DE LA COMMUNICATION' DE DIEU EN CE MYSTÈRE
I. 11 vaut mieux connnîlre peu des choses divines, que beaucoup des choses moindres. En la contemplalioii de cemysière, nous remarquons cinq choses principales : l^le Verbe qui se lait chair; S° i'hunianiié ou chair unie au Verbe; 5° la subsislence du Verbe qui est le lien de celle unité ; 4° la divine essence de ce Verbe; 5° que des irois personnes divines le Verbe seul est le lien de celle union. Le Verbe éternel est en un sens et la parlie cl le loiil de ce mystère. — II. Le Verbe éternel est au milieu des unités divines, et comme tel il est très-propre pour être le principe et le sujet du mystère d'unité que nous adorons. Le Nerbe reçoit comme le Sainl-Lspril l'unilé de la divine essence et produit, comme le Perc, l'unilé du Saint-Esprit. Dillérences de ces deux unités. Le Verbe hoiiore sa procession éiern( lie par s-a piocession temporelle. — 111. Ilappurts de l'incarnaliun du Verbe, à sa procession éternelle. — IV. Le mystère de l'incarnalioti va imitant et adorani la personne du Verbe, tant en Son émanalion qu'en sa production éiernelle. — V. Raisons pour lesqiiellcs le Verbe seul entre les personnes divines s'est revêtu de notre n;«lure. — Vl. Rapports de la naissance temporelle du Nerbe à sa n;iissanee éternelle. La naissante lemportlle du Verbe terme le cercle des productions divines. Le Fils de Dieu est soleil comme son l'ère ; mais il est orient, ce que n'est pas son Peie. -- VU. Le Fils de Dieu est lleur, Iruil et germe en la Diviniié, selon les Ecritures.— VIII. Autre raison pour laquelle il était convenublj
que le Verbe éternel se Ht clin;r, et non le Saint- Esprit. Les choses qui ne sont qu'avec imperfection dans les créatures, en sont inPinimenl éloi ■ gnées en D eu. Les premiers- nés étaient offert; à Dieu en l'ancienne loi, pour honorer la primauté du Fils de Dieu dans les processions éternelles. Deux principes égaux et subordonnés. Dieu et Jé>iis-Clirist. — IX. Les propriéiés éternelles du Verbe le convient à entrer dans notre nature, et que ce soit lui entre les personnes divines qui se fisse chair. La vie intérieure des Chrétiens est formée sur la vie du Fils de Dieu en son Père, ccmuie sur son modèle. Comme le Verbe est toujours regardant le Père dont il procède, ainsi nous devons toujours regarder le Verbe incarné duquel nous procédons; et ce regard doit élre un regard d'amour, d'honneur et de dépendance. Nous devons avoir soin d'honorer Jésus-Christ, non-seulement par nos actions, mais encore par l'éiat do notre vie. — X. Les personnes divines s'honorent d'un honneur et tl'un amour mutuels, que nous devons honorer et inmer par notre amour et noire adoration. Le Père ei le Fils s'honorent réciproquement dans le îiiysière de l'Incarnation. Le Père s'honore en eonsiituaiit son Fils père du siètle nouveau, et c'est sa gloire d'être chef d'un tel sujet. Le Fils de Dieu honore sa naissance éternelle par sa naissance temporelle, et par cela même il honore le l'ère qui en est le principe. Le Fils de Dieu rend hommage à Dieu son Père par sa quai lé da serf, et le plus grand qui lui puisse être rendu. Le Fils de Dieu en sa forme d'esclave renJ tribut et homuiage à Dieu son Père pour tout ce qui est créé, ei honneur pour tout ce qu'il a reçu de lui dans réternité. — XI. Description du mystère de riiicarnation, de ses fins, de ses préparatifs, do ses circonstances. — XII. Pensées et affections sur le momeJat de t'incarnaiion.
I. Plus les choses sont excellentes, et plus leur connaissance est digne et souhaitable; et vaut mieux, dit ie grand philosophe, connaître peu d€Ss choses grandes que connaître beaucoup dee choses moindres. Ne plaignons pas donc un peu de temps à pénétrer davantage dans iës secrets de nos mystères, et à connaître la grandeur de celui-ci, qui est le chef-d'œuvre de Dieu, le secret de ses secrets, l'épitoiTie et l'abrégé de tous ses mystères, et quf est un mystère éternel, en la foi duquel )a terre est occu[)ée, et en la vue duquel le ciel est bienheureux. Or, en la contemplation d'icelui, il y a plusieurs points gfands et hauts, qui seraient tous bien dig'nes de considération très-jîarticulière. Le premier qui se rencontre aux yeux de la foi et de l'Eglise, c'est le Verbe qui se lait chair; le second, c'est cette chair et humaeité qui est unie au Verbe; le troisième est la subsistence de ce Verbe, qui est le lien de cette unité; le quatiième est la nature de ce Verbe, qui est la divine essence, laquelle en cette personne et par retle personne est unie à la nature humaine; le cinquième est qu'en cette divine essence y ayant pluralité de personnes, le Verbe >eul entre les personnes divines est le lien sacré, le lien substantiel, le lien personnel qui unit Dieu avec l'homme. Mais il nous Aulfira en ce discours de contempler le V.crbe divin, et en lui-même^ et en cet œuv.re, duquel il fait la partie principale, s'il faut
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r.RANPFl R» DF JF.SLS. — DISC. V, COMMUMC. DE DIEU EN LMNCARN.
parler ainsi, voire dont il est comme le tout : car il esl la source vive et |ier|)t'tiiello do toutes ses cxt ("llerices cl grandeurs; il est lo (irmameiil de loiis ses pouvoirs cl privilèges; il est la cause inlliienle de ses dons, (le SCS grû<cs cl de ses prééniinences ; et il est le (;imcnt admirable de rélal su|irôme de ce divin mystère.
II. Le Verhe éternel est produit cl produisant en la très-sainte Trinité, ce (]ui ne convient qnh lui seul. Il a sa source, sa vie el son repos en l'unité du Pure éternel, (jui seul est père et principe de ce \erlie; il reçoit de lui en sa génération l'unité de son essence; il est le Fils uni(|U(,' du l'ère éternel, (ouuue épuisant toute la puiss.ince de son l'ère h cni^endrer; il produit avec lui, non en diversité, mais en unité de principe (ce (jui esl itietlable), la troisième persotino de y» Trinité. Et en cette sienne [iro luction, il a son terme en l'unité du Sainl-Ks|irit, autjuci s'arrête cl se repose le mouvement sans mouvemenl des émanations divines connue en un centre d'amour el d'unité. Kl cette unité pr<H'édant du I*èrc et du Verhe unit ce Verhe encore avec le Père d'une sorte d'unité distincte dos précédentes : car cette unité produite esl 1 unité du Sainl- Esf)rit réclamée en toutes nos invocations et j)rières, qui esl en la propriété de sa personne, le lien, l'amour el l'unité du Père el du Fils.
Par ces vérités qui sont non subtiles, mais solides, el sont autant d'articles de foi en la doctrine du très-haut mystère de la Trinité, nous voyons que le Verbe divin est tout enclos dans les unités divines ; nous l'adorons au milieu d'elles, comme en un trône où il a son être et sa vie, son repos et sa gloire de toute éternité; el nous le reconnaissons Irèsnropre à être le principe et le sujet du plus haut mystère d'unité qui puisse être opéré par la bonté, la puissance et la sagesse divines.
Ce que pour mieux entendre, considérons que le Verbe éternel, comme tenant le railieu entre le Père et le Saint-Esprit en l'ordre des personnes divines, il reçoit comme le Saint-Esprit, l'unilé de la divine essence; el il produit comme le Père, l'unité du Saint- Esprit, qui font deui unités virtuellement distinctes, el toutes deux considérables en la [lersonne du Verbe; en ce que l'pne esl en son essence, el l'autre esl en la personne dont il esl le f)rincipe ; l'une est primitive et originaire (car toutes les unités ont leur rapport à l'unité de la divine essence comme à la première), et l'autre esl précédente el originée : l'une n'est ni produite, ni produisante, mais l'autre esl produite el constituant dans la Trinité une personne divine, lacjuelle esl produite comme unissant les deux autres personnes entre elles d'un lien digne de leur être cl grandeur, d'un lien éternel, divin et personnel.
On disait d'un ancien qu'il peignait ce qui ne se pouvait pas |»eindre, et accomplissait tellement ses ouvrages, qu'il donnait la vie et mouvemenl à ses traits, et animait ce qui
est inanimé, tant ils voulaient nous le feindre excellent h Nurmonter l'art, la nature, cl soi-même. Ce «ju'ils attribuaient h ce fieintro fameux par un excès de paroles, convient proprement el vérilablemenl au Fils uiii«pie de Dieu, et à bien antre [neilleur titre, et en un sujet bien dilférenl. Car le Fils de Dieu se contemplant «-oi-môme, a voulu d'un vouloir el [jouvoir communs aux personnes divines, se pourlraire au vif el au naturel ; cl comme étant le meilleur peintre de l'univers, el lo plus excellent ouvrier, a voulu peindre ce qui semble ne se pouvoir pas [jcindre, en formant dans ce mystère et
représentant la première, la plus vive et a plus expresse image du Père éternel. Car le Verbe se voyant être proprement l'image que le Père a formée de soi-même dans soi • môme, il a voulu aussi se peindre et se figurer lui-môme en un œuvre de ses main«, lequel étant commun au Père cl au Saint Esprit, je l'altrihue au Verbe par une sorte d'ajipropriation fondée en la singularité de ce mystère.
El comme le Fils est l'image vive el l'idée iiarfaite de son Père en la divinité, il veut ôtie en ce sien œuvre connue l'image vive et parfaite de soi-même. Et selon les pro[)OS précédents, y ayant deux unités virtuellement distinctes qui le regardent, el qui lui ont un rapport si particulier, l'unité d'essence qu'il reçoit, et l'unité de la personne qu'il produit éternellement; il veut honorer ces deux unités siennes en un œuvre el en un conseil d'unité singulière; il les veut peindre el pourlraire au vif en l'unique de ses œuvres, et veut que ce sien mystère en son étal el en ses circonstances leur soit comme une espèce de tribut honoraire. Tellement que comme nous voyons qu'en l'Eucharistie il esl lui-même la figure el l'image de lui-même au Calvaire, et par sa présence établie en ce sacrement et sacrifice mystérieux sur l'autel de l'église, il honore incessamment le grand sacrifice qu'il a fait de soi-même sur l'autel <hî la croix : aussi en ce rare œuvre, le premier et le su|)rêmo de ses mystères, il veut êire comme l'image vive de soi-même en l'éternité; et il veut être lui-même honorant et représentant son être el son étal en la divinité, dans le nouvel être et étal qu'il daigne prendre en notre humanité.
m. C'est pourquoi, comme il est procédant dans l'éternité, el le premier procédant du Père, que saint Denis appelle déilé fontale el originelle ; il veut aussi être comme procédant en la plénitude des siècles, il y veut prendre et avoir un nouvel être en l'honneur do l'être incréé qu'il reçoit de son Père; il veut faire un mystère en soi, dans lequel il soit regardant el honorant luimême le mystère de la procession éternelle; el il veut consacrer à l'honneur de la première émanation divme, le premier, le plus grand, le plus inénarrable de ses œuvres et mystères. El y ayant distinction en la [iropriélé des émanations divines , comme i'émanaiion du Verbe a cela de propre, qu'il
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
est engendré du Père, qu'il est procédant de lui comme Père et comou engendrant, qu'il est constitué par naissance et (iliation éternelle dans l'ordre des personnes divines : aussi veut-il être engendré dans les siècles, il veut entrer au monde par naissance, et non par autre voie, qui semblerait en apparence |>lus séante a sa grandeur; il veut être vraiment Fils de l'homme comme il est Fils de Dieu; il veut recevoir de sa mère en la terre une essence temporelle, et se la conserver éternellement en l'honneur de l'essence éternelle (ju'il reçoit de son Père. Et d'autant que cette essence est une en la trinité des personnes, il s'unit aussi à une seule essence en espèce et en nombre, pour honorer en l'ordre des choses créées, et imiter en l'unité de cette nature déitiée en lui, l'unité d'essence qui est en la divinité : afin que comme il n'y a qu'une essence divine, il n'y ait aussi qu'une essence déifiée, qui honore par ce nouvel état, et par ce parfait rapport, l'unité de l'essence qui subsiste en la très-sainte Trinité.
Et si nous contemplons le Verbe non-seulement comme Dieu, mais comme Dieu produit et engendré, c'est-à-dire en la propriété de sa personne, nous reconnaîtrons qu'il est pro[)rement, substantiellement et personnellement vivant, et que par la vertu et qualité de sa procession il est produit comme vivant, ou plutôt comme vie, et comme vie qui est source de vie au regard de la personne du Saint-Esprit qui procède de lui. Car ce Verbe est procédant du Dieu vivant comme son Fils vivant, et comme recevant de lui sa propre vie, et comme [)roduisant avec la vie et l'amour du Saint-Esprit. Le Verbe donc selon sa notion propre est vie et est principe de vie, et il est principe de vie d'amour. C'est pourquoi il a voulu être vivant d'une vie nouvelle, comme il est vivant d'une vie éternelle, et s'unissant à notre humanité, il a voulu constituer par soi-même avec elle et dans elle un mystère de vie, d'amour et d'unité, et être luimême une nouvelle vie dans l'univers, comme il est vie dans le sein de son Père. Kt il a voulu être dans les siècles un nouveau principe de l'Esprit de grâce etd'amour, comme il est principe incessamment produisant le Saint-Esprit dans l'éternité.
IV. Conduisons plus avant cette pensée, et voyons en cet œuvre comme le Fils de Dieu a voulu faire encore réfiexion sur soimême, c'est-à-dire, sur son unique et intime opération dans l'élornité, qui est là production du Saint- Esjirit. Car voyant que cette personne produite est le lien^^des personnes divines, il veut que la personne produisante soit le lien do l'être divin et humain tout ensemble. Et co-uime ce Saint-Esprit, cette personne procédante de lui en la Trinité sainte, est le lien tellement unissant les deux [lersonnes divines ensemble, qu'elles sont parfaitement unies en l'unité du Saint- Esprit, et ce nonobstant elles sont persévérantes en leur distinction et pluralité personnelles : aussi a-i-il voulu que sa per-
sonne propre soit le lien sacré qui unit tellement lesdeuxnaturesensemble, qu'elles sont persévérantes en leur distinction et propriété naturelle , et sont parfaitement unies en unité de personne sans confusion, sans division aucune, comme parlent les saints conciles. De sorte que comme au premier de nos mystères, nous avons et nous adorons une personne divine, unissant les deux personnes ensemble : aussi dans lo second de nos mystères nous avons et nous adorons une [lersbnnc divine, unisanl les deux natures ensemble, dont l'une est divine et l'autre est huniaine. Ce qui va regartlant, adorant et imitant l'unité de Saint- Es|Hit, qui est la troisième personne en l'ordre de la Trinité sainte, et qui en sa jjiopriété est le lien éternel des deux personnes dont il est procédant, et dont il est l'amour personnel et l'unité sacrée. Concluons donc, et disons que contemplant le Verbe divin, ou en son émanation, ou en sa personne, ou en sa i)roduction éternelle, c'est-à-dire, en tous les points où nous le pouvons contempler dans la divinité, nous le voyons singulièrement exprimé, et vivement refirésenté par l'état et les qualités de ce divin mystère, lequel a un parfait rapport à ce qui est ineffable dans l'éternité, et est un portrait de Dieu comme au naturel.
V. Par ces pensées prises en la source de vie, et en l'être propre du Verbe éternel, nous le contemplons comme en son trône et en sa grandeur, et nous le suivons d'esfiril, comme descendant en notre humanité. Mais nous remarquons que les autres personnes divines demeurant dans le ciel et dans la gloire, il s'abaise seul en la terre, pour être seul revêtu de la nature humaine. Ce qui n'est pas sans fondement dans les conditions propres de sa personne. Car nous avons expressément remarqué qu'il est non-seulement procédant dans l'éternité, ce qui lui convient avec le Saint-Esprit ; mais qu'il est le premier [)rocédant, ce qui lui est [tropre et i)articulier. Or, comme en cette qualité il est le premier qui reçoit la divinité qui doit être communiquée au monde, il veut être aussi le [)remier qui nous la vient donner; et nous voyons qu'il est le premier descendant du ciel en habit emprunté pour se donner au monde ; car le Saint-Esprit ne descend point en la terre pour y exercer une puissance visible et manifeste, qu'après ce mystère, et après que le Fils de Dieu a consommé sur la terre toutes les manières selon lesquelles il a voulu se donner à nous, pour les divers mystères de sa vie et de sa* croix, en laquelle comme en un holocauste il lui a plu se consommer soi-même en l'excès de son amour, pour renaître comme phénix en une nouvelle vie, vie céleste et immortelle, vie qui nous prépare à l'immcrtalité.
Comme donc le Verbe éternel est lo premier qui reçoit cette divinité qui doit être communiquée au monde, il est le premier qui la vient donnerau monde. Et comme il est rûnique qui la reçoit, et qui la donne tout
CIIANDEI'US DK JESUH. - DISC. >, tO.MMl .M(,. DE DIKIJ EN L'INCARN.
oii>ioml»lc dans rétornilé, il veut aussi être riiiii(|iic <|tii In donne suitstnnliollotnLMil en sf) (joiinaiil soi-nu^ii)(> iH'rsoniiclk'UH.'nt à nolio hiimnniti'!. Ainsi rc invslcr»; a londcnit'iit dans les ronditirins |tto|»res du \ oi Ikj (ilornL'i ; ainsi lo \cil)o osi luiriù |iar suiniônif, (>l non-sonlciiienl par le vouloir du son Pi'tc, h se donner au monde par une voie si rai(î el singulière; aitisi il dai,;ne regarder noire l'aililesàe pour l'appuNer, noire hassessc [lour l'élever, el noire liunianté pour l'épouser.
\ I. Dr, eoninic il s'abaisse à nousel à nos misères, aussi devons-nous nous élever <^ lui el h ses j^tandeurs pour les connaître el les adorer. Ne plaignons d(jnc pas un [>eu «le lemps h considérer les grandeurs du Fils uniipu' de Dieu, d'aulant plus qu'il semhie les ouhlier, pour s'ahaisser en noire liiinianilé. Or, il a ses grandeurs, el grandeurs élernelles par sa naissance; considérons donc par un esprit d'honneur et d'amour envers lui, celle primaulé de naissance et d'origine (jui convient au \'erl)e; car elle dit chose grande, incompréhensihie à l'hoinme, adorable de lout (îspril créé, et fondamentale {\ ce m.vslùre; elle met une distinction, une réalité, 'une propriété admirable dans l'éternité, et datis l'être pur el simple de Dieu ; elle constitue une [)ersonne éternelle en la divinité ; elle porte puissance i.roductive delà troisième personne divine; ce qui lui rend propres les paroles graves et profondes du grand saint Hilaire (Lib. vu J)e Trinil.) : Divinilalis sacramenlum naiivilalis naluru consumnuit. Car, cette naissance formant le cercle des émanations internes, comprend la fécondité de Dieu, et elle ferme et enclèl le mystère de la Trinité dans l'enicace de sa production; puisque comme sa procession est la première des processions, sa production est la dernière des productions divines.
Ces choses sont de grand poids à qui les sait bien comprendre, et mériteraient bien un plus long discours. Mais jiassons plus outre, el approchons de plus |)rès notre mystère : et disons que cette naissance du Verbe élerncl lui donne droit 5 beaucoup d'uj-ages, d'oflices el d'actions dans la terre el dans le ciel, dans le temps et dans l'étorternité; et regarde ce haut mystère de l'Incarnalion, comme sa figure et son image, et comme un nouvel étal auquel le Fils de Dieuesl faii -.Primogenitus inmultis fratribus (Rom. vm, 29], comme parle saintPaul:quiest une nouvelle primogénilure laquelle va regardant, iuiilant et adorant sa primaulé de naissance, en l'ordre des émanations divines; qui est une i)rimaulé éternelle, laquelle est secrètement et premièrement honorée dans l'état de la nature et de la loi, parles prééminences établies en faveur des premiers-nés. Car l'auteur de la loi et de la nature ne vise qu'à choses grandes dedans ces choses basses ; il pense aux choses spirituelles, dans une loi grossière et charnelle ; il [)ense aux choses divines el éternelles dans les humaines et temporelles; et comme toujours référant
OîiUVRES CûMPL. DE DE BerullE.
ses œuvres el ses lois à soi-même, il a dessein d'exprimer el d'honorer par ces droits et privilèges des cidants des hommes, les |iouvoirs el les grandeurs de son Fils uniqu(^ Fl me semble, à [>ropremenl parler, selon les intentions secrètes du l'ère éternel, rpie ces droits et avantages humains nilcctés aux aînés, sf)ril autant de marques d hoMiieur, et autant de tributs et de devoirs rendus à la naissance divine par la naissance humaine. D'autant (pie le l'ère éternel, qui ne contemple et ne regarde que son Fils, oa en son Fils comme en son \ erbe et en son ni'roir unirpie, regarde et honore la naissance de Dieu dans la naissance de riiomme; cl fait (pie la loi im[iaifaile el la nature muette reconnaît lacilemeiil dans les clioses de Dieu, ce rpi'cdle n'est pas digne de connaître dislini teiiient, et par l'iiilenlion do son auteur et législateur suppléant h sou incapacité, elle rend ainsi honneur et hommage à la primaulé de naissance et origine (pli convient à son Fils unique dedans l'élcrliité.
Ft alin que lout conspire à l'iionnour do chose si haute, ce même fils uni(iue ainsi reconnu et honoré par la nature et par la loi. reçoit encore divers noms en lo sainte Fcrilure, qui représente diversement la grandeur de cette naissance et jirocession inénarrable, selon le dire d'Isaïe ( lui, 8 ) : Generalionem cjiis quis enarrabit ? Ainsi il ^'appelle Orient dans les prophètes, car il est un soleil aussi bien que son père : cl un soleil émané d'un soleil { Malac. iv, 2) dont il est appelé le fils de lumière par ceux-là môine qui n'ont eu qu'une simple ombre et une bien obscure (^(Hinaissance de lui, et par ceux encore qui, étant ses enfants, sont nommés enfants de lumière en ses Ecritures, auxquels il lui a plu se révéler et manifester lui-même (Isa. lx, i seq. ) Mais par celte émanation, il a cela du singulier, qu'étant un soleil comme son Père, il est un soleil Orient, ce que n'est pas son Père. Et ce soleil que nous voyons se lever et se coucher en nos jours, n'csi que son ombre et sa peinture; au lieu que ce soleil qui luit, selon saint Jean ( i, 5 ) , dans nos ténèbres et se lève en nos cœurs, est le vrai Orient que nous devons toujours regarder, que nous devons toujours adorer, et vers lequel aussi, dei)uis sa naissance publiée au monde, nos temples sont tournés, qui sont les lieux publics el solennels de notre adoration. Il est donc Orient dans la divinité, et il est Orient dans l'éternité ; car il est tellement Orient qu'il est sans commencement; Orient donc éternel, mais lequel veut être aussi notre Orient dans la plénitude des temps. Et ainsi comme un nouvel Orient en notre humanité, il vient prendre son couchant dans notre humanité.
\\l. Semblablement il s'appelle fleur el germe, c'est à savoir fleur et germe de la divinité ; c'est le nom (jue la langue hébraïque lui donne dans Isaïe ( xii, 1 ; iv, 2 ), qui lui est conservé en la riche et heureuse version de l'Eglise ; c'est le terme dont saint Denis l'appelle en ces noms divins ; ce qu' lui coii-
OEUVUES COMPLETES DU CAUDINAL DE BEHLLLE.
vient à bon droit et juste titre. Car la lleiir est le premier ornement que le soleil donne à la nature, lorsque son cours l'élève sur noire hémisphère et l'approche de nous. La tleur est ce que l'arbre, par sa vertu féconde, pousse et produit le premier en l'aménité du printemps, lorsque la terre commence h être couverte et chargée de ses enfantements. La fleur est la première production de la nature, et c'est ce que le sein de la terre germe et éclôl le premier [tar les douces inlkiences du ciel. Aussi le Verbe est la première émanation de Dieu ; il est celui que le sein du Père conçoit et produit le premier dans l'éternité. Il est celui qui procède le premier de celte tige sacrée ; il est le premier né de Dieu, ce disent môme les platoniciens, l'ayant ainsi appris de nos saintes lettres où nbus lisons qu'il est le premier fruit de la fécondité divine. Il a donc voulu aussi comme premier fruit, et comme premier fruit non de la terre mais de la Divinité même, être offert à la Divinité et se mettre en état d'être présenté à Dieu comme en prémice pour tout ce qui est et sera à jamais procédant de Dieu.
Je l'appelle tleur, germe et fruit tout ensemble, car ce qui est épars et divisé dans les choses créées, est réuni en Dieu; et le Verbe est fruit quant à la perfection et maturité de sa procession ; il est fleur quant à sa beauté, laquelle convient proprement à sa personne et est attribuée au Verbe, nonseulement par nos docteurs, mais par les platoniciens mêmes nos imitateurs, qui ont aperçu les ombres de nos mystères dans leurs fleures et vu quelque chose de leur grandeur dans les énigmes de nos prophètes; et il est Heur et germe quant à sa puissance de produire une seconde personne de la divinité, d'autant que comme do la fleur et du germe vient le fruit, ainsi du Fils vient le Saint- Esprit qui est la seconde personne procédant dans réternité.
VIU. Or de là vient une notable distinction entre les deux personnes procédantes, qui est à pro[)Os de notre discours, et nous fait tomber justement dans le point et le centre de notre mystère, et nous apprend une des raisons princi[iales pour laquelle le Verbe et non le Saint-Esprit entre dans l'œuvre de lincarnalion i)0ur l'accomplir par son bypostase. Car le Verbe étant vive source du Saint-Esprit qui procède de lui aussi bien que du Père, ot qui est appelé pour ce regard l'Esprit du Fils et l'Esprit de vérité, il est référant au Père, et soi-même et cet esprit connue étant émané de lui ; car c'est son propre et son état dans l'éternité d'être un rapport éternel et substantiel de soi-même et par conséquent de tout ce qui procède de lui vers le Père éternel, comme vers le princij)e et la source de son être et de tout être originel.
Au lieu que le Saint-Esi)rit, qui est produit et non produisant dans la divinité, n'a pas (boit de référer le Fils au Père ni de le donner au monde. Et s'il se fût uni à un être • réé, il n'y aurait pas pu employer et ajipHqiier l'opération du Verbe comme chose bjcune en celte juaiiière haute et singulière.
Car le Verbe est produit du Père seul, et il n'est envoyé que par son Père, et il n'opère que par lui, comme il ne reçoit que de lui son être et sa vie. Mais le Fils unique de Dieu élant le principe et la source du Saint-Fsprit, il a |)Ouvoir de le référer au Père, il a pouvoir de le donner au monde et de l'envoyer à ses apôtres; il a pouvoir de l'appliquer à l'œuvre de ce sien mystère et d'y employer son opération comme chose sienne en son origine ; laquelle est le fondement de tout ce que le Fils opère par le Saint- Esprit, en tant qu'il lui donne et communique la vertu, la puissance et la divinité par laquelle il opère. Ce qui ôle toute indécence et imjierfection en l'usage de ces hautes paroles et de ces fortes expressions par lesquelles nous avons désigné le rapport qu'a le Saint-Esprit au Fils dans ces saintes opérations ; d'autant que ce qui n'est qu'une imperfection dans les choses créées, se retrouve par une grande merveille sans imperfection dans les choses divines et incréées.
Car c'est merveille qu'en l'unité et simplicité de Dieu il y ait pluralité, et pluralité sans division; c'est merveille qu'il y ait procession, et procession sans postériorité; c'est merveille que cette procession soit sans majorité et supériorité en l'un, et sans minorité et infériorité en l'autre; et c'est aussi merveille qu'entre les jtersonnes, cet envoi, cette application, cet emploi, soit sans dépendance ; mais cela est fondé en la grandeur, en la singularité, en la divinité de leur principe et origine ; et ]a rencontre de tant de merveilles est si digne de Dieu, si propre à Dieu, si naturelle à Dieu, que ce n'est plus merveille qu'il y ait tant de merveilles ensemble en l'êlre d'une infinie majesté, en l'êlre qui est le principe de tout être, et en l'être qui est la source et la plénitude de tant de merveilles.
Concevons donc les choses divines selon leur divinité, et non pas selon notre bassesse. Concevons ces usages, ces actions, ces paroles sans l'imperfection du sens humain ; et, nous élevant par-dessus nous-mêmes, allons de merveille en merveille, et entrons en admiration de voir qu'en la grandeur de nos mystères, et en la sublimité de notre foi, nous avons et nous reconnaissons deux principes éternels et divins, non comme le manichéen, l'un bon, l'autre mauvais, et l'un directement opposé à l'autre; mais tous deux bons, tous deux sources de bonté divine; l'un |)remier, l'autre second; mais tous deux égaux, tous deux liés divinement ensemble, tous deux se regardant et s'aimaiit mutuellement, et l'un pai-faitemenl corresj)ondaut à l'aulie. L'un subsistant en la seule divinité; l'autre subsistant en la divinité et en l'humanité tout ensemble. L'un produisant de toute élei*nité; l'autre produisant à toute éternité. L'un est le Père éternel, (]ui est principe sans aucun principe, seul produisanl et non [)roduit, auquel nous adorons une autorité (pour parler selon le grand docteur de France), et une majesté
ORANDKUnS DE JKSl'S. — DISC. V. (.OMMLNIC. DK DIEU EN LINCAhN.
|;rocluiiaril loul ce qui esl ((rotliiit hors la divinité cl en la «livinilé luôinc. (Mii.ah., lit). IX De Triuit.) I/niilro est le Fils unique (le Dieu, le Tùre du sièric ?» venir, cl vrni |irinci|»e de vio en In pl<';nilu(le des temps par le sacré niyslèro de rincarnaliou. Kl qui est d'alutndanl en l'élernilé le principe d'une personne divine; mais principe qui a lui-môme son origine en une autre personne; el qui est, pour parler selon le concile, Dieu de Dieu, lumière de lumière , Dieu produisant et produit tout ensemble , ce ([ui est incompréliensil)lo , el au(|ucl nous adorons aussi une autorité el dignité inlinie, divinement référant au Pure éternel cl soi-m<^me, et généralement tout ce qui est ou [irotédanl de lui connue son Sainl-Kspril, ou piocédaril ou dépendant de lui comme loul ce (pji est créé. m parlant, le N'crhe en son éternité a cela <lo projire, d'être référant continuellement h son Père, les personnes procédant de son Père, c'est-à-dire lui-même et le Saint-Esprit, et dôlre ainsi dignement el divinement regardant, aimant et honoiant en la relation «le soi-même et de tout ce (jui procède de lui, la majesté Irès-liaule et très-sublime du Père éternel, (luc des néants ne veulent pas reconnaître, servir et adorer sur la terre.
IX. Conteraplaiit ainsi la naissance, la grandeur et l'oflice du \'erbe éternel, nous adorons son être, sa vie, son état en Dieu son Père, el son pouvoir produisant dedans 1 éternité même une personne divine el incréée. Nous admirons sa naissance et sa primauté en l'ordre des émanations divines, par latiuelle il est référant dans l'éternité et soi-même el l'Esprit émané de lui, à Dieu son Père. El nous reconnaissons le droit qu'il a par la condition de cette sienne naissance de s'établir lui-même en un divin mystère, dans lequel il soil divinement, substanliellemenl el personnellement référant à l'hommage de Dieu loul ce qui est créé. Comme en la divinité, il est référant à Dieu son Père tout ce qui est procédant et iïicréé tout ensemble. Et par ainsi le voilà conduit et convié par soi-même , c'est-àdire par ses propriétés et ses perfections lersonnelles, à entrer en un nouvel état pour la gloire de son Père, et à accomplir ce nouveau mystère.
Car il est le premier émané de Dieu, et il veut être en état el condition par sa nature humaine de lui être ofl'ert en prémice, pour reconnaissance de tout ce qui est universellement procédant de lui. Il e>t le seul émané du Père seul ; et il veut être le seul constituant par soi-même ce nouveau mystère, et le seul adorant divinement el personnellement en son humanité le principe unique sans aucun principe de toutes choses, qui est son Père éternel, que saint Denis appelle origine et principe de toute divinité. Il est l'image vive que le Père éternel produit en se contemplant soi-même. Et il veut être en une nouvelle manière une image vivante et parlante des grandeurs de Dieu, et
par une puissance divine réparer en nouf l'image et la scmblanco de la divinité ein pn.'ijue en notre nature et elfacée [-ar le pé- (hé. 11 est le caractère de la substance du Père, qui lui donne et «onmiuniquo impressivemenl sa propre substance. Et il veut être le sceau et le caractère imprimant sa [iropre essence el snbsislence en la nature humaine ; cl en l'honneur de son Père qui l'imprime en lui el lui donne l'être éternellement, il veut nous donner cet être, et il se veut appliquer cl s'iiuprimer lui-même en la nature créée comme un divin caractère. 11 est ie Verbe incréé par lequel toutes choses ont été formées; cl il veut être le \'eibe incarné /»ar lequel elles soient toutes réformées et relevées en une plus grande dignité. 11 est le Fils uni'iue du Père, et il lui veut créer par sa puissance, lui engendrer par son amour, lui ac(pjérir par ses mérites, lui donner par son esprit plusieurs enfants respirant sa gloire, et veut rendre sa lilialion projtre et naturelle, vive source do la lilialion adoptive. Ce qui le constitue Pèro et principe en l'ordre de la grAce el delà gloire, et lui donne de beaux litres, de beaux droits el de beaux privilèges, et h nous de très-beaux enseignements. Il les faut recueillir avant de passer plus outre, et apprendre, dans l'élat du Fils de Dieu au regard de son Père, quel doit ôire notre état envers lui. Et il nous faut contempler dans la vie haute el sublime du Fils unique envers le Père, la vie que nous devons commander en la terre et consommer dans les cieux, tiranlles premiers traits et linéaments de notre perfection sur un modèle si accompli, et nous formant en la vie de l'esprit et en toute vertu sur une vie si divine, el sur un si rare et si excellent exemplaire.
Car comme le Verbe éternel est procédant en son être divin, et a Dieu pour Père, aussi nous sommes procédants en notre être surnaturel (bien qu'en une autre manière), et nous devons reconnaître le Fils île Dieu pour notre Père, duquel nous lirons tous l'êlre et la vie de la grâce, ce qui lui donne, en ces titres et qualités rapportées dans l'oracle de son avènement, le nom du Père du siècle à venir. Comme le Verbe el Fils éternel de Dieu est toujours regardant son Père, parce qu'il est son Père, aussi devons-nous avoir un regard perpétuel vers le Fils, parce qu'il est constitué notre Père. Et ce regard de nous vers lui doit être un regard d'honneur suprême, un regard d'amour très-puissant un regard de dépendance entière et absolue, souhaitant que notre être soit toulœil et tout esprit, pour être employé et occupé en ce regard spirituel et divin vers la ressource et le nouveau principe de notre être. Comme le Fils unique de Dieu a un rapport continuel de tout ce qu'il est vers son Père, et son être et sa vio consiste en ce rapport ; même, è proprement parler, sa vie n'est qu'une vie substantiellement et personnellement relative de ce qu'il est vers son principe unique. Aussi l'usage de notre être et de notre vie doit
OLL'VRES COMPLETES DU CARDINAL DE BEULLLE
être lotalement employé à la relation parfaite et absolue de tout ce que nous sommes en l'ordre de la nature et de la grâce par ces miséricordes éternelles.
Et si, dans les jirofanes, ces amours fabuleux transmuaient les personnes en des substances étrangères, beaucoup plus devons-nous désirer que la puissance de celui qui transmue vraiment la nature des choses, soit eraj)loyée sur nous, et que par la vertu de son amour puissant, la substance de notre être change d'Etat et condition pour Être heureusement convertie en une relation pure vers lui, en hommage, en amour et en imitation do sa substance, de sa vie et de sa subsistencc personnelle qui est loule relative vers le Père éternel. Comme le Fils de Dieu est tellement procédant du Père, regardant le Père et se référant au Père, fju'il est ce nonofestant très-inlime en son Père et résidant en lui, a Matrice excessif, non recessit, dit le docte Tertullien. {Adversits Praxcum.) Aussi nous devons être inséparnbleuient conjoints au Fils de Dieu comme le sai ment à la vigne et comme il est lui-même inséparablement conjoint 5 son Père.
Nous devons être et demeurer perpétuellement en lui, ainsi qu'il est et demeure en .son Père, et être toujours vivants et opérant par lui et jiour lui, ainsi qu'il est vivant et opérant par son Père, puisqu'il e^t le principe et la fin de notre êire et de notie vie. Et finalemenl comme le Fils unique de Dieu, se voyant immuable en son être, veut changer de condition pour la gloire de son Père, et se faire homme pour vivre d'une sorte de vie, en laquelle il puisse souffrir et opérer, ce qu'il ne peut pas faire en la divinité, et même il veut conserver toujours ce nouvel être pour honorer Dieu son Père, non-seulement par ses œuvres et par ses souffrances durant le cours de sa vie voyagère sur Ja terre, mais encore par un nouvel état permanent dans le ciel et dans l'éternité. Ainsi, à son exemple et imitation nous devons changer de vie et de condition, et pour la gloire de celui qui fait un tel effort h sa grandeur, faire effort h nous-mêmes, à nos habitudes et à nos liassions. Et y ayant deux manières de le servir: l'une jor actions seulement, et l'autre par étal : nous devons choisir celte voie constante, solide, permanente, et embrasser une manière de vie qui soit d'elle-même honorant la majoslé de Dieu, et soit origine de plusieurs actions saintes et vertueuses en l'honneur de l'état et de la vie, en laquelle entre le Fils de Dieu parle sacré mystère de l'Incarnation, et en laquelle il persévère dans les cieux éternellement. Tous ces points et ces rapports singuliers sont bien dignes d'exercer la lumière et la piété chrétienne, et sont autant de fondements solides qui établissent la relation que nous devons et protestons avoir au Fils de Dieu par l'humble état de servitude que nous lui vouons en l'honneur de la relation qu'il a vers son Père, par 3'élat admirable de sa filiation divine et éter-
nelle. Mais il suffit de l'indiquer ici en passant ; l'usage et l'étendue en étant faite ailleurs.
X. Continuons le fil de ce discours en rhonneur du Verbe éternel, et remarquons que nous exerçant ainsi en la pratique de ces divins rapports, nous honorons le Fils unique de Dieu, en exprimant sa vie dedans la nôtre, et son état dedans le nôtre; et, en l'honorant, nous honorons en lui son Père qui nous l'a donné, par l'excès et l'abondance de son amour, qui est une chaîne d'amour et d'honneur qui nous lie au Père et au Fils, et nous rend imitant et adorant l'amour et l'honneur réciproque qui est entre eux; car le même Fils de Dieu aime et honore son Père en le regardant comme son origine, et le Père aime et honore son Fils en lui communiquant et imprimant son être et sa vie; et ces deux personnes divines s'honorent d'un honneur éternel, d'un regard réciproque et d'un amour mutuel. Et la vie du Père et du Fils est aussi une vie d'honneur, vie d'amour, vie de contemplation vraiment digne de la grandeur, de la dignité, de la divinité de ces deux amants éternels. Et comme ces deux personnes divines se contemplent, s'aiment et s'honorent ainsi mutuellement dans l'éternité, elles s'honorent encore réciproquement d'une nouvelle manière d'honneur dans le nouveau mystère de l'Incarnation; lequel, à proprement parler, est un mystère, un état et un exercice d'honneur et d'amour réciproque du Père envers le Fils, du Fils envers le Père, et du Père encore envers soi-même
Car le Père éternel, comme il honore son Fils en la Divinité, en lui donnant l'être et la vie divine; il l'honore aussi en notre humanité, en diverses manières; en le proclamant par sa loi et ses jirophètes, le souverain, le salut et la lumière du monde; en employant les eff'ets de sa puissance et ses plus grandes merveilles, à le faire reconnaître pour son Fils unique et pour son égal en pouvoir, en grandeur et en majesté; en l'exposant comme un dieu visible dedans la terre et manifestant sa grandeur divine sous le voile de sa mortalité; en le constituant dedans les siècles lo principe de la vie, de la grâce et de la gloire, comme il est luimôme en l'éternité, le principe de la vie divine et incréée es deux iiersonncs procédant de lui; en se dépouillant soi-même de tout usage et exercice à juger le monde, pour donner ce [louvoir à son Fils, Fils de Dieu, Fils de l'homme, et le rendre juge unique et souverain de l'univers; et entin en remplissant sa nature humaine de tous les effets de la Divinité et de tous les étals de la gloire qui lui peuvent être communiqués, et qui sont raisonnablement dues à Ihomme qui est en état d'unité personnelle avec Dieu même. Où. nous avons à remarquer que le Père éternel, honorant ainsi son Fils, il s'honore soi-même; et que comme tout est procédant de lui, aussi, par un cercle divin tout revient à lui; el l'honneur qu'il rond à son Fils retourne à lui-
«it
GIIANDKIIUS DE JKSL'S. — DISC. V, COMMLMC DE DIEU EN LINCAUN.
môme, (lar en donnant h son Fils la puissntice, l'nulorilé et In i|iinlilt^ de Père onvors nous, el le coiislilu.Mil notre ilicf cl notre >eeond Adam, il se doiuie en f|iiel(jU(.' r.nnii h soi-môme, l.'i (|nalité nouvelle de clield un >njel si lionor.dde connue est Jésns-dhrist Notro-Seii^neur, i|ni recimn.'iit el adore Dkmi connno son Père cl son eliel' : comme son Père en sa di inilé, el comme son clief, en .son linmanité, selon ce divin oracle : capat Chrisli Deus. {1 Cor. ii.)
Nous voyons donc clairement en la suite do tant de rapports el vérités divines, (juo Dieu lioMore |>ar un moyen excellent, yiw lin étal divin, par une l'alcrnité nouvelle, I ar «in my>lère éternel, rèlrc cl le nom divin el éternel de Père, qu'il a au rej^ard do son Fils uni(jue et éternel. Hcsle donc h déclarer comme en l'œuvre do llncarnation le Fils honore son Pèie. Or il est évident qu'il .''honore, en honorant sa propre naissance et sa (ilialion éternelle, puisoue c'est au regard d'elle, et au regard d'elle seule, qu'il est Père dans l'éternité. \'A il honore cette naissance, en prenant une nouvelle naissance et filiation au monde, et en inqtrimant sa hliation divine par sa subsistence en notre humanité. 11 honore encore son Père éternel, en s'établissanl lui-même dans un état et dans un mystère singulier; dans lequel étant Fils, il se rend serf et l'esclave du Père, comme il est dit ailleurs ; dans lequel se faisant homme, il veut rendre au Père éternel tribut et hommage pour tout ce qui est créé, et honneur pour tout ce qu'il a reçu de lui dans l'éternité; dans lequel possédant toujours l'être de sa divinité, il oQ're Dieu à Dieu, puisqu'il s'oÛ're soi-même, qui lient rang de personne divine en la Trinité; dans lequel, étant vraiment et parfaitement Dieu -Homme el Homme-Dieu, il est sans aucun doute le [»lus digne sujet que la même puissance de Dieu puisse jamais produire, el dans lei|uel il lui prépare le [)lus grand sacrilice, la plus sainte hostie, et le plus admirable holocauste que la niôme sainteté de Dieu pourra jamais recevoir.
XI. Or comme ce mystère est très-haut en soi et en toutes ses appartenances, aussi tout y y est très-singulier, Irès-auguste et trèsliivin, el en ses causes et en ses circonstances. Toute la Trinité sainte est divinement el singulièrement occupée en l'établissement de cet œuvre, qui est aussi proprement son œuvre. Et elle en traite au plus haut et au {)lus secret de ses conseils, sans donner entrée à aucun en ce sacré conseil. El le Père éternel, en tant que Dieu, l'ordonne, et, en tant que Père, est le preuiier principe de ce divin œuvre ; car c'est lui qui comue Père, el comme seul Père, envoie seul son Fils pour raccom[)lir. El le Fils unique de Dieu vient au monde, non jiar ses dons ou par ses elfets comme auparavant, mais en sa proi»re personne, et en une manière toute nouvelle el inconnue en la terre et au ciel. Et au teaips ordonné de Dieu, que l'Ecriture afipelle la plénitude des temps (|)uur des raisons qui seront dé-
duites une outre fois), en la lumière des lettres et en la lleur du plus puissant emjiiie, la lumière et la puissance du Père éternel a voulu s(; faire voir el sentir au milieu de la terre. Et ainsi, au mois, au jour el au moment choi^i |)ar la sapience divine, lo ciel s'ouvre, et le Verbe éternel docend en lerro pour accom|ilir lui-même ce mystère
Et il vient au monde quatre mille ans après avoir créé le monde, pour être un do ses habitants, pour l'honorer do son avènement, |>our le sanctilier par sa présence, jtour y établir sa puissance, jiour être le centre, le soleil et le Sauveur du monde, et y faire luire à jamais les rayons de son amour, de sa grandeur el de sa miséricorde. Et afin que chacune des trois personnes de la divinité s'appro[»rie cet a-uvre par des opérations [iropres et dislincles, comme le Père a envoyé son Fils, le Fils aussi, auparavant de descendre en la terre pour y accomplir ce grand œuvre qui n'avait point encore été et qui n'aura jamais son semblable, envoie la personne du Saint-Esprit, comme étant sien [jar origine, [lour [iréparer avant son arrivée cet oeuvre, qui est son œuvre jiar tant de respects et par des litres si singuliers. Tant cet œ'uvre est divin, et en sa substance, el en ses princi|)es, el en ses circonstances. Car l'ange qui l'annonce à la Vierge, dit nommément : Le Saint-Esprit surviendra en toi {Luc. i, 3o), c'est-àdire, si nous suivons la propriété de cette parole sacrée, non Dieu simplement en sa divinité commune aux trois personnes, mais cette personne propre émanée du Verbe, celte troisième i)ersonne subsistant en la divinité, cette personne appelée par distinction des autres, le Saint-Esprit. Et cet esprit d'amour ei d'unité en la propriété de sa personne, est intervenant en cet œuvre, qui est aussi un œuvre d'amour et d'unité divine; et par une spéciale appropriation fondée en son amour et unité, va disposant la matière qui doit être actuéo de l'être divin; en tirant ce corps de la substance de la Vierge, le formant et organisant, et le rendant capable de recevoir non la vertu seulement, mais la personne et la subsistence du Verbe, qui le veut rendre glorieusement vivant el consubsisiant en sa divinité.
XH. Or nous voilà conduits par les perfections et conditions propres du Verbe, jusque dans son œuvre et dans son mystère. Nous voilà conduits par les propriétés et par les productions des personnes divines à la production de cel œuvre divin. Nous voilà arrivés au jour heureux, jour remarquable en nos éiihémérides, auquel Dieu, descendant de sa grandeur en sa bonté, el de sa justice en sa miséricorde, veut s'unir à notre humanité. Nous vuilà au moment, moment précieux dTins les siècles et dans l'éternité ; moment auquel tous nos moments doivent être référés; moment auquel ce grand Dieu, comme s'oublianl soi-même jiour se souvenir de nous, veut se revêtir do notre mortalité. Et nous voilà au point de l'état admirable auquel Dieu entre dans
nos misère?, et l'homme entre dans les grandeurs de Dieu. Car le Verbe se fait chair, Dieu se fait homme, l'homme devient Dieu, et Dieu se fait homme pour faire les hommes dieux.
Grande parole, qui énonce en pou de mots de très-hauts mystères, que la pensée ne peut assez adorer, que la langue ne peut assez exprimer ! Que dirai-je, lecteurs, mais (fue ne dirai-je point? Je vous dois dire avec un des oraclos de l'Eglise et en ses paroles : Suscepi tractanda divina homo, spiritualiu carnalis, œtcrna mortaUs, uhi aperitur, pascor vobiscum,ubi clauditur, pulso vohiscinyi. (S. Alglst., tract. 18, in Joan. V.) Je frappe donc à la porte de la sapience incréée et incarnée, et je lui demande sa lumière et sa conduite : Ut loquar infirmas furtia, parvus magna, fratjilis solida. [Ibid., tract. 48, cap. 10.) Oui a-t-il de plus foit que ce mystère, qui cnéantil le péché, dom[)te le dial)le, surmonte Dieu en son ire, et le captive volontairement dans l'amour de celui contre lequel il était oifensé? Qu'y a-t-il de plus grand que ce mystère, qui tire l'homme du néant, le ressuscite en gloire, l'élève au ciel pour jamais, et faisant les hommes dieux par grâce [Ego dixi: Dei estis, [Joan. X, 3i]), ainsi c[u' il dit lui-même, il se termine, comme à son sujet princii)al, à un Honune-Dieu, non [)ar grâce, mais par subsistence et en unité de personne divine? Et qu'y a-t-il de plus stable et solide que ce mystère? puisque les péchés inondant sur la terre durant quatre mille ans et montant jbS(|u'au ciel, ne l'ont pu empêcher d'être accomjjli; et après qu'il a été accompli, î'iiorreur d'un déicide ne l'a pu dissoudre, l'horreur, dis-je, d'un déicide, couvrant le ciel de ténèbres, éclipsant le soleil, altérant l'univers, et faisant horreur à la nature insensible? Car nonobstant ce malheur et cet effort impitoyable fait à la vie d'un Dieu, l'état de ce mystère est demeuré subsistant et inviolable dans les parties séparées de i'humanité, et s'est renouvelé dans la réunion des ruêmes parties, en la même humanité renouvelée par la résurrection glorieuse. Et il s'est renouvelé |)Our n'être jamais plus altéré ni interromjm j)ar un seul moment. Car au point de la résurrection, le Fils unique de Dieu donne à cette humanité une vie nouvelle, une vie céleste, une \ie immortelle. Il la choisit pour compagne de sa gloire ; il la met en son trône et à la dcxlre de son Père, et il se met lui-même en elle coamie en un trône, et comme au trône le plus digne, le plus éminent et le plus élevé qui soit après le sein et la divine essence du Père. Et Dieu habitera dans cette humanité éternellement, en telle sorte que l'homme sera Dieu, autant de temps que Dieu sera Dieu, cl le Fils de l'homme sera Fils de Dieu pour toute éternité.
Car tel est le bon plaisir de la Majesté suprèmo de se donner à l'homme par une alliance indissoluble et éternelle, et tel aussi doit être le bon plaisir de l'homme, de .se donner à Dieu avec tant de [uis^ance et
d'efficacité, qu'il n'y ait point de dissolvant au monde capable de dissoudre et rompre celte alliance. Nous le voulons ainsi, ô Jésus, mon Seigneur et nous otTrons nos vœux et nos souhaits h votre Majesté infinie 1 Soyons h vous comme vous êtes à nous 1 Soyons vôtres pour jamais, comme tous êtes nôtre pour jamais ! Soyons vos membres et soyez notre chef comme Dieu même est votre chef 1 Vivons en vous et par vous comme vous vivez en votre Père et par votre Père ! Soyons une capacité de vous, remplie de vous, comme vous êtes une capacité de Dieu, rem|)lie de Dieu en toute plénitude 1 Soyez notre tout, notre sullisance, notre plénitude, comme la plénitude de la divinité repose heureusement en vous 1 Et ainsi vivants et établis en vous, qui êtes notre vie et notre firmament, faites par votre grâce, que nous disions pour un jamais avec vérité, par l'esjirit et les paroles de votre Apôtre : Qui nous séparera de la charité de Christ? etc. {Rom. vni, 35.)