‹ Œuvres complètesChapitre 184 sur 540 · XXXVIII. DE LA NATIVITÉ DE JESUS · texte numérisé non relu

XXXVIII. DE LA NATIVITÉ DE JESUS

l: L'ijilcrnel csl as^suj^ctli à la loi des rc;/';js,.

et il ne veut point abréger le temps des neuf mois député' au séjour des enfants dans le ventre de la mère. — II. Explication de ces paroles : Impleti sunt dies ut parerel. Plénitude de grâce est donnée à la Vierge, non-seulement pour concevoir, mais aussi pour enfanter Jésus-Christ. La nature enfante la grâce : car Jésus est la grâce du Père. — III. Quelles doivent être nos pensées, quand nous entendons dire que le l'ils de Dieu naît temporelUment. Jésus naît sans efforts en la nature, par le doux effort de la puissance divine communiquée à sa Mère. Il y a des ombres dans la nature de la naissance de Jésus, sans intérêt de l'intégrité de sa Mère; spécialement en la production des fleurs et de la lumière. L'intégrité de cette seconde naissance va imitant et adorant l'intégrité divine de la première. — IV. Quelles sont les causes, et quelle la manière de la naissance de l'Eternel dans les temps. Il y a grandeurs et abaissements en cette naissance; et nous devons exercer notre foi sur l'un, et nos sens sur l'autre. — V. te Fils de Dieu naît par obéissance, et par obéissance rabaissée dans les choses hurnaines. Dieu abaisse et élève son fils en sa naissance.

1 Celui qui a faitles temps et qui est le roi des siècles, a voulu se rendre sujet au temps, et conduire le cours de sa vie par la loi des temps. Et c'est la première loi, sujétion et servitude à laquelle nous trouvons le Fiis unique de Dieu sujet au monde. C'est aussi la première qu'il nous commande, car nous sommes temporels; notre être est temporel, et nous sommes sujets au temps. Nous naissons quand le cours de la nature le porte, car nous sommes esclaves du temps. Depuis le 25 mars que le FiLs de Dieu est conçu, jusqu'au 25 décembre, le cours de neuf mois député par la nature au progrès de l'enfant dans le ventre de sa mère, est entièrement accompli. Et le Fils unique de Dieu a voulu subir celte loi de la nature, sans l'abréger d'un seul moment, bien qu'il eût commencé quarante jours plus tôt à être organisé et animé dans le ventre de la Vierge. Car il emploie sa puissance et ses merveilles à nous rédimer, mais non pas à se rédimer soi-niême de la loi de nos infirmités. L'évangélisle donc nous apprend : Impleti sunt dies ni pareret {Luc. ii, 6), que les jours ordonnés par la nature è l'enfanlemenl sont remplis, et par la plénitude de ce cours de la nature, il nous élève tacitement à révérer la plénitude du temps célébré dans l'Ecriture, où le temps produit l'Eternel, la créature son Créateur, et la Vierge son Dieu et son Fils unique tout ensemble.

II. Celle plénitude du temps nous élève à une autre sorte de plénitude donnée à la nature, pour enfanter l'auteur de la grâce. Caria Vierge a reçu plénitude de grâce [jouf concevoir Jésus ; elle a aussi reçu plénitude de grâce pour enfanter Jésus, car l'auteur de grâce ne peut être conçu ni enfanté que par jiléiii'.udc de grâ.ee , dé puissance et d»'

(FLVIIKS IW. IMKTE.

iiKTveillo. C'est la riaturo qui onfnrilo la grâce, coimiuî ^•'e^l la cré'tUiro «iiii enlVirili! Iii CnVileiir. (!.'ir Jôsus est la gr<1(0 du Prr»!. grâce esscrilielle ut non a'cidentelle , ^rActi essentielle el |iersorn)ell(', ^r.lce incri^ée et incarnée, ^r,1ce ct.sour(;e degrAccqiii cotiihat en la terre el lri()ni|ilio au ciel, (!(.'lte i^rAce est eiiianléo par la natur(t, Jésus par. Marie, j>ar Marie dis-je, el par la nalure élevée, acconipiic claniiiiée d'un riourel étal cl cfforl de 1,1 gr.lrc, digne do pruduire lu ïih do Dieu au monde.

III. Ne rabaissons pas nos esprits dans la simple coinlilion desenlarilemenls humains, quand nous enlenilons parler (|uu la \ iergo enfante son Fils unique au monde, t^o Kils est Dieu el lionnne, el joint en son êlro deux conditions l"ien ditlerentes, el il joint aussi en eus étals et mystère des grandeurs »;l des flhaissements couronnes aux (|ualilés (Jifforenles de ces deux natures. El''esgrandeurs donneni jus(iu'à sa .Mèie, car les grandeurs duFilset do la .Mère sont joinlesensemblo en ce mystère du Fils el de la More. Il est enfant, mais il est Dieu. Kilo est njère d'un cnfanl, mais elle est Mère d'un Dieu, .Mère du Oéaleur, Mère du Saureur du monde. Ello est .Mère et \ icrge, Jésus naît d'elle et sans etFort de nalure, par le doux elfort de sa puissance, et par la {)uissance divino qu'il communique à sa Mère, qui le produit comme un Dieu au monde. Si un Dieu doit naître, il doit naître ainsi : sans impureté, sans effort, sans intérêt de celle qui ['enfante au monde, comme il a été (ori^u en elle sans aucun accident contaminant la pureté et la Tirginité de celle qui est sa Mère, Alère et Vierge tout ensemble. Mère et Vierge en le concerant, Mère et Vierge en l'enl'aiitant. Puisqu'il tcut que la nalure le produise, il ne veut pas donner moindre condition à sa Mère produisant un Dieu, que ce qu'il a donné lui-môme à la nature pour enfanter les choses inanimées. 11 est la ileur d'braël; la nalure produit los fleurs sans ouverture de l'arbre qui les porto. Il est la lumière de l'univers; la lumière sort du soleil par une émanation si vire, si douce, si éiiiinenle, qu'en un moment ello pénètre du ciel en terre sans etlort, sans ouverture aux corps transparents par lesquels elle arrive jusqu'à nous.

Mais parlons plus hautement de celui qui passe l{i nature, etqui est le Dieude la nature même. Jésus est le Filsdu Père, etil procède du sein paternel sans ouverture, ce sein demeurant éternernellement clos, nonobstant celle procession et mission du F'ils de Dieu au monde; et il veut aussi procéder du sein virginal de sa sainte Mère, ce sein demeurant clos comme auparavant, figuré par le jardin clos et la fontaine scellée, et par la {>orie orientale jtar laquelle Dieu passe.

IV. Comme cet enfantement est admirable, les causes aussi de cet enfanlement sont divines et admirables, et la Vierge reçoit une puissance divine pour f)roduire son Fils au uion«le. La vertu du Très-Haut l'envitonue couinie en sa conception, et le désir

XXXVIll. NATIVITE DK JESUS. Ml

Père h donner son P'ils au monde, est

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communiqué à son conir, et ce c<L'ur matorn(d et virginal joint au vouloir et au pouvoir d(Mlonner s(jn Fils au monde, se trouve puissant, ma's d'une |)uissance divine, h produire un Dieu sur la terre. O [luissancel C> grandeur 1 ô dignité de la X'ierge, conc.cvanl cl produisant un Dieu au monde! Si Dieu devait élre conçu, il devait élre conçu ainsi; si Dieu devait éiro enfante, il devait être enfanté ainsi. (Jue les grandeurs et les merveilles de cet enfantement, sur(>assent les bassesses de cet enfanlement; car aussi les grandeurs de la nalure divine surpassent les bassesses de la nature humaine de cet Enfant-Dieu. .Mais ses grandeurs et merveilles sont intérieures et invisibles, et ses abaisscmcnls sont visibles et sensibles ; car aussi la nature divine de cet enfant est invisible, et sa nature humaine est sensible. Contemplons et ses grandeurs et ses abaissements, a(Jorons et ses abaissements et ses grandeurs : car l'un el l'autre est divin, car l'un et l'aiilre est nôtre. Exerçons notre foi sur l'un, et nos sens sur l'aulre; mais exerçons nos sens [lar la conduite de la foi, et par la lumière de la grâce. Mais voyons l'état et le progrès de cet enfantement, allons en Bethléem, allons en l'étable. Voyons Jésus enfant, voyons .Marie sa mère, et Joseph assistant el servant la Mère et l'enfant. Voyons et l'étable, et le bœuf, et l'âne, et la g[a"^ndeur du ciel elde la terre abaissée dans lielhléom en la personne du Fils, et en la personne encore de la .Mère.

V. La Vierge sort de Nazareth, et va en Bethléem psr ordonnance de l'emiiereur; Jésus dès lors commençant à obéir au monarque de la terre, commença à obéir premier que de naître. Car il meurt en une croix |iar obéissance ; il veut encore naîlre en un Bethléem par obéissance; et une chose SI divine comme la naissance de Jésus au monde, semble arriver par un cas humain; mais Dieu cache el conduit sa providence dans les choses humaines, et nous avons à admirer que la plus haute et rare providence que Dieu exerce sur son Fils unique, soit temjiérée, couverte et conduite, et comme rabaissée dans les cas humains. Qu'y a-t-il de plus divin en l'univers que la naissance de Jésus en l'univers? Qu'ya-l-il qui dût dire plus conduit [tar une Providence to-Jle divine et haute, moins rabaissée dans les choses humaines? Et il ne semble pas que Dieu s'en môle, et cela est conduit par le vouloir fortuit d'un prince, qui veut savoir les forces de son empire, cela est réglé par les gouverneurs des provinces, qui ()ublient les ordonnances lot ou tard comme il leur plaît, cela est réglé par les exécuteurs d& celle ordonnance, et mille autres accidents qui arrivent en choses semblables. Jésus naît en une éiable, el non en une maison commune ; Jésus est dans une crèche, et non dans un berceau, qui est le premier séjour des enfants; Jésus naîl au milieu du bœuf et de l'âne, et non au milieu de ses parents, el sa première compagnie est !e bœuf et Tànc j;

OEUYRES COMPLETES DU

et dans cet abaissement se trouve la naissance miraculeuse de celui qui a fait le ciel et la terre. Ce n'est pas à nous de parler de ce niyst<^re, et nous avons i)lus à l'admirer et adorer par un profond silence, qu'à le profaner et avilir nos pensées trop faibles. Jésus est enfant et dans l'obligation au silence, il ne nous en peut i)arler, ce serait à laVierge et à l'ange servant de Jésus de nous en parler.

Dieu, qui a ainsi abaissé son Fils en terre en une élable, le veut relever au ciel, et du ciel il envoie ses anges pour l'adorer, du ciel il envoie ses anges pour l'annoncer, du ciel il envoie une étoile pour publier aux mages sa naissan(-e. Ce sont les trois merveilles que le ciel contribue h Jésus né enfant en terre, tandis que la terre est en oubli et méconnaissance de son sauveur: Et adorent eum omnes angeli ejus. [Hehr. i, 6.)

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