‹ Œuvres complètesChapitre 176 sur 540 · II. Comme la naissance el enfance de Jtîsijs · texte numérisé non relu

II. Comme la naissance el enfance de Jtîsijs

en Marie a ses miracles , la formation de son corps en un instant, la gloire de Tânie attachée à un corps mortel, la suspension de la même gloire qu'il empê(;he de se répandre au corps, et la communication deThyposlase du Verbe à l'âme et au corps : sa naissance et enfance hors de la Vierge a aussi les siens, 11 est enfant, mais le ciel rannoiue, et la terre l'adore : mais les rois d'Orient le recherchent , et un roi de Judée le redoute et tremble an seul nom de son avènement : mais il sanctifie les Innocents et leur donne une vie plus importante que celle qu'on leur ravit à son occasion; mais il remplit l'univers de son nom [)ar la cruauté de ses ennemis qui servent de trompettes à son avéfiemenl; et l'empire romain, qui ne fait que commencer, commence à savoir le nom de celui qui le doit régir, et qui veut établir •son siège dans le siège capital de cet emjiire qui naît ainsi que cet enfant de Bethléem? Qui est ainsi adoré et redouté ? Qui est ainsi publié? El qui trouverez-vous duquel l'entrée soit plus humble et plus magnifique tout ensemble, plus ravissante et plus étonnante? Nul des rois d'Orient ni d'Occideni, du midi et du septentrion, n'est ainsi né et ainsi recherché, ainsi puissant et ainsi impuissant, ainsi humble et ainsi magnifique ; ce qui montre assez que sa puissance est liée à l'impuissance pour la rendre Irès-puissanle.

XXVIII. DE l'amour de dieu et de JÉSUS- CHRIST ENVERS NOLS DANS LE MYSTERE DE l'incarnation et de notre amour ENVERS DIEU ET JÉSUS-CHRIST.

A des relij;ieuses Carniéliles au commencement d'une visite , sur ces piiroles : Sicut dilexit me Pater, et ego dilexi vos. Maneie in dilcclione mea. {Joan. XV, 9 )

I. Ayant à vous parler , je ne puis et ne dois VOUS parler que de Jésus, et je ne puis VOUS parler mieux de lui que par lui-même. J'emprunterai donc les paroles que Jésus dit de lui-même en la terre pour vous parler de Jésus, et je choisirai celles qu'il a i)roférées au dernier jour de sa vie sur la terre. Ce nous est un bonheur que Jésus ail daigné parler aux hommes, et leur parler le langage des hommes. 11 est le Verbe du Père éternel , il a les paroles de vie, ce dit saint Pierre : écoûlons-le parlant de soi-même à ses apôlres au dernier jour de sa vie, et leur disant ces sacrées paroles , Sicut dilexit me Pater , e<jo dilexi vos. Maneie in dilcclione mea. Ce sont les paroles testamentaires du Fils de Dieu parlant à ses enfants, à ses apôlres , et en eux, à- nous tous, et nous disant : Sicut dilexit me Pater, etc.

Ces paroles ne parlent que d'amour et du plus haut et plus saint amour (]ui soit au ciel et en la terre : 1° de^l'amour du Père envers le Fils, Dilexit me Pater; 2° de l'amour du Fils envers nous : Dilexi vos ; 3" et de notre amour envers Jésus : Manctc in dilectione mea. Trinité sainte d'amour et d'amour tout céleste cl divin; et d'amour auquel nous remarquons une origine et éma-

nation céleste comme en la Trinité que wous adorons. Car il y a origine et émanation des |)ersonnes : du Père procède le Fils, du Fils le Saint-Esprit : et ici il y a origine et éma' nation d'amour; car de l'amour du. Père envers le Fils vient l'amour du Fils envers les hommes ; et de cet amour du Fils envers nous , doit naître et procéder notre amour vers lui. Le Fils aimant les hommes se fait homme : et l'Homme-Dieu, c'est-à-dire Jésus, est le terme, l'effet et l'issue de l'amour du Fils envers l'homme. Oh! queleffetl ôh! quelle cause et origine doit avoir un si grand effet ! La source est haute et grande, d'un elfel si haut et si grand! Il nous faut remonter jusqu'à la plus haute origine de toutes choses; jusqu au premier principe, jusqu'au principe de divinité, c'està-dire au Père éternel, et au Père aimant son Fils et produisant son Fils, qui est l'origine de toutes choses. Car c'est la première production delà Divinité, que la production (lu \'erbe éternel. Oh ! quelle origine! ôhl quel est cet amour du Père envers son Filsl

Le Père donne son essence à son Fils, et en son essence lui donne soi-même sa i)ersonne, sa puissance et vertu à produire le Saint-Esprit. Quel don! quel amour! il lui donne son essence, non en espèce, mais en unité, sa môme et sa propre essence ; non une semblable, non une autre, mais la même en unité. Oh! quel unité ! ôh! quel amour 1 car l'amour tend à unité, et plus il y a d'amour, plus il y a d'unité; unité d'esprit entre Diea et les âmes, entre vous et Jésus ; unité d'essence entre le Père et le Fils ; unité de personne entre le Veibe et la nature humaine. Trois unités, trois amours, qui doivent être joints l'un à l'autre.

L'unité d'essence qui est entre le Père et le Fils est le fondement de l'amour du Père envers le Fils, et du Fils envers le Père. Car en Dieu, oii il y a unité, l'unité est la première, el de l'unité vient l'amour,; et (n la créature oii il y a diversité, l'amour est le premier, et l'amour cause l'unité, et l'unité qui vient d'amour cause un autre amour, une com[)laisance en l'amour et en l'unité des choses aimantes el aimées. En l'honneur de celle unité divine, primitive el éternelle, le Fils veut entrer en unité de personne avec la nature humaine, el celle unité s'accom- [ilit, non en l'éternité, mais en la plénitude du temps pour une éleinité; uiiiié de personne, qui fait un amour infini entre le A'erbe et la nature humaine.

Oh! quel amour du Fils unique de Dieu envers les hommes, |)iocédanl de l'amour du Père envers le Fils, et du Fils envers le Père! Le Fils se fait homme, ôh ! quel effet! ôh! quel amour! ôhl (lucl étal ! ôh! quel mystère! 0 Incarnation divine, (pic lu viens d'une grande origine, et que tu as une grande suiie! vous l'avez vu en ses états el mystères, et vous avez contemplé et adoré dejtuis six mois la vie annuelle de Dieu sur la terre, sur la paille, sur le foin, sur la croix ; la mort épouvantable de l'homme-Dieu en la croix, au sépulcre; la vie nouvelle et glo*

OKUVUKS DK PIK7E. - XXIX, NOUS

riouso (le ccl Hoiiuno-Dion h la dexlro «le Dieu, eu la gloire du l'c-rc, (jue eu."» jours noii"< r('|tr(^sL'iiU'nl.

11. Dilrxi vos. Le Fils de Dion iioiis niino se ridsiirit liDiiirno, non aitijrlos npjtrrhrndiC ied scmrn Ahrahr. {Ilrhr. ii, 16.) Il n'a fait quo d(Mix natures cafiaMes de soi-m/^tne, celle d<; l'anime, celle de l'Iiomnie, cl il a choisi eellede l'Iiomnie cl non celle de l'ange,

t)Our l'associer h sa persofine. Le Fils de )ieniiousain)eense faisant Fils de rilonniic. O Vierge sainte , vous ave/ part en ccl amour, et vous y Ctc^s faite Mère de Dieu, ficelle qualité plaît «^ Jésus par amour envers nous et envers sa nH>re ; car c'est celle de la(|uelle il se nonuue le plus souvent, le plus amoureusement 1 r/e?>l celle qui l'abaisse à la naissance, à l'enfance, à la crèclic, à l'indigence cl 5 la dépendance de sa sainte mère et do saint Joseph, à l'exil et à la fuite en Egypte, et au séjour inconnu de trente ans sur la terre, vivant comme charpentier, tils de cliar|)enlier. Le Fils de Dieu nous ainu\ se faisant la ^i(•time et la viande «les hommes, la victime en la croix, la viande en rKiicharistie. Le Fils de Dieu nous aime se faisant la vie môme des honimes, c/Jr il est vie, et il est notre vie ; il est vie par ses grandeurs, il est notre vie par son amour. Le Père n'a relation réelle qu'au Fils et au Saint-Esprit ; le Fils n'a relation réelle et substantielle vers nous. Il se donne h nous, et non-seulemcnl à son Père ; il nous donne non-seulement sa grâce et ses etfels, mais lui-même il se donne tout à nous, sa divinité, son humanité, ses grandeurs, ses abaissements, sa gloire, sa croix, sa vie, sa mort. 11 se donne en qualité de vie, pour être notre vie, car nous devons vivre en lui, nous devons vivre par lui, nous devons vivre de lui. En lui, par résidence de nous en lui, comme il est en nous; par lui, par Ja puissance eflicaco et conduite de son esprit en nous ; de lui, par amour de nous envers lui, car nous vivons de l'objel que nous aimons.

IIL Mancte in dilecfione mea. Tous nos désirs en la terre se doivent aboutir à ranii)ur de Jésus. Tous nos états en la terre se doivent terminer à l'amour de Jésus. Toutes nos pensées, nos sentimonls, nos dispositions, nos actions se doivent rendre à l'amour de Jésus, comme à leur lin. Ce sont les devoirs et les privilèges de tous les Chrétiens, et ce sont les vôtres en particulier. Vous êtes sur la terre pour être à Jésus, et non à vous-mêmes, car c'està lui que le Père vous a données, c'est pour lui qu'il vous a créées et formées, c'est pour lui qu'il vous a sauvées et justiliées, et appelées à la vie religieuse; c'est cet amour ijue nous voulons renouveler et accroître en vos cœurs par celte visite, et c'est tout ce que nous y devons et prétendons faire. Car en cet amour vous vous réformerez de plus en plus eu vous-mêmes. In notitate scnsus vcstri [liom. AH, 2), comme parle rAfiôtre, et vous vous transformerez en lui. Jésus doit être la vie de voire ûuie, couime voUe ûoie est la vie

DKVONS VlVnE EN JESUBCIlIllST. 9.*)8

de votre co'ur; il doit être à votre flnie co que voire Ame est h votre corps, 1" L'Amo est au corps, et Jésus doit être <*> votre âme; 2° L'Ame est unie et appliquée au corps, el Jésus doit être uni à vos Ames ; '.i' L'Ame est le principe de la vie et des opérations du corps, et Jésus doit être le principe de la vi(î et des mouvemciiis de voire Ame; 4' Lo , c.or[is ne fait aucune opération que par l'Ame, i' el vous ne devez fair(; aucune o|)ération que par Jésus; 5" Le corps ne sonlfre que l'Amo ne s'en sépare (ju'avec douleur, el douleur la plus grande de toutes les douleurs, el pareillement vous ne devez soutfrir <iue Jésus s'éloigne de vous, et vous devez plutôt vous résoudre à porter toutes sortes d'extrémités, d'Iiumiliaiions et de privations.

XXIX. NOTRK VIE DOIT KTRK I>E jÉSUS-CHRIST ET POLR JÉSLS-CURIsT.

A des religieuses sur ces paroles : Erit vila lua pcndcns anle oculos luos. {Ueul. xxviii, titJ.)

I. L'r'tat déplorable aufjuet nous avons été réduits par le prrhé du premirr homme.

Trois retjards de Dieu sur lliomme : l'un de puissance, par lequel il te tire du^néanl ; le second, de compassion, par lequel il le retire du péché et le remet en sa (jruce ; et le troisième, d'amour, par lequel le reqardant en son Fils, il lui fait don de son Fih. — 11. Ce don est grand, il contient tous les dons , et demande de nous qrand usage et grande reconnaissance. Ce don demande trois usages : élévation à Jésus, dépendance de lui, et relation à lui de tout ce qui est nôtre. — III. Tout nous est donné en Jésus-Christ, et nous devons tout regarder en Jésus, et ne regarder ni nousmêmes, ni les créatures. — IV. Le pouvoir de bien faire, et la vie même, ne nous est donné qucn Jésus-Christ , et il n'y a en nous ni éire, ni usage, que par dépendance de lui. Les bonnes œuvres sont autant de miracles à la nature corrompue par le péché ; et en cette qualité elles ne se peuvent accomplir qu'au nom de Jésus-Christ. — V. Comme nous recevons tout de Jésus- Christ, nous devons aussi tout référera sa gloire.

I. Le plus excellent don fait à la nature humaine déchue par le jiéché, c'est Jésus- Christ Noire-Seigneur, le Fils unique de Dieu ; c'est le don duquel nous avons à faire le plus grand usage, que nous devons le plus retuémorcr, et dons nous avons à rendre le compte le ['lus exact et le [«lus rigoureux. L'état auquel nous avons été réduits par le péché de notre premier père, est tellement déitlorable, qu'il a plus besoin de nos larmes, (jue de nos paroles, et d'un abaissement continuel de nos âmes devant Dieu, (]ue de nos discours et pensées profanes, lro[) faibles à le représenter. Car en cet état nous n'avons droit à rien qu'au néant et à l'enfer, et nous n'avons pouvoir de rien (jue de pécher, et nous ne sommes plus qu'un néant opposé à Dieu, digne de son courroux elde son ire éternelle : Natura filii irœ [Ephes. ii, 3), voilà notre être.

Nous n'avons rien en propre que l'erreur et le péché, comme dit un concile. Voilà notre fonus et notre héritage, voilà notre puissance. Ennemis de Dieu, cafitifs (lu diable, esclaves du péclié, héritiers de l'enfer, hosties immolées à la mort et à la mort éternelle.

Kn cet état pitoyahie, celui qui nous avait regardés dans le néant, et nous en avait tirés pour nous donner l'être de la nature, a daigné nous regi^rder dans le péché pour nous en retirer, et nous donner l'être de la grâce en son Fils; et regardant son Verbe par le- (jue! il nousavail créés, et nous y regardant, il résolut de nous le donner et nous sauver en lui, comme il lui avait plu do nous créer en lui: Sic Dciis dilexil mundam, ut Filium suum unitjrnititin daret. {Joan. m, IG.) O regards dignes de nos pensées ! Dieu nous voit dans le néant, et nous en tire ; Dieu nous regarde d.ans le péché et nous en retire ; Dieu regarde son Verbe, et nous le délivre pour être notre salut, notre vie, notre tout. Le premier regard est de sa |)uissance : le second est de compassion, et le troisièiue est d'amour : Sic Deiis dilexit miindum, etc.

Jl. Ce don est grand, et choses grandes nous 6ont données en icelui ; et comme il nous est donné par un grand principe et un grand motif, c'est à savoir [lar le Père éternel en l'excès de son amour, nous le devons recevoir avec grande disposition. C'est le don du Père, c'est le premier don du Père, c'est un don incréé, c'est un don qui contient en origine, en éminence, en puissance et en mérite tous les autres dons. Si nous devons reconnaissance et usage de la moindre grâce, quel est l'usage que nous devons faire de la grâce des grâces? quelle la fidélité, quelle la reconnaissance, quel l'aniour que nous devons rendre à Dieu pour lin si grand don? Le premier usage que nous en devons faire est l'élévation, et est marqué en ces paroles : Eritvita tua pendens ante oculos taos [Deut. xxvni, (>G) ; car elles nous enseignent que Jésus-Christ, qui est notre vie, doit être toujours devant nos yeux, et que jamais nous ne devons sortir de sa divine présence. Le second usage est une dé[)endance continuelle de ce môme don et de ce même Jésus, semblable à la dépendance que les membres ont du chef; car il est notre chef, et nous sommes ses membres ; et tout notre bonheur est, qu'incessamment il intlue en nous l'esprit et la vie qu'il nous veut donner, et que de notre paît" nous iravadlions sans nous lasser, à détourner et détruire les empêchements. Le troisième usage est de référer tout ce que nous sommes, et tout ce qui est nôtre à Jésus, alin qu'il réfère le tout à son Père, selon la condition de son être personnel et propre , n'étant autre chose qu'une relation subsistante, et relation au Père qui l'engendre éternellement ; et tout ce qu'il a, tant en sa nature divine qu'en sa nature humaine, étant référé à son Père par cette adorable relation qui est lui-même.

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