SIG
qui est le moyen de laconjonclion de la Divinité avec l'humanité : mais la personne même du Vetbe, qui est une même chose avec la Divinité, est le lien sacré unissant l'humanité avec Dieu. Et ce n'est pas seulement [)ar certains moments comme en l'Eucharistie, que cette union s'accomplit actuellement; mais en l'Incarnation, l'unité sacrée qui intervient entre ces deux sujets divinement alliés, et personnellement unis, ne cesse jamais, ne diminue jamais, ne finit jamais : ains elle est toujours en son acte, en sa fonction, et en sa puissance et manière d'agir ; elle est toujours en la plénitude «le cette puissance, de cet acte et de cette fonction; elle accomplit toujours son divin pouvoir, et toujours failson olfice admirable.
Et comme la |)ersonne du Verbe est divine et infinie, elle a aussi une tout extraordinaire et indicible application à la nature humaine, qui étant dépourvue de sa >ubsistence, a besoin de celle du Verbe (éternel ; laquelle, pour le dire ainsi, est actuante et pénétrante cette humanité, et en .<on essence et en ses puissances, et en toutes ses parties; et ce encore, selon l'étendue de son pouvoir et de son infinité, autant que la créature en est capable au plus haut et dernier point de son élèvement. Et (omme la divine essence est toujours subsistante au Verbe éternel, aussi l'humanité n'a jamais été, et ne sera jamais un seul moment sans être toujours actuée et pénétrée, et toujours comme informée et comme animée de cette même subsistence. En suite de quoi, tous les lieux qui ont été honorés de Ja y)résence de l'humanité de Jésus ont été aussi honorés de l'accomplissement et consommation de cette unité divine : car l'un est inséparablement uni à l'autre, comme tirant •toute sa subsistence, et même son existence de cet être divin. Cette humanité donc, partout où elle est, est en actuelle Uiîité de j)ersonne avec Dieu.
Ainsi la terre a porté le Fils de l'homme en ce divin état d'unité réelle, actuelle et personnelle avec la Divinité, |)ar l'espace de trente-quatre ans , en Nazareth , en Bethléem, en Jérusalem, en Egypte, en Galilée, en la Judée, sur la terre et sur la mer, dans les villes et dans les déserts, et en tous les endroits de son pèlerinage au monde. La mort et l'enfer mêmes ont reçu cettn âme et ce corps en ce divin état dans leur sein et dans leur pourpris, et n'ont jamais pu dissoudre celte unité divine. Car les parties de la nature humaine étant pour lors séparées par l'etTort de la croix, ni l'âme ni le corps n'ont pu être séparés de cette unité, la personne divine ayant toujours accompagné le corps au tombeau, et Tàme aux limbes. Et le corps de Jésus était bien séparé de son ûme par la puissance de la mort et de l'amour soutirant |)our les péchés des homlues, mais par un amour plus puissant du Verbe éternel envers le Fils de l'homme, ce corps du Fils de 1 homme n'était pas séparé d'avec Dieu.
Mais, ô merveille 1 ô prodige de l'unité do
Dieu en ce mystère de l'Incarnation, et d'une unité puissante et inviolable ! la nature de cette chair séparée de l'ûme et de la vie était jointe et mêlée avec la nature de l'éternité, pour parler selon les termes d'un grand évêque, et d'un ancien Père de la France, et ce corps mort et suspendu en la croix, et gisant au tombeau, était lors même consubsisiant avec la Divinité, et comme tel, digne d'être adoré des hommes et des anges. Et maintenant que le Fils de l'homme e>t ressuscité, le ciel a reçu ce dépôt sacré de l'amour de Dieu et des hommes, et en ce dépôt cette unité divine , et il le contient pour jamais en sa gloire, en sa puissance et en sa grandeur. Et ce dépôt demeurera subsistant en cette unité inviolablement, et autant que Dieu même. Car tant qu'il sera Dieu, il sera homme : et Dieu est homme non-seulement I)ar un droit et par un pouvoir légitime, unissant actuellemerit de temps en temps ces deux parties ensemble ; mais Dieu est homme i)ar cette unité toujours actuelle, toujours accomplie, et toujours consommée entre ces deux natures par la divine subsistence. Et Dieu a fondé cette sienne unité en la puissance extraordinaire et en la force adorable de son amour et de sa charité envers l'homme né de Marie, auquel il dit en un sens tout particulier : Jn charitate perpétua dilexi te. [Jcr. xxxr, 3.) Car cette charité est perpétuelle, et non jamais interrompue, c'est-à-dire, elle est même perpétuelle en l'effort et en l'excès, en l'extase et en l'unité de son amour. Car c'est un effort et excès en l'amour, que Dieu unisse eti sa propre personne la nature divine à la nature humaine, et que le Fils de Dieu donne à l'humanité cette même essence qu'il a reçue de son Père : et c'est une extase admirable, en laquelle Dieu sortant comme hors de soi, entre dans l'être créé, et y établit pour jamais le repos, l'unité et le triomphe de son amour.
O elfort ! ô excès 1 ô extase de l'amour éternel et incréé, et qui veut être aussi éternel en l'etfort, en l'excès et en l'extase de son amour 1 O charité suprême, divine et perpétuelle, et en sa source, el en son elfct, ou plutôt en son elfort ravissant, et en son excès extatique , duquel tout autre amour, bien qu'excellent et divin, ne pourra jamais approcher! O charité forte et invincible, que rien ne peut altérer : et rien aussi désormais ne [)Ourra sé|)arcr cette humanité sainte de ce perpétuel, sublime et divin état d'unité personnelle avec Dieu 1
VI. Or, par cette unité si pénétrante, si puissante et si |)crmanente,« Dieu est homme vraiment, réellement et substantiellement: et l'homme est Dieu personnellement, et Dieu et l'homme ne constituent qu'une même personne, laquelle est subsistante en deux natures si diverses, est vivante en des états si diU'érents, et est posée en des conditions si éloignées l'une de l'aulro. Et toutefois ces natures, ces états et ces conditions qui ont tant de ditférence et d'inégalité, sont conjointes si divinement et si intimement, si inséparablement et si confusément selon
CIUNDKLUS DE JtSLS. — DISC. IV, LMTE DE DILL LN LI.NCAR.».
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los di'liniliiiiis <les sHiiils (•()iicilcs, que In foi reconnnli «'t ndore sdii Dieu en deux ruiiiires si diirérciilos, et que respril liunwiiu el antîéli(|ue se perd eu l'uiiilé et et) In diviTsil<^ de ce Irùs-linul uivsirrc. Ci\r le nom, In Krandeur, In vcilu. In dignité', la nmj'slé (Je Dieu, en tnnt (pTelle est roiiiinunicnlih? h la crénluie, rc'vsido et repose en celle liuinnniié : Dieu In j'>inl à soi. In vivifie en soi, el la rend consul)si>tanle avec sa divinilé. Au moyen do quoi nuand elle csi adorée, Dieu est adoré en elle ; el (junnd elle (mrle, qunnd elle innrclie. Dieu e^t pnrlnnl el niarclianl; el ses pas doivent ôlrc hnisés, el ses paroles écoulées, counne élnnl les pas el les paroles d'un Dieu. Kl seiiiljlahlenienl quand celle liunianilé 0[)ére ou pillil, Dieu est aj^issanl el pAiissant on elle, el ses nclions et passions sont divines, el en celle qun'ité ont un mérite infini, el sont d'un prix el d'une valeur inlinis, |)ar le rapport, le coinnjercc el la ci)inni\inicalion inelFable qui esl entre la déilé el riiuiiianilé en la subsistenee de )a personne (Jivine.
Ainsi Dieu incouq)réliensibie se fait rompremlre en celle luininnité ; Dieu inelFalile ke fait ouïr en la voix de son A'erhe incarné ; el Dieu invisible se fait voir en la < iiair (ju'il a unie avec la nature de l'éternité; et Dieu épouvantable en l'éclat de sa grandeur so fait sentir en sa douceur, en sa bénignité et en son humanité, selon ces paroles de l'Apôire {Tit. m, k) : L'humanité et la bénignité de Dieu nuire Sauveur a paru au monde ; et celui qui par sa puissance soutient le monde , soutient par sa subsislence notre humanité, et emploie el applifiue sa propre subsislence à cette nature créée, pour l'appuyer en lui-même, et la conjoindre à soi d'une manière si puissante et si parfaite, que de ces deux natures ainsi unies résulte te divin composé, ce sujet admirable, Jésus- Christ Nolie-Seigneur, vrai Dieu, vrai homme ; sujet si puissant, qu'il régit, qu'il rayil, qu'il soutient le ciel el la terre , les anges el les hommes ; sujet si admirable, qu'il a des qualités, jiorte des étals, reçoit des attributions si nouvelles, si étranges, si différentes, que le grand théologien de l'antiquité s'écrie h bon droit : « O nouveau et inouï mélange ! o tempérament admirable 1 Celui qui esl, est fait ; celui qui e^t incrèé, est créé; celui qui ne peut être compris d'aucun lieu, esl enclos et com|»ris en noire humanité ; celui qui enrichit tout le monde, se fait pauvre. Car il subit la pauvreté de notre chair, aQn que nous po>^édions les richesses de sa divinilé. Celui «pii esl la plénitude, est épuisé (car il se prive poui- un temps de sa gloire), alin «jue j(,' sois participant de sa jilénitude. O bonté 1 ô myLiière 1 J'ai reçu l'image de Dieu en la création , et ne l'ai pas conservée : et Dieu a pris ma chair pour donner la vie î\ mon âme, l'iramorlalilé à mon corps ; cl il entre en une nouvelle et seconde alliance avec nous, et en une alliance bien plus ex-
cellente ipje la première : car en la précédenie'il nous donne sa semblance , et en celle-ci , il dni,4ne môme prendre noire nature qui est une sorte de (ommerce el d'alliance bien plus haute et bien plus divine. » ((jhi.(ioii. iS/>i., oral. 42.)
Knces pensées, qu'y n-t-il plusft considérer el ?iadmir(?r, ou la grandeur de Dieu ainsi abaissé dans le néant de la créature, ou la bassesse de l'homme ainsi élevé h l'égal de Dieu et posé dans le trône (j'e la Divinité? O merveille! ô grandeur 1 (Jiie l'homme qui n'est (pje poussière et cendre en son origine, selon la parole de celui-là même qui \'ii formé, cl qui lui a dit en le formanl, /^</ris es, et in pulverem reverteris (Gen. m, 19) ; que l'homme (pii n'est qu'impuissance et faiblesse en son état et en son progrès, et n'e^t qu'une vajieur, el vapeur encore monicntanée : Vapor ad modicum parens {Jac. IV, 15), ce dit la sainte Ecriture ; que l'homme qui n'est que misère en sa naissance, en sa vie, en sa mort, c'est-à-dire en tous ses étals, et duquel un ancien a dit : 0 ncccssilas ahjccla nasccndi, viiendi misera, duramoriendi {d*) : que cet homme, dis-je, soit vivant etsubsistaîil en la Divinilé; que cet homme soit Dieu, et que ce Dieu-homme passe par tous ces degrés, supporte tous ces états et les ennoblisse, les sanctifie, les déifie en soi-même, de sorte que nous avons, selon les enseignements de notre foi, et nous adorons en nos mystères un Dieu naissant en la crèche, un Dieu vivant et voyageant en la Judée, un Dieu mourant en la croix et un Dieu mort dans le sépulcre ; et par un mayen si étrange se fait la rédem|)tion du genre humain ; la justice divine reçoit le payement de nos dettes par un prix de dignilé infinie, et notre délivrance de lacafitivitédu diable, du péché, de la mort, se fait par une secrète puissance cachée dans l'humanité, dans la vie, dans la soutfiance eldans la mort d'un Dieu.
VII. C'est ce que porte celte unilé divine el adorable en elle-même, admirable en sa suite et en ses dé|'endances, el aimable en ses ell'ets. El c'est ce que nous avons à suivre et à représenter en ce discours ; car par celle unité nouvelle, comme il y a au monde un nouvel être, un nouvel homme et un nouvel Adam, il y a aussi un nouvel ordre au monde, cl il y a un nouvel étal dans l'univers ; état inconnu auparavant par l'espace de quatre mille ans. Et de quatre ordres qui conqiosenl et diversillenl le ciel et la terre , l'ordre de nature, l'ordrede grâce, l'ordre de gloire, el le suprême de tous les ordres, qui esl celui de l'union hy[)Ostatique, ce grand et nouvel ordre esl plus distant du premier el [dus élevé par-ilessus lui que le premier ordre n'est distant du néant, duquel il est immédiatement tiré par la loule-()uissance divine. Car entre le néant et l'ê-re de la nature, il n'y a rien d'interposé, et entre l'homme et le néant, il n'y a Kien qu'une paroi eu-
(9*)SiIonins Apollii.iiis,
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
tre deux, et encore n'esl-elle que de fange.
L'homme est formé du limon de la terre et la terre est tirée du néant; il n'y a donc que ce peu de limon qui sert comme de mur mitoyen entre le néant et l'homme ; mais il V a une distanceintinie entre Dieu et l'homme, entre l'être créé et incréé. Et toutefois ces deux êtres se trouvent liés ensemble et conjoints comme en un point et en un centre. Etces deux natures si différentes sont unies en une même personne. Ainsi l'ordre et l'union hypostatique sont établis au monde.
Dieu en la création fit l'ordre de la nature et au même temps il établit l'ordre de la grâce en la terre et celui de la gloire au ciel ; trois ordres ditrérents et admirables, et dans lesquels il a voulu donner part à l'homme. Mais voici un nouvel ordre au monde, voici un nouvel état dans l'univers, voici un état incomparablement plus élevé par-dessus l'ordre de la gloire, que le ciel n'est par-dessus la terre et que la même gloire n'est élevée que par-dessus l'ordre de la grâce, et que la grâce n'est élevée par-dessus l'ordre de la nature, et ([ue la nature n'est élevée pardessus le néant. Et c'est cette unité de subsistence divine qui introduit au monde un ordre si excellent et un état si élevé, un ordre si éminent et un état si privilégié, un ordre si puissant et un état si rare, qu'il est unique en son sujet, et tellement étendu en son pouvoir, qu'il s'étend sur tout et marque les effets de sa i)uissance sur tous les autres ordres ; car il renouvelle l'univers, il accomplit le ciel, il sanctifie la terre, il ennoblit la nature, il élève la grâce, il couronne la gloire, il ravit les anges, il spiritualise les corj)s, il divinise nos esprits et il déifie notre humanité en la personne divine ; et généralement tout ce qui est issu de Dieu par la création et tout ce qui rentre en Dieu par la sanctification est regardant cet ordre, cet état divin, ce suprême mystère, cette incarnation, comme sa ressource et son princi[)e, comme le point auquel tout se termine et comme la fin auquel tout se doit référer, puisqu'il a plu à Dieu même y prendre origine et s'y enclore, s'y terminer et s'y référer lui-môme.
VIII. Or, comme de ce nouvel être suit ce nouvel ordre, ainsi de cet ordre nouveau suit un changement et nouveauté en la conduite de la Providence divine. Car ce n'est plus le ciel qui régit la terre, mais c'est la terre qui régit le ciel, et le premier mobile n'est plus es cieux, mais en la terre, dei)uis (jue Dieu s'est incarné en terre. Car c'est ce Dieu incarné qui est maintenant le premier mobile, et le premier ciel qui mouvait tous les autres, a changé d'ordre et de place, et n'est j)lus que le second mobile; même l'ordre, l'état et la situation des |)arties principales du monde est renversé par le renversement que Dieuafaitau regard de lui-môme en ce mystère. Car le ciel n'est plus par-dessus la terre, mais une terre est i)ar-dessus tous les cieux, c'est à savoir, la terre de notre humanité vivante en Jésus-Christ, et celte heu-
reuse portion de terre ainsi transportée dans le ciel, ainsi élevée par-dessus tous les eieux et ainsi subsistante au Verbe éternel, est un nouveau ciel immobile en soi-même et mouvant tout, et est un nouveau centre de l'univers, auquel tend toute créature spirituelle et corporelle.
Centre et ciel toutensemble :ciel qui contient tout en sa grandeur et en son éminence; centre qui rassemble tout en son unité et tire tout par sa vertu et par sa puissance; centre fixe de l'univers, posé non au milieu du monde, mais au plus haut du monde; non au plus bas de la terre, mais au plus haut des cieux, par un étrange changement et renversement en l'ordre de la nature qui rend hommage au nouvel état duVerbo éternel, et au renversement (si on peut user de ce mot) que nous adorons en l'auteur de la nature, comme prenant une nouvelle nature, en laquelle s'oubliant soi-même, abaissant sa grandeur, il établit le nouveau et sacré mystère de l'Incarnation, qui change, qui renverse, qui renouvelle tout en l'ordre de la nature et de la grâce. De fait nous voyons que cetadmirable changementqui se fait en la terre, de la terre passe au ciel et du ciel passe aux hiérarchies célestes. Car ce n'est [)lus l'ange qui régit les hommes, ou le [)remier ange qui régit les es[)rils célestes, mais c'est un homme qui gouverne tous les hommes et tous les anges, et l'ordre deshiérarchies est innové parcelle innovation d'être, de puissance et de vio en la nature humaine.
Et au lieu que les anges allaient prendre leurs ordres et recevaient leurs mandements et leurs illuslralions divines de leurs chefs, et leurs chefs les prenaient du premier d'entre eux, maintenant eux tous, et même le iiremier des anges, les prend en terre d'un homme, et d'un homme enfant, et d'un enfant de trois ans, de trois mois, de trois jours; et les anges apprennent même des hommes adhérents et servants h cet Homme-Dieu, de pauvres pêcheurs, d'hommes idiots et ignorants, parce que seulement ils sont ses suivants et ses apôtres; les anges, dis-je, esprits du tout intellectuels et esprits établis en gloire, apprennent d'eux humblement en la terre les secrets de la puissance divine et do l'humble et mystérieuse économie de l'Incarnation que dans le ciel et en la lumière de la gloire ils ne connaissent pas en son étendue et en toutes ses merveilles. Ce qui a donné sujet h l'Apôtre, parlant de ce même mystère, de dire qu'il a charge d'annoncer la gloire et les richesses incom|)réhensibles de Jésus-Chribt, et de publier le mystère caché de tout temps en Dieu, afin'que la sapience de Dieu soit manifestée aux puissances et aux principautés par l'Eglise, etc. : Mihi omnium sauctorum minimo data est fjratia turc in gcntibus evnmjelizare investigabiles divilias Cliristiy et ifluminare omnes, qnœ sit dispensatio sacramcnti absconditi a sœrults in Deo : u( innotescat principatibus
Kl
CRANDElillS DE JEbtS. DISC. IV, LMIL Dt DIEU K.1 L1NCAR.1.
9t potetlatibus per t^ccUsiam muUiformis gapientia Dei [Kphts. m, 8 scq.), clc.
IX. Il y n iiiôine cliaii^ciiiful en la conduite cl cil r«'xi't(i(o (le la Prnvidenre divine, en to qu'elle ne reg«nl«il aupnravnril que ce (|ui est hors de Dieu, cl n'avait éi^ard qu'ù soii palais et sur sa l».isse-(our (s'il nous esl permis d'ainsi jinr'er de cli0'>e3 si grandes, SI dignes et si élevées i-ar-dessus nos I»aroIo5 cl nos intelligences); cl la partie i»rincipalo <le relie providence, (jni est la jirédeslinatiui), ne dispos^iil (|ue de l'ange Cl de riuMiiino, c'est h-dire de la nature intellui tiiolle, capable de la connatire et servir. Mais depuis (jiie cet ordre des ordres et que col é:al «le ruiiion li\ poslali(jue a été ordonné île Dieu en son sacré conseil, sa jirovidence entre' en un soin hien plus digne, en lin pouvoir bien jilus élevé et en une occupation bien plus grande cl honorable qu'auparavant; car Dieu nifiine rouinio honunc veut entrer dans le ressort de la juriiliclion de cette providence : et comme il a tenu conseil lorsqu'il a voulu créer riiomme, cl a dit : Faciamus homincm, selon le texte do la Genèse ( i, 2G), il a aussi tenu conseil pour faire (jue l'homme soit Dieu : ce qui est un ouvrage bien [dus excellent, et qui se termine et aboutit à Dieu méuie. Kl en vertu de ce grand et secret conseil que Dieu a tenu sur l'accoraplissement de ce nouveau mystère, sa [)rovidcnce entre en exercice sur un si grand sujet : elle délibère sur l'incarnation du \ erbe éternel; elle traite de la naissance temporelle du Fils unique de Dieu; elle le regarde comme entrant en ce mystère; elle l'assisle en sa vie nouvelle et mortelle; elle l'accompagne dans ^es voyages; elle dresse sa maison et sa lamillc en la terre; elle ordonne de ses étals, de son pouvoir, de ses privilèges.
Prenons ce point de plus liaut, et nous élfcvons à conlempler humblement et lixenicnl la Divinité en elle-même et en son sacré conseil sur le suprême de ses œuvres. De toute éternité, la pensée, le reg-ird et lamour sont en Dieu, au regard de Dieu môme; mais son conseil n'esi en lui qu'au regard de ses créatures, et il ne délibère que de ses serviteurs. Car la grandeur de sa pro|)re essence, la condition heureuse do son être tout spirituel et intelligent. le divin élat de sa vie sufirôme cl immuable, lui donne la connaissance et l'amour de soimftme ; mais elle ne lui donne pas nécessairement aucun exercice et fonction hors <le soi-même : il sulTil à soi, cl il n'a pas besoin d'agir et l'aire quelque chose au dehors pour s'occuper; cl par celle pensée, par ce regard, par cet amour qu'il a sur soi, comme sur son unique objet, uniquement digne de lui, il est sufTisammenl, pleinement cl divinement occupé de soi dans soimême, il jouit heureusement de !a grandeur et félicité de son être, il produit en son sein les personnes qui sont originées dans la Trinité ; et elles n'onl pas besoin d'en partir, })uisque celle demeure, qui
sudil à leur naissance et production, lunii aussi à leur élernclle.félirilé. Dieu donc est ainsi vivant et heureux éternellement en l'uniipic pensée, en ruinijun amour cl en l'occupaticjn heureuse (jue lui donne nécessairement la grandeur, la' piéiiilu<le, la fécondité lie sa propre essence : là où hors de soi il ne produit que ce qui lui plail et (juand il lui plall, cl son conseil ne traite que de ses œuvres, et sa providence n'ordonne et ne dispose que de ses créatures.
iMais par l'élal de ce nouveau mystère, le conseil de Dieu a un nlus nouveau et un plus digne objet; car il ne traite pas seulement des couronnes de la terre ou même de celles du ciel, comme il faisait aujtaravaiil, mais il délibère maintenant sur celle nouvelle unité qu'il élablil pour jamais entre les deux natures, l'une divine, l'autre humaine ; il délibère sur la personne de son Fils unique, lequel il veut donner au monde nour le salut du monde, et il <lélil)ère sur la communication ineiïable qui doit être entre Dieu et la nature humaine. O grandeurl ô dignité nouvelle dans le conseil de Dieu! jamais ce haut, ce secret et ce sacré conseil de la Divinité n'a été tant élevé, lant honoré et occupé qu'en la disfiosilion de ce divin mystère, et il n'a jamais été si adorable et incom|iréhensible qu'en l'élablissemenl de cet élat suprême.
Ne voyons-nous pas comme il ne traiio point ici de tirer un monde hors du néant, mais de réd'uire en une une certaine manière à l'état du n'éant l'auteur du monde? de couvrir son Verbe éternel, par qui toutes choses sont faites, de notre faiblesse et impuissance? de tirer le Fils unique de Dieu du sein de son Père, et l'abaisser jusque dans l'être humain et créé et Jusque dans le néant de notre mortalité? Ne voyonsnous i)as comme il ne traite point ici d'exercer le pouvoir et la justice de Dieu sur la poudre et la cendre, mais sur un Homme- Dieu? et (ju'il ne traite .pas, comme autrefois dans le paradis terrestre, de condamner le l)écheur à la mort, mais de livrer le Fils uni(jue de Dieu 5 la puissance des ténèbres, à l'opprobre de la croix, à Ihorreur de la mort, suivant les jiaroles que la présence des soldats a tirées (le sa bouche sacrée : Celleci est votre heure et la puissance des ténèbres ? {Luc. xxii, 53.) Ne voyons-nous pas comme il ne traite jioini ici de donner grâce au coupable, mais de donner la grâce de l'èire incréé à celle humanité? grâce suprême, divine et infinie et l'origine de toute grâce 1 Au lieu donc que les anges et les hommes ne sont appelés et ordonnés qu'à la servitude et adoption divines, comme au comble de leur grandeur et fé'licité, et que la prédestination j.usqu'à présent n'a point été employée à chose plus haute et plus élevée, il y a maintenant un homme a[»pelé de Dieu à chose incomparablement plus digne et ()lus hauie, il y a un Fils de l'homme prédestiné à la (iliation divine, il y a un Jésus, Fils de l'homme, Qui est prédestiné Fils de Dieu en vertu {Rom. i, V}, selon les l'aroles de sou
apôtre. Et c'est le plus haut point duquel ordonnera jamais lf> sacré conseil de la prédestination, auquel rien ne peut être projiosé de plus grand que ce divin état de l'union hypostaiique; comme aussi il n'v a point deWocalion plus grande, d'élection plus certaine, de charité plus accomplie, (fue celle par laquelle l'humanité étant appelée et élevée au Irône de la Divinité, Jésus-Christ, fils de Marie, est à l'égal de Dieu établi pour jamais à sa droite et à sa gloire.
Mais nos paroles sont trop faibles pour exprimer choses si grandes. Ecoutons l'oracle de son siècle, le plus excellent des docteurs, au plus excellent de ses livres polémiques, le docteur choisi par le Fils de Dieu pour la défense de sa grâce, qui est l'elfet et la fin de son Incarnation, et le sujet de la prédestination des élus : je veux dire saint Augustin, lequel parlant de la prédestination du Saint des saints, et de tous les saints en lui, dit ces paroles : Jpsum Dominum (jloriœ in (juanlum homo factus est Dei Fiiiits, prœdestinatum esse diciinus. Clamât Doctor gentium in copite Epistolarum suarum : « Pautas servus Jésus Chrisli, vucatus apostolus , sc(jrcgatus in Evangelittm Dei, {quod anle promiscrat per prophclas snos in Scripturis sanclis), de Filio suo, qui factus est ei ex semine David, secundu77i carnem : Qui prœdestinalus est Filius Dei in virtule, secundum Spiritum sanctificalionis, ex resurrectione 7nortuorum. » Prœdestinatus est ergo Jésus , ut qui futu7'us erat secundum carnem filius David, esset tamen in virtute Filius Dei secundum Spiritum sanctificalionis, quia natus est deSpiritusancto et Mrgine Maria. Jpsa est illa inefj'abiliter facta hominis a Deo \ erbo susceptio singularis, ut Filius Dei et Filius honiinis simul : Filius hoininis propter susceptum hominem, et Filius Dei propter suscipientem unigenitum Deum, veraciler et proprie diccretur, ne non trinilas sed quaternitas crederetur. Prœdestinatœ est ista nuturœ humanœ tanla et tam celsa et summa subvectio, ut quo attollerctur altius non haberet : sicut pro nobis ipsa Divinilas quousque se deponcret humilius.non habuif, quam susccpta natura hominis, cum infirmitate carnis usque ad mortem crucis. (Lib. De prœdest.sanct,ci\p.ib.)i( Nous disons que le Seigneur de gloire, en tant que Thomme est fait Fils de Dieu, est prédestiné. Le Docteur des gentils le publie hautement h l'entrée de ses Epîtres -.Paul, serviteur de Jésus- Christ, appelé à être apôtre et choisi pour annoncer l'Fvangile de Dieu [lequel il avait auparavant promis par ses prophètes es saintes Ecritures) touchant son Fils qui lui a été fait de la semence de David, selon la chair: qui est prédestiné Fils de Dieu en vertu, selon l'esprit de sanctification, par la résurrection des morts. Jésus donc est prédestiné, alin que celui (pii devait être selon la chair fils de David, fût toutefois en vertu Fils de Dieu selon res|)rit de sanrlitication, étant né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. C'est cette singulière susreption par laquelle la
Dieu Verbe a pris l'homme à soi d'une manière inefl'able, afin qu'il fût dit vraiment et proprement le Fils de Dieu et le Fils de l'homme tout ensemble : Fils de l'homme, k cause de l'homme qui est pris par le Dieu Verbe ; et Fils de Dieu, h (vTuse de Dieu Fils unique qui le prend et unit h soi, de peur qu'on ne crût non la Trinité, mais une qualernité. Cet élèvement de la nature humaine est prédestiné à être si haut, si grand et suprême, qu'il n'y a rien de plus haut où elle eût pu être élevée, ainsi (jue la Divinité n'a eu rien de [)lus bas oià s'abaisser pour notre amour, que cette nature humaine prise avec les infirmités de la chair jusqu'à la mort de la croix, »
X. Or, en ce changement arrivé par le mystère de l'Incarnation dans l'ordre et l'exercice de la Providence, et au conseil de Dieu sur la prédestination, nous apprenons un secret du conseil de Dieu, nous découvrons une ])ropriété de son essence, et nous remarquons une très -notable différence entre son être et son état, entre son cabinet et son conseil (s'il nous est permis de j)ar- )er ainsi de choses ineffables, et d'exprimer les grandeurs divines par quelque sorte d'analogie et proportion aux grandeurs humaines). Car Dieu en son cabinet n'est occu- [lé que de soi-même et avec soi-même ; et ce cabinet est proprement le sein du Père, qui n'est rempli que de l'être de Dieu, et où il n'y a que les personnes divines, etoù Dieu, saintement occupé en la pensée et en l'amour de soi-même, ne sort point hors de soi; car il est l'unique objet de nette occupation, et il demeure en soi par la propriété de ses actions internes, vitales et immanentes. Mais Dieu entrant en son conseil, semble sortir comme hors de soi et de son cabinet, par l'éfat et la condition des choses qui s'y traitent, vu que c'est le jjropre du conseil do Dieu de ne délibérer et pourvoir qu'à ce qui est hors de Dieu. Et Dieu entre dans sou conseil pour ordonner des affaires de son Etat et de son emjiire, et pour traiter de ses créatures même avec ses créatures. Et au lieu qu'il ne traite en son cabinet qu'avec les personnes divines, dans son conseil il entre souvent en traité et en délibération avec ses créatures mêmes, connue les saintes lettres nous le témoignent; et par ainsi, il semble comme sortir au dehors et entrer en condition inégale à soi-même.
Mais en ce conseil nouveau qui se tient sur le sacré mystère de l'Incarnation, nous voyons et une sortieheureuse et une rentrée admirable de Dieu en soi-même, en l'honneur de lacpielle nous devons référer et consacrer toutes les sorties de notre ûme, et ses rentrées en Dieu, t^ar il semble que Dieu sorte comme hors de soi en ce sujet par une nouvelle manière, qui porte le Fils de Dieu à qualifier ce my^tère du nom de sortie : car il soit de ."-a grandeur |)0ur entrer en nos misères, il sort de son éternité pour entrer en un être mesuré par le temps et limité par le cours du soleil, il sort de son immortalité i>our entrer en notre mortalité,
CRANDF.L'RS DE JKSliS. — DISC. IV. LMTE DE DIEU EN L INCAKN.
Cl il s'oiiblio soi-m^ino pour enlrrr si nvnnt dflris In bassesse de r<^ire i réi', et s'unir h Sfl créiilur('»si (^•Iroiiciiiciil , (lue Dieu est hoiiiMie, el riioiniiie est Dieu. VA |i.-ir(îiiit CCinuie il soil en (|ueli|ue manière hors de soi, il rentre aussi comiiie en S(>i-ni<^uM! par ce nouveau conseil cl re nouveau mystère. Car Iraitanl d'un mystère qui coniienl et enclôt Dieu en soi-même, il traite par conséquent, il ordonne et délibère, non sur les créatures, mais sur soi,|iuis(iu'il est l'auteur suprême et le sujet admirable de ce sacré conseil, et de ce très-haut mystère,
m le N'erbe éternel s(»itaiil comme hors de soi pour entrer«;n l'opération de eeltc œuvre, la(juelle lui est commune avec les autres itersonnes divines, et est du nombre do celles cpie les théologiens appellent Opérations de Dieu hors de lui-môme ; il rentre c(»mme en soi-même d'une manièie qui est propre et pailiculière h sa personne, en ac(om|»lissant heureusement ce mystère, et en le terminant divinement de sa propre sul)sistence. Et associant parce moyen notre humanité 5 sa réforme divine, il la fait rentrer en son Père, et y rentre lui-iuêmeen elle, et par elle, d'une nouvelle manière, par l'état substantiel de sa personne et (Je sa tilialion divine, laquelle étant non-seulement relative, mais toute relation 5 son Père, elle fait que Dieu-Homme est en un état perpétuel de relation au Père; état divin, incomprésible et ineffable, qui porte unité suprême, intimité profonde et repos invariable au Père éternel. Kt par ainsi, en contem|)lant cet œuvre, nous voyons, nous suivons et nous adorons Dieu éternel, et comme sortant hors de soi-même, et comme rentrant en soi-même par ce nouveau conseil et par ce divin mystère; d'où s'ensuit que Dieu, en la circonférence de ses œuvres, et au mouvement de ses conseils, est comme un cercle admirable qui se forme, en tinissant au iiiême point duiiucl il est parti en commençant. Car Dieu produit toutes choses j)ar son Verbe, et le \ eibe est le ()rincipe par lequel se fait la création du monde, qui se termine en la production de Ihorame, comme au dernier des œuvres de Dieu (lOj ; Dieu donc unissant la nature humaine à son ^ Verbe, unit et conjoint parce moyen le dernier de ses œuvres au principe de ses œuvres.
tl d'ailleurs, celte nature humaine étant l'abrégé de l'univers et le sujet auijuel par les divers degrés et conditions dt^ son être toutes hîs créatures sont récapitulées, il est évident que lorsqu'elle est unie à Dieu, l'univers même, qui est sorti de Dieu, retourne à Dieu, étant réuni et conjoint à Dieu en elle par ce divin mystère. Et Dieu se résolvait dans ses conseils, non-seulement à créer le monde par sa ()uissance, mais aussi à le renouveler par son amour, le Verbe, qui est le princifie de celte création, est le terme admirable auquel s'accomplit heureu-
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semonl et se termine cette rénovation par l'union ineffable de sa personne divine à la nature jiumaiiio; et en lui se retrouvent, non seulement comme en leur principe et origine, mais aussi comme en leur re()Os et corisommalion, toutes les créatures nouvelles du monde nouveau. (Jm; si nous élevons nos esprits |)lus haut en la pensée des productions divines, nous verrons (|ue nonseulement Dieu opère et produit hors do soi ce g'-aiid univers et ces créatures excellentes, mais (ju'il opère aussi et [)roduil dedans sol-même des personnes divine*, et que ces (irodiiclionssont d'autant fiius hautes et admirables que Dieu excède en infinité toutes les choses créées. Or la |»remière opération de Dieu, c'est la ftroductifin de son \ erbe, et la dernière opération de Dieu est rincor|)Oration do ce même Verbe en Ja nature humaine.
La première donc opération de Dieu est jointe à sa dernière ofiération en la personne du même Verbe, lequel est fait chair, et termine les œuvres et les conseils de Dieu en terminant cette humanité |)ar le divin mystère de l'Incarnation. Et [)artant, nous avons et nous adorons un Dieu f»roduisaiit en soi-même, et y [iroduisant son Verbe, qui est sa première production; et nous avons et adorons le même Dieu comme produisant hors de soi-même, et jiroduisant l'homme, qui est sa dernière production et le dernier ouvrage de ses mains au dernier des six jours employés à créer el former le monde. Et c'est ce môme Dieu qui ramène, qui réduit, qui rapporte tout à soi-même, en voulant, ordonnant et faisant que la nature humaine soit av'complie et terminée par la subsislence de son Verbe; que la créature soit jointe au Créateur, et l'homme à Dieu en unité de personne; et que dans cet œuvre incomparable de notre Créateur et Kecréateur, tout retourne au même point d'où il est parti, c'est-à-dire à Dieu.
En lacontemplation doncde nos mystères, regardons Dieu comme une sphère admirable, non pas seulement au sens que la lumière même de la philosophie païenne l'a reconnu, mais encore en un sens bien plus haut et plus élevé, que la lumière de la foi nous enseigne el révèle. Car Dieu est une sphère en son essence, en sa connaissance el en sa providence, qui a son repos dans son firopre centre, et n'a mouvement quo dans soi-même (si nous pouvons user de ce terme en jiarlant d'un être parfaitement immuable); car n'y ayant en cet ôire divin, qui est tout acte,' tout esprit et tout intelligence, que la vue qu'il a et desoi-mêuie el des choses créées, la vue et la connaissance qu'il a de soi-même est l'émanation de son Fils, el la vue qu'il a de ses créatures est le sujet de sa disposition el rétablissement de sa providence, c'est-à-dire la première vue donne origine à ses émanations, el la seconde (Jonne lieu el matière à ses conseils. Or en
(10) Gen. 1, Joan. i el viii. Col: i, Hebr. i ; Ter- TULL., Contra l'ruxiam; IIilaq., August. Wnio
Chald. JoNATHiE : InFilio creaùt Dens cvchnn el 1er» ram ; D. Thomas, i parte, quxîl. 4(3. art. 3
ŒCVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
l'un et en l'autre nous voyons que Dieu est rornme un cercle admirable; car les émanations divines , comme elles })rocèdent de Dieu, aussi elles se terminent à Dieu en la production du Saint-Esprit, qui est Dieu comme le Père et le Fils qui le produisent; et les conseils de Dieu, comme ils j>artent de Dieu, ils retournent à Dieu en la délibération qu'il tient d'unir une essence créée à une personne incréée, et d'établir au monde celte admirable unité, qui est le centre et le dernier point qui arrête et termine tous ses conseils, selon les Ecritures, lesquelles nous témoignent qu'il a fait tout en son Fils, par son Fils et pour son Fils.
Ainsi Dieu est toujours lui-même, c'està-dire Dieu est toujours infini et ineffable; Dieu est toujours aimable et toujours adorable; Dieu est toujours aimable et admirable, en lui-même, et en ses conseils, et en ses œuvres, et notamment en l'œuvre de ses œuvres, an conseil de ses conseils, au mystère de ses mystères, qui rompt le divorce et la désunion que le pécbé a mis entre Dieu et les hommes ; qui fait une nouvelle alliance entre Dieu et nous, et bien plus forte et avantageuse que la première; qui donne et produit au monde l'auteur du monde, et par un secret ineffable fait Dieu homme, et lait nue l'homme est Dieu en l'unité adorable de la personne du Verbe éternel avec la nature humaine. Donc soit béni pour jamais le Père éternel qui ordonne, le Saint-Esprit qui opère, et le Verbe divin qui accomplit ce très-sacré, très-profond et très-haut mystère de l'Incarnation.