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V. Ce divin Enfant est enveloppé comme le

t)39 ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

autres (Jnns Jos entrailles de la sainte Vierge, quant à l'état et à l'usage de son petit corps ; luais il est vivant, agissant et glorieux, cora-

lu a

nie il est à présent <lans les cieux. Sa vie, sa Jumière, son intelligence, sa gloire et ses actions sont an même état dans le ventre de la Vierge et dans le ciel em[)irée, quant à la dignité, quaiit à la sainteté, quant à la divinité, quant à In perfection et quant à la gloire. Son corps est enfantin, mais sa vie n'est pas enfantine : Femina circumdnbit virum [Jer. xxxi, 22); c'est la vie d'un homme parfait, c'est la vie d'un nouvel Adam qui entre en intelligence et même en extase, aussitôt qu'il est formé et posé en Eden. Aussi le Fils de Dieu né en la Vierge et vivant en elle comme en son Eden et son [)aradis, comme son être et sa vie par la vue de la divine essence, par l'adoration de son Père éternel, par l'oblation de sa vie nouvelle, et de son corps destiné pour être l'hostie et la victime du genre humain ; et dès lors il accomplit tous ses devoirs et les nôtres; dès lors il est chef de la nature humaine et le principe de la créature de Dieu, principium creaturœ Dei, comme il se qualifie lui-même en son Apocalypse, (m, ik.)

XVII. QUE DANS l'iNCARNATIOX IL FAUT DIS- TINGUER LA SUBSTANCE DU MYSTÈRE ET LÉ- CGNOMIE ou DISPENSATION DU MÊME MYS- TÈRE, QUI CONSISTE ES DIVERS ÉTATS QUE LE FILS DE DIEU A DAIGNÉ PRENDRE ET HO- NORER DE SA DIVINE SUBSISTENCE PENDANT SA VIE EN LA TERRE.

I. £"^0^5 d'enfance et de mort scmctifies et déifiés en Jésus, comme ils sont souilles en Adam. Nous contemplons et adorons une mort qui donne gloire à Dieu, vie au monde et ({ui vivifie la mort même. — II. Le mystère de l'Incarnation est la base et le fondement de l'alliance de Dieu avec nous ; et sa dignalion d'avoir voulu passer par tous les étals et conditions de notre nature, les honorant de sa subsistence ; c'est ce que les Pères appellent la dispensation du tny stère divin. Le Fils de Dieu partage les états déifiés entre les siens, comme autant de sources, de grâce et de vie divine. Nous sommes unis plus étroitement au Fils de Dieu par la grâce de ses mystères, que les membres de nos propres corps ne nous sont unis.

I. Comme il y a une enfance qui, avant d'être sur la terrre, déshonore Dieu par le péché originel, comnuiniiiué aux entants dès le ventre de leur mère, le Fils de Dieu a voulu être enfant au ventre de la Vierge, alin qu'il y eût une enfance divine, et, qui plus est, "une enfance déitiée qui honorât Dieu, et (l'un honneur suprême, tpii surpasse l'honneur des iionmies et des anges et de toute la nature qui peut être créée ; et comme le péché règne en nous-mêmes dès notre naissance première et intérieure dans le ventre de nos mères, puisque nous soumies conçus en péché, le Fils de Dieu a voulu être conçu dans le ventre de la Vierge, et tonçu Uu Saiiit-F-^prit, alin qu'il y eût u::e

conception sainte et divine, qui rendît honneur à Dieu, comme il va une conception maligne des enfants d'Adam, qui déshonore Dieu sur la terre, Dieu voulant que sa grâce surabonde sur le péché, et que tous les états de la nature humaine infectés par icelui, soient honorés de sa grâce et de sa grâce suprême, qui est la grâce et l'union hypostatique; car il passe partons les degrés de notre nature et jusqu'à la mort, afin que, dans la mort et dans le sé|)ulcre, nous ayons unDieumortet enseveli, (jui relève l'état do la mort et donne la vie, et soit conjoint à la vraie vie par union [)ersonnelle de la divinité à la mortalité : ainsi nous avons une mort qui donne plus de vie au monde et de gloire à Dieu, que la vie des anges même dans la gloire; une mort qui est la vie de l'univers, et qui rerai)lit de vie la mort même. Car c'est la mort d'un Dieu vivant et mourant en notre humanité, qui donne vie éternelle aux pécheurs, et qui aura puissance un jour de tirer tous les morts des sépulcres et des enfers, pour donner la résurrection de la vie aux uns et aux autres la résurrection du jugement.

II. Par ce conseil haut, suprême et divin, nous n'avons [las seulement un Homme- Dieu, ce que nous donne le mystère de l'Incarnation , mais nous avons uii enfant Dieu, un Dieu mortel, soutfrant, tremblotant, [)leurant dans une crèche; un Dieu vivant et marchant sur la terre, en Egyfite, en Judée; c'était assez d'élèvement à l'homme. Mais Dieu veut que nous ayons toutes les misères conditions et bassesses de notre nature, relevéedelasubsistencfi et personnalité divine; un Dieu soutirant et mourant en la croix, un Dieu mort au sépulcre; car celui qui a pris notre nature |)ar le mystère de l'Incarnaiion, a voulu prendre tous ces états et conditions de notre nature, et les honorer de la subsistence divine; ce que les anciens Pères de l'Eglise appellent f)roprement, l'économie et dispensation du mystère divin. Car l'Incarnation du A'erbe est la base et le fondement de la dignité suprême, c'est-à-^ dire, non-seulement de la sanctification, mais aussi de la déification de tous ses étals et mystères, qui partagent la vie et la condition voyagère du Fils de Dieu sur la terre. Or, tous ces états et mystères sont déifiés, et partant ont une digndé divine, une puissance suprême, une opération sainte, et sont accomplis [lour la gloire de Dieu et pour notre utilité particulière; et i)Our une gloire non commune et ordinaire, mais en un degré suprême, divin et admirable. Et le cotiseil de Dieu est que ces états soient honorés, soient appropriés, soient appliqués à nos âmes; et comme il partage ses dons et ses grâces, il paitage aussi ses états et ses mystères entre les hommes et entre les anges même. Car comme Dieu en sa gloire, est lui-môme notre héritage et notre partage; Jésus aussi en ses étals et en ses mystères est lui-même notre |)aitage, et, nous donnant une part uidverselleeu lui, il veut que nous ayons une paît singulière eu ^es divers

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OnvnF.S Dn PIETE. — XVm. CONSIOEnATION SLK I/INCAUNATION.

«H.ils, soloii 1.1 diversité de son cloclioii sur no"i.s ol (l(! nniic piélé ver*; lui. Ainsi il so )>nil.ige soi-inômc! h SCS onr.inls, les rendant |>arli<i|>ants de l'esprit et de la grflco do !»ps invslùres; n|)|»ro|»rianl aux uns sa vio et aux autres sa unul, aux uns son onlanre, aux autres sa puissatiie, aux uns sa vie cacln^e, aux autres sa vie |iul)li(|uo; aux uns sa vio intérieure, aux autres sa vio exlérieure ; aux uns ses opiiriibros, aux autres ses miracles; aux uns son aliaissenienletaux autres sou aulorilé. lui tous ces divers étals et conditions, il se donne liii-niAino h tous; il nousdoiMio son c(eur, sa grâce (;t sarj esprit; il nous incorpore en lui ; ils'approprio h nous et nous approprie à lui; il se coinniuninu'^ à nous et nous incorpore en lui ; il nous rend siens vivants en lui. de lui et par lui, coinnie faisant iiaiiii* de son corps, de son esprit et de lui-iiiôme, en une niani«'>re heaucou|) plus edicace et importante ({UG les membres ([uo nous avons ne font partie do notre [iropre corps et de nous-ni6uies. Mais c'est au Fils do Dieu ù ncjus donner ses gr.lces, et c'est à nous do nous olfrir à lui pour les recevoir, en la mesure qu'il lui plaira de nous donner : Secundum mensuram donationis Chrisfi, dit l'Apùlre [Ephcs. iv, 7): c'est h lui de nous ap|irO[)rier aux étals et mystères qu'il voudra de sa divine personne, et a nous de nous y lier et d'en dépendre.

XVIII. AUTRE DISCOURS CONTENANT UN PLUS GRAND ÉCLAIRCISSEMENT DU MÊME SUJET.

Il a plu au Fils de Dieu, non-seulement s'incarner et se faire homme, pour être homme et Dieu tout ensemble; mais il a \oulu d'abondant porter sa divinité dans tous les états et actions do la nature humaine, et passer lui-mémo par tous les degrés, conditions et bassesses de notre humanité, et se rendre semblable aux enfants des hommes en tout, hors l'ignorance et le péché; et par ainsi relover, sanctifier et dédier en sa propre j)ersonne toutes les misères et bassesses qu'il a voulu prendre pour notre salut, en prenant notre nature et s'abaissant en icelle, h toutes nos conditions viles et abjectes selon sa dignation divine, et l'économie et dispensation de ce mystère, annoncé et révélé en l'histoire de sa vie sur la terre, chose qui n'était point précisément nécessaire au mystère de l'Incarnation, qui ne requiert rien de plus que l'union de la divinité à l'humanité en la personne du Verbe, et qui semblait requérir que cette humanité ainsi déiliée fût, au même instant de sa déilication, privilégiée, exemptée de toute bassesse, ornée de toute grandeur possible à l'état de la déification et de sa gloire. La substance du mystère, l'économie et dis[iensation du mystère, sont deux points dillérenls. Ces deux points sont très-dignes déconsidération particulière, et contiennent deux vérités bien ditlerentes et bien utiles, et nous apprennent deux abaissements du Fils de Dieu; l'un auquel il abaisse sa divinité en notre humanité, l'autre am^uel il

abaisse son humanité déifiée, dans tous nos étals et nos misères.

La substance du mystère ne contient précisément (pie l'union de la divinité à I humanité en la persf)nne du Verbe, par la- (|uelle il y a un nouvel état, un divin composé, un Dieu visible, un Homme-Dieu, Dieu et homme tout ensemble, Dieu parlait, homme parfait, comme ayant sansdiminutif)u aucune en perfection toutes les qualités et (f)nditions de la nature humaine et divine, et les ayant intimement conjointes en la [lersonne du Verbe, tellement, fju'eii ce rare et divin composé, en cet Kmmanuel, en ce Jésus, nous avons (piatre choses à considérer: (loux de la part do sa divinité; son êtK! ou sa divine essence (ju'il a rer;uc de son Père, et la personne divine que son Père a jiroduite en sa génération éternelle; et deux rju'il a prises en notre humanité, l'Ame et le corps, auxquels il a uni intimement et immédiatement sa personne divine, au lieu de lajiersonne humaine,- qui les devait remplir, actuer et régir. Et celte personne divine est tout ensemble, et la seconde personne de la divine essence, et la propre personne <Je l'âme et du corf)s, que nous voyons et adorons en Jésus-Christ Noire-Seigneur.

Par ce moyen Dieu s'abaisse en notre humanité, et 11 élève notre humanité en soi. C'était bien assez de dignation h la bonté divine, et assez d'abaissement à Dieu et d'élèveraent à l'homme ; mais l'amour de Dieu envers l'homme ne s'arrête pas là, il passe i)lus outre ; car il veut abaisser sa grandeur dans toutes les bassesses et misères de la condition humaine, n'omettant un seul état de notre condition, qu'il n'élève, ne sanctifie et ne déifie en sa personne. Il veut être non-seulement homme, mais Fils de l'homme; il ;prend non-seulement une chair, mais la chair qui [)Orte la ressemblance de la chair du péché, comme yiarle son a|»ôtre; et il veut que celte chair dérivée d'Adam, prise de la Vierge, passe par tous les degrés, les étals, les conditions de notre nature et de notre misère, hors l'ignorance et le péché; il veut être enfant enclos dans le ventre do la Vierge, par l'espace de neuf mois, sans abréger ce terme d'une seule minute; il veut être enfant sur la paille et sur le foin en la crèche, en Bethléem, emmaillotté, circoncis et racheté au tem|)le, comme les autres enfants de la Judée; il veut être enfant porté entre les bras de sa sainte Mère en Egypte et ramené d'Egy[tte;il veut passer de l'enfance en son âge puéril, et de cet âge en jeunesse qu'il passe en Nazareth comme charpentier, fils d'un charpentier, jusqu'à ce que le temps l'élève en la fleur de son âge, en l'adolescence parfaite qu'il emploie à instruire le monde des vérités du ciel jusqu'à sa croix, jusqu'à l'agonie, jusqu'à la mort et jusqu'au lieu des morts, qui est le sépulcre^ se préservant seulement de la poussière cl6 la mort par la résuneciiuo glorieuse.

J)i3 ŒUVRES COMPLETES DU

XIX. l'incarnation est in RIYSTÈHE OU RE- LUISENT l'unité et distinction qui se

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