‹ Œuvres complètesChapitre 161 sur 540 · I.LVRES DE PIETE. — TRAITE DE L'ABNEGATION INTEKIELRE · texte numérisé non relu

I.LVRES DE PIETE. — TRAITE DE L'ABNEGATION INTEKIELRE

contraire; savoir est, pourrailrnirc à se convorlir du tout h \n ninrucllo <lc li i»i(''lô riivino, par la suavilé <Iii IniUiui eu prociMlnil. Mais (l'aut.'iiit f|ue rainnur-propro, cpii ipgnc plus en olicipie lelui de Dieu, ïunù do quilter lo sciitimeiil l'.ir la priv.'itiori d'icclui, el lii Iciil.itioii do sa |»nrUo iiiloriourc, a bien su lroiiV(M* un aulro gîlo |)Our se inusser, ol uu autro sujol pour so divortir d(! Dieu, et s'nrrôlcr on soi-ni6iuo, J)iou rodouble euro Hou la puri^alion l'I acnoll sa force et aciiiiiouic, alin (pi'ollo cx|iuho lo reste des huuiours vicieuses et i onouipiuvs de l'Auie. Or d'aulnul que le point auipiol l'atnour-propre, hatuii du soiiliiuent, s'o-l rélVigié pour se cacher ol conserver, est une assurance intérieuro que IMiue prend ei> ses actions inlornes do veilu, par une rélloxiou qu'elle exerce sur icolle, par la(pielle elle se l'onde et appuyé en elle-niCMuo et en sa vertu et non en Dieu, il la veut ébranler ot renverser de fond on oonibie ; el alin que ce soit sans préjudice de la vertu interne et actuelle, (]ui toutefois sert de fondement et entretien à celte perverse et fausse assurance. Dieu ne permet en rien son ellicace fttre diminuj^e, ains seulement il la cache à l'âme par deux moyens.

X. Le premier, en soustra3ant la réllexion, par lacpioile elle venait à discerner et ro>senlir sa verlu acluolle, d'où vient qu'elle ne paraît non plus que si elle n'était |)oiiil, et que ce néanmoins elle n'est en rien diminué»! ; que sentir et rotonnoîlre les opérations n'est jioint vertu projiremetil, ainsi seulement satisfaction et conlenlemcnt de vorlu. Le second est, en posant deselfcls el ressentiments inlériours du tout conlrair«-s h la vertu, à ce que non-seulement la reconnaissance de sa vertu soit perdue et effai ée de son esprit, mais aussi que la croyance qu'elle pourrait avoir |ar les eifets passés d'une vertu en elle occulte et in-onnue, en soit du lout bannie, ne pouvant | résumer qu'elle réside |-armi des eUels si contraires à icelles. C'est pourquoi il permet que la tenlation précédente s'accroisse, et vienne môme à l'ra[)pcr et assaillir la partie supérieure ; faisant manquer en son enlendement la lumière, en ^a volonté l'ardeur des bons propos, el généralement en l'àiue, la |)roinptilude cle couiir en la voie de Dieu, et la force et patience | our surmonter les difiicullés occurrentes. VA comme l'assaut l'augmente, au lieu de renforcer l'esprit, il semble l'allaiblir. Car il lui fait quitter le rempart de reconnaissance et assurance de ses vertus anciennes, qui la fortiliait contre la précédente teiUaiiun. Lt au lieu d'icelles, ue lui permet reconiiaiueet ressentir (ju'obscurité, aridité rébellion et pusillanimité, on sorte que le [)lus [)elil fétu lui semble une j'OUlre, et les choses auparavant très-aisées lui paraissent uiarntenaiit dilli.iles, voire impossibles; dont elle perd lout à l'ail son assurance première, et entre eu (létiar)cc d'être en étal de perdition, et d'avoir donné sujet à ce changement par quelques nola- .bJes défauts à elle uiconnus et croît à me-

sure que l'exacte recherche et discussion qu'elle fait de ses rlélauts passés par ellemême, et contre iceux pour sa satisfaction, et l'ollort inutile rpiolle a[)porte, les autres remèdes (prelle cuide aj)porler h son mal noie diminuent en rien, ains.raugmentenl, (•(tinmo étant bien cotifurmc à l'appélil déréglé ot au sens dévo\é <lu malade, mais contraire à la iiaMire ot qualité du mal, (jui ne se peut guérir (pjo [i.ir rhumililé et <Jétiance, comme il n'est provenu que de la présomption <'t assurance.

XI. l'allant elle observera colle unique maxime bien équitable en soi, el du t(>ul nécessaire en ce lieu, et fondée en une grande démission de son jugement et de son expéricme même, qui est (pi'ellc ne doit ot ne peut as<;eoir aucun jugement de soi, ni de ce qu'elle sent el expérimente en soi ; mais s humilier et so soumollrc tout à autrui, el que nonobstant ({uelqiies occasions et sujets prégnants (juelle puisse avoir au contraire, elle doit suspendre son jugement, comme aveugle et incertain, el démenlirson exjiérience comme trompeuse, soit au bien, soit au mal : seulement avec celte dilférence, que pour le bien, jamais elle ne le juge ni ne ie croit; et pour le mal, qu'après avoir perdu et renoncé à son jugement et expérience, quoique véritable el indice du mal qui est en elle, elle le croie facilement par la croyance générale qu'elle doit avoir do l'excès à elle inconnu de ses misères, et non par aucun jugement o;i ex[iérience l'ondée en ce qui e>l présent. Far l'observance de celte maxime: 1° l'Aïue, sans faire tort à l'humilité (ju'elle doit avoir, renoncera el perdra la |,résomption, assurance el fermeté en ses jugements ou excellenie>, qui n'e>t pas moindre au jugement qu'elle fait de soi en mal, qu'en celui qu'elle fait en bien ; 2° Sans perdre la croyance qu'elle doit avo.r de son état déjtlorable , n.'rmera la p'Orte à l'ennemi qui la veut troubler el non amender [>ar mille sentiments contraires à Dieu, et suggestions qu'il opère en son es|)rit, pour la mettre en désesijoir ; 3° sans discuter inutilement et curieusement ses défauts présents et passés, ne lairra de s'en humilier et amender autant et plus que s'il les discutait, les croyant en la façon susdite, el au lieu de la discussion, produisant une seule et simjde repenlance d'iceux, et du sujet inconnu qu'elle peutavoir donné à cet étal misérable auquel elle est ré iuite. Que si nonobstant cette [iratique, le directeur appréhendait que lesdétiances de son salut et autres etfets de désespoir ne prissent iiied en cette ;1me, tentée par les artiûces de l'ennemi, il prendra garde si en l'extérieur elle accomplit en son temps ce qu'elle avait coutume de faire auparavant, ei s'adonne à l'entière observance de sa vocation en l'intérieur; si elle exerce en l'esjirit sur le sujet présent [)lusieurs actes de verlu à elle inconnues, comme patience, humilité, abnégation, haine de soi el de ce qui estcontrairt à Dieu ; si sa volonté n'est pas toujours résolue à ne consentir à la tentation sans

qu'elle le sache, oUnuxautres effets mauvais qu'elle ressent, pointne il y a apparence, puisque île là vient toute tristesse, et qu'elle les déteste tant. Puis après avoir aperçu les marques susdites, ou autres indices apparents, que sa vertu n'est diminuée, ains plutôt accrue, puisqu'elle demeure en sa vigueur, même étant privée de la reconnaissance et sentiment de son opération, et assaillie de tant d'eil'ets contraires, il la confortera et assistera selon que le requiert sa nécessité et faiblesse particulière en ce conflit, et autant discrètement et sobrement comme il sera besoin pour d'une ])art la contenir en humiliié et ignorance de ses vertus, et de l'autre pour la garantir des plus violents etForts de l'ennemi, la laissant au surplus [tartir sans assurance, autant que le permettra la force, et de l'âme et de la tentation. Car le directeur se doit donner garde d'empêcher et détruire de son côté ce que Dieu ()i)ère et édifie en cette âme, et doit aviser que comme Dieu lui cache ses richesses et [)erfections, qu'aussi il doit faiie le aiêmo généralement en tout temps, mais particulièrement en cet état ; sans lui rien déclarer, ou fort peu, des biens et fruits cachés sous l'ombre des misères qu'elle expérimente.

XII. Je unirai ce degré, après avoir ajouté des enseignements à mon avis protitables à l'âme. Le premier est que comme elle a remarqué ])ar ce discours la subtilité de son amour-propre à se cacher et conserver aux. dépens de son avancement sous une assurance qu'elle prévoit en ses actes intérieurs de vertu, de même fait-il envers les jouissances intérieures que Dieu départ à l'âme par une réllexion qu'il exerce semblablement suricelles, et un contentement et complaisance qu'il en retire. A quoi elle doit [)rendre garde et y remédier, se dépouillant de cette assurance par les pratiques déclarées, et se privant de la rétlexion par une simpliliî.-ation particulière de son esprit, autrement elle se servirait de Dieu même, pour meure empêchement enire Dieu et sonâme, et divertir ou désunir son esprit de lui. Lo second est que l'âme doit noter de tout ce discours, la grandeur de son inOrmité et la subtilité de son amour-propre, qui sait bieu même se glisser parmi des choses si bonnes et conformes au vouloir de Dieu, et le grand besoin qu'elle a de s'humilier et avilir en tout, puisqu'il faut pour son bien que Dieu môme laveugle, et lui cache ses richesses et perfections, de crainte qu'elle ne les dissi[)e et qu'elle ne s'enorgueillisse. En quoi il est contraint défaire comme un sage père à son enfant (ju'i! reconnaît prodigue et dissipateur des biens de la famille, auquel il tache per])étuellement les trésors ;qui sont en icelle, et ne lui fait montre que de pitié et incommodités,

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