent Irès-dilliciles ou impossibles. Ce qui la préservera d'être excessivement transportée el enivrée de cetlo douceur et goût spirituel.

III. La quatrième esl de se résigner humblement et franchcmenlà la privation de telles consolations, accej)ler bénignemenl les angoisses et pressures de cœur en échange des consolations reçues auparavant, la désirer l)lus ardemment el résolument, et travailler plus assidûment à l'acquérir pour l'amour de la môme vertu et de la gloire de Dieu, et non pour notre contentemenl. Ces quatre pratiques intérieures fidèlement exercées, leront que lûme recevra indifféremment par abnégation telles consolations sensibles, et en usera fructueusement par une exécution fidèle el assidue de vertu, qui sont les deux points [)rinci|"aux qu'il faut prétendre en ce premier degré.

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