IX. E.\ LA FÊTE DE L'aNNONCIATIOX
\. Il y a trois effets singuliers de la trêssainte Trinité en ce miistère : la grâce donnée à saint Gabriel pour l'annoncer, la grâce de mère de Dieu de la Vierge, et la grâce d'union à la personne du Verbe conférée à son hu!) anité. Il y a trois parties principales en la vie de la Vierge : sa conception, son annoncialion et son assomption; et cest la seconde gui est le fondement et la source de la grandeur des deux autre». — II. Ce jour de l'Annonciation est le pre^ mier jour de la vie de Dieu sur la terre, et le commencement du mystère qui durera éternellement.— lU. Les souffrances du Fils de Dieu ont commencé dès le moment de l'Incarnation, et la Vierge a commencé aussitôt d'avoir part à sa croix qu'à sa grâce. Différence entre la grâce d'Adam et la grâce de l'Incarnation.
I. Il y a trois grands efiFets que la sainte Trinité à opérés en ce mystère, que nous devons beaucoup honorer. Le premier est la grâce que la très-sainte Trinité a communiquée à saint Gabriel pour un si grand office, pour un si grand ambassade, car nous ne devons pas simplement regarder saint Gabriel selon sa grâce personnelle qui lui convient comme à l'un des premiers anges, mais selon la nouvelle grâce ; grâce excellente et sublime qu'il a reçue de Dieu, étant dé|mté pour annoncer un si grand mystère ; car Dieu donne grâce conformément à l'oiTice. Le second est la grâce que la très-sainte Trinité h opérée en la trèssainte Vierge, l'élevant à celle grande dighité de Mère de Dieu ; grâce qui est la plus grande, comme sa dignité est la pjus haute. La vie de la Vierge peut être divisée en trois parties principales : la {)remière est depuis sa conception jusqu'à l'annonciation, durant lequel temps la sainte Vierge a été toujours augmentant les grâces qu'elle avait reçues en si grande abondance, opérant toujours selon toute l'étendue de sa grâce , et ainsi produisant continuellement en elle nouvelle grâce. La seconde, depuis l'annonciation et le moment de l'incarnation jusqu'à l'ascension de Notre-Seigneur. La troisième , depuis l'ascension de Notre- Seigneur jusqu'à son assomption, en laquelle elle a reçu la consommation de ses grâces.
Or de ces trois, la seconde, qui comprend
(JCIVUES DE PIKTK. — X, DFS (JIATRK nKMKlULS DU VEKiii: INCAU.NK.
son el.it.s.'i ^1.1(0 ol ^a vie (]c M6ro de Dieu, «•si le rotnloniLMit el l'origine dos autres; ( ,ir sa coiu-opUnn niômo cl sa naissance y onl ramiort et j roportion, el elle naît pour Ctre Ml ro (le Dieu ; el «lès sa naissance elle esl |triviU''^iée el ornce de grflco ((tinnic celle que Dieu h choisie élcrnellein<'nl pour la rendre mère el digne nièie de son Fils dans les leni[>s, cl c'est celle si grande giAc(^ <|ui commence cl eslélahlie dans celle bolennilé de rAnnoncialion de la \ iergo, et qui est un des principaux j'oiiils cpn' [)ous y devons hon(>rer. I.e troisième elfcl e l la giflce (jue la même Irès-saiiile Trinité h o\ érée dans riiumanil(^ du Verbe, en l'union étroite el personnelle d'icello h Dieu par ce mystère ; grûci' (juc nous ilevons plutôt adorer par uti )iuml)le silence, rpie d'en dire peu et comme la profaner par des paroles cl des j)ensées si basses.
II. Nous y remarquerons seulement deux choses parmi toutes celles que nous ignorons : Tune au regard du \'erlie, l'autre au regard de la >'iergc. I.a première est que ce jour de l'Annoncialion est le premier jour de la vie lie Dieu sur la lerre.etdans une ()ortion de noire nature choisie cl [uéparéo dans les il ès-pures entrailles de Marie, sa mère, cl que c'est un mystère perm ment, el qui a commencé pour durer toujours. Les autres mystères sont passagers, et sont liés h des actions qui passent, comme la Nativité, la Passion, la Résurrection, l'Ascension, etc., mais l'Incarnation est un étal permanent, et permanent dans l'élernilé. Sans cesse Dieu fait don de son Fils à l'homme ; sans cesse ce Fils qui esl le don de Dieu, donum Dci Uoan. IV, 10), se donne lui-même à notre humanité; sans cosse le Père éternel engendre son Fils dans une nouvelle nature, et le Fils procède sans cesse de lui juir celte iiouvelle^généralion, comme son Fils e! son vassal lo'ut enseud>le ; et en cela consiste le mystère de l'Incaination, lequel partant est un mystère permanent, et non une action passagère. Kl en l'honneur île la stabilité et duiée constante de ce njystère, nous devons beaucoup demander h Dieu qu'il nous y donne dévotion permanente et solide, et si solide qu'elle ne puisse être ébranlée par l'airecliou des choses qui passent.
111. La seconde chose que nous devons honorer en ce mystère, esl la {»art que la très-sainte Vierge a commencé d'avoir dès ce moment aux peines et aux souffrances de son Fils, à proportion de l'amour qu'elle lui [)orle , el de la grâce incomj.arable qu'elle reçoit «le lui. T.e que pour mieux entendre, *il faut savoir : l" que, combien que les plus grandes soulTrances «le Jésus- Christ aient été réservées aux derniers temps de sa vie sur la terre, il n'y a point été sans soutTrir, et dès aussil«5t qu'il eut une nature passible il couuiîen«;a à pâtir: ce i[ue croira aisément quiconque considérera «jue dès lors il connut clairement la grandeur de Dieu, et la grandeur de l'oti'ense de Dieu dont il était chargé comme répondant ; el que cette double connaissanc»? se rencontra
«lans l'excès de son zèle, qui lui rendait sensible , et inlinimiMit sensible , tout c«j (|ui inléresso l'honneur de son Père; 2° (jue la >'iergo comruença dès lors à être conforme h son Fil>, el d'avoir port à ses souffrances s(d«»n la mesure et la part iju'elle avait en la grâce el sainteté «le ce piemicr mystère; .'J' «pie la grâce «le l'Incarnation est bien dillérenle de«;ello d'A«lam, grâce de douc^eur el de repos, pour îiianjuc (Je «iu(»i aussi fut-il nus en un paradis terreslr«î; mais «pjc cornuu; l'Incaination s'accomj lit I ar le dénûiuenl (ju'il faut «|uo l'humanité porte de sa subsistencc propre et natuielle, subsislence «jui lui est si intime, «{uc «:'est une mémo «hose ; el qu'en outre la croix a été présentée à ce nouvel homme dès ce prenuer instant, el qu'il l'a acceptée, el s'en est «hargé; et qu'ainsi la grâce ijui api artient à' l'incarnalion, est une grâce de dénûmenl cl de croix, une grâce d'arrachement el d'anéantissement à soiniôme, nue grâ'.e qui divise l'âme d'avec l'espril; et que connue la \ ierge a eu plus de jiart en « elle giâce que tous les saints ensemble, elle a aussi («lus soulfert rjue tous les martyrs el tous les autres saints ensemble, et <|u'elle a C()nmiencé dès lors, comme son lils, |)ar le privilège delà liaison liès-élroite et singulière qu'elle a avec lui.
X. DES QUATRE DEMEURES DU VERBE I.NCARNB AVANT qu'il paraisse AU MONDE, ET LOBLI- GATION DES CHRÉTIENS DIIONOUER CE MYS- TÈRE.
En l'Incarnation, avant qu'elle paraisse au monde par la naissance du Verbe éternel en la terre et par la manifestation de? anges, il y a quatre secrets oii elle est cachée, et où nous la devons adorer. Premièrement, au sein du Père,oiJ elle est conclue de toute éternité. Secondement, au ciel, oi^ elle esl exposée aux anges. Troisièmement, au cabinet de Nazareth, où elle est proposée à Marie, et inconnue à tous les mortels, ce secret se passant en la terre entre Marie el Gabriel seuls. Kl oiifm au sein de la Vierge, où elle est accomplie cl inconnue môme à Joseph {).ir l'espace de [dusieurs mois, et an monde par neuf mois, jusqu'à ce que les anges et les rois la pul)iienl.
Au sein du Père elle est cachée et enclose en sa lalernité et en sa génération éternelle ; car engendrant son Fils par cette même génération, «jui est nécessairement opérée, le Père éternel s'appliijue volontairement à la mission de ce même Fils en la terre, par le mystère de l'Incarnation. O j)remier, ô divin,"ô éternel principe de llncarnalion ! Le Père éternel, engendrant son Fils par celte même génération par laquelle il l'engendre en lui-même, le destine à l'union personnelle avec notre humanité. Adorons le Père engendrant el donnant son Fils au monde, el le donnant par la même puissance et action par laquelle il l'engendre, ipioique volontaireiucnt et non néccssaireuioiil ajq'li«iuée 5 celle donation.
œUVUES COMPLETES DU CARDIiNAL DE CETlULLE.
lieiherclions el adorons celte Incarnalion dans le même Verbe éternel, recevant de son Père et son essence et sa sajiienee et son vouloir, par lequel il veut comme lui et avec lui se donner soi-même au monde et à l'homme (113).
Il y a quatre semaines enl'Avent: chacune d'icelles peut être dédiée et employée à rechercher et adorer ce mystère en ces quatre demeures, le sein du Père, le ciel, le cabinet et oratoire de INazareth, et le sein de la Vierge.
En la première demeure, remarquez qu'en ['honneur de la communication de la divine essence aux personnes divines , il se fait une communication d'une personne divine à une essence créée, et que le Fils, qui reçoit le premier cette communication en la Trinité, a voulu être celui qui rendît hommage à cette communication divine et éternelle, par la communication de sa divinité à la nature humaine.
En la deuxième demeure, remarquez que la première manifestation de ce mystère se fait au ciel, car aussi est-ce un mystère céleste, et le ciel le doit contenir une éternité; le choix de l'homuie et le délaissement de la nature angélique en la communication (le cette ineffable dignité : Non cnitn angelos cpprehendit [Hcbr. ii, 16) ; la soumission (le i'ange à l'Homme-Dieu, et l'honneur des anges envers les hommes en suite de ce mystère ; la souveraineté , autorité et iiilluence de l'Honunc-Dieu sur les anges et les hommes; la commission de cette manilestation à la terre et à la Vierge, donnée à l'ange Gabriel, et sa dignité en suite de cette fonction, et son ap[iartenance à Jésus et à Marie.
Si un jour en la semaine est donné de Dieu, pour honorer l'émanation des créa-' lures hors do sa divine essence, par l'existence aduelle qu'il lui a i)lu leur donner en elles-mêmes ; un mois en l'année est bien justement dédié à célébrer la mémoire de l'Incarnation, pour laauelle il semble que ce monde ait été ciéé.
C'est l'œuvre do la Trinité proprement, chacune des [)ersonnes divines y ayant jjart, non-seulement [iar allribution/niais encore par a|iplication et appro[)rialiûn de leui-s propriétés j>ersonnelles. Car le Père envoie son Fils, et le donne 5 celte nature humaine ; et Cftte mission et donation est tellement [)ropre au Père, (ju'clle ne convient qu'à lui, comme il ne convient qu'à lui d'engendrer son Fils. Le Fils donne sa personne et subsistence à cette nature, ce (jui ne convient qu'à lui ; sa personne seule étant unie à la nature humaine. Et le Saint- Esprit est envoyé par le Père et le Fils à celle nature, j)0ur la sanctifier , la former et Jtréparer à l'union du Verbe : Spiritus sanctus supervenict in te. {Luc. i, 35.)
XI. DE TROIS SÉJOl RS DE 3ÉSLS, AU SEIN DS SON PÈRE, AL SEIN DE SA MÈRE, AU SEIN OU
AUTEL DE l'Église.
1. Comme le Fils est le milieu entre le Père et le Saint-Esprit , il o voulu être le milieu entre Dieu et tes hommes. Nos devoirs envers le Fils de Dieu en ce sien vouloir. Le Fils de Dieu est vie, et vie divine en plusieurs manières. Le Fils de Dieu est le don du Père, et les raretés, propriétés et effets admirables de ce don. — II. Le Fils de Dieu au sein de la ] ierr/e, réfère son Incarnation au salut des homtnes. Et se pouvant accomplir en plusiexirs autres manières qui sont ici pesées, il a choisi la plus pénible de toutes.
I. Il y a trois étals de Jésus dignes de singulière et journalière considération : au sein du Père comme Fils de Dieu, Dieu do Dieu, consul)siantiel et égal à son Père ; au sein de la Vierge comme Qls de l'homme, homme et Dieu tout ensemble, médiateur do Dieu et des hommes; au sein de l'Fglise, qui est son centre et son autel, comme agneau de Dieu et hostie de lou.mge et de propitiation qu'elle présente au Père éternel : de louange en la terre et au ciel, en l'Eglise et au Calvaire; de propitiation au Calvaire, mais applicpiée à l'Eglise, et communiquée selon la plénitude de tous ses effets au ciel et en la terre, selon l'économie et dispensation divine.
Ces trois états portent trois sortes de vies et de pensées bien différentes. Le premier est fondé en la nécessité absolue de l'Eire divin, infiniment et intimement communicalif de soi-même dans soi-même, dont l'essence absolue requiert de subsister en trois personnes distinctes, le Père , le Fils engendré par le Père, et le Saint-Ksprit émané du Père et du Fils.
Ce Fils est conjoint avec son Père en unité d'essence et en unité de principe, o[)érant et produisant le Saint-Esftril. Comme il tient le milieu entre le Père et le Saint-Esprit, il a voulu être le milieu entre Dieu et l'homme, et être le médiateur de Dieu et des hommes. Il est le Fils unique, mais il ne veut pas être unique et seul; il veut s'associer plusieurs frères, et êlre le premier-né entre plusieurs.il est unique par naissance, mais il ne veut pas être seul et unique par amour; et ainsi il se donne à la nature humaine, et prend naissance entre les hon)mcs.
11 le nous faut adorer comme Fils, et Fils unique de Dieu, nous liant à son Père : Sade tas nosira sit cum Paire et F'ilio ejus Jesu Christo {I Joan. i, 3); et, au lieu que le péché nous a séparés de Dieu, nous réunir 5 Dieu, nous unir au Père éternel par son Fils, qui est le centre de l'unité que l'honuue doit avoir avec Dieu, et j)ar lui allerau Père, cl porter l'effet de celte grande parole . Yclo, Pater, ut ubi sum ego, et illi sint mecum. {Joan. XVII, 2k.)
(U5) Le Fils (le Dieu reçoit éternellement de son Père et sou essence el la volonté de se faire nonunc.
?.i:i «XVUES DE riKTR. — XII, I)K l.\ S\M
Il nous faiil ndlic'Mor h lui, conuiio adliL'ivnil «u l*rio ; il nous faul émaner do lui, <ô.\)mo éuiananl d»^ son l'rio; cl il nous faul recevoir son us) lil, connue élaiil c(dui qui le produit avec le l'ère, cl (jui a le pouvoir (le le donner, et l'enToyer de par K; l'ère ; et nous devons nous unir au l'ère éiern<d par son Fils. Le Fils est la vie, el adhérei- h ce Fils, c'esi adhérer h la vie; vie divine, vie élernelle, vie source de vie, vie orij^inée el origini' de vie; originée du l'ère, origine tiu Sainl-Fspril.
Nous devons recevoir Jésus cotn.iic un don <lu Père, el regardant celui (|ui le tious doniu', vt)ir cpi'il e>l le Fils unitpie du Père, el (pi'il esl au sein du l'ère, (ju'il esl inséparable du sein du l'ère, connue un don d'amour; car le l'ère le donne |»ar amour; dtin ilu l'ère, don d'amour, don d'une chose émanant d-u Père, et demeuranl au Père; don d'une chose égale au Père, el d'une môme es encc avec le Père ; don d'une clio-e unit|ue au Père; don qui abaisse, qui répand , qui épui>c , qui ahandornie , (pii ai.éantil en une certaine manière la cliosc donnée, pour le bien el l'usage de celui h qui il e>l donné ; tlon pour j(juir cl user selon la [dénilude de l'excès de notre indigence et de nos besoins.
II Ausein de la\'iorge,nous adorons !e^'erl)e éternel comme Fils de l'homme en sa naissance humaine, comme Homme-Dieu en ses deux natures conjointes en unité de substance, et comme médiateur en son élat et oflice , ayant voulu référer son mystère de l'Incarnation h l'iîsage et exercice de la médi.ition du genre humain.
Il est Fils de Dieu par la nécessité, la divinité et l'éternité de sa naissance; \1 pouvait n'être ni homme , ni lils de l'honmie, mais il a voulu ètro et l'un et l'autre, pour le salui des hommes. Il pouvait être homme et (ils de l'homme, sans Atrc le médiateur des hommes, étant simplement le Dieu et Souverain dos hommes ; mais sa bonté, son amour, et le vouloir de son Père, le portent h acconi|)lir celte médiation. Il pouvait être mé lialeur sans croix et sans soulfraiices ; médiateur sans être ré-lempteur, sans mort et sans soutl'rances; médiateur jiar puissance et non par échange; rédempteur |)ar un |!rix spirituel, et non corporel , de louange, et non de souffrance ; un prix intérieur, el non extérieur ; par actions de l'àme, el non par souffiances du corps; par souffrance, et non jor mort ; par émanation de sa vie, et non j)ar le fonds el la substance de sa vie projire. Mais il a voulu employer l'âme et le cor;. s, la vie et la mort, les actions cl les soutlranoes, le fonds el le revenu, le sort princqial et les arrérages , tout ce qu'il esl, tout ce qu'il a, tout ce qu'il fait, tout ce qu'il |)orle, donnant tout pour avoir tout, et nous offrir tout au Père éternel. En l'aiiiel de l'Eglise, nous l'adorons et l'avons connue agneau ou victime (lU).
(II!) Ce liistoiirs n'csl |>.is acl'.Cvé, mais ce qui manque peut ènc supp'O'' par ce que lauicur
\uiT.\iNK i:t des tuois demeures.
\II. UK l.\ SAM\UrrAINK, I r DKSTnOIS DEMI.i;-
iiis lu; jisi s : i > diki son I'^:hi:, kn notke ni MAMii:, i:> i.a choix.
Aux religieuses Carmélites de Salins.
I. La grAcede Jésus-ChrislNolrc-Seignenr soil avec vous |»our jamais. Les choses les jdus basses tie la terre ont leur rajiport h Dieu, cl nous devons contem|iler les excellences et perfections adorables de son être divin, en la vue el en l'expérience de la bassesse el petitesse de notre condition misérable; nous devons ressembler h ceux qui, en baissant leur vue sur l'Océan, y voient le ci(d et les étoiles (pii reluisent en ce cristal poli, comme en un beau miroir dans lequel ces astres lumineux iiupriment leur beauté , leur mouvement et leur lumière Ainsi en la terre nous deums voir le ciel. Dieu en nous, el le Créateur dedans les créatures ; car aussi les a-t-il faites comme autant de miroirs (lui nous représsntcnl ses grandeurs admirables, et comme autant de moyens qui nous conduisent à lui. lùi celte pensée, je pre ds plaisir de voir le Fils de Dieu as>is aui)rès le puits de Jacob, et contemplant en celle eau morle l'eau vive du Saint-Esprit; mèine je vois qu'il rend cai-able de la ha'.itesse de ses pensées une pauvre Samaritaine, laquelle il instruit et élève de la terreau ciel,tlu péché h la grâce, et do ce bas exercice, comme de celui de tirer de l'eau d'un puits, a;ix jdus hauts mystères du salut. Mystères (achés lors aux plus grands et aux plus savants de ce mémo siècle, et réservés à celle humble et vile pécheresse, humble vraiment en sa condition, puisqu'elle va ellc-niôme puiser de l'eau, et si loin, pour sa nécessité ; mais plus humble encore en sa dis|)usition, puisqu'elle porte si doucement, si utilement et si patiemment la manifeslali(ui de son péché; humble vraiment et heureuse en l'élection que Dieu fait d'elle, nonob^nani la bassesse de sa condition, et la viliié de son péché; humble et heureuse encore, en ce prompt et grand usage qu'elle f;nt de la grAcc qu'elle a heureusement rencontrée sans y penser, en ce puits de Jacob. Tout semble fortuit, mais tout est heureux el ordonné de Dieu en cette histoire; heureux voyage, heureuse lassitude, el heureux repos de Jésus en cette campagne de Samarie, puisqu'il donne un nouveau repos à Jésus en cette âme ; heureux moment h cette femme indigente d'un peu d'eau, puisque ce moment et celte nécessité lui fait trouver Je Uoi du tera[)S et de l'éternité, cl la vive source de l'eau qui abreuve le ciel et la terre. Dieu choisit el attend cette pauvre âme sans qu'elle y pense, sans (lu'elle y contribue, et la choisit pour lui déclarer les secrets du ciel, le salut de la terre, et la faire aj^ôlre de sa ville, qui a appris d'elle ce que Jérusalem n'a pu ap|)rendre de la b.)uche du Fils de Dicu même ; et ce uni est romariiua-
(lii lie Jésus en l"é;al lU' victime au saint S.«erc-
ŒUVRES COMPLETES DU CARDLNÂL DE RERULLE.
ble, celle ville de Samarie a appris de celte femme ce que les douze apôtres envoyés en celle même ville ne lui ont point ap[)ris, comme si Je Fils de Dieu avait suspendu l'usage de leur apostolat pour le conférer h celle vile pécheresse et très-heureuse pénitente.
2. Mais ce discours nous tirerait trop loin de notre sujet ; je n'y veux remarquer pour le présent que l'art le soin, la bonté, l'industrie et l'abaissement de la sapience incarnée à traiter avec la Samaritaine, et à conduire celte simple et })auvre femme, de celte eau morte et terrestre , à l'eau vive et céleste du Saint-Esprit; et adorant ses pas et ses voies, je veux à son exemple j)rendre occasion du sujet dont vous m'écrivez, pour m'élever aussi , et vous élever à des pensées plus hautes et j)lus divines que «elles dont vous traitez. Vous me parlez du choix que vous avez à faire d'une demeure en votre ville de Salims , entre plusieurs lieux qui s'offrent; et votre proposition m'élève aux demeures éternelles, que le Fils tle Dieu nous a préparées en son paradis, en soi-même, en son Père.
Trois demeures distinctes, et toutes trois très-hautes et très-salutaires, et bien dignes de l'amour, de la sapience et de la grandeur de Jésus, qui nous les acquiert et nous y appelle. Mais je m'avance encore plus ouUe , je prends un vol plus haut , et j'entre dans la pensée de la demeure adora- Lie de l'Eternel en l'Eternel; car le Fils éternel de Dieu est en son Père éternel , et ce qui est remarquable, lorsqu'il va j)rendre sa demeure en la croix, au sépulcre, au Calvaire, il parle à ses apôtres de celte grande et admirable demeure, et leur apprend comme il est en son Père, et son Père est en lui. C'est lorsqu'il fait à saint Philippe au cénacle de Sion, cette sainte reproche: Il y a si longtemj)S que je suis avec vous, ne savez-vous pas que je suis en mon Père ce que mon Père est en moi ? Séjour digne et du Père et du Fils, séjour bien différent de celui que nos péchés lui vont donner, qui l'attachent à une croix, le logent en un Calvaire, et le mettent jusque dans la poussière de la terre, c'esl-à-dire ausé()ulcre, dont il se i)laint humblement, pitoyao.ement ei amoureusement à Dieu son Père, au psaume XXI (vers. 16), de ses douleurs et de sa croix, lorsqu'il lui dit : In pulverem morlis deduxisti me; car en ce texte le Fils parle au Père, et c'est le vouloir de son Père, et l'amour et obéissance que son Fils lui rend, qui réduisent ce même Fils à la mort, et au lieu de la mort, qui est le sépulcre, comme il le déclare à ses apôtres en sortant du cénacle de Sion pour aller à la croix: Ut cognoscot mundus quia dilir/o Patrcm, et sicut mandatum dédit 7nihi Pater, sic facio; surgite, camus hinc. {Joan. xiv, 3t.} O amour du Fils envers le Père, que tu es aimable et adorable 1 O commandement du Père envers le Fils, et un tel Fils, que tu es rigoureux et digne d'étonnement 1 O obéissance du Fils envers le Père, que tu es exacte et
salutaire, aimable et adorable tout ensemble! Mais rentrons en nos demeures du Fils au Père, et du Père en son Fils. Ce sont les demeures que je désire que vous contempliez, vous et vos sœurs , dans le séjour et et la demeure que vous cherchez en la terre; ce sont les demeures dont je désire ae vous parler avant de vous répondre sur la aeraeure dont vous m'écrivez, et avant de résoudre les peri)lexilés que vous avez sur les diverses demeures qui vous sont offertes. 3. Ces demeures dont ces bonnes dames vous [tarlent sont de la terre, encore que vous ne deviez les choisir et acce|)ter que pour le ciel. Ce sont demeures en la terre et de la terre, et elles nous ressemblent. Nous sommes de boue et de fange , et elles sont de boue et fange aussi, dontdisait Job (iv, 191: Qui haditant domos luteas. Mais ces demeures dont je vous parle sont célestes, sont plus que célestes, sont divines comme étant la demeure sacrée et adorable d'une personne divine et éternelle, en une autre personne divine et éternelle, par un mystère profond et sacré , que la théologie né peut bonnement nommer. A celle haute, suprême et divine demeure, qui ne regarde que la divinité, dignité et éternité des personnes divines, j'y ai ajouté une autre sorte de aemeure bien dispro|)Orlionnée , et bien étrange à ia vérité, mais aussi elle nous regarde, et a son origine de nous. Carlo Fils unique de Dieu est en son Père par soi-même, c'est-à-dire par sa naissance et })ar son essence proi)re, et il est en la croix par nos péchés. Ces deux demeures de Jésus-Christ Noire-Seigneur sont bien différentes, mais toutefois elles sont toutes deux vraies demeures de Jésus ; l'une lui convient par sa nature, qui le loge et l'établit en son Père éternel ; l'autre jui convient par son amour, qui le .oge en la croix ei au Calvaire, pour nous loger au ciel, et lui donne la mort pour nous donner la vie, et pour donner la mort à nos péchés. Plus je contemple Jésus, plus je vois de demeures sacrées en lui. Je ne [)arle pas ici de la demeure que nous devons avoir en ses plaies et en son côté ])crcé . en son cœur ouvert et navré : je comprends tout cela en un mot, quand je parle de la demeure de Jésus en la croix. Car vous savez assez que vous devez être à lui et avec lui, que votre demeurel principale en la terre doit être à ses pieds, en sa croix, en ses plaies. Je parle à des âmes intelligentes, et occupées continullement en ses mystères, qui entendent à demi-mot, et comprennent sans étendue de paroles. Je laisse donc cette sorte de demeure, qui vous est assez connue et familière, pour vous parler, non de votre demeure en Jésus, mais d'une sorte de demeure de Jésus même, c'est-à-dire de Jésus en lui-même. Car en Jésus-Christ Notre- Seigneur, c'est-à-dire dans ce divin et admirable composé dans la diversité de ses natures , il y a une sorte de résidence et demeure, que je ne dois pas omettre , et c'est l'amour de son Père et le désir de no-
L»2'j (*;uviiKS i)K l'iKii:.— XIII, solv
lie s.'ilul (jui nfsil celle nouvelle et «lésorm.'iis l'IciiM'Ilo (IciiK'iire de, la diviiiilû en riimii.iMili'! tic Ju-)U.s, et de cette liiminiiilû en la divinité. Si nous [unnons (omparor choses .si grandes î\ tlio>es si basses, nous pouvons (lire en cerlnine faron (jue, par ce nivslùre, Dieu est en ^v\. lioninie (lui s'a|ipell(! Jé»us, el cel lionnne (ipii e^l le cliel' et le sn'ul des lioinnies) est en Dieu, el esl en Dieu en plusieurs manières, (jui seraient Innj^ues ?» déduire. .Mais, entre autres manières. Dieu esl en lui, el il est en Dieu , ronune rAinc est au corjis, el lo corps oi en l'Ame. Je ilis (pie le coips esl en l'ilme, aussi l)ien ipie Ifliiie estau«'orps : et je le dis selon divers respects el diverses lumières que Dieu a donnés au\ deuxplusgrandes écol«'S (lu pa-^anisme. c'esi-à-dire h celled'Aristoie el h celle de IMalon; el aussi selon divers sens et respects, cet homme est en Dieu, et Dieu esi en cet homme par une manière si haute, si puissante cl si ellicace, (pie Dieu est homme, et Thommo est Dieu. .Mais je ne veu\ entrer en léclaircissemenl de celte vériti-, je veux demeurer avec vous en la simplicité de la foi, qui nous apprend que Jésus est Dieu et homme tout ensemijle ; (jue la divinité repose en celte humanité sacrée , et y rejiose, ce dit saint l*aul, ( orporellemetit,'c'esi-à-dire, solidement, réellement, subslanliellement, et comme en son propre cor[)S , et que ce corps, cette âme, cette humanité , a être, subsislence el rc()Os en cette divinité; ne S'ibsistant {)0ur jamais que dans l'êlre incréé, el ayant une sorte de liaison et de repos, résidence et demeure en Dieu, (jui ne se retrouve et ne se retrouvera jamais en pas une des autres choses créées. Ce qui adore d'une adoration nouvelle , suprême et émincnte, 'a deineure éternelle du Père au Fils, et du Fils en son Père.
4. Contemplons, adorons, admirons ces trois sortes de demeures, du Fils auPère,de la nature divine en la nature humaine de Jésus en la croix. Ces diverses demeures sont admirablesel très-ditrérenles;et elles ontaussi leurs sources bien dillérentes: celle du Père au Fils el du Fils au Père a son état et son origine dans le mystère de la Trinité; celle de la divinité en l'humanité et de l'humanilé en la divinité a son fondement, son principe, son établissement dans le mystère de l'Incarnation ; celle de Jésus en'la croix vient de la qualité d'agneau el d'hostie pour le j^enre liumain, et accomiilit le mystère de la Passion. La première vient de la grandeur de l'être de Dieu et de la toute-puissance du Père éternel, fécond et produisant :jon Fils dedans soi-môme. La seconde vient de la graiuleurde son amour, donnant ce Fils unique au monde et à la nature humaine : amour faisant que le Fils de Dieu esl Fils de Ihomrae; amour puissant, fécond et produisant des enfants à Dieu dans son Eglise, el produisant h Dieu des enfants de Dieu , en l'honneur du Fils unique de Dieu et de sa filiation propre el éternelle. Car c'est en l'honneur d'icelle que le Verbe incarné