XXX. DE JÉSL'S-CQRIST COMME VIE
I. Jésus-Christ est vie dans la divinité. — 11. L'huiiianilé de Jésus est vie par la divinité <jui lui est unie personnellement. — \ll. La passion même de Jésus-CItrist est cause efirctive de rie selon saint Jhomas. --i\'. L'union de la vie incréée avec cette humanité la rendait tellement vive, (jue si Jésus-Christ n'en eût suspendu iactuation, elle n'eût pu mourir. — V. El c'est en ce sens que quelques Pères ont attribué la mort de rhumanitédejésus à la séparation de la divinité; ce qui ne s'entend pas d une séparation entière, mais seulement quant à ce point.
I Une des qualités que le Fils unique de Dieu se donne à soi-même en l'Evangile, et que son hien-aimé disciple nous rapporte, c'est (]u*il est cl s'a|)pelle 1? vie. /e suis la voie, <lit-il, la vérité et la vie. [Joan. xiv, G.) Trois qualités signalées, et qui méritent bien chacune un discours à part; mais pour le
présent arrêtons-nous h la dernière, el (pi'il soit lui-même la voie en -notre espril, et la vérité en notre houche pour allerh lui comme h la vie, et p(mr parler dignement de lui, comme de («'lui (jui est la vie, et qui est notre vie ; la vie par essence, et notre vie par sa grAct; ; la vie [lar sa nature, cl notre vie par ses mystères ; la vie san«, égard à nous ; notre vie si nous cédons à la puissance (le ses miséricordes, pour recevoir doucement l'eiret de sou amour, et l'intluence di^ sa vie.
H. III. Jésus donc est la vie, cl il lest en plusieurs manières ; car si nous regardons la nature divine, il est la vie et la source, de toute vie ; si nous regardons sa personne, il est procédant ((jiiime vie el [lar voie de génération qui ahoutil et setermiTie à la vie et h un être vivant, comme à son terme, ce qui ne convient (ju à lui entre les personnes divines, et n'est |iro(»re (pià sa manière d'émanation quijKirte seule dans les Kcr ilures, titre et (jualité de génération. Si nous regardons son humaiplé, elle est encore vie et source de vie, en une certaine manière profireà elle, émanée et dépendante du mystère de l'Incarnation (|ui unit les deux natures divine et humaine en unité de personno, et rend celle nature humaine vivante et viviliaiite jiar lesprit de la divinité qui rejiose et réside en elle comme vie [jrimitive, qui la rend vie et source de vie en une manière suhalleiiK.' et dérivée d'elle. Et saint Thomas veut que non-seulement cette nature, nîais sa passion qui n'est qu'un accident de celte nature pourparler selon l'école, soit non-seulement cause méritoire, mais même cause etfective dévie.
IV. V. Cette yie du Verbe unie à la nature humaine la rendait tellement vive et vivante, el inca[)al)le de mort, ([ue ^i Dieu n'eût retenu et empêché celte opération de vie, la mortalité n'y eât pu entrer, el c'est en ce sens (|ue s'entendent ^ainl Hilaire et saint Ambroisc, quand ils di.-ent,(:e que quelquesuns blâment el n'entendent pas, : Naturam Divinitatis separalione morituram : car ladivinité comme divinité, n'a jamais été séparée de celte humanité, ni méine comme vie en son acle premier, mais seulement en l'actualion qui a été suspendue jiendant le teru|)S de la vie mortelle, et il semble que c'est celle sus()ension, (]ue ces deux grands docteurs ap|)el!*?nt séparation, «iuh a laissé l'humanité en état de pouvoir et devoir mourir^et que sans cela elle eût été immorttille.
XXXI. JÉSUS EST LA VIE EN PLUSIEURS MAMtî- RKS, IL EST NOTRE VIE, ET MOUS DEVONS ÈTRB OCCUPÉS DE SA VIE.
I. A l'imitation du Fils de Dieu en la dirininilé, oii il opère continuellement dans la production du Saint-Lsprit avec Dieu son J'ère, nous devons continuellement opérer avec Dieu et vers Dieu. — 11. A l'imitation du Fils de Dieu en sonhumanitéf nous de-
^13) Omnia vcs'.ra sunt,vos aulem C/irw<i, Ctiristus aulem Dei. (/ Cor. ii», 23.)-
î)es
vons être en abaissement perpétuel devant Dieu et devant les hommes. Notre vie doit être occupée et remplie de la vie de Jésus. La vie de la Vierge était occupée de la vie de son Fils par admiration, par conservation et par conférence de.i divers points d'icellc' Explication des paroles de saint Luc sur ce sujet. Il y a en Jésus une manière d'immensité, qui doit remplir tout esprit. — III. Cinq sortes de vies en Jésus; vie incréée, vie incarnée, vie voyagère, vie souffrante, vie glorieuse, et ces vies sont toutes nôtres. Explication de la vie incréée. — I\'. Division de la vie voyagère, de la vie souffrante et de la vie glorieuse en plusieurs autres branches. Su vie au saint sacrement. Sa vie en la }'ierge et dans les âmes choisies. — V. Explication de ce texlc de rapôtre saint Paulj {Ilebr. ^x) : Qiiara initiavit nobis viam novam et viventem, etc.
I. Nous devons adhérer à Jésus, et en cette adhérence à sa divine personne qui est en cette opération continuePIe en la production duSaint-Es{)rit procédant de lui, et à son imitation, nous devons être incessamment occupés des choses spirituelles et éternelles et opérer continuellement vers Dieu.
I Le Fils de Dieu opère continuellementavec Dieu son Père en la |)roduction du Saint- Esprit, et opère tellement avec son Père, qu'il est un même et seul principe avec lui. Et c'est un modèle que nous devons adorer fct imiter tout ensemble en nos opérations, n'opérant jamais seuls, mais conjointement avec Dieu qui est notre Père et quoiqu'avec dépendance de lui, dans une liaison si étroite avec lui, que nous ne soyons qu'un même jtrincipe et un même esiwit : 'Qui adhœret Dto, unus spiritus est. {I Cor. vi, 17.) Jésus-Christ, audernierde sesjours, demande à son Père : i't omnes imum sint [Joan. xvir, !21j : et partant nous devons tendre à cette unité, tant eu notre être qu'en notre manière d'agir.
II. Nous devons adhérer à Jésus en son humanité sainte qui est en abaissement et en humiliation perpétuelle, depuis le premier moment de sa vie voyagère jusqu'au dernier, et en une continuelle acceptation de \ii croix. Ainsi devons-nous être en disposition continuelle d'humilité et passer notre vie sur la terre, dans un abaissement et mépris continuel de nous-mêmes, devant Dieu et devant les hommes.
__ Et parce que le Fils de Dieu daigne établir sa vie divine dans notre nature humaine et vivre parmi les hommes, pour l'anwur des hommes, un des hommages que nous lui devons rendre en ce nouvel état, est que îiotre vie soit occu[tée de sa vie, soit liée à sa vie, soit remplie de sa vie, soit forméesur sa vie, et que notre vie ne soit,qu'une capacité à recueillir et à admirer sa vie. fLelle était la vie de la Vierge, vie occupée de la >iedeson Fils: Erant mirantes super his quœ dicebantur de illo (Lkc. u, 33) : Et dort'ehel' : Maria autem conservabatomniaverba
hœc confcrens in corde suo. {Ibid., 51.) Deux textes qui nous enseignent trois choses de la vie et occupation de ]\larie sur son Fils, vie occujiée par admiration qui est une occupation sublime, rare et ravissante; vie occupée par conservation et garde comme d'un dépôt sacré ; vie occupée par conférence, observation et élude, comme de la chose que nous sommes plus obligés de savoir et en la connaissance de laquelle consiste la vie éternelle : Ilœc est vita œterna ut cognoscant le solum Deum verum. et quem misisliJesum Christum. [Joan. xvti,3.) Comme il y a en Dieu une immensité d'être qui remplit toutes choses, aussi en ce nouvel être, état et vie de Jésus, il y a une sorte d'immensité spirituelle, une dignité, une grandeur qui doit remplir tout esprit créé et occuper toute vie capable de cette vie. Et si les créatures, comme' maître et serviteur, mari et femme, ont une vie occupée l'un de l'autre, combien plus par grâce, notre vie doit-elle être occupée de Jésus et même de Marie sa très-sainte mère, qui lui est si chère, et lui est liée si étroitement?
III. Mais voyons quelle est cette vie de Jésus qui doit continuellement occuper la nôtre ? Nous adorons cinq vies en Jésus ; sa vie divine et incréée, sa vie incarnée, Verbum euro factum [Joan. i, li); autrement la vie de la divinité subsistante en l'humanité; sa vie voyagère, sa vie soutirante et crucihée, et enfin sa vie céleste et glorieuse. Ces cinq vies sont toutes dilférentes, toutes divines et adorables, et d'abondant elles sont toutes nôtres et ont rapport à nous, et méritent nos pensées et notre hommage, non-seulement à cause de leur excellence et éminence, mais encore à raison de leur influence et relation vers nous. En la vie divine, adorez l'éternité de cette vie, a Pâtre, sans indigence et sansdé|)endance; le pouvoir et la fécondité de celle vie produisant avec le Père une personne divine, le lien mutuel du Père et du Fils, l'unité et l'amour j)ersonnel des deux qui produisent cette unité en unité de principe, et en diversité de personnes, la sa[)ience (le cette vie et sa relation au Pè(e et au Saint-Esprit. En la vie incarnée, adorez la communicaiiou Ae cette vie divine à l'humanité de laquelle nous ne dirons })as davantage, parce qu'il en a été discouru ailleurs; en sa vie voyagère, adorez trois étals, de l'âme en gloire, du corps en souffrance, de l'âme même en souffrance et en gloire, particulièrement en ses derniers jours, où il dit : Tristis est anima mea usque ad mortem. {Matth., XXVI, 38.)
lY. Et derechef on sa vie voyagère, adorez savie méritante pour autrui et pour soi-même, ■ la gloire du corps et l'exaltation de son nom ; vie languissante après la croix : Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarctor usque dum perjiciatur [Luc. xii, 50), et languissante après la clarification de son humanité : Pater, clarifica Filium tuum [Joan. xvii, 1) ï ce que le Fils demande à son Père par deux diverses fois, c'est à savoir en saint Jean xh et xvii. Vie pâtissante et tolérant la pma^