XXXIX. DE LA NAISSANCE ET ENFANCE DE JÉSUS
I. Venfant Jésus fait parler les hommes et les anges j et est en silence. — II. III. La Vierge est en silence par le silence de son Fils; il appartient à la Vierge, plus qu à personne, de parler de son Fils, et toutefois elle demeure en silence, silence d'adoration et de transformation. — IV. L'auteur voudrait demeurer en silence, à Vimitation du Fils et de la Mère, ce que son devoir ne lui permettant pas, au moins il consacre ses pensées et ses paroles à Jésus, et ne veut parler que de lui. —V. Le conseil de Dieu sur la mission de son Fils au monde, est le plus grand de ses conseils et Vaffaire la plus importante de son état. Abaissement du Fils de Dieu au mystère de C Incarnation. Jésus est un sujet propre et domestique à tous f de quelque condition qu ils soient, et malheur à ceux à qui il sera étranger. Il n'y a rien de petit en un mystère si grand, et chacune de ses circonstances méritent toute noire attention. — Vi. Le Fils de Dieu s'anéanlissant dans le mystère de r Incarnation , se plaît en l'abaissement, et le Père honorant le désir qu'il a de s'abaisser, lui donne la puissance souveraine qu'il lui veut donner par une voie humble et abaissée, l'obligeant delà lui. demander ; Postula a me, etc. {Psal. ii 8.) Jésus persévère en son humilité et se prive de l'usage de sa puissance souveraine au même moment qu'il la reçoit. — Vil. Considération de l'alliance du Fils de Dieu avec notre nature, et non avec celle des anges. La Vierge a plus de part en ce mystère que toute la terre.
I. Tandis que le Fils de Dieu est en sijence et en inii-uissance même de parler de son enfance, nous devons f)arler pour lui, et nous (levons |)arler de lui, d'autant plus volontiers que c'est pour nous qu'il est en cet humble élal de silence et d'impuissance; car par son être propre et par sa naissance éternelle, il est la puissance, la parole et la sapience de son Père. Reconnaissant donc ce qu'il est en la Divinité, contemplons ce
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qu'il daigne être en notre human'té , et vûvons que c'est la puissance de son amour et la grandeur de sa dignation, qui le réduit en cet état de petitesse et d'im()uissance. Adorons, admirons un état si abject en un être si grand, et une telle faiblesse en une telle puissance.
H. J'aimerais beaucouj) mieux ouïr parler de Jésus, que de parler de Jésus : car cet état de silence que je vois en Jésus me ravit et me tire en silence, comme aussi je vois qu'il ravit encore et tire en silence sa trèssainte Mère. Ktje choisirais plus volontiers de tenir compagnie à Jésus et à JMarie en leur silence,- qu'à tout le reste du ciel et de la terre; et qu à ceux môme qui, au rapport de l'Evangile, parlent si hautemeut et si divinement des merveilles arrivées en ces jours. Ce sacré silence est plus propre à honorer choses si grandes et si profondes, et à révérer dignement les grandeurs de Jésus cachées en ses bassesses, sa divinité voilée de notre humanité, et sa puissance et sapi'ence incréée, couverte de l'impuissance et de l'enfance que nos yeux aperçoivent.
IIÏ. Aussi est-ce le partage de la Vierge en ce saint temps, d'être en silence. C'est son état, c'est sa voie , c'est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la parole éternelle. En voyant devant ses yeux, en son sein, en ses bras celte même parole, la parole substantielle du Père, être muette et réduite au silence par l'état de son enfance, elle rentre en un nouveau silence et y est transformée à l'exemjile du Verbe incarné qui est son Fils, son Dieu et son unique amour. Et sa vie se passe ainsi de silence en silence, de silence d'adoration en silence de transformation , son esprit et ses sens, conspirant également à former et perpétuer en elle cette vie de silence; et toutefois un sujet si grand, si présent et si propre à elle serait bien digne de ses paroles et de ses louanges. A qui Jésus appartient-il de })lus près qu"à Marie qui est sa Mère, et ce qui ne convient qu'à elle, elle est sa Mère en la terre sans Père, comme Dieu est son Père au ciel sans Mère? Qui donc a plus de droit déparier de lui, qu'elle qui lui tient lieu de père et de mère tout ensemble, et ne partage avec aucun la substance nouvelle dont il l'a revêtue? Qui connaît mieux l'état, les grandeurs , les bassesses de Jésus , que Marie, en laquelle il a reposé neuf mois, et de laquelle il a pris ce petit corps qui couvre la splendeur de la divinité, comme une nuée légère qui cache un sobil, et comme un voile délié qvn nous cache le vrai sanctuaire? Qui parlerait plus dignement , plus hautement, plus divinement de choses si grandes, si profondes, si divines, que celle qui est la Mère du V'crbe éternel, et en laquelle et par lequelle ces «hoses-là mênuîs ont été accomplies, et qui est la seule personne que la Trinité a choisie et jointe à soi pour opérer ces merveilles? Et toutefois elle est en silence, ravie par le silence de son Fils Jésus. Et c'est un des effets sacrés et divins du silence de Jésus, de mettre la