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XV. DU MYSTÈBE DE l'iNCARNATION

Au lenips de l'Avcnl.

I. Le Fils de Dieu est donné à la Vierge , et par la Vierge au monde, comme en la Trinité l'essence divine est donnée au Fils, el par le Fils au Saint-Fsprit. Le temps de C Aient est approprié à C Incarnation, et le Carême à la passion du Fils de Dieu, et tous ces deux temps ensemble à la perfection de la vie spirituelle, où il faut mourir et vivre. Le mystère de l' Incarnation et le temps de l'Avcnt appartiennent spécialement à la Vierge. — 11. Solitude de Dieu avant le mystère de l'Incarnation. Les créatures ne sont pas capables de tirer Dieu de sa solitude et d'entrer en société avec lui : il n'y a ijue Jésus qui en soit digne. Dieu, en Sfs émanations éternelles, opère de soi en soimême ; en la création il opère dans le néant et laisse encore la chose créée dans le néant; et dans i Incarnation il tire du néant une créature étrangère et la produit dans son être même , (/ui est infiniment éloigné du néant. Société de Dieu avec l'homme arri-

ver jusgn'à l'unité. — III. La mission du Fi a de Dieu m ces mystèrci) rst le fondement et le principe de toute mission, et le Fils de hieu venant au monde avec mission, personne n'y doit paraître nuns mitsion. L'esinanition est jointe à la mission du \rrhe ; ce gui nous enseigne gue lu mission de ceux gui Irai aillent en son Eglise doit (trc avec abaissement , et non avec éclat, Nous devons honorer en ce mystère l'opération de Dieu produisant Jésus-Christ, ta conversion de l'dme sainte de Jésus à Dieu, rabaissement de la \ierge en ce moment, la plénitude de Jésus en elle , el d'elle en Jésus, et la vie sicrète de Jésus en Marie, gui n'est connue gue d'elle et du ciel, el est toute pour elle. — IV. Le ttmp$ de l'Avent est le printemps de la vie chrétienne.

/fT Kn la Tririilé une môme essence est donnée îi deux |»ersonrics disliiicles,au Fils, cl par le Fils au Sainl-Kspril ; el en l'Incarnation , (pii cl l'œuvre de la Trinité, une même [)crsoni)e, un môme sujet, un môme Iloinme-Dicu ('.-.l donné doublement , c'està-dire à deux mondes ilill'ércnts : à la Vicrg'', qui est un monde, et [»ar la Vierge à la terre, qui est un autre monde. Kl y ayant deux lemjis de singulière considération et dévotion en l'Kglise de Dieu, le temps de l'Avcnt cl le temps du Carôme , l'un cvt approprié à l'honneur de l'iucarnation , el l'autre de la passion du Fils de Dieu ; l'un h la vie secrète et cachée de Jésus en Marie, l'autre h sa vie publique el manifeste au monde, par sa doctrine cl ses miracles, suivis de sa passion el de sa morl ; l'un et l'autre temps singulièrement approj'riés à Jésus. Mais d'abondant le temps de l'Avent esl .s|)écialemcnl ajiproprié à la\icrge,et lui appartient comme éiant dédié à Jésus en Marie, et au mystère de l'Incarnation , qui s'accom[tlil en elle el par elle, et ne s'acconi|»lil qu'en elle, elle seule entre les créatures y ayant pari , et relie part éminenle que porte la qualité de Mère de Dieu, communiquée à elle seule en la terre et au ciel. Ainsi le Père donne doublement son Fils, et le Fils se donne doublement soimôuie en deux donations ditférenles : l'une à la Vierge, l'autre h la terre parla Vierge ; en l'une il se fait homme el Fils de l'homme, et en l'autre il se fait tel pour les hommes. 11 y a dans l'état de laspirilualilé vie el mort toul"ensemble; et au Fils de Dieu se trouve morl et vie. Et il y a aussi deux temps de dévotion en l'Eglise, l'un dédié à la vie, et l'autre à la morl de Jésus. Car Jésus a pris étal de vie el état de morl en la terre : vie divine, mort divine,- vie d'un Dieu, mort d'un Dieu ; vie unie personnellement à la Divinité, mort unie personnellement à la Divinité. El ces deux temps sont affectés à établir en nous celle vie cl cette mort, qui se doivent retrouver en l'élat de l'esprit.

II. Maintenant donc que nous sommes au temps de l'Avent el en devoir d^'honorer un Dieu incarné et de Ig servir uar é'iat dévie

ŒUVRES COMPLETES DU < ARDINAL DE BERl LLE.

intérieure , arrêtons-nous on la considération de ce premier mystère, qui est son Incarnation. Contemi»lons-le dans *sa solitude, contemplons-le sortant dé 5é solitude pour entrer en société avec nous ^. solitude de Dieu en soi-même, en son repos, en sa sainteté, qui le sépare, qui le détache et' Teloigne de toute créature : Tu antem in sancto habitas laus Israël. (Psal. xxi, 4-.) C'est le premier séjour et le premier sanctuaire de Dieu. Dieu, qui opère en soi-même de toute éternité, veut en son temps opérer dans le néant et créer le monde; mais ses créatures ne semJjlent pas dignes d'entrer en société avec Dieu, niie tirer de sa solitude et l'occuper hors de lai-même : Jésus seul est digne de donner occupation à Dieu hors de lui-même, et d'entrer en société avec lui, puisque Dieu l'associe à son essence en la personne de son Verbe, et le fait asseoir à sa droite.

Dieu, qui produit les créatures hors de soi dans le néant, veut en l'Incarnation f)roduire une nature créée dans soi-même, dans son être, dans la personne de son V^erhe, et lui donner la subsistence du Verbe pour sa subsistence. V^oilà l'œuvre de l'Incarnation différent de celui de la création, où Dieu tire la créature du néant, et la produit et laisse dans le néant : Ex nihilo in nihilo. Au contraire, dans les émanations divines, Dieu produit de soi en soi-même son Fils unique, et son Saint-Esprit; et en l'Incarnation, qui est moyenne entre la création et l'émanation, et endette qualité tienlquelque chose de l'une et de l'autre. Dieu tire du néant, et non de soi, cette nature créée, mais il la produit et loge en soi-même, en son être, et en l'une de ses subsisiences.

Voilà la solitude de Dieu en soi, voilà son opération en soi, tirant à soi l'être créé; voilà sa société avec nous, société parfaite, société unissant si étroitement l'être créé avec l'incréé , qu'elle aboutit à l'unité môme Ju Verbe éternel.

lil. Honorons donc la solitude de Dieu, honorons sa société avec l'homme ; honorons la mission de son Verbe : Misit Deus FHium suum [Galat. iv, k) : mission fondamentale à toute autre mission, qui doit adorer celle-là, qui en doit déi>endre, et qui la doit imiier en ce point [)arliculièrement que comme le Fils de Dieu n'est point venu en ce monde fOur travailler à l'œuvre de son Père, œuvre si digne et si im|iortant, qu'il n'y ait été envoyé par son Père, personne ne se doit ingérer dans l'Etat de; Jésus-Christ, qui est son Eglise, sous queitjue prétexte que ce soit, sans justifier et faire paraître sa mission originée de celle-là. Honorons l'exinanition du Verbe en celte sienne mission : Exinanivit semelipsum, fortnam servi accipiens {Philip, n, 8) : exinanition double, c'est à savoir, et par la condition essentielle de la nature à laquelle il s'allie, toute nature ci'éée étant esclave de Dieu, et portant la servitude vers lui enclose dans le fond de son être, et dans son essence, sans en uouvoir être aucunement

exemptée ; et, en outre, exinanition par l'état servil dans lequel il entre en s'alliant à C(>tie nature, ou, si vous voulez, par l'état servil de la nature à laquelle il s'allie. Car il la prend et l'épouse chargée de la ressemblance d'une nature et chair de péché : In simililudinem carnis peccati {Rom. viii, 3); et en l'épousant il se charge des péchés du monde et s'oblige de satisfaire pour iceux à la justice en- s'humiliant jusque'à la mort, juscju'au supplice servil et ignominieux de la croix : et c'est ce que signifient pro- |)rement ces paroles : Formamservi accipiens. Il s'en trouve assez t^ui veulent recevoir mission, mais une mission qui les élève et les honore ; mais à peine en irouverez-vous qui acceptent une mission semblable à celle du Fils de Dieu, une mission jointe à l'abaissement et à l'exinanition. Honorons l'opération de Dieu formant Jésus-Christ en la Vierge: car si l'opération de Dieu créant le monde est honorée d'un jour particulier en chaque semaine, qui est le jour du sabbat, quel sabbat, quel honneur ne devons-nous j^oint à cette opération qui a formé Jésus - Christ, le Seigneur du monde, le chefd'œuvre de Dieu et son Fils unique? Honorons la conversion de l'âme sainte de Jésus-Christ à Dieu son Père au moment de l'Incarnation : car cet acte contient toute la perfection de Jé-.us, et Jésus, en cet acte et en ce moment, a rendu à son Père et à son Dieu tout ce qu'il lui pouvait rendre. Nous rendons nos i.evoirs à Dieu avec succession de temi)s : mais Jésus-Christ lui a rendu [mrfaitement tousses devoirs dès ce premier instant. Ainsi nous devons adorer Jésus-Christ opérant dès le moment qu'il commence d'être homme, et admirer l'excellence et perfection de cet acte, par le(}uel il commence sa vie. Honorons l'abaissement dans lequel la Vierge a reçu le V^erbo incarné ; abaissement signifié par ces paroles: Ecce ancilla Domini, et proportionné à l'abaissement et exinanition de Jésus en elle. Honorons la {)lénitude de Jésus en elle et d'elle en Jésus, qui est la circumincession de la terre, qui regarde et adore cefle des personnes divines en laTrinité, c'est-à-dire, la résidence réciproque d'une personne en l'autre, se contenant et remplissar.t l'une l'autre. Honorons la vie secrète que le Fils de Dieu mène en la Vierge par l'espace de neuf mois, vie divine en la Vierge par l'union hypostatique ; vie glorieuse et céleàtc, vie voyagère, vie spirituelle et intérieure eu l'usage parfait de sa grâce éminente, vie extérieure en qualité d'enfant en sa Mère et par sa Mère; vie intérieure et extérieure, qui n'est connue que de la Vierge et du ciel, et oli la seule Vierge a [)art [lar un si long tem[»s ; vie en laquelle il semble no vivre que [JOur la Vierge et dans la Vierge, le monde n'ayant part à ce mystère qu'en sa naissance et par sa naissance , {)ar laquelle il est comme livré cl exposé au monde.

Ce grand mystère d'amour où le Père éternel donne son Fils à l'homme et le donne

ŒUVnKS DE PIETE. — XVI. CONSIDIIIATION SLR L'INCARNATION.

«l'iino mniiirre do donation si pnrticulitre que Dimi cl riioimiio comirnscnl une niôiuc pursoniu', niéiiU; l>ion ijiie le mois qui en est honoré soit le [ircniier do nos mois, et que le tciups de l'Avcnt soit roi^ar- (16 (les Chrétiens romnio leur prmtcnins, puisque e'est le lenips duquel le vrai Soleil (le nos Anuvs coninienci».'! se lever pour nous du plus haut descieux: Msitavit nos (Jriens ex alln [l.uc. I, 7S) , et (pje loulcs choses se sont renouvelées: i\onim fait Domiuii^ super terrain {Jer. \\\i,'21), et ecce fdctn siint omnia nova. {Il Cf^r, v, 17.) Ueeonn/iiisons done lo Fils de Dieu pour noire soleil, qui donne eomnieneeinenl à laruiée rhrétienne : rcconi5aiss(Mis-le pour celui qui doit régler, conduire et mesurer nos ans et nos saisons en la vie de l'I^sprit, et (pie son «véneinent soit noire printemps spirituel au(iuel nous sommes obligés de nous renouveler , luisant germer et pousser les instincts, les bonnes pensées et toutes les grâces que nous avons reçues de Dieu, fruciilianl avec nouvelle ferveur en toutes sortes de bonnes (euvrcs, oliacun selon notre condition.

X^'I. CONSlIUÎnATION M R JÉsLS AU MOMENT DK l'iNCAUNATION.

I. La sortie du Fils de Dieu du sein de son Père et son entrée au monde. — II, // faut distim/ucrdans l'Incarnation la substance et réconomi€du\mystrre. — 111. Dieu, quia tiré les créatures hors de soi par la création ^ les fait rentrer en soi par l' Incarnation, et l homme est le centre de ce retour et de ce cercle. — IV. Jésus commence à agir vers Dieu, au même moment quil est formé en sa Mère. — V. Au même moment que le nouvel Adam est formé en Eden, il entre en intelligence et même en extase.

I. Voilà l'œuvre des œuvres de l'Eternel , voilà l'œuvre aussi éternel ; car tant (}ue Dieu sera Dieu, il sera joint à la nature créée, et d'un lien très-intime et indissoluble. Voilà la première sortie du Verbe éternel ; voilà son premier pas hors du sein de son Père, pour entrer au sein de la ^'ie^ge. Mais ce n'est pas le dernier, car il passera plus outre; il viendra en iJelhléem, en Egy[)te, en Galilée, en Jérusalem, et cnlin au Calvaire ; et il s'otîre dès à présent au Père éternel pour tous les voyages qui le tirent de sa grandeur, à l'abaissement, à l'exil, à la soutlVance, à la croix, aux opprobres, aux liens, à la captivité et enfin à la ir^rt.

Contemplons-le en celte première sortie, tiont il est dit en saint Jean , ego a Deo exivi, et en ce premier élat de sa vie nouvelle et voyagère. Adorons l'étal et les actions de sa vie nouvelle.

II. m. Le mystère de l'Incarnation comprend deuxchoies principales, enlesquellesconsistent l'étal et la vie de Jésus en ce nouvel Etre ; c'est à savoir, la substance et l'économie du mystère, qui sont les deux points souvent mentionnés et distingués dans les Pères ancions parlant de Jésus. La substance du my.-lère s'es[)liquc en un mot. Dieu et

OEÇYRES COMPL. DE DE BÉRULLB.

homme; un mot abrégé, mais qui comprend l'élre (Tééel l'Etre incréé, el le lien irudlablo, très-étroil ,.lrè'>-iHtimc de ces deux êtres si dilTércnts et ilKlfliils. L'économie dit la dispeiis.'iiioii cl liisago do cette vie nouvelle de riIommt'-Du'U en lous ses étals, fonctions, ni:lions et mystères. Le Dieu vivant cl opérant en soi-niômo deux productions étertn.'lles a voulu produire hors de soi un élre créé, qui n'est que l'ombre cl l'image de son Etre, et, par un cercle heureux, il veut lirer à soi son ouvrage, et choisir la nature do l'homme entre ses (jeuvres, comme l'abrégé, le (•ons{jiiimé et la récapitulation de ses œuvres, el qui les contient toutes sommairement , pour être le centre do cette circonférence , et le point auquel il se joint à l'être créé , et fait rentrer en son Etre divin cette nature humaine, à lacpielle il donne et son existence el sa subsistence, tellement que nous avons un Dieu qui est homme et un homme qui est Dieu, <-.u lieu (lue l(;s païens .idoraienl dos hommes qui n étaient pas dieux, {et des dieux qui n'étaient [las hommes, mais des ombres et des idoles : nous adorons un Dieu inlini, mais (pii s'est rendu Uni, et est borné soimême dans la circonférence de la nature humaine : Nous adorons un Dieu éternel , mais qui s'est rendu mortel; un Dieu invisible, mais qui s'est rendu visible; un Dieu imfiassible, mais qui s'est rendu sujet au chaud, au froid, à la croix et à la mort ; un Dieu très-simple et très-pur, mais composé des éléments, et, pour dire tout en un mot , un Créateur qui s'est fait créature.

Et ce Dieu composé de deux naluies si dillérenles est tellement éternel qu'il est mortel, et tellement mortel qu'il est éternel. Ne perdant rien de son être premier , n'omettant rien de son nouvel être, mais les joignant ensemble par un lien si cher, si étroit, si intime, comme est l'unité d'une même personne.

IV. Ce divin composé, ce nouvel être, ce nouvel Adam, ce nouvel homme, cet Homme-Dieu el ce Dieu-Homme ne larde jiasunmomentà agir, et au même instant qu'il est, il est ojiéranl;etce soleil luisantau milieudeMarie, encore caché de celle nuée légère, s'il nerépaml déjà ses rayons sur la terre, à cause de l'interposition de la nuée qui le couvre, il les répand vers le ciel et dans l'éternité, au regard de latjuelle il n'a rien d'interposé. Ainsi, au môme instant que ce nouveau vivant est formé par la puissance du Père Eternel, par l'opération duSaint-Esprit, par la coopération divine, pure, sainte et miraculeuse de la Vierge; cette vie divine el humaine tout ensemble de Jésus ; cette vie divinement humaine et humainement divine de l'Homme-Dieu, a ses opérations sacrées, divinement semblables à elle-même , c'est-à-dire divinement humaine et humainement divine en son fonds, en son état, en son origine et en sa substance; et encore vers son objet, agissant vers le Père éternel pour soi et pour toute la nature créée.

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