XXXVI. DE LA VISITATION
I. Sainteté du lieu de Nazareth qui combat le ciel, et toutefois la Vierge le délaisse, comme n'étant attachée à rien qu'au vouloir de Dieu. — 11. In diebus illis, signifie peu de jours et non peu d'heures, après le mystère de l'Incarnation accompli. La Vierge fait ce voyage non par incrédulité ni par curiosité, 7nais par la conduite du Fils de Dieu quelle porte en ses entrailles. — III. Révérence due à la cellule de Nazareth. La l'ierge fait ce voyage du consentement de suint Joseph et décemment accomvagnée. La grandeur de l'œuvre qu'elle y va accomplir la fait hâter. Au moment que
(tlG) Cet opuscule a l'ii- composé i)ar railleur pour être douiic au publ c à la suite (Je la vie de
Jésus ; mais il n'y a pas mis lailcrnicrc main, quoique ce soil uue riche pièce.
(FX'VRES DE PIETE. - XXXVI, HR l.\ VISITATION.
ia Vifrgr tnlue ta cousine, et l'enfunt Jean- /inpfislr et sa tnrrr, rt la Vicriji: mnne, reçoivent choses ijrawhs <lu Saint-h'sprit. — IV. Deux collixjHiS remaniuahles, l'un de l'anije avec la Yirrtje; l'autre, de la Vierye avec Elisaheth. I.e premier commence le mystère de C Incarnation, et le second, la (jrdce ijui en proràle. Double rie donnée à Jeatt-llaptisfc en ce moment, c'est-à-dire vie humaine et vir de (jrdce. — \ . La(/rdcr (jui se donne m ce mystère, est le premier et le seul ouvraye de Jésus, résidant en Marie pendant neuf mois. LaMenje parle plus ici (m'en nulle autre occasion, et sa parole est d'une merveilleuse efficace, ce qui se doit rapporter à la parole éternelle qui s'est fnite chair en son ventre. La parole de la Vierye tire à Jésus et à Marie, et ce sont les deux objets du ravissement et des paroles de sainte Elisabeth. — VI. Marie est plus en Jésus que Jésus n'est en Marie. Jésus n'a ni lieu ni mouvement qu'en la Vierye et par la Vierye. La parole de la Vierge saluant Elisabeth procède de Jésus et d'elle, et c'est pourquoi elle tire à l'un et à l'autre. L'esprit de Jean-Baptiste est dès lors en lumière; sa yrdce est en mouvement, et dès ce moment il fait office de prophète. La lumière de cet enfant apprend à la terre les deux plus grands secrets du conseil de Dieu, c'est-à-dire l'incarnation du Verbe et la divine maternité de la Vierge, et c'est par sa mère qu'il les apprend au monde. C'est un enfant qui est le premier à adorer Dieu devenu enfant, et c'est une femme qui est la première à honorer une femme élevée à la dignité de Mère de Dieu. Dieu apprend ses secrets à Elisabeth en l'école de l'humilité, les lui enseignant par un enfant et par son enfant. — VU. Les deux ordres sacrés de Jésus et de Marie commencent en ce mystère. Elisabeth et son Fils en sont les premiers religieux. Rapport spécial de l'enfance de Jean-Baptiste à celle de Jésus. Ce mystère est source de manifestation de Jésus et de Marie, et pour les reconnaître, il y faut recourir, et à saint Jean-Baptiste.
1. Après le mystère de la Trinité, il n'y a pas un plus grand mystère que celui de Tlncarnali'jn : après le sein du PèrejDÙ les productions éternelles s'accomplissent, il n'y a pas un lieu plus saint que le sein de la Vierge, dans lequel se fait la génération du Verbe en notre humanité. Or, comme lors celle Vierge est en Nazareth, en sa cellule, en son oratoire; cet oratoire, cette cellule, ce Nazareth combat le ciel en dignité, et il D*y a pas au ciel ni en la terre un lieu plus saint et plus vénérable et i»lus auguste que Nazareth, puisque Jésus y est et Ta Vierge. Je dis, et avec raison, que ce lieu saint combat le ciel, car il a même ses avantages au regard des cieux, puisque la Trinité sainte yestenune opération et en une application, en une habitude el en une relation quelle n'a point dans le ciel, et qui est plus excellente el siflgulière que celle qu'elle a au regard de ses anges et serviteurs au ciel. Ici Dieu
csl r.iii hrMnmc, et In Vierge, Mère de Dion ; ici Dm'u lu IN-ni donne à son Fils une, iiaissan( e nouvelle; ici le Saint-Ksprit opùro un plus grand œuvre que dans h? ciel; ici lo Saint des saints habile et possède une gloire plus grande que celle qui est dans le ciel ; ici nous avons une servante de Dieu, plus grande et plus auguste que tous les anges qui sont dans le ciel, el nous avons une Mère do Dieu, ce que le (ici n'a point. Ohl (pie «e lieu de Nazareth est sairitl Vcre Dominas est in loco isto et ego nesciebam. {(ien. xxviii, IG.) Kt loutelois, ce lieu si saint est tlélaissé de la Vierg<^ el sitôt délaissé; et la Vierge, de si bonne heure, nous apprend le i)ronipt et facile délaissement que nous devons faire des choses même les (»lus saintes, pour faire un ouvrage jilus saint, c'est-à-dire pour faire et suivre la volonté de Dieu en la terre comme au ciel.
11. Faut-il sit(jl quitter le lieu et la f)ensée de Nazareth, je ne suis pas si facile et si détaché que la Vierge; je la vois et radmire si peu attachée à un lieu où la merveille des merveilles s'est accomplie, et accomplie en elle; je la vois se séparer si aisément du lieu de ses grandeurs et de ses délices; je ne [mis oublier sitôt un lieu consacré à Jésus et à la Vierge, et je ne puis souUVir de le voir désert , et désert si tôt. Les anges y portaient envie et n'osaient l'approcher, tandis que la très-sainte Trinité y était opérante et seule opérante en la Vierge, et avec la Vierge. Que maintenant les anges le visitent, l'honorent et le rem[)lissent , car il s'y est fait de [-lus grandes choses que dans leur paradis, et ne s'est rien fait de semblable au monde depuis quatre mille ans, ni ne s'y fera jamais.
La Vierge donc le quitte pour aller aux montagnes de Judée, car l'évangéliste nous apprend le voyage de la Vierge vers sa cousine ElisabetFi, que l'ange lui a nommée dans son heureux colloque, être au sixième mois de sa grossesse. Et cet évangéliste nous insinue que ce voyage est entrepris par la Vierge : In diebus illis [Luc. i, 39), c'est-à-dire non pas peu d'heures après l'accomplissement de ce grand mystère, comme quelques - uns estiment faute de bien peser les {)aroles de l'Ecriture, mais peu de jours après.
Ce voyage se fait non par infidélité, comme prêche l'hérésie toujours intidèle à son Dieu, à ses saints et à sa mère, ni aussi par curiosité }>our éprouver par ses sens les î>aroles de l'ange qui lui étaient lors assurées ; mais il se fait par la conduite du Saint-Esprit, qui est venu en elle en Nazareth et ne l'a point délaissée, ou plutôt par la secrète inspiration de Jésus même qui est en elle, et qui est son cœur et son centre, qui est l'esprit de son esprit , qui est son poids el son inclination , et qui la porte intérieurement à ce vovage, comme elle le jiortc dans ses entrailles en ce voyage, et l'y porte et induit pour y commencer ses merveilles cl y répandre, comme un nouveau
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERLLLE
soleil, ses nouveaux rayons en un autre lieu, comme en un nouvel hémisphère ; car, suivant Jésus pas à pas dans le cours de sa vie, nous allons de mystère en mystère , de merveille en merveille.
111. La Vierge donc délaisse cet heureux Nazareth, auquel elle a tant de sujets de liaison et d'attachement, et auquel le Tout- Puissant a fait de si grandes choses en elle, comme elle dira tantôt : Fecit mihi magna qui polens est {Ibid., 49) : et ce lieu de si grande sainteté sera désert et délaissé pour trois mois, et nous le devrions habiter, si nous n'aimons mieux suivre la Vierge pas à pas et l'accompagner en ce voyage. Les anges ne manqueront [)as d'honorer et remplir sa cellule de Nazareth, et cependant prions notre bon ange d'èire l'un d'iceux et d'accom[)lir pour lui et pour nous cet office, sans manquer à sa garde, tandis que nous nous mettons en la garde et en la compagnie de Jésus et de la Vierge, pour ne les perdre point de vue en la terre, et pour les suivre en leurs voyages et en leurs mystères.
La Vierge donc, du consentement de saint Joseph, qui est son époux et qui a droit de savoir ses actions, se met en chemin vers les montagnes de Judée, l! y a apparence qu'en son âge si tendre et délicat, elle ne fait pas ce voyage de quatre jours, sans une honnête et bienséante com|)agnie. Car encore que les anges ne manquent pas d'honorer et accompagner celle qu'ils reconnaissent pour leur impératrice, et le fruit qu'elle porte en son ventre, lequel ils adorent comme leur Dieu ; la Vierge, sage et prudente s'il en fut jamais, accomplit ses actions en la vue du monde avec bienséance. L'évangéiiste nous remarque une circonstance de son voyage que nous ne devons pas omettre, puisque c'est le Sairit- Esp.nt qui la remarque : Ciim festinatione {Ibid.,3d ); et les saints pères nous apprennent que le zèle de la gloire de Dieu la porte et transporte en cette maison où elle va. Elle va donc : Non (juasi incredula de oraculo, et elle va, elle avance, elle arrive, elle salue Elisabeth, etc. Et à cette rencontre heureuse, l'enfant enclos dans les entrailles d'Elisabeth ne se connaissant pas encore soi-même, connaît son Dieu et sa Alère, et la ^'ierge remplit de joie ce jietit enlant et sa mère du Saint-Esprit, et la langue de la Vierge, plus puissante que les langues de feu qui ont descendu sur les aj)ôtres, rem[)lit de feu d'amour et du Saint- Esprit, cet enfant et sa mère, et elle reçoit elle-même un nouveau don du Saint-EspVit, une élévation nouvelle et un ravissement {>uissant qui la transporte en ce beau canti- (]ue de louange que l'Eglise a choisi pour louer Dieu tous les jours et l'a approprié à son service.
iV. Ceci mérite d'être considéré plus à loisir et discouru f)lus am[)lement. C'est le premier ouvrage de Jésus après s'être incarné en la terre ; c'est le seul ouvrage visible et rapfiorlé en l'Ecriture, que le Fils et la iMère accompliront en la terre en l'es-
pace de neuf mois. Au discours précédent, nous avons vu et ouï le colloque de l'ange avec la Vierge, il nous faut ouïr maintenant le colloque de la Vierge avec Elisabeth et remarquer les merveilles qui s'y passent. Ce sont deux colloques qui donnent commencement, l'un à l'ordre de l'union hypostatique, et l'autre è l'ordre de la grâce émanée d'icelui. Colloques justement opp.osés à ceux du serpent avec Eve, et d'Eve avec Adam, qui ont donné entrée à la ruine de l'univers, comme ceux-ci donnent entrée à la réparation du monde. En ce colloque heureux de la Vierge avec Elisabeth, la Vierge [lorte le fruit de vie, dit une [tarole, et ravit aussitôt sa cousine, la comble du Saint-Esprit et l'enfant de six mois qu'elle a dans son ventre. La N'ierge est comme une plante vivante qui porte le fruit de vie et le donne à sa cousine et à cet heureux enfant; fruit de vie bien ditl'érente de celle que donnait l'arbre du [)ara(lis. Car ici Jésus est la vie, vie des hommes et des anges, vie divine et humaine , et la Vierge est La terre qui a donné ce fruit : Terra dédit fructum suum. (Jac. v,18.) Et ce fruit donne une vie nouvelle à l'enfant qui n'est pas encore né et à la mère qui le porte en ses entrailles ; il donne vie à cet enfant, et double vie, car il lui donne vie humaine en lui donnant la raison qu'il n'avait jos encore, et il Jui donne vie de grâce oppiosée à la mort du péché dans lequel il était, et il est le premier qui a goûté ce fruit de vie donné au monde, et planté en la Vierge; mais voyons comme cela est arrivé : La Vierge dit une jiarole et salue Elisabeth.
V. C'est la première émanation du mystère de l'Incarnation, c'est la première effusion de la Vierge faite Mère de Dieu, c'est la première opération de Jésus hors de la Vierge, c'est la première opération du Fils de Dieu fait iils de l'homme, c'est la première communication de Jésus et Marie en l'univers : ce sont les prémices non de la nature, mais de la grâce , non de la grâce, mais de l'ordre supérieure la grâce, qui est l'ordre du mystère de l'Incarnation, l'ordre de l'union hyf>ostatique, et c'est le premier fruit de Jésus en la terre. Les prémices de choses si grandes, sont singulières et vénérables. Nous avons contenj[)léau discours j)récédent, l'ange partant du ciel et allant non à Rome, non à Athènes, mais à une ])elite bourgade de Galilée : contem|)lons maintenant un plus grand ange, l'ange du grand conseil partant de Nazareth, et la Vierge qui est un ange et plus qu'un ange, et nous verrons comme il va fondre à une autre bourgade, qui n'a point même de nom dans les montagnes de Judée. Que de grands il y avait lors en la terre, que de savants, et ils sont en l'oubli du Fils de Dieu fait homme, visitant non Auguste, triomphant lors à Rome , mais un enfant caché dans les entrailles de sa Mère eu une bourgade de Judée : et c'est le seul ouvrage et la seule visite qu'il fait en la terre paf l'esl'ace de neuf mois qu'il est résidant en sa
CEL'VRDS l)K PIETE.— XXXVI, DE LA VISITATION.
tr^s-SHinlo Mère. Nous Intiiveroris dans [xmi tic toiiij'S, Ji'susavcc la N'icrgc, avci; les pas- ItMir.s et les inaj^cs en HcililétMii; mais vv. (|iii Qst |ihis doux, |)liis iiiiiiiic , plus déliiiciix, nous avons ici Jésus en la \'ior|^L'. Durant uouf mois nous m* Taurons (ju'cmi la \ ier^^c, et c'est ifi le seul ouvrage de Jésus evisiant en sa Mère : ce (|ui mérite une aitcntion, une cOnsi(Jérali(»u et une vénéraiion plus grande.
C'est dfine ici le premier \i>a^i; de Jésus en l'univers, cl c'est lo seul ouvrage do Jésus existant en la Vierge, c'est le premier rayon de ce soleil de justice, et lo rayon uu'il veut répandre hors de la Irùssaintc Vierge, et c'est la seule visite, la seule opération de la très-sainte Vierge, lanUis t|u'elle aura le Fils de Dieu en elle, liors ce temps et hors ce lieu. Klle sera neuf mois sans visite, sans [larolc, recluse en son Nazareth, gardant un sacré silence et une retraite profonde en celui qui est en elle, qui esi son cœur, sa vie et son l(Mit. Ici elle va, elle vient, elle parle, et parle plus qu'en aucun lieu de l'Kcriture, el en aucun état de sa vie, et la parole éternelle du Père qui veut être sans j)arole, comme enfant la f^aii juirler. Il est la parole du Père, mais sans parole en sa Mère, et il l'a fait parler, et saluer sa cousine Elisaheth ; et cette sacrée parole est de telle elficace, qu'elle pénètre le cœur de sainte Klisahelh, qu'elle touche et ouvre le cœur de l'enfant de six mois caché da/is son ventre, qu'elle ravit et la mère et l'enfant, et ravit l'un el l'autre en Jésus el la Vierge , qui sont les deux objets de ce ravissement sacré , el les deux sujets de la parole admirable do sainte Elisabeth : Benedicta tu inler inulieres, et benedictus fruclits tentris tiii. [Luc. i, i2.) C'est le double elfel de la salutation de Marie, de tirer à Jésus, de tirer à Marie, de tirer aux deux j)lus grands objets du ciel et de la terre, de tirer à eux conjointement.
\1. Car aussi l'un est en l'autre, Jésus est en la Vierge , car il est son enfant, la \'ierge est en Jésus, car il est son tout, et la partie est en son tout, aussi bien comme Tenfanl est en la mère ; el j'ose «lire que la Vierge est en Jésus [lar une voie plus puissante que Jésus est en la Vierge en sa qualité (i'enfanl, car il e>t en elle par la nature, et elle est en lui par la grâce, el par une grûce SI puissante qu'elle surpasse la grâce et des hommes et des anges. L'âme est au corps, et le corps esta l'àme, et le corps est plus en l'âme que l'âme n'est au cor[is, car lame ne dépen(l [uis du cor[>s, et le corps est dépendant de l'Ame, car l'âme a sa vie el son être sans le corps, el le cor|»s est sans vie quand il est sans âme. L'état do Jésus en la Vierge et de la Vierge en Jésus, est digne d'être considéré d'autant plus qu'il est si peu pesé, et (juc c'est le loniiement d'un si grand état de la Vierge, el d'un si long état do Jésus. Il est en elle comme son Fils, il est en dépendance d'elle, il est en indigence d'elle, qui est bien plus. Dépendance heureuse el dépendanco et indigence
(pii fait un élat de si graritlc excelletire, do si gr.inde puissance comme la nialeriiilo divine. H r;sl , et <lé|»endanl et irnligeni, el attaché ^ses mouvements, él.int et sons licMi et sans mouviMUcnt (pie par elle, car il faut qu'elle le porte niainlenant en la maison do Zacharie, et en Nazareth et en Hethlécm, et il est sujet 'i tous ses mouvements.
Jésus donc est en la Vierge, et la Vierge est en Jésus , et celte parole de la Vierge me semble ùtre la parole de Jésus el de la Vierge tout ensemble : el c'est pourtiuoi celle parole lire el ravit h Jésus el à la Viergu conjointement; c'est une grande parole de deux |<ersonnes , de la personne de la Vierge, el de la personne de Jésus ; ol comme ces deux personnes sont l'une en l'autre, ils |tarlent aussi l'une en l'autre, et Jésus parle en la personne de la Vierge, comme le prêtre parle en la personne de Jésus en l'opération du sacrement ; el comme ici le (irètre transforme le pain en ua être excellent, {)arce que c'est la parole do Jésus et non la sienne, ainsi Jésus ftarliint en la Vierge et la Vierge parlant en Jésus, et de Jésus, pénètrent el transforment ces esprits d'Elisabeth el de son fils en un être excellent, en une vie nouvelle, en une vio de grâce el de grâce excellente, ravissante, pleine de vigueur et de; mouvement au regard de Jésus el de la Vierge; car l'esfirit de reniant est en luuiièro, et sa vie de grâce en mouvement, en élévation, en manifestalion, el même en fonction de prophète.
C'est la première manifestalion des deux plus grands secrets du ciel el de la terre, et des plus importants à la terre et au ciel, du secret de l'incarnation el de l'état de Mère de Dieu au monde, deux secrets qui s'accomplissentonla terre et nonauciel, elque Dieu aussi a voulu ôtremanitc-stésà la terre i»ar les saints de la terre, et non par les saints du ciel ; car l'ange quiaétéenvoyéduciel pour le dire à laVierge, s'estretiréauciel sans en dire rien à personne: Discessit ah ea angélus [Ibid., 38), et la >'ierge, en laquclleces deux merveilles sont accomplies, n'en dit rien en Nazareth n'y en Judée même où elle est maintenant; mais ces deux secrets sont révélés à un enfant, et f)ar I enfant 5 la mère, qui le publie et qui s'écrie, etc: i'nde hocmihi, a( rcnja/f/mterDeiadme f {Ibid.X'^.) Et c'est ici le premier temps de la manifestation de choses si grandes et si secrètes, de choses si nouvelles et si importantes. Car ces merveille, viennent d'être accouijilies en Nazareth , el elles retentissent en Judée, nul n'en ayant connaissance en Nazareth où elles sont cachées, et pour un long temps ; tellement que la grâce de ce mystère est une grâce de lumière, et ce njystère est un mystère de manifestation, et de manifestalion ae vérités les [dus hautes, les plus importantes, les })lus nécessaires au monde.
Que de savants, il y a lors en la terre, et que de beaux esprits qui recherchent les secrets de la nature; mais ils ignorent les secrets de Dieu, et ils n'y peiisent pas. Ici se luanifesleni les secrets de Dieu même, el ses
pins hauts secTets, et les plus nécessaires à rdtiivers; ici se répand la lumière du ciel, et endeux paroles; les deux plusgrandes merveilles que Dieu a faites et fera jamais, sont enseignées au monde, et enseignées par une femme el par un enfant. C'est ici la plus célèbre académie de l'univers, oii on apprend ce que le monde ignore et ignorera encore fort longtemps, et on l'apprend en deux paroles ; car aussi la parole de Dieu môme est abrégée en ces deux merveilles, oi^ Dieu est lait homme et une Vierge faite Mère de Dieu; mais c'est à un enfant que ces deux merveiles sont premièrement révélées. Ce n'est pas aux grands et aux savants de la terre, ce n'est pas mfime à saint Joseph, un des plus saints de l'univers, il n'en aura connaissance de trois mois, bien qu'il soit destiné pour servir et l'enfant et la mère; ce privilège est réservé à un enfant, l'ordre de la sacrée Providence voulant privilégier un enfant, en l'honneur de l'enfance divine. Et puisque Dieu s'est fait enfant, il veut être premièrement connu et adoré par un enfant, et c'est une des premières émanations de l'enfance de Dieu, se manifestant soi-même en l'univers. Dieu est enfant, ce que le monde ignore, ce f}ue le ciel adore ; et un enfant est le premier qui le reconnaît et adore en l'univers, et ce |iar hommage et par opération secrète de l'enfance de Dieu même, qui veut agir sur les enfants, et qui se veut honorer soimême en qualité d'enfant, en donnant la première connaissance de soi-même à un enfant au monde, et le faisant son prophète en l'univers. Ainsi Dieu enfant est reconnu et manifesté, non par un ange, mais par un enfant; ainsi son premier prophète est un enfant, comme tantôt ses premiers mart\ rs seront des enfants. Et ainsi agit la plus haute providence de Dieu sur les deux plus hauts sujets qu'elle ait au monde sur Jésus et sur la Vierge; sur le Fils de Dieu fait Fils de l'homme et fait enfant, et sur la A'ierge faite Mère de Dieu. Car aussi Dieu a voulu par pro()ortion que comme un enfant manifestait Dieu enfant au monde, ce fût aussi non un ange, non un homme, mais une femme qui reconnût la première, et manifestât la [)iemière au monde la qualité de Mère de Dieu nouvellement établie en la terre et en la Vierge ici présente. Et sainte Elisabeth est cette femme heureuse à qui Dieu révèje ses secrets et ses vérités que le ciel instruit de ses mystères; et Dieu les y ap(iremi en l'école de l'humilité, car il les lui a()[)rend par un enfant et par son eiîfant, pour honorer et relever en cela même l'eniaiice Divine, qui est la source de la première et la plus grande manifestation d'une si grande lumière au monde, comme celle qui lui apprend l'incarnation du Verbe et la maierniié de la Vierge.
Vil. Ici donc un enfant connaît et adore Dic-u enfant ; ici une femme, Elisabeth, connaît et révèle, et annonce la qualité de Mère et (le Mère de Dieu en une vierge; ici un enlant, si nous jiarions eu terme religieux de l'ordre de Jésus el de l'ordre de la Vierge;
car ces deux ordres se font dans la terre, el se fondent ici en ce lieu, en ce mystère; ici un enfant est le premier disciple de l'école et académie de Jésus. Parlons en termes plus élevés : ici un enfant est le premier officier de Jésus et a le premier état de sa couronne, car ici se commence l'état de Jésus, ici se commence l'ordre de Jésus et l'ordre de la Vierge qui sont des ordres que la grâce établit en la terre entre les hommes, comme elle a établi au ciel les ordres entre les anges; et c'est en ce coin de Judée, en la maison d'Elisabeth,en l'état de ce mystère que commence cette grâce et ce nouvel ordre, ce grand ordre de Jésus et de la Vierge. Et les premiers religieux de ce grand ordre et de ce nouvel ordre, de cet ordre liant à Jésus et à la Vierge, de cet ordre manifestant Jésus et la Vierge au monde, c'est Elisabeth et son fils Jean-Baptiste. Et qui veut participer à la grâce de cet ordre, doit recourir à eux , doit adorer ce mystère, doit révérer cette maison comme première maison de cet ordre. Maison heureuse d'avoir lors Jésus et sa Mère, et Jésus en sa mère, et d'avoir seule les deux lumières de la terre et du ciel , et les deux plus grands sujets de bénédiction et de vénération que le ciel et la terre contiendront jamais; aussi s'écrie Elisabeth: Benedicta tu in mulietibus , et benedictus fructus ventris tui. (Lwc. 1,42.) Ce n'est que bénédiction en la bouche d'Elisabeth, et aussi ce n'est que grâce et bénédiction au cœur, à l'enfant et à Ja maison d'Elisabeth. Et si nous prenons garde au texte de l'Ecriture, c'est de l'enfant que vient la lumière à Elisabeth ; et ce n'est pas d'Elisabeth qu'elle arrive à son enfant, comme c'est du Fils de Dieu que la bénédiction vient en la Vierge, et non pas do la Vierge au Fils de Dieu, afin qu'en cela même l'enfance de Jean-Baptiste nonore et imite la divine enfance de Jésus.
En ce mystère dont le Verbe incarné donne la première connaissance de soi-même et de la Vierge en laquelle il a voulu s'incarner» et tandis qu'il sera caché en qualité d'enfant en la Vierge, il ne fera immédiatement et par soi-même aucun autre efi'et par l'espace de neuf mois. Car ce qui arrivera à trois ou quatre mois d'ici à saint Joseph, se fera par l'ange Gabriel et non par l'enfant Jésus ni par la Vierge; et Jésus et la Vierge seront en repos et en silence par l'espace de neuf mois, le Fils n'opérant qu'en sa mère, Ja mère n'opérant qu'en son Fils. Et comme c'est chose étrange que le Fils de Dieu étant au monde se manifeste à un enfant, et ne se manifeste qu'à un enfant, et fasse si tôt un si long voyage pour ce seul effet, considérons qu'en cet enfant il commence à se manifester à tout le monde ; car dès lors il le consacre à être son prophète au monde, et c'est lui dont il sera dit ci-a[)rès : Fuit homo missus a Deo, etc. [Joan. I, 6.) Et en la personne de cet enfant, il établit une grâce si haute el si éminente, qu'elle équipôle à la grâce de toute une lirovince.
La grâce propre de ce mystère, est une grâce de lumière et de manifestation; mais
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(«:i;yuks de rii.TK. - xxwii. mvstkuk di; la visuation.
«Jii inaiiifostnlKni secrète, do riKiiiifusUilinn |iro|irc'A la sapiiMicediviiie.ijiii rw^s'acconiiilit i\iï'inlrr prrfectos, de mniiilcstnlion de sujets les |iliis di^^nes et lesjiliis doux ^ cor)ri.'iUr(', Jésus cl Marie, (jui veut entrer eu \i\ couiiaissancecl participaliuu d«; (•(^sdouxgraflds sujets, doit rév(^rer ce mystère cl recourir 'i la grAcL' de ce ui vslèro. Car en ce mystère sont les pi èmices de cetlo i^rAco, et de cett(; grande grAce qui manilesle Jésus et Marieau mofiflc. Je mo |)l.iindrais volontiers de l'èvant^èliste; il m; nous rapporte (pic la rencontre de Marie avec l'ilisahclli, ci nous inanpie un séjour de trois mois. Si de la salutation simple de la ^'icr^c h Klisahetli, nous avons recueilli tant do luniières et de {grandeurs, ipic serait-ce île la conversation de trois n)ois, si elle nous était rapportée? 0\r il n'y n un seul niomenl oiseux ni perdu ; tout y est grand, tout y est saint, tout y est digne (le Jésus et de Marie. (Jue de lumières et de ravissements en un si long séjour, soil en la Vierge soit en Klisal)elh. Que d'élévations et canti(iues de louanges! cpielles opérations sociétés de l'enlant île Alarie en l'enfant d'Klisabeth, Jésus était conmie un soleil luen proche, et l'autre était (omme une cire molle et dis[)0sée, qui, dès l'entrée, avait reçu un si gralid eflet et attendrissement ; et Jésiis qui l'avait touché si [juissamment, faisait fondre continuellement son cœur et son esprit devant lui, et allait {)réparanl ce nouvel athlète aux choses grandes cù il était destiné : ^lovus athlcta novo parahatur ccrtamini. Mais ces choses ne sont écrites qu'au ciel où nous verrons la vie de Jésus en son étendue, et par intervalles elles sont imprimées en la terre dans le cœur de quelques âmes tidèles : adorons ce que nous ignorons de choses si grandes et si particulières.