‹ Œuvres complètesChapitre 16 sur 540 · IHM · texte numérisé non relu

IHM

<;i5ANm.i:RS dk jksis. — imsc. iii, i;mtk i»i: dieu en i/incaiin.

Jî)0

coiiiliiit par soti rxi'inplr, il nous y lire par s» Vfiiii. «'l il lions l'oltlifiit par st's prière», tlisanl nu h'H» ëicrml : 0 INtc «jint, elr. — Ml. I.c h'iis lie Dieu niimiiente cl (inil sa \ie »iir la lerrc. en la vue t>t en I ailoralioti des nnilt^ ilivines. le HIs (!•' Dieu eniplo e SOS «lernièrcs prières à nous ol l.nir la j;iàre(le celle unilé ailoiable, «'l il institue un mv<.iéie pour nous y étaWlir. -VIII. Trois nnih-s ilans nos mystères : unilé (resseiice, unilé d'amour, unilé île subsisience. Jésus-Clin.sl conleniple et ailore ces divines unités, et ilpriep<Mir elfuilre la giàce de celle di-rniere i|u'il \oii étabhe dans notre nature k celle (in. Deux Trinités ador:il)les, l'uni' «le Milisihtcme, l'aiilrc ircsscnee ; l'une de toule étcniiié, l'aulre pour loiile élerniie. — IX. (les deux Trinilés sou fondées en unilé, l'une d'essence, l'aulre de sul)sisience. — X. Dieu éternclleniont xivaiil en unilé d'essence, opérant en unilé de principe, léguant en unilé d'amour; et claldissanl icniporeileiuenl so:: Fils, sci> grandeurs, son état ei son rovauiue en unité «le subsisience. Toutes choses sorlenl de l'unité el retournent à l'uiiilé. l'ar celle unité de subsisience, Jésus est pour jamais le centre, le principe et la racine de l'unité d'esprit, de giàce cl d'amour.

1. Ceux fjue la giAce el la liiiuière de la foi élèvent h la coniemiilalion des choses divines, considèreiil et adorent la majesté de Dieu, ou (oiniue existant, ou corniue opérant, ou comme ré^^nant el triomphant dans soi-môme ou dans ses œuvres, et le reconnaissent en toutes ces manières et qualités souveiaintiiuent, divinement et admirablement un. Car, le considérant comme existant, il a cela de propre et de singulier, et c'est le premier point et fondement de la grandeur de son être, que son existence est sa propre essence. Or il est un, i! est princi[/e de toute unité, voir il est l'unité môme en sa nature et en son essence : il a donc unilé en son existence. Les preuves en sont si fréquentes dans l'Kcriture qu'ill'a faudrait transcrire tout entière pour les alléguer toutes, el les indices en sont si universellement imprimés dans la nature, qu'il en faudrait produire tous les ellets, [lour attester par autant de témoignages cette unilé. Car cette unilé est en tant de sortes et si vivement peinte en toutes choses, qu'on ne la peut ignorer et méconnaiire sans s'ignorer et se méconnaître soi-môme ; elle res|»lendit en loules les œuvres de Dieu, comme en autant de miroirs qui nous la rapportent el représentent. Elle est gravée si [»rofondément en toutes les choses naturelles, que rien n'a jiu jamais en eiïacer les traits et les marques, el celle voix muette de la naiure se fait assez ouïr en la reconnaissance de cette vérité à ceux qui la savent bien entendre. Et lors même que les plus éjtaisses ténèbres de l'erreur couvraient les meilleurs esprits, la nature universelle a [larlé si hautement et si conformément de l'unité de son Dieu el de son ouvrier par la voix de ses premiers et plus exccllenls philosophes, que tous ont conspiré ensemblemenl et à la reconnaître et à la publier au monde.

Il est donc superflu d'en alléguer des textes el des raisons, et il nous doit suUire de supi»o-

ser cette vérité, d'ndorcr celte unilé, el décoiilcr avec un esprit humble cet oracle do Dieu, parlant de s<m inôiiie h son peuple par son serviteur Moïse ; ,luf/j, Isratl : Dominui DruK luus Dfin* unus fsl. » Ecoute, hraèl : Le Srifjurur Ion Dieu ml un. (Dtul. vi, k.) Mais ce qui dml ôlre nllenlivniiu'iil considéré, (;'est l'exccllerHC el la puissance ndinirahle de celle unité en Dieu même. (^ir son essence a>aiil une lecondité ineir.ilile dans son unilé (d'où provient nécessairemenlen Dieu la pluralité lies personnes et ih? personnes divines, iniinies et incréées) ; celle fécondité no divise point l'iiiiilé, au (Oiilraire la perfei lion <ic iclio unité est la raison de cette fécondité, l'unilé demeure inviolable en celle pluralité, el l'unité en est d'autant plus admirabie , inelfable et adorable.

II. Oiie si nousionlemplons Dieu non-seulement comme existant en soi, mais comme ojiérant en soi-môme el hors de soi-même par deux sortes d'opérations qui procèdent de lui ; en l'une el en l'autre ilojtère comme un, et il 0[>ère en unilé, nonobstant la pluralité de ses personnes. Car c'est par luniié de son essence, de sa puissance, de son intelligence que le monde est produit, el c'est pourquoi le monde porte l'image de l'unilé de Dieu, comme la marque de son ouvrier et comme l'enseigne et les armes de sou Seigneur. El pour la même raison il doit hommage à Dieu, non-seulement h cause de sou être qui est l'être divin, premier el souverain, mais encore à raison de son unilé suprême, d'oij le monde prend son origine; parce que Dieu, non-seulement comme Dieu, mais coiume unité, est le jirincipe de cet univers. Semblablement les opérations internes et les émanations diviness'accomplissent en unité: ce qui est d'autant plus admirable qu'elles procèdent des personnes auxquelles la pluralité apj>arlienl, comme l'unité ap[)arlient à l'essence ; el néanojoins en ces personnes divines, en tant qu'opérantes el comme produisantes, nous v trouvons une admirable unilé : car Dieu n est pas siîulement un comme Dieu, mais il est encore un comme Père, et il est principe unique de son Fils bien-aimé; et le Père et le HIs [iroduisent ensemble le Saint-Esprit, le produisent non en diversité, non en [)laralilé, mais en unilé d'origine, concourant comme un seul [irinci[)e à celte ador-able et adruirable opération.

Que si nous contemplons Dieu, non en son existence ni en ses opérations, mais en son lejios , nous le trouvons encore, et l'adorons en unité. Car la doctrine de la foi el les prières publiques et solennelles de l'Eglise nous enseignent journellement que Dieu vit et règne en l'unilé du Saint-Esprit, dans lequel il a >a vie et son repos, dans lequel il a sa gloire et ^on amour, et en qui se termine el accomplit heureusement l'unilé, lafécondilé el la so'iélé parfaite des per-sonnes divines ensemble.

III. Or Dieu étant ainsi vivant, ainsi opérant, el ainsi régnant en unilé, c'est-à-dire

OEUVKES COMPLETES DU CAIIDINAL DE BERULLE.

vivant en unilé d'essence; Ofiéranl en unité de principe, et régnant en unité d'amour, ce n'est pas de merveilles s'il réduit ses œuvres à l'unité, et si d'autant |tlus qu'il a h opérer choses grandes et relevées, plus il les opère selon son unilé; et si, ayant à opérer une oeuvre f^t un mystère suprême, l'œuvre et 1(> mystère de l'Incarnation, il l'ofière en une manière excellente, manière toute nouvelle, louie singulière et sans exemple, dans l'unité. Ce mystère doit être le chef de ses œuvres, l'œuvre auquel il viut établir comme un triomphe de ses cri-atures (ainsi que nous ferons voir ailleurs), et l'œuvre par lequel il veut triompher lui-même de lui-même, c'està-dire de ses perfections divines: car il mène lui-même comme en triom[)h'; sa grandeur dans l'abaissement, sa puissance dans l'impuissance, sa sapience dans l'enfance, son amour, sa justice, sa miséricorde en la croix.

Jl est donc en cet œuvre comme en un triomphe où il ne triom[)he pas d'autrui, mais de soi-même, et dans lequel il fait honte à ses créatures, si elles ne lui laissent le pou- Toir de triompher d'elles par cet œuvre, puisque i)ar cet œuvre il triomphe de luimême. Ayant donc à opérer un œuvre tellement sien, tellement grand et divin, il l'opère selon sa dignité, il raccom()lit en une manière correspondante et jiro|)ortionnée à l'excellence de son |)rincipe, 5 l'unité de sa personne incarnée, à l'unité de son essence éternelle; et même, ce qui est digne d'un grand {>oids et de considération particulière en faisant profession à cet œuvre, de s'oublier soi-même et sa grandeur, pour s'abaisser dans nos misères, il n'oublie |ias son unité sainte, et, couvrant sa gloire pour entrer en cet œuvre et pour l'ennoblir et relever par son propre abaissement, il y veut rendre son unité plus illustre et célèbre, plus remarquable et glorieuse que jamais ; et il veut qu'elle triomphe dans le triomphe de ses œuvres, c'esi-à-dire en cet auguste et sacré mystère de l'Incarnation ; car il imi»rime en cet œuvre une nouvelle sorte et manière d'unité qui lui est singulière, qui lui est toute projire et particulière, qui ne convient et ne conviendra jamais à pas une de ses œuvres. Et il veut (jue ce grand mystère soit une image vive, un paifait exemplaire et un divin sujet do l'unité divine; et en ce qu'il coniicnt l'unité d'une personne incréée en deux natures diU'érentes, et en ce qu'il est uni(}ue et sans pair dans les œuvresde Dieu. Eu (juoi il semble qu'il y ait un combat manifeste et une opposition formelle entre les deux perfections suprêmes de la divine essence, à savoir : entre sa bonté et son unilé.

Car son unilé veut que cet œuvre soit unique, ei sa bonté le voudrait étendre et ( quun\iniquer à plusieurs sujets ; [)arce que Dieu étant une vive source d'émanations continuelles hors de soi-même, et la bonté ayant cela de propre et de naturel de se ré- })andre et de se communitiuer sans fin cl sans bornes (ainsi que la lumière donne jus-

que dedans l'infini, si elle ne trouve point d'opposition et de résistance). Qui ne croira que celle haule et sublime communication de la divinité qui rend tant de gloire à Dieu, et tant d'honneur au monde, et «lui est en elle même si aimable, si admirable, si adorable, si souhaitable, ne dût êlre étendue à plusieurs sujets aussi bien que la comuiunication de la nature, de la grâce et de la gloire? Mais il est raisonnable en ce mystère de paix, en ce mystère qui pacifie le ciel avec la terre. Dieu avec les hommes, de trouver la paix dedans le trône de Dieu môme, et entre ses perfections divines. Et partant, nous disons que l'unité de Dieu et la bonté de Dieu, étant les deux perfei.tions de la divinité les plus reconnues et les plus célèbres, Dieu a voulu avoir égard à l'une et à l'autre en ce chef de ses œuvres; et honorer sa bonté en y faisant la plus grande, la plus riche, la plus intime et abondante communication de soi-même, que sa [)uissance divine puisse accom|ilir hors de soi-même; et honorer son unilé, en se résolvant de ne jamais rien faire au monde, qui soit semblable à ce mystère singulier, comme ne voulant pas priver son unilé suprême de son droit et de sa imissance à s'appioprier ce grand œuvre; et, voulant relever cet grand œuvre, le suprême de ses œuvres, de celte sorte d'unité qui le rend cher et précieux, qui le rend rare, qui le rend unique et incomparablement recommandable.

IV. L'unité est la première propriété que les philosophes attribuent à l'être c.-éé : elle est la première perfection que les Chrétiens reconnaissent et adorent en l'être incréé; elle est celle que l'Ecriture représente aux fldèles plus fréquemment. Et les |)latoniciens qui sont les plus élevés entre les païens en la connaissance des choses sublimes, hommes vraiment divins entre les naturalistes, et théologiens entre les philosojdies, ne parlent de rien si divinement que de l'unité; et dans les éléments et les secrets de leur doctrine, ils enseignent à leurs disciples que l'essence et la fécondité divine est en l'unité; voire ils Osent bien dire, [ ar unefaçon de parler pleine de leurs mystères, que Dieu a l'unité et non pas l'être; comme étant l'unité, selon leur haute intelligence, une chose première et supérieure à l'être. Et les démons qui ont l)erdu l'amour de Dieu, mais non la connaissance (laquelle est profontlément empreinte dans leur nature) et qui sont ennemis jurés des grandeurs et [>erl'eclions divines, rendent en leur propre malice un témoignage illustre à cette vérité. Car en leurs combats contre Dieu en la terre, le premier de tous et et le plus grand, a été contre son unité, combattue furieusement durant quatre mille ans en la pluralité des dieux, (jui a été la première, la plus forte, la plus longue et la [lus étendue hérésie du monde ; hérésie insinuée dès le paradis terrestre, fondée dans le premier |)éché de l'homme, dans la première parole du diable {Eritis sicul dii), et depuis répandue par toute la terre.

Et cette hérésie si puissante et si ancienne,

CriANDEURS DE JKSl S. - l)\SC. I!l, l NITE DK DIKU EN LMNCAHN.

n'a été dom|)t6o que par l'unilé nouvelle, puissnnto cl ndornlile de <(» tare tuysi^ic. Cor il n fallu un Homme Dieu |ioiir \i\ Iwuinir (le la lerre, an lieu (jne les autres \i6t6sies ont été aiit^niilie^ par ses prophètes el ses serviteurs, l-'.t iiuu> voyons comme <iepuis (pie cet Ilouime-Dieu a été vivant, luarclianl et |iarlant sur la terre, la terre n'u point été capahlc de persévérer en eette erreur, ayant reconnu l'uniié de son (Créateur en toutes ses contrées, el par la plus grande part des esprits (lui l'ont habitée, bien «pie privés de la lumière de la loi, et prolondénienl ensevelis dans les ténèbres de la gonlilité. Aus^i, celte reconnaissance universelle de l'unité d'un Dieu, dans l'univers auparavant occupé du paganisme, et du culte extérieur du nombre iiilini de faux dieux, est la première grâce is>ue de ce n)ystère, le(juel porte el contient en soi la vraie lumière, lu lumière incréée qui donne au monde la lumière et la coiniaissance du vrai Diej. C'est la première vérité imprimée dans la lerre par le Verbe incarné, et si avant imprimée par ce ilivin carat tère de la substance du Père éternel, jne rien ne la peut etfacer. C'est le premier rayon de sa lumière épandu en tout l'univers, et si tort épanJu

tiar la naissance du vrai soleil, que les ténèires de l'erreur el du |)éclié nonl jamais pu, depuis , oll'usquer celte vérité, et ne l'offusqueront jamais tandis que le œonde durera, connue elles l'ont otlusqué f.ux siècles précédents sous la loi de nature et sous la loi écrite. C'est le premier cflet visible et public au monde de la toule-puissance de son unité, c'est-à-dire de lunilé de sa personne subsistante en la pluralité et diversité de natures, et honorant f)ar un nouveau mystère l'unité de son essence éternelle. Et enfin celle lumière el connaissance de l'unilé de Dieu est une grâce si abondante et si étendue, et une faveur si puissante el si universelle, qu'elle n'est pas seulement communiquée aux fidèles dis|iersés par tout le monde; mais elle a passé même jusqu'aux ennemis du nom cluétien, comme par un reiîux de la grâce de rincarnation sur la terre. Car de})uis l'avènement du Fils de Dieu, les plus grands fauteurs du paganisme oui eu honte de leur erreur, el ont atfecté de reconnaître l'unité d'un Dieu suprême en la diversité de leurs dieux, iit ceux qui, |»ar intervalles, se sont séfiarés du christianisme, ne se sont pas jiourlant séparés de la créance de l'unité d'un Dieu, comme par une secrète réserve de puissance que le Fils unique de Dieu a voulu faire en l'honneur de son unité, même dedans ces âmes inlidèles, lorstju'i! les a délaissées el abandonnées à leurs erreurs el im[)iétés, comme il appert en tous les peuples sectateurs de Mahomet.

C'est par une prévention de celte môme grâce, puissance el faveur, que les Juifs, si enclins auparavant à l'idolâtrie, ont été rendus incapables d'y retomber sitôt que le temps heureux de l'avènement de Jésus s'est a})proché et quil a commencé en son

aurore à luire sur notre horizon. Chose d'autant |ilu« remarquable en ce peuple (pi'il s'est porté h l'idolâtrie dès son ben «-au, el dès la naissaiK e de la loi el de la Synagogue, comme il appert en l'ailoration du veau d'or, et (pi'il y a depuis persévéré en chacun âge et en chatpie siè( le, comme il se voit dans les prophètes, sans que les (»racles divins, ni les châticuenls rigfjureux «le la juslice de Dieu l'en aient pu détourner. Kt t(iutef(jis, vers le dernier âge du monde, depuis son retour de Kabylone, ap[>rochant du siècle du Messie, il n'esl point retourné à l'idolâtrie, comme pressentant lavcnemenl heureux de la vraie; lumière qui était sur le point de répandre ses rayons en l'univers; el la Judée n'a jamais plus été en ces erreurs et en ces ténèbres depuis que le Fils de Dieu l'a honorée de sa naissance et de son extraction, el qu'il a éclaiié comme un soleil celte province de sa {)résence. Celle unité donc si intime en Dieu, si proj)ie aux créatures, si avant imi»rimée dans le monde, si combattue par les démons, si bien défendue par les lidèles el si solidement établie, reconnue et honorée par l'efficace de ce divin mystère, devait être signalée en icelui, aussi bien qu'elle est signalée par icelui.

C'est pourquoi Dieu a voulu imprimer cette unité, cette |)remière el plus célèbre perfection, dans le j)remier et le plus grand (le ses œuvres; c'est-à-dire en l'œuvre de l'Incarnation, le rendant unique et sans exemple, et en la terre el au ciel. El comme l'ordre des communications nécessaires et ineffables de la divinité dedans soi-même par les émanaiions divines et personnelles, est terminé et comme arrêté au Saint-Es|)rit, qui est la troisième personne de la Trinité, sans qu'elles puissent passer en d'autres processions divines et immanentes, aussi Dieu a voulu arrêter en son Fils et en sa nature unie, le cours et le progrès des communications libres el volontaires de sa divinité hors 'h soi-même; tellement qu'il n'y aura jamais aucune autre [lersonne que son Verbe éternel qui couimunique sa substance à la nature créé"e; et ce même Verbe ne fera jamais cette grâce qu'à la nature humaine. El entre les natures singulières en notre esjèce, il n'y aura pour jamais que celle humanité tirée de sa substance et du corps immaculé de !a frès-sainte A'ierge qui jouisse de (elle faveur suprême.

Ce qui relève beaucoup les grandeurs de Jésus et accroît nos devoirs envers sa personne divine el envers sa nature humaine. Car il faut soigneusement considérer, et dignement peser que c'est le N'erbe seul, le Fils unique de Dieu qui s'est fait homme pour l'homme, et que ce Verbe éternel ne veut ainsi communiquer sa jiersonne et sa grandeur qu"à cette seule humanité en espèce et en nombre. C< lie seule humanité donc, entre toutes les créatures, est Tunique objet des grandeurs et faveurs de Dieu en la plus hauie et ineffable communication qui puisse êtr» laite à une essence créée : et Dieu ar-

OEUVRES COMPLETES Dl CARDINAL DE BEULLLE.

in»

rôte heureusement en Jé^us le cours de sa puissance, de sa sapience, de sa boulé, comme ne pouvant les employer à un plus digne ouvrage.

Et tout ainsi qu'en la création, la main de Dieu opérant en l'ordre de l'univers, s'est arrêtée en l'homme, et l'ayant formé le sixième jour, il est entré le septième en son repos, comme étant arrivé an plus haut point et au chef de ses œuvres en la nature humaine ; ainsi, Dieu opérant dans l'ordre suprême de ses grâces et faveurs, c'est-à-dire en l'ordre inetlable de l'union hvpostatique , arrête sa puissance, sa sapie!4ce et sa bonté au nouvel Homme, en noire Emmanuel, en son Fils incarné, comme en un œuvre et ,en un sujet infini, et infinies fois infini , lequel en soi et en sa dignité contre la nature des autres œuvres de Dieu, qui les produisent, égale ces mêmes perfecqui n'égalent jamais les perfections divines lionsqui leproduisentau mondeelcomposent le divin mystère de l'Incarnation. Et après l'admirable accomplissement de ce chef-d'œuvre de grâce et faveur suprême, comme on peut dire saintement qu'en l'éternité il prend son repos au Saint-Esprit, aussi pouvonsnous dire qu'en la plénitude des temps il prend son repos en Jésus; qu'il y met ses délices, qu'il y a son bon plaisir, et qu'il nous appelle tous pour arrêter en lui nos esprits et nos cœurs, et nous convie à prendre notre repos et nos contentements en ce divin objet, puisque lui-même y arrête le cours de ses œuvres, le progrès de ses divines perfections, le comble de ses grâces, et y établit pour jamais sa gloire, sou repos el son contentement.

V. Nous recueillons de ce discours précédent que cette œuvre est une œuvre et un mystère d'unité, lequel part d'un sacré conseil, d'un conseil adorable et admirable, d'un conseil secret d'unité, qui unit le Père en ses pensées, en ses conseils et en ses œuyres; qui unit le Fils en son état, en ses grandeurs et en ses mystères, et qui unit les hommes en leurs devoirs, en leurs sentiments et en leurs affections vers lui. Car le Père éternel n'a point à diviser ses regards, ses desseins el ses emplois. Et il n'est [)as comme un père de famille qui a plusieurs enfants en sa maison, auxquels il partage son espi-it, son soin et son amour, ses états, ses honneurs et son bien. Le Père n'a qu'un Fils en sa divinité; il n'a qu'un Fils à regarder en la terre el au ciel ; il n'a qu'un Fils bien-aimé, auquel il prend son bon plaisir; il n'a qu'un Médiateur à donner à son Eglise; il n'a qu'un Prophète et un Messie à envoyer à sou Israël, à son jieuple; aussi dit-il au singulier : Je leur susciterai un prophète. {Dent, xvui, 18. j 11 dit au singulier -.Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. {Mnith. xvii, 5.) Et Jésus-Christ dit de soi-u)êuie à ses di>cipies : Un seul est votre Maître. {Matth. xxni, 8.) Et son disciple bien-aimé dit de lui : Le Fils unique qui est au sein du Pne. {Joan. i, 18.) Et le premier <Je ses aoôtres dit de lui : Celui-ci est (c Sei-

(jneur de tous. [Act. \, 36.) Et les peuples disent de lui : Celui-ci est vraiment le Sauveur du monde. {Joan. IV, 42.) Il est toujours seul el toujours unique ; unique en sa personne et en ses ûlhces ; unique en la terre et au ciel ; unique au sein du Père et en son Eglise. Ainsi Jésus est seul le Fils bienaimé du Père; Jésus est seul le Messie, le Prophète et le roi d'Israël ; Jésus est seul le Maître, le Souverainei le Sauveur du n.onde. Et l'humanité seule de Jésus est l'instrument conjoint à la divinité [)Our opérer ses œuvres en la terre et au ciel. Et Jésus n'entre en part qu'avec Dieu même qui lui communique sa propre essence et sa gloire; <;ar il ne partage ni avec aucun ange, ni avec aucun homme les grandeurs, les desseins, les em|)lois de son Père.

Tout est en lui, pour lui et parlui, comOiC tendant à lui, comme relevant de lui, comme subsistant en lui, afin que tout soit uni à lui, et par lui à son Père. Or Jésus étant ainsi le sujet et l'unique sujet des giandeurs et faveurs de Dieu, el se trouvant seul et unique dans le premier el le plus eminent ordre des œuvres de la divinité, nous n'avons point à {)arlager nos pensées, nos sentiments, nos devoirs; il les doit avoir tous, et il les doit avoir seul en celte qualité, comme il |)ossède seul en ce grand ordre cet être infini et incréé. Il les doit, disje, avoir seul et en ce haut degré qui appartient à lui seul, selon la grandeur su[)rêu)e qui lui est conférée par le très-haut my>lèrc de l'incarnation. El c'est pourquoi le Père; éternel a voulu faire en son Fils et en son humanité sacrée la dernière et la plus haute production de ses grâces, et ne lui donner aucun adjoint el associé en celle qualité et suprême dignité qu'il lui a donnée, afin de nous unir tous à lui, el de ne point diviser nos cœurs et nos esprits à des objets qui fussent également aimables «t honorables.

VI. C'est le conseil profond de la sagesse de Dieu, digne d'être adoré en son origine, d'être révéré en son sujet, d'être adnjii'é en sa conduite. Car c'est un conseil de Dieu sur son Fils unique ; c'est un conseil «le Dieu sur un état nouveau qu'il donne à son Fils, et sur un état qu'il lui veut donner hors de soi-même; état unique, immuable et éternel, et qui durera à l'avenir autant que Dieu mêm(\ Et ce conseil de Dieu sur son propre Fils est fondé sur un grand secret, correspondant à la propriété de sa génération éternelle et h un ra|)fiort excellent à l'unité et singularité de son être divin, personnel el incréé. Car comme eu la divinité sa filiation est unique, aussi Dieu a voulu, par un décret inunuable, qu'elle soit et demeure à jamais uniquement communiquée à une seule nature entre les choses créées. D'oiî vient (pie Dieu, lorsqu'il veut rendre son Verbe incarné présent en plusieurs lieux selon sa nature nouvelle, il emploie sa puissance à faire un nouveau chef-d'œuvre et un nouveau mystère, oiî il multiplie la présence el non l'essence de cette sienne nature.

Nous le vovons au très-saint mvstère dQ

GUANIEUUS DE JESUS. — niS<:. Hl. IMTE DK DIEU EN l/INCARN.

rKiicliiirislie, auquel le Fils de Dieu fait un niiriicle, et un mirai le pcrpL-luei sur soiiiiôme, c'esi-à-dire sur son corps, sur son sang ol ^iur sou flmc, ciiiployaiil sn [niissarice à couservor l'uuili! do ce sang précieux et de ce «(irps vivant et animé (iion- .seulemenl de l'espril liumain, mais aussi de l'esprit de la divinilé), et h maintenir l'unilé de celte Ame siili'^isi.inle en la personne divine, en multipliant leur présence sans multiplier leur esseme. Mirach; signalé, car il e?t opéré tant de l'ois et en tant de lieux. Miracle lUMpéluel, ( ar il durera jusqu'?! la (in «lu monde. Miracle de Jésus-iitirist et de Jé>us-(!liiist sur soi-môme , car il en est l'auteur e' y exerce son pouvoir, non sur ^a cendre comme en la résurrection du Lazare, ni sur queiques [larties corporelles défectueuses en la nature, comme en la guérison des malades, des hoiteux , des aveugles; mais sur un corps et sur un esprit ; sur un un corps le jdus digne et le plus saint (}iii soit au ciel et en la terre; sur une âme la plus élevée et sublime qui soit entre les esprits célestes, c'est-à-dire sur le corps vivant et glorieux, et sur l'Ame sainte et divine du Fils de Dieu. Miracle le plus grand de^ miracles de Jésus, à cause de quoi il a voulu qu'il l'ûl le dernier de ses œuvres et de ses miraclesaccomplis en rél<il libre de sa vie mortelle et au dernier de ses jours. Car à l'issue de cet œuvre, ce n'est [ilus qu'angoisse, ce n'est plus que captivité, ce n'est plus que soutriance, et ce n'est plus qu'un voyage continu à la croix et à la mort.

Digne pensée , et dignement honorant l'unité divine, (pie le |)lus grand et le dernier miracle du Fils de Dieu en sa vie libre et voyagère, soit un miracle d'unité, et soit un miracle 0[)éré pour conserver l'unité de Jésus en l'ellusion admirable de l'amour de Jésus, qui s'est voulu communiquer au ciel et en la terre, à plusieurs âmes, et en plusieurs lieux ; et j>our conserver parce moyen dedans l'Eglise, qui est une, l'unité de "son Dieu et de son Sauveur, qui est un en sa nature temporelle , comme il est un en sa nature éternelle: c'est-à-dire pour conserver l'iinité de son cor|>s , de son sang et de son Ame, en muilipliant leur présence sans iDulliplier leur essence ! Digne [lensée encore ue luniié du Fils de Dieu, qui, étaiit un avec son Père, emploie le plus grand et le dernier de ses miracles à conserver l'unité de sa nature humaine dedans ce mystère, et à nous réunir tous en unité en lui par un mystère d'unité; qui donne sujet à saint Paul dédire: Nous qui sommes plusieurs , nous sommes un pain et un corps : nous tous qui sommes participants d'un même pain. {1 Cor. x, 17.) Mystère d'unité, servant en qualité de sacrilice, à adorer l'unité de Dieu 1 Mystère d'unité , servant en qualité de miracle, à conserver l'unité de son Fils unique en l'Incarnation ! My>tère d'unité, servant en qualité de sacrement, à imprimer l'unité d'es[iril et de grâce à ses enfants adopiifs, et à les unir entre eux-mêmes et avec lui !

i.e (jui a l'ail dire à saii.t Paul ces saintes (ît ces grandes i»arr>les, et celte antithèse do grand poid> : Qu'un m^me pain céleste fait que plusieurs qui y jinrlicipent soient un même corps. Parole cl .inlithè^e digne de la profoiidité de ce grand mvslère, le supplément unique de riiicamniion , dignement éiiomé jiar ce grand Apôtre, et dignement servant a l'unilé de Dieu inrarné. Car il e>l 5 propos de remarquer (pie l,i raison primitive de ce miracle perpétuel de la très-sainto Kiichaiistie, (pji nous rend le corps glorieux du Fils de Dieu présent au ciel et en la terre, el en plusieurs lieux de la terre, et (pii multiplie la (trésence, mais non pas l'essencf; de ce corps sacré ; c'est pour ne pas multiplier le chef-d'œuvre de rincaniation et de l'union per.soonelle de la divinité avec une autre nature singulière ; c'est pou( ne pas faire un autre et un pareil ouvrage au monde ; c'est pour ne pas établir plusieurs corps et plusieurs âmes subsistantes en la divinité; et c'e^t pour conseï ver l'unilé de l'Ame et du corps du Fils de Dieu dans la multiplicité de ses présences. Ce <iue l'hérésie superbe, et ignorante aux mystères de Dieu , n'entend pas ; aussi elle n'est pas digne d'entendre le secret et le mystère «le l'unilé, étant conduite el animée de l'esprit de division : au iieu que les fidèles, humbles et éclairés de la lumière de la foi , savent bien reconnaître et adorer le conseil de Dieu en ce miracle et mystère «le l'Fucharistie ; qui fait qu'un seul corps et un seul esprit, le corps et l'esprit de Jésus, demeurant un et singulier en son être , se retrouve présent en [ilusieurs lieux, afin que, sans l'intérêt de son unité, il soit et opère en divers lieux les divers effets de sa présence, de sa grâce et de sa gloire.

Tant ce point est forme et inviolable dans le conseil secret du Père éternel, «^ue l'état de l'union hypostatique soit sans exemple, et ne soit jamais réitéré , que l'œuvre divin de l'incaiiuition soil unique et singulier au monde ; que sa puissance et sa bonté soient arrêtées en ce divin sujet, et ne soient jamais plus employées à faire un pareil ouvrage. Tant il a résolu de ne jamais donner res>ence et la personne «le son Fils à aucune autre nalure particulière, en la sorte qu'il lui a plu de la donner à Jésus; et tant il veut ()ue nous ayons tous pour jamais en Jésus, et en Jésus seul, la source et l'origine de l'unité d'esprit et de grâce, a laquelle il lui a plu nous appeler en soi» Fils. Lequel comme il est éternellement cl divinement un avec son Père par sa naissance première, et un avec nous tera()orellement et humainement par sa seconde naissame; ainsi il lend à l'unité, et nous y exhorte par sa [)arole, il nous y conduit par son exemple , il nous y tire jiar sa vertu , et il nous l'obtient fiar ses [)rières, disant au Père élcriiel r O Père saint , que ceux que vous m'atez dannés soient un, comme nous sommes un. [Joan. xvii, 11.)

VU. C'est en cet œuvre miraculeux de

l'Eucharislie, et en cette pensée des unités divines, que le Fils unique de Dieu a voulu clore et terminer sa vie : c'est (in cet œuvre et en cette pensée , qu'il a voulu parler à Dieu son Père, en la plus élevée, la plus importante et la l'ius solennelle de ses prières, laquelle il a faite au Père éternel dans le cénacle de Sion, accomplissant le plus grand de ses œuvres, le suprême de ses mystères, au dernier de ses jours, au milieu de ses apôtres, et allant à la croix s'y otTrir luimême en sacrilice.

C'est aussi en cette pensée des unités divines qu'il a voulu commencer sa nouvelle vie sur la terre, sa vie divinement humaine, et humainement divine. Car il commence et sa vie et son élévation à Dieu en un môme temps ; il cimmence et à vivre en la terre et à reconnaître Dieu dans le ciel en un même moment et en un même lieu, c'est-à-dire au secret cabinet, en l'oratoire sacré, et au temple divin du cœur, du sein et des entrailles de !a Vierge. Et en ce lieu intime et auguste, rendu saint et sacré par l'opération du Saint- Esprit, par la présence du Verbe , par la yertu du Très-Haut, Jésus, étant nouvellement conçu, entre aussitôt en sa première occupation : en laquelle son entretien plus secret, son élèvement [)lus haut, et l'application plus vive et puissante de son esprit, est eu la vue, en l'hommage et en l'amour des unité.» divines : où deux choses se retrouvent heureusement jointes ensemble, et toutes deux dignes de très-grande vénération; dont l'une est le premier point de l'accomplissement que Dieu fait de ce sien œuvre; et l'autre est la contemplation })reraière que lame de Jésus, fait au même moment, de ce même œuvre de l'Incarnation qui est un œuvre d'une admirable et nouvelle unité.

Nous le devons ainsi solidement esliuier de son âme divine, laquelle voyait Dieu en sou essence, en ses personnes et en sa gloire dès le premier moment de sa création. A quoi l'Apôire nous oblige [Hebr. x, 5 seq.), si nous le savons bien considérer, quand il nous représente le Fils de Dieu conuuençant son entrée au monde par une profession solennelle qu'il fait à son Père, en laquelle il l'adore, et il reconnaît le nouvel état qu'il reçoit île lui pai- l'Incarnation; et lui fait oblation de soi-même en qualité d'esclave (comme nous dirons ailleurs) lui olfrant son corps en ([ualité d'hostie pour les i»échés du monde et pour la délivrance des hommes qui étaient esclaves du |)rince du monde. Car si nous assemblons la parole de lApôtre qui nous rap|)orte celle oblation mémorable du Fils à son Père, avec la parole de la foi, qui nous a|)preiid (lue l'Ame de Jésus était uès lors en la jouissiince de la gloire, il est uianifoito que ce grand acte de profession et ifublat ou première du Fils de Dieu, suppose |)ar l'objet de l'adoration de latrie, et par l'objet de l'oblation du sacrifice qu'il a faite à son Pore , la vue que cette âme sainte avait de Dieu en son essence et en son unité et, en vue de l'esseiico, la vue qu'elle avait des unités admirables qui se retrouvent

dans les personnes divines, si nous les considérons comme produites et comme f)roduisantes. Ce qui ne doit pas être chose bien diflicileà persuader, à qui considérera que la grandeur et la fin de l'état divin et suprême de Jésus, dans le mystère de l'Incarnation, a sa base et son fondement, a son rapport et sa relation particulière, et estadmirablement compris dans les unités divines. VIII. Pour iiiieux entendre cette vérité, il est nécessaire de reprendre de plus haut ce discours, et dire: Qu'il y a trois unités saintes, divines et adorables, que l'excellence de nos mystères nous fait connaître, que la sublimité de la foi nous propose, et que le Fils de Dieu sur la terre allait contemplant, aimant et adorant : l'unité d'essence, l'unité d'amour, l'unité de subsistence : l'unité d'essence en la divinité que nous adorons ; l'unité d'amour en la trinité que nous admirons; l'unité de subsistence en l'Incarnation que nous {irofessons. L'unité d'essence que le Fils de Dieu reçoit de son Père, l'unité d'amour qu'il produit avec son Père, l'unité de subsistence qu'il communique à noire humanité par le vouloir de son Père.

Or, le premier usage de l'âme de Jésus a été sans doute, selon saint Paul, en l'adoration de son Dieu, et en la vue et contemplation de ses unités. C'est son premier devoir et son premier exercice : c'est son premier devoir de l'adorer, et c'est son premier exercice de le voir, c'est-à-dire de voir son essence et sa gloire. Cet homme donc, qui s'apj)elle Jésus, étant Dieu par ce mystère, et voyant par la lumière de la gloire (que personne ne lui dénie) qu'il était Dieu , ii est sans doute, que son premier devoir et sa première opération, en celte vue et vie bienheureuse, a été d'adorer par sa nature humaine l'unité suprême de la divine essence. Et suivant Tordre des origines et émanations éternelles, dans lequel il est le Fils unique de Dieu, et le second ajirès le Père; il s'est aussitôt appliqué à admirer et adorer la puissance de son Père à l'engendrer, sa propre naissance, sa subsistence, sa filiation unique et éternelle dans le sein de son Père. Et autant que la première opération de Jésus en sa divinité est la production du Saint-Esprit, duquel il est principe avec le Père; en suivant le même ordre des processions divines, il a vu et adoré aussi au même instant cette émanation divine, cet es[)rit éternel, cet amour personnel, duquel il est la source et l'origine en la divinité, et qui est le lien inciéé et inelfable, unissant le Père avec le Fils, et le Fils avec le Père par une éternelle unité, et par l'unité d'es- [>rit et d'amour inelfable. Et voyant ces deux natures, l'une humaine et l'autre divine être jointe en unité de subsistejjce, et d'une subsistence divine et incréée, il voit, il aime, il adore au même instant cette unité nouvelle cjui le fait nouvel homme, c'est-à-dire qui le fait Homme-Dieu par une sorte d'unité nouvelle, en laquelle consiste son être, son état et sa grandeur.

Et comme ajirès la divine essence (selou

toi

CR;LNDi:LaS DE JESL'S. — DISC, lll, UNITE DE DIEU EN L'INCARN.

lo rajiport do sniiil Jonii), notre fclicilé e--t CM la vue tlo Jùsns-(^lirisi Notrc-Sfigiiour, et de l'utiilé iiictl'.ihli- (}iii unit en lui di.Mix nfllures si diiriTcnles : «ussi le scrond objet de lafclicilédc rduiede Jésus est en la vuoiio lai-niùnic, toiniiK! suhsistiint dednn< l'ôlro incréé, et en la vue de celle rnônic unité (|ui, unissant ces deux n.ilnrcs, conlitncî ce divin conjposé, lait Dieu-Honiinc, étal)lit le rujuveau nijstùre de l'Incarn.iiioii, et donne au monde un nouvel olijet, et un ohjot désormais éternel; ohjel de grandeur et d'amour, objet de vie et de félicité. Kt celui (pii couvrant SOS grandeurs de son humilité , se noinmo si souvent dans l'Kcrilure le Fils de l'hounue, pour les couvrir ainsi, ne les méconnaît pas, no les ignore pas, ne les oublie pas, puis(|u'il à su et a vu au premier moment qu'étant Fils de l'Iiomme, il émit Fils de Dieu, (^ar comme en sa divinité il est Fils de Dieu par génération éternelle, en l'humanité, où il est Fils de l'hounne, il est Fils de Dieu par couuimnicalion tempurello de la divine essenec h la nature humaine : et ainsi le Fils de l'homme qui est le Fils de Dieu, est toujours voyant et toujours contemplant cet élat excellent, et toujours se référant soi-même, et référant cette unité nouvelle qui le fait nouvel homme, à l'hommage des unités divines et adorables de l'être suprême et incréé.

0 unité nouvelle 1 ô unité sainte ! ô unité de subsistence, que vous êtes chère, que vous êtes aimable, que vous êtes honorable à Jésus, puisqu'on vous, c'est-à-dire, en cette unité de subsistence personnelle, consiste uniquement son être et sa grandeur! O âme de Jésus, lorsque tirée du néant, et unie à Dieu, et voyant sa gloire, vous avez vu ce nouveau mystère de l'incarnation, et que le voyant vous avez vu comme il établit une unité sainte et incompréhensible, unité nouvelle, mais réelle, mais divine, mais adorable entre deux choses si distantes, et que votre consistence et subsistence divine est en cette unité : quelle application, quel amour, quel hommage avez-vous rendu lors à cet Etre divin qui est votre être, à cette unité divine qui établit ce nouveau, ce su-

Ërôiue, ce divin mystère de l'Incarnalion ? t comme vous êtes l'unique, ô Jésus, qui avez reçu, et le premier de tous les mortels, qui avez vu cette unité de subsistence en vos deui natures, vous êtes aussi le premier de tous, même avant la Vierge qui vous a conçu, et avant les anges qui vous ont annoncé; qui avez reconnu et honoré cette unité divine et nouvelle en la plénitude de ses merveilles I Vous êtes le premier qui vous ôies appliqué à celle unité sainte, et qai avez prié pour en étendre la gr'àce, la puissance et les elfets pour la réunion de nos Ames avec Dieu, comme dit saint Jean ; et qui avez rendu grâces iuuuortelles au Pcro éternel, d'avoir établi en vous et en cette unilé le centre et l'orij^ine de l'unilé de grâce et d'esprit (jui devait être communiquée aux anges et aux hommes, et qui OEl'vres covpl. de de Bérllle.

doit régner en la terre et au ciel pour jamais 1

Ainsi donc, ô Jésus, mon Seigneur, avezvous commencé, et ainsi avez-vous fini saintement et divinement votre vie dans le sein de la Vierge, et dans lo cénacle de Sion, on la [lensée, en l'amour et en l'adoration des unités divines. Ainsi l'avez-vous continuée sur la lerreen Hethléem.en Jérusalem, en Nazareth, en Kgyple, en la Judée, et en tous les lieux que vous avez honorés et sanctifiés [)ar votre sainte piésence. Fit en cet exercice inléricur s'est passé une partie de la vie spirituelle et contemplative que vous avez voulu pratiquer, pour opérer notre salut, pour donner exemple i vos enfants, pour servir et honorer la majesté do Dieu sur la terre. El maintenant (|ue vous êtes dans les cieux, que vous êtes établi en la gloire du l'ère, vous êtes encore en la pensée et on la vue de ce môme objet; et votre vie triomphante, céleste etimmortelle, a celle même occupation que vous avez eue durant le cours do voire vie humble, souffrante et voyagère.

Or vous êtes la vraie vie, vous êtes le modèle de notre vie, et vous êtes cet eiem- [)laire qui nous est montré en la montagne aussi bien qu'à Moïse, et selon lequel ii nous est couimandé d'opérer. Que notre intérieur donc soit occujié à contempler, à adorer, à imiter votre vie intérieure; que notre vie spirituelle soit regardant et imitant les exercices et occupations de votre âme divine et de votre vie sacrée. Et à voire exemple et imitation, contemplons tous et adorons après vous et par vous ce divin objet ; et voyons que par ces unités admirables nous avons deux triniiés saintes, divines et adorables en nos mystères : trinité de subsistence en unité d'essence au premier, au plus haut et au plus auguste mystère de la foi, en la personne du Père, du Fils et du Saint-Esprit; et trinité d'essence en unilé de subsistence, au sacré mystère de l'Incarnation, en l'essence de l'âme, en celle du corps et en la divinité de Jésus.

L'une de ces deux trinités est existante de toute éternité , l'autre est existante pour toute éternité ; l'une est uniquement divine et incréée, et en ses personnes et en son essence, l'autre est divine et humaine tout ensemble : divine en la personne, et humaine en deux de ses essences. L'une est adorée, et non jamais adorant ; l'autre est humblement adorée, et divinement adorant le très-haut, très-ineffable et très-incompréhensible mystère de la Trinité, laquelle est la source vive, le parlait exemplaire et la cause finale de l'Incarnation. En laquelle cette trinité première, cette trinité éternelle, cette trinité de personnes est sublimement et uniquement, souverainement et divinement reconnue, servie et adorée en la terre et au ciel par celte autre trinité seconde, trinité nouvelle, trinité d'essences qui composent le nouvel Homme, 'et est comi)rise en ce nouveau mystère de l'iccarnation, et rend ce nouveau mystère et ce

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