‹ Œuvres complètesChapitre 165 sur 540 · III' AVIS · texte numérisé non relu

III' AVIS

D'autant que l'unique moyen de conserver et faire frucli lier les grâce» que Dieu fait en cet étal, est l'abnégation, l'âme sera soigneuse de l'appliquer à toutes ses intentions, inspirations et à la môme abnégation. Et en premier lieu, croire que le royaume de rabnéj,ation ne doit jamais [irendre fin <n celle vie et que rien n'est hors de son étendue ; quitlant l'erreur de ceux qui pensent suflire d'apjjliqucr l'abnégation aux extérieures et intérieures opérations de l'âme, mais non à celles de Dieu en nous, ne remarquant assez que, partout oià l'âme entre, ï'amour-propre s'y glisse quant et quant. Contre cette erreur, elle tiendra sus[)ecte toute introversion ou autre elfet de Dieu, qui sera destitué de l'acte ou de l'efl'et de l'abnégation durant et envers la même introversion. Elle ne se rendra à aucunes intractions de Dieu, qu'elle ne les commence, continue et finisse par une particulière abnégation, non-seulement de soi-même et de toutes autres choses, mais aussi de la présente inlraction et de toute possession de Dieu, hormis de celle qui arrive par la seule grâce nécessaire au salut.

Sur les inspirations, elle en évitera deux autres assez ordinaires. La première est une omission de les accomplir, se contentant de les écouter ou de les goûter; et l'autre c'est une assurance à les suivre. Et premièrement, ne recevra aucune inspiration ni de Dieu, ni de son simple avis naturel, ni d'autrui, cju'aussitùt elle ne les réfère actuellement à la pratique de telle connaissance. Secondement, eile choisira d'être plutôt guidée par communes et ordinaires inspirations, que par les extraordinaires et plus élevées, comme étant moins propres h notre infiruiité et à la petitesse d'esprit que nous devons cherchei' en tout. Tiercement, elle n'attendra point d'instinct particulier pour se résoudre es besognes qui se présentent, et se contentera de l'avis naturel s'il ne s en présente point d'autres après ses opérations ordinaires à sonder le vouloir de Dieu; laissant à son plaisir le choix ou le moyen de lui manifester son vouloir, soit par un simple avis naturel, soit par une simple semonce intérieure, soit p-ar des mouvements plus

CAUDINAL DE BEUl'LLE. 908

intimes, efilcaces et élevés, n'ayant de soi autre jtroi'ension, sinon au choix de ce qui sera le plus simi^le et petit en soi, et le plus contraire 5 cel appétit naturel d'excellence et singularité.

Envers l'ahnégation, elle essayera qu'elle procède d'une humiliation et abaissement intérieur au-dessous de toutes choses, et non d'un vent de présomption intérieure, duquel l'âme souvent est enflée par-dessus tout })ar orgueil, et non élevée par abnégation, comme elle pense; d'autant qu'en l'un, l'âme quitte tout, plus i)ar un déilain orgueilleux de tout, que par un amour de Dieu ; et en l'autre, elle renonce à tout par un vrai jugement, ou de son indignité, trop vile pour posséder la moindre chose, ni intérieure, ni extérieure ( et aussi qu'à Dieu seul a|)[)arlient d'être le p.ossesseiar et propiiétaire de tout), ou de son infirmité à ne jjouvoir aimer, même les cho^es les plus saintes, sans diminution de l'amour qu'elle doit à Dieu; au lieu que la force infinie de l'amour divin fait qu'il aime tout sans diminution, voire même sans différence, par le même amour duquel il aime soi-même.

Et autres motifs semblables qui ne tournent tant à ce dédain orgueilleux des choses créées, comme de soi-même.

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