‹ Œuvres complètesChapitre 181 sur 540 · XXXV. PAROLE DE VIE EN DIEU ET EN JÉSL'S- CIIRIST · texte numérisé non relu

XXXV. PAROLE DE VIE EN DIEU ET EN JÉSL'S- CIIRIST

l. La première production dr Dieu est rrlle de son Vrrhe. /'excellence de la producfion du Verbe l'tcrnel, qui est le Fils de Dieu. — 11. C'est un secret incompréhensible que la foi nous apprend, qu'il y a en Dini Fère et Fils. Dieu produisant le monde l'a produit par sa parole, en honneur et en imitation de cette première et éternelle émanation par voie de parole. Et Jésus- Christ établissant dans le monde un nouveau monde, qui est son Eglise, il rétablit sur deux paroles, c'est à savoir sur la parole inspirée de Dieu à saint Pierre: Tu es Chrislus, etc., et sur la parole qu'il adresse à son apôtre : Ta es Petrus, etc. — IH. Cette parole de saint Pierre : Tu es Chrislus FiliusDei vivi, contient la génération éternelle du Fils de Dieu, et sa mission temporelle ; et insinue la manière en laquelle les fidèles sont engendrés par Jésus- Christ, c'est à savoir par sa mort et généralement tout ce que l'Eglise doit croire et enseigner. Jésus-Christ est toujours Fils de Dieu vivant , en quelque état qx^on le puisse considérer. — IV'. Les Chrétiens sont enfants de Dieu, mais de Dieu mourant. Divinité, sainteté, puissance de la génération, oui appartient à Jésus mourant. C'est par la parole que Dieu se communique en soi-même et en son éternité ; et c'est par la parole gîte son F'ils incorné Jésus-Christ Notre-Seigneur se communique dans les temps et établit son Eglise.

\. La première [iroduction de Dieu, qui est le principe et le fondement^de toutes les émanations de Dieu, soit en lui-même, soit hors de son essence ; est la production du Verbe éternel, que le Père produit en parlant à soi-même ; el le produit, comme sa parole et son Verbe, qui lui rapporte toule son intelligence ; el comme infini, comprend l'infinité de son essence et de son intelligence. Production si simple, qu'elle est unique en son terme, qui est le Verbe éternel de Dieu; production si infinie, qu'elle comprend l'essence et la sitience de Dieu ; production si divine, qu'elle est adorable comme Dieu même et comcïunique sa divine essence à la personne produite.

II. Une des excellences el singularités de la religion chrétienne, est qu'elle nous fait adorer un Dieu Père, et engendrant et produisant, et un Dieu Fils produit et engendré ; sans que la diversité de ces deux aiiributioiis [)orte inégalité en ces deux personnes ni que la [iluralilé de ces personnes

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ŒUYRKS COMPLETES DU CARDINAL DE 15EUULLE.

intéresse Tunilé de leur essence. Or, celle ineffable production de Dieu en produisant son Verbe dedans soi-même, esl la première de toutes productions soit en son essence, soit hors de son essence, et elle est aussi le principe et le modèle de toutes. Et c'est ])0ur- <juoi Dieu voulant créer le monde, il l'a produit par sa parole en l'honneur et en imitation de celte première émanation sienne ; et dans le monde y voulant établir un nouveau monde et un nouvel empire, c'est-à-dire son Eglise, il l'a formée et produite sur deux, paroles • Tu es Christus Filins Dei vivi{Matth. xvi, 10); Tu es Petrus et super hanc petram: {Ibid., 18.) Cette parole et confession de foi, est le fondement de l'Eglise.

111. C'est une parole dérivée du ciel par le témoignage même du Fils de Dieu; c'est une [)arole inspirée du Père éternel même, de celui qui est le Père et le principe de son Verbe éternel: Sed Pater meus qui est in cœlis{Jbid., 17), c'est une confession qui est fondamentale à l'Eglise, et qui comprend en sommaire et en abrégé tout ce que nous avons à croire ou à enseigner de Dieu en son Eglise en la terre ; tout ce que la terre doit croire et ouïr de Dieu. C'est une confession célébrée par tous les Pères, dont les éloges doivent être rapportés sommairement ; c'est une expression des grandeurs de Jésus en deux choses, en sa génération éternelle et en sa mission temporelle : Tu es Christus Messias.Cest la pierre angulaire, c"est l'exprt^ssion de la filiation divine communiquée à l'homme envoyé et oint sur son peuple ; car si le Messie est le Fils de Dieu vivant, ce ne peut être que par l'ineffable communication de la subsisten('e de ce Fils à la nature humaine.

Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, quoi qu'il pâtisse , nous devons toujours croire, toujours considérer que c'est Christus Filius Dei vivi, en la crèche, en la croix, en l'agonie, au tombeau, en l'enfance, en l'adolescence, en l'âge plus accompli, en Judée, en Egypte, en Nazareth, en Bethléem, etc. Vivant, prêchant et mourant, etc. C'est Jésus-Christ Fils de Dieu vivant, c'est son éloge perpétuel, qui comprend tous les autres, Christus Filius Dei, et Dei vivi. Trois paroles de grand poids, La première marque son envoi, sans lequel le Fils de Dieu ne paraît point au monde et condamne ces brouillons, ces esprits superbes, qui se mêlent de ce qui ne leur est [)as commis et commandé : Non mittcbam prophetas et ipsi currebant. \jer. xxiii, 21.) La deuxième marque son origine, sa procession et sa dignité, et la troisième marque la manière de sa procession de Dieu comme vivant, et fait dilférence entre lui et nous, qui procédons de Dieu en la filiation adoi)live mais de Dieu mourant.

IV. Car c'est encore une -Acs merveilles de notre foi, qu'elle nous fait adorer un Dieu

vivant et un Dieu mourant par le secret da mystère de l'Incarnation, et ce Dieu soit vivant soit mourant, est,toujoursPère et toujours produisant. Mais avec cette différence que, comme vivant, il produit de toute éternité son Fils unique , qui lui vaut plus que tout ; et Dieu mourant, produit ses enfants adoptifs et les engendre au lit de sa croix et à l'heure de sa mort. Génération divine, sainte et admirable qui se fait, non en vivant, mais en mourant, non en agissant, mais en pâlissant et dans l'effusion violente et douloureuse de son précieux sang, commo de la semence céleste du siècle nouveau. Génération toute divine, car c'est un Dieu qui nous engendre, et il engendre non des hommes, non d€S anges mais des dieux : Ego dixidii estis : et il nous engendre à une vie céleste, divine et immortelle ; vie haute et sublime, au regard de laquelle la vie angélique en sa nature ne peut atteindre. Génération puissante, par laquelle seule et en un moment sont engendrés tous les enfants de Dieu, qui sont et seront à jamais sur la terre et sur les cieux. Génération sainte, qui fait les vierges et les martyrs, qui peuple le ciel, et sanctifie la terre. Car si un ancien (Tertcll., Apolog.) a eu bonne grâce de dire : Que le sang des martyrs était la semence des Chrétiens ; à bien plus forte raison devons-nous dire, que le sang du martyr des martyrs, sans lequel il n'y aurait point de martyrs est la semence des fidèles. Génération puissante, car au seul acte de son expiration non réitérable, il engendre pour jamais, et il donne esprit et vie à tous ceux qui sont et seront à jamais régénérés en lui ; lesquels il acquiert à Dieu son Père, par son oblation en la croix.

Concluons donc, et disons que le Fils de Dieu étant produit comme vivant, aussi n'est-il que vie, et il se nomme vie, et se communiquant à la nature humaine, il la rend vivante et vivifiante, et lui communique une manière de génération si puissante, si sainte et si divine. Et comme il est dans l'éternité, parole et vie tout ensemble et est engendré par voie de parole; ainsi, il a fondé son Eglise sur deux paroles, et y a attaché la génération des enfants de Dieu.

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