II. OPUSCULES DIVERS DE PIETE
l. UIEL KST LI-: nUNCIPE KT LA FIN DK lA CKÉATLRK.
N'Xis (levons dép?inlifi de lui , cl tendre à lui en louio lîolre \ie.
ï. L'obVujation de dépemlre de Dieu et de tendre à Dieu est inséparable de la cn'ature. — IL Les damnés aussi bien que les saints n auront autre objet que Dieu en l'é-
ternité, fjuoif/ue fort différemment, yous avons la liberté pendant la vie présente de ehoisir une fm, et il nous importe infiniment de mettre celte liberté entre 1rs mains de Dieu.
l. IL Se souvenir que, comme Dieu est le premier principe, il est aussi la fin dernière de toutes choses. Kn cette qualité ilfautquu
nous len'lions à lui en l'état de notre vie et en toutes nos actions. Comme principe, il le faut adorer et dépendre de sa conduite et providence; comme fin dernière, il le faut aimer et l'avoir i)Our but de notre vie et de nos œuvres. Nous devons rendre pour hommage de ses grandeurs ces deux sortes de dispositions, aussi inviolableraenf , comme nous ne le pouvons dépouiller de ses deux perfections siennes, qui procèdent de l'inflnité de son essence, et qui .marquent la dépendance absolue et condition nécessaire de toute créature.
II. Dieu est la tin dernière des mauvais aussi bien que des bons : des uns par élection de volonté, des autres par nécessité ; et les damnés aussi bien que les saints n'auront que Dieu pour objet éternellement ; objet aux uns de haine par leur malignité , d'amour aux autres par leur bonne volonté; mais objet unique et éternel des uns et des autres. Seulement en celle vie nous avons pendant peu d'années la liberté d'en choisir une autre. Donnons à Dieu celte liberté, et n'ayons autre objet et but que lui en noire vie et en nos actions.,
11. LA VIE ÉTERNELLE , c'eST CONNAITRE DIEU ET JÉSUS-CHRIST SON FILS QU'iL A ENVOYÉ.
1. Les philosophes n ont pu parvenir plus haut en leurs recherches , quà la C(jnnaissance de soi-même; encore ne ront-ils pu enseiqner ni y parvenir eux-mêmes, et ont seulement connu quil se fallait connaître soiniême. — 11. Mais le Fils de Dieu nous enseigne , qu outre la connaissance de nousmêmes, il faut connaître Dieu et Je'sus-Christ son Fils, et que cette connaissance est la vie éternelle. Considération de ces paroles : Hœc est vita œterna ut cognoscanl te, etc.
I.La sagesse humaine ne s'est point élevée plus haut (|uc juscju'à la connaissance de nous-mêmes, et elle ne nous a point donné d'ol)jet plus grand et d'institution plus sainte, plus utile et plus relevée que Nosce te ipsum, tant de fois jjrononcé et si hautement [)ublié par les divers oracles de la sapience mondaine : sa|)ience qui la su dire et n'a su l'enseigner, et présumant de le jiroposer, n'y a pu arriver. Mais la sagesse et religion divine nous porte et à la connaissance de Dieu et à la connaissance de nousmêmes, et nous donne des aides et des lumières pour y entrer, répandant en la terre la connaissance de Dieu et la connaissance de l'homme qui est son image etsemblance. La sagesse incréée et incarnée, parlant dedans le monde quatre mille ans après la création du monde, nous enseigne ellemême un troisième point auquel se doit étendre notre connaissance, et y met notre vie, notre béatitude et notre éternité. C'est au dernier jour de sa vie sur la terre, c'est au milieu de sou école sacrée et au temps de ses plus hauts mystères; c'est en la i)résence do ses apôtres , et en son ardente prière, lorsqu'il dit à Dieu son Père : Hœc est vita œterna, ut cognoscant te solum Deum vcru)n, etquem misisti Jesum Christum [Joan.
CARDINAL DE BERULLE
xvii, 3) ; élevant notre connaissance au dernier [)oint de sa grandeur et de sa félicité, qui est la connaissance de Jésus -Christ Dieu et homme. Tellement que notre connaissance regarde trois objets, Dieu, Thomme et Jésus Dieu et honnne tout ensemble.
H. Ecoulons cet oracle sacré, proféré sur le mont de Sion au lcm|)s le plus saint et en la nuit la plus mystérieuse qui fut jamais. Pesons ces jiaroies, paroles divines et paroles importantes; car c'est la vie qui liarle, et c'est la vie qui parle de la vie, cl de la vie éternelle, et qiji en parle lorsqu'il va à la mort pour donner la vie. Quels discours plus délicieux aux vivants, que de la vie et de la vie éternelle? Et quels discours plus utiles que de béaliûer cette vie? Et quel oracle plus assuré que de la part de la vie même {!t de lasapienceincréée, qui s'est incarnée pour se rendre semblable aux hommes et leur donner la vie? Ecoutons dune ces propos si délicieux, si utiles et si assurés : Jlœc est vita œterna.
Nous cherchons tous la vie, et nous ignorons tous où repose la vie. La vie et la vraie vie de l'homme ne consiste pas es bassesses de la terre, es délices du cor[)S, es vanités de la cour, es honneurs du monde, et, en un mot, en ce qui est hors de nous et déjicnd d'ailleurs que de nous-mêmes ou de Diew, qui est j)lus nôtre el [)lus en nous que nousmêmes. La vie et la vraie vie est en nous, elle est dans l'âme même, elle est dans la chose la plus propre etiniime à l'âme, qui est do connaître, non l'orgueil de la terre, mais les vérités que le ciel nous enseigne, que Jé>us nous a|)prend, et non les philosophes, et de connaître ce qu'il nous dit en ce peu de paroles. Dieu et Jésus-Christ so7i Fils qu'il a envoyé ; fermant pour jamais les yeiîx de l'âme à toutes les choses qui passent, |)0ur contempler ses divins objets, les regardant comme notre trésor, et y mettant notre cœur pour ne plus recliercher et atlectionner autre chose.
III. DIEU ET lÉSUS-CHRIST SONT OBJETS DIS- TINCTS DE LA DÉVOTION DES CHRÉTIENS.
I. Dieu opère les biens et dirige tes maux: il imprime la vérité et réfère le mensonge à rhonneur de la même vérité. — II. Les manichéens croient deux principes non ordonnés ni liés l'un à l'autre; et l'Eglise adore deux principes , mais liés par ensemble, et l'un dépendant de l'autre; et ces deux principes sont Dieu et Jésus-Christ.
1. La provi<lence de Dieu a une sorte de règne et a'empire et sur les maux et sur les biens, et sur les faussetés el sur les vérités : empire (jui doit être contemplé et adoré, spécialement en la terre, où les biens et les maux abondent, et qui est couverte de faussetés et de vérités tout ensemble, et où les faussetés se ()ublient avec les vérités; car dans le ciel les biens y sont sans les maux, cl les vérités sans lcs*fau>setés ; et il n'y a que la terre où la Providence divine ail co double ofïïce, d'o[)érer les biens el de dirigt r îes n;aux, d'im[)rimcr les vérités et de
(Ha VHKS 1)L IMKiK. — V, DliVOiUS I NVKUS DIKU ET JKSfSCIlRIST.
diriger les mon.sonRO«i à sa gloire, h rhonneur cl rtu trioninlK» do l.-i liotiU^ divine. I»nr cet usnge ('\(elu;iit «'l .'iilocilili', il n'y a point <lo inni (|iii ne Miil d/ins lo secret do l'oi- (lonnnnco •?! l'uiss.'un e divine, rpii le rèf^lo cl l'ordonno et en tire un plus ^rnnd Nien. • ICI il n'.v a point de lansseté (jui ne rende lionunnj^'o h (|ue!(iao vérité, d'ant.inl plus haute, importante et secrète, (ju'elle osl couverte et cachée aux uns, mais révélée aux autres par les onilires de cette fausseté. 11. l'ne des faussetés qui a occupé la terre Cl avcui.;l»5 !ont;temps un des plus heaux esprits de la terre, c'est l'erreur des nianicîiéens, qui maintenaient deux principes; mais celte fausseté rend hoiuniage à une i\cs plus grandes vérités de la foi et du salut, qui reconniiit et r.dore deux sortes de principes non opposés, connue les manichéens, mais distincts et bien liés ensend)le ; non princifies, l'un du lùen et l'autre du mal, mais tous deux origines do tout bien et princi|)cs de grâce ; l'un éternel, l'aulrc lemporel, mais tem|»orel et éternel tout ensemble ; l'un Dieu visible, l'autre Dieu invisible. O sont les deux piincipes que nous voyons si souvent distingués dans les /:'yntres des apôtres : (iratias vnbi$, et pax a Dca Palre^ et a Jeun Christo, où on fait mention, connue de doux choses distinctes en l'origine de la grûce, et du Père et du Fils, sans y mettre le Saint-Ksprit, parce que le Fils y est consiiléré connue un principe nouveau et dilloronl par le nouvel être, différent de rétro divin et éternel, c'est-à-dire )iai' l'être humain et lemporel qu'il a |)ris au monde. Ueconnaissons, aimons et adorons ces deux j)rincipos, l'un principe sans principe, qui est le Pure, l'autre ()rinci[)e (car il s'ai)|)el!e lui-même ainsi) : Principium qui et ioquor vobis{Joan. vin,25), mais principe émané de ce premier principe oltoujoursconjoinl à icelui. Nous le devons singulièrement faire |)ar le mystèrede l'Incarnation, aulemjis que l'Kglisecn nos dévotions particulières célèbre et honore ce mystère ; car c'est par icelui que ce nouveau principe est établi au monde, cl nous devons conjointement adorer le Père, comme jtroduisant et donnant son Fils au monde, et nous rendre à tous ses vouloirs el conseils en cette donation admirable, nous perdant, nous abîmant dans l'étendue et dans l'infinité de ce sien conseil.