VIK
I. A'^mj» devons abaisHiimnt, estime, correspondance et usages aux choses belles gui nous sont proposées, mais sftcciatement d Jésus: Jésus f^t ndlre en bien des manières. — ïl. Jésus est vie et .notre vie, et Dieu nous a donn^ deux sortes de vies, l'une en nous-mêmes et l autre en son Fils. \ous devons à Dieu double compte et usage, compte et usage de la vie parlaguelle nous lui devons te monde et nous-mémrs ; compte et usage de Jésus gui est un autre monde et un autre nous-mêmes. — III, Jésus est vie immense, source et fin de toute vie, et nou$ devons vivre en lui, par lui el pour lui.
I. Nous ne devons pas traiter les choses grandes el divines j)ar une nue pensée el considération, comme chose belle en ellemême, mais qui ne nous concerne pas ; nous les devons traiter commes choses qui ont rapporta nousel nous h elles, et nous obligent à certaines dispositions intérieures , pro[.ortionnées à leur grandeur, h leur excellence el à l'usage que nous en devons faire. Nous y devons faire trois sortes de dis|)osilion£ en général : 1° abaissement en nous; 2° estime au regard d'elles, et 3° corresf)ondance el usage. Si cela est vrai en général,, beaucoup plus le doitil être au regard des choses les plus hautes et les plus divines, el qui nous concernent le plus, c'est-à-dire au regard de Jésus, Dieu et homme, comme le centre et la circonférence de l'être créé et incréé; car tout se ra|>porle à lui comme Dieu, et il se rapporte à tout comme homme. Ses grandeurs ne peuvent pas être expliquées en si peu de Iiaroles ; ce doit être notre objet perfiétuel en notre vie el en notre éternité. Il les faut supposer, et ce doit être le sujet de nos pensées journalières. Tout ce que l'Eglise nous rejirésente au long de l'année fait partie de ses étals et de ses mystères. Il est Dieu en soi-même, mais un Dieu viMble, mais un Dieu fait homme, mais un Dieu qui se fait créature pour ses créatures demeurant créateur, mais un Dieu qui ne perd point ses grandeurs par ses abaissements, mais les " rend communicables à ses créatures, mais un Dieu noire : Deus noster ; et nôtre par tant de titres et en tant de manières. Il est nôtre par état, el non-seulement par quelques actions; il esi nôtre par naissance, el non- seulement par étal : Natus est nabis; il est nôtre pour jamais, el nonseulement pour un temps; il est nôtre pour tous nos besoins et nos usages; il est nôtre par la même puissance par laquelle Je Père l'engendre en soi-même; el chose si grande est si nôtre 10 puissance I ô aïoourl ô dignaiion de Dieu envers nousl ô dignité de nôtre nature ! Il est notre salut, notre vie et notre état, dans le temps el dans l'éleF-
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
nité, dans l'être créé et dans l'être incréé. Il est notre salut, notre vie et notre gloire; il est Fils, et le Père nous le donne ; il est le principe du Saint-Esprit, et il se donne luimême à nous ; il est nôtre par état éternel ; il est nôtre par le pouvoir du Père, par le vouloir du Fils, par l'opération du Saint- Esprit; il est le princi|)e du Saint-Esprit ; il nous donne cet esprit, lequel il produit en soi-même et en nous.
II. Il est vie, source de toute vie, et lorsque Dieu nous donne la vie, c'est un don qui enclôt tous les autres dons naturels, et il nous donne et le monde et nous-mêmes. Car par la vie nous jouissons du monde, par la vie nous jouissons de nous-mêmes. Or Jésus est notre vie et nous est donné comme vie, tellement que Dieu, qui est la vie par essence, a donné à l'homme deux sortes de vies, celle que nous avons en nous-mêmes, celle que nous avons en Jésus, qui est la vraie vie; et nous lui devons double usage et double compte : compte et usage de cette vie , par laquelle nous lui devons et le monde et nous-mêmes; compte et usage de Jésus, qui est un autre monde et un autre nous-mêmes.
III. Il est vie, et nous devons vivre en lui, vivre par lui, vivre pour lui. Il est vie, mais immense et infinie, qui enclôt toute vie, et nous devons vivre en lui. Il est vie par essence et par naissance ; car il est Dieu, et Dieu est vie, et il est né en la divinité, et engendré comme vie. Il est vie, source de toute vie, et nous devons vivre par lui; il est source et On de toute vie , et nous devons vivre pour lui. Comme Dieu nous donnant la vie, nous donne ce monde et nousmêmes; aussi Dieu nous donnant Jésus pour vie, il nous donne encore nous-mêmes à nous-mêmes; car nous étions perdus sans cette vie. Et d'abondant, il nous donne un nouveau monde, c'est-à-dire lui-même, qui est un nouveau monde.
XXXIII. — DE JÉSLS COMME VIE, ET COMME VIVAIT EN UNION AVEC LE PÈKE ET LE SAIKT- ESPRIT.
Le plus grand objet de nos désirs, c'est la vie, de laquelle le plus grand des philosophes a dit : Oinnia vilam appetunt ; et un des plus beaux noms de Jésus est celui qu'il se donne à lui-même, lorsqu'il se nomme la vie. 11 est la vie, et la vraie vie que nous devons désirer, et il y a plusieurs sortes de vies, il est est la source de vie, et il a plusieurs sortes de vies en soi, et il les a jtour nous; car il est tellement nôtre, qu'il est nôtre en tous ses états, et nous les commuiiitpie.si nous voulons lui communi(|uer noire cœur. Il est vivant pour nous, il est soutfraiil pour nous, il est mourant pour nous, il est régnant pour nous.
Adorons sa vie divine, imitons sa vie humaine, aspirons à sa vie régnante et céleste. Une des paroles que l'Eglise emploie le })lus Souvent dans ses prières (jtaroles dont l'aceoutumance nous fait perdre le poids et la pensée, le discernement et la connaissance),
c'est que Jésus est vivant , et Jésus vit et règne avec son Père en unité du Saint-Esprit. O vie ! ô règne de Jésus! ô unité ! ô société de Jé>usl Cherchons, aimons et adorons Jésus en cette vie, en ce règne, en cette unité, en cette société avec le Père qui le produit, et avec le Saint-Esprit, lequel il produit luimême. O vie divine et humaine 1 ô règne éternel et heureux! ô unité féconde et puissante! ô société sainte et délicieuse avec le Père qui vous produit et vous conserve en son sein, et avec le Saint-Es[)rit que vous produisez en unité avec le Père, et qui est votre unité d'amour avec le môme Père, et que vous produisez dans vous-mêmes avec le même Père.
XXXIV. — JÉSUS-CHRIST EST UNE CAPACITÉ DIVINE DES AMES, ÇT IL LEUR EST SOURCE d'une VIE DONT ELLES VIVENT EN LUI.
I. Jl y a deux capacités divines en Jésus, l'une de Dieu, Vautre des âmes. Jésus-Christ lié à l'humanité par sa personne, et à Dieu sort Père par unité d'essence, se lie à nous par le sacrement de son corps , et il y a trois hérésies différentes qui ont essayé de rompre ces trois liens. — II. 7/ y a trois manières de vies : vie de soi et en soi, ce qui ne convient qu au Père éternel ; vie en soi et non pas de soi, ce qui convient au Fils selon sa double essence; vie en autrui, ce qui convient aux fidèles, qui n'ont vie qu'en Jésus. Jésus-Christ est vie par sa nature divine, par sa personne et par son humanité. Jl n'y a vie pour nous qu'en adhérant) . à Jésus. -
I.II yadeuxcapacitésadmirables en Jésus, '' l'une par laquelle il est rendu capable de la divinité, de la plénitude de la divinité, et de l'égalité de Dieu, mais avec dépendance: l'autre est une capacité des âmes qu'il contient en soi, en son autorité, en sa puissance; car s'il est capacité de Dieu, combien plus de ses créatures? Cette seconde capacité est donnée à Notre-Seigneur par la plénitude de la divinité qui est en lui , qui le fait êlre une capacité des âmes, ainsi que Dieu est une capacité de ses créatures; capacité contenante , conservante et protégeante, par laquelle les âmes et les créatures sont en une continuelle et jjrofonde dépenilance de Jésus et de Dieu; et il a plu à Jésus-Cbrist instituer le sacrement de son corps pour se lier à nos âmes, et les tirer dans la plénitude de la divinité qui habite en lui, selon celte capacité aimable et adorable qu'il a de les contenir et leur donner vie et subsistence en lui, tellement qu'en cela nous est représentée celte chaîne admirable composée de trois divins chaînons, de laquelle parlent les Pères; le premier desquels lie le Fils unique au Père éternel, par le lien de la consubstantialilé et unité d'essence; le second lie ce même Fils à notre nature par l'unité de sa personne incréée,' et le troisième lie cette humanité déifiée, et cet Homme-Dieu, à la personne de chacun de nous, par l'eflicace et singulière vertu du sacrement de son corps, qui nous incorj'Ors
OKL'VRES DK PIETE. - XXXV. PAUOLES [)i: VIE EN DIEi:.
avor son hum/)nit(5 sninlo ol nous fait vivri; oïl lui et (lo >n vie ((iiunio sos mcinlirt's, ol nvcc lui on son Vàro; riioiimio roniuntflnl ninsi jiisfju'i'i colli.' clmir déiliéc, ol jusqu'il Diou ini^nit', ((iinuio Dioii descorid jusqw'h l<i clmir ol jusfju'h nous. Trois cli.'iîiifuis fl(linir.ilil"s (|ui ôlahlissonl |tuissninMioiit In vio ol la iiuissanco de Dieu, ol (jui auéanlisscnl l'oiupire du dialilc, Ie(juel aussi Ic^ a toujours roiiihaltns de toule sa force, avanl voulu roiu[tre ce |ironiier rliatrion par l'Iiérésie d'Arius,)e second par l'Iiéiés'o de Nostorius, ol lo Iroisiùuio par les sacrarnoniniros de 00 siècle. Mais los puissances d'enfer ne pouvenl [«revaloir conlro i'I'^çlise et contre Jé>us-(]l)risl, (jiii l'a élahlic en son san;r, pour ôlro le lirinauienl de la véritc^, cl l'ecoio toujours tlorissanlo do la doctrine (le salut ipi'il nous a daiiçné enseigner.
11. Jésus-l>lirisl est le lien et la capacité dos âmes élues cpic Diea son Père lui a données; il les ailire à soi, il los loj^e en soi, il leur y donne vie et subsislence, il les aireriuit et les fait croître jusqu'à leur pleine el parfaiie consorninalion en celle unilé sacrée, qui est le lien et la f)aix de Dieu el des liouuues. Il y a trois différenles sortes de vie, ou pour mieux dire, trois manières de vie. La première est d'avoir la vie de soi et en soi, et cela ne convient entre tous les vivanls qu'au Père éternel; la seconde est d'avoir la vie en soi, et de l'avoir de soi, et c'est ce qui convieni proprement au Fils, N^quel dit en sa parole : Qm^ comme le Père a la vie en soi-même, ainsi a-t-il donné à son Fils d'avoir la vie en soi-même [Joan. V, 26) ; et la troisième est d'avoir la rie, et de ne l'avoir ni do soi ni en soi, mais en Jésus-Ctirist, cequi convient h nos âmes, qui doivent vivre enJésus, et non en elles-mêmes.
Le Fils de Dieu a la vie en soi, et selon sa divinité, et selon son humanité; car celte humanité est subsistante en Dieu, et en la personne du Fils de Dieu, qui est vie, nonseulement comme Dieu, mais aussi comme seconde personne en la Trinité [)roduite par voie <ie génération; et la génération en Dieu se terminant, non-seulement à une substance vivante, mais h la vie môme; et comme il convient au Saint-Esprit, par sa
f)rocession, d'être amour, il convient pareilementauFils, par sa procession, d'être vie. Ainsi Jésus-Christ est vie en trois manières, en sa nature éternelle, en sa personne divine et en sa nature nouvelle, qui est l'humanité. En sa nature éternelle, car la divinité n'est pas seulement source de vie, mais la vie même; en sa personne, car être vie lui convient comme sa propriété personnelle en vertu de sa génération éternelle ; et en son humanité ; car il s'y apfilique el l'aclue oomme vie, el ainsi il la rend vivante, et vivitianle, plénitude el source inépuisable de vie ; el lorsque le Père nous donne son Fils, il nous donne sa vie, la vie de sa propre essence; la vie engendrée par lui-môme et qui réside en son sein, el il établit cette double vie en notre nature, afin (jue la nature qui était morte, et source de mort en
OEl'vues compl. de de Bérllle.
Adam, Hiit vie ol source do vie on Jé-us, Airi«;i donc (jui a Jésus a la vie , et (pii n'a point Jésus est éloigné de la vie; ainsi adhérer h Jésus, c'est adhérer h la vie; retherclii-r Jésus, c'est rechercher la vie, el c'e.st entrer dans les intonlioris do Jésus, fpii est venu au monde : 1 1 riiam hahrant. {Joan. x, 10.) Ainsi, accomplir toutes nos actions en Jésus ol [lar Jésus, c'esl la vraie vie. et c'est porter des fruits de vie éternelle.