‹ Œuvres complètesChapitre 186 sur 540 · KLVUES DE IIETE. - XXXIX. NAISSANCE ET ENFANCE DE JESUS · texte numérisé non relu

KLVUES DE IIETE. - XXXIX. NAISSANCE ET ENFANCE DE JESUS

trô-s-sainto Mère ilo Jésus eu une vie (te silence; silence liiirnhle, proloiid et adorant plus sainlciiionl et plus (iist.'rtcincnt la sapience incarnée, (|uiî ies paroles ni des nommes ni drs ailles, (le silence de la\'ierge n'est pas un silence de hégayenient et d'im- ])uissance, c't'st un silence do luniit''res et de ravisscMiienl, c'est un silenciî plus éloquent, dans lei> louantes de Jésus, (jue l'élofjuence nu^ine, ('/est un ell'et [)uis>anl et divin dans l'ordre de la grAce, c'est-à-dire c'est un silence opéré par le .sileiu-e de Jésus, (]ui imprime ce divin elFel en sa Mère, et (pii la tire h soi dans son pro[)re silence, et (jui absorbe en sa divinité t(jute parole cl pensée de sa créature. Aussi est-ce une merveille do voir (|u'en cet élat de silence et d'enfance de Jésus, tout le monde parle cl Marie ne parle point ; le silence de Jésus ayant plus de puissance de la tenir en un sacré silence, (pie les paroles ni des anges ni des saints n'ont de force à la mettre en pro-

f)os et la faire parler de choses si dignes de ouanges, et que le ciel et la terre unanimeluent célèbrent et adorent. Les anges en parlent, et entre eux-mêmes et aux pasteurs, et .Marie est en silence. Les pasteurs coureîit et parlent, et Marie est en silence. Les rois arrivent, parlent et font parler toute la ville, tout l'Etal et tout le sacré synode de Judée, et Marie est en retraite et en silence. Tout l'Etat est ému, et chacun s'étonne et parle du nouveau roi recherché parles rois, et Marie est en son repos et en son sacré silence. SimtioR parle au temple, et Anne la prophétesse, et tous ceux qui attendent le salut d'Israël, et Marie offre, donne, reçoit et rapporte son Fils en silence ; tant le silence de Jésus a de puissance et d'imjjression secrète sur l'esprit et le cœur de la Vierge, et la tient puissararaent et divinement occupée et ravie en silence. Car aussi durant tout le temps de son enfance, nous n'avons que ces paroles qui nous soient rapportées de la conduite de la Vierge, el de sa i)iété au regard de son Fils, et des choses qui sont dites de lui, el accomplies en lui : Maria autem conservabat omnia verba hœc conferins in corde suo. ( Luc, n, 19.) Voilà l'état et l'occupalioa de la Vierge, voilà son exercice et sa vie au regard de Jésus durant sa sainte enfance.

IV. À son exemple, je voudrais être et demeurer en silence et le conserver à son imilation; mais je ne suis point à moi, et je dois me régler selon mes devoirs et non pas selon mes propres pensées ; et mon devoir et ma condition m'obligentà vous parler, et je ne puis parler entre nous que de Jésus, Il «si notre vie, notre salut'et notre suffisance. El puisque ce saint temps, le temps propre du Verbe incarné, est destiné à honorer son avènement et les |)remiers mystères d'icelui, je consacre mon esprit et ma langue à un sujet si digde, El je vous veux parler de son avènement et de ses premiers

tias au monde; et parce que je suis redevaile à tous, je veux [)ark'r à tous, et je parierai à ceux dont je suis éloigné, me servant

des voies par lesquelles les absents se rendent présents, [lour se parler mutuellement et s'entretenir ensemble.

\. Je vous dirai donc que le plus grand conseil qui ait jamais été t(;nu dari^ le secret de la Divinité, est celui ipie le l'ère éternel lient sur son Fils pour l'envoyer au monde. C'e>t une affaire d'Etat, et la |»!us grande alfaire du plus grand Etat qui sera januiis. (>'esl une alHore ipii rcîjTariie l'étal du Fils de Dieu hors le sein de son Père. C'est une affaire de l'étal du ciol et de la terre, c'est une atfairfî d'Etal qui regarde Dieu même. Fji cet affaire il s'agit du ro}aiime «le Dieu, car Dieu qui règne en soi-même el en son utiité propre, veut régner hors de soi-même et en la divinilé de ses créatures ; il veut remplir le ciel el la terre de sa grandeur, il veut établir en la terre un royaume céleste, il veut faire un royaume qui doit briser et ruiner tous les royaumes de la terre : un royaume, dis-je, qui doit durer éternellement comme il est éternel, car à un roi divin et éternel il lui faut un royaume éternel et divin. Ce royaume commence en ce mystère, qui porte l'étal, et l'état éternel du Fils de Dieu fait homme, au milieu des anges et des hommes, à la vue de la terre et du ciel. C'est l'étal, l'œuvre et le mystère où Dieu règne, el |)ar lequel il règne en ses créatures. Qui n'adorera, qui ne se ravira hors de soi-même, en la ()ensée d'un si grand conseil sur une si grande affaire ? Qui ne s'appliquera à un sujet si grand el si universel, qui concerne l'envoi du Fils de Dieu en l'univers pour le bien de l'univers? Cet envoi est ordonné parle Père éternel el accompli sur son Fils unique, les deux premières personnes de la Divinilé. En cet envoi il s'agit de la sapience incréée mais incarnée, de la vertu du Père mais couverte de notre faiblesse, du roi des siècles mais né dans le temps; du seigneur des anges, du sauveur des hommes, mais devenu I opprobre des hommes en fuyant en Egypte.

Le sujet est commun à tous, et esl propre à tous; il est très-haut, mais il s'abaisse à tous; sujet grand, haut, ineffable, mais utile à tous el appliqué à tous. Les sages, les rois, les peuples, les grands el les j>etils, les hommes et les anges ont i)art à ce sujet; il esl domestique h tous, et malheur éternel à ceux à qui il sera étranger. Soyons donc attentifs à cet objet el le rendons familier à nos sens et à notre es|)rit, nous ne serons jamais a|)pliqués à chose plus grande ni plus utile, plus haute ni plus profonde et sublime, plus familière ni [dus délicieuse; et voyons que le Fils de Dieu, parle vouloir du Père, vient au monde pour le salut du monde. En ce grand el heureux voyage d'une [lersonne de si grand poids et pour un si grand dessein, qui ne serait allentif même aux moindres circon^tauces? Qui tiendra rien de petit où tout esl si grand, el où chaque chose pour petite qu'elle soit, touche de si près à la Divinité même? Qui n'observera volontiers les pas de celui qui arrive, et qui est attendu j»arlaiit de siècles?

Quel sera ce lieu heureux où il fera ses premiers séjours et sa première retraite? C'étaient les désirs de celle qui, aux cantiques, s'enquiert si soigneusement de l'arrivée, du séjour et des moments de son bienaimé: Indica mihi quem diligit anitna mea, ubipascas, ubi cubes in meridie. [Cant.i, 6.) Elle le cherchait, elle l'attendait en la splendeur du midi, et il voulait venir à Tauhe et à l'aurore du matin. Et ce doivent ôtre nos f)remiers soins et pensées, et ce serait aussi un des premiers sujets de ce discours. VI. Le Fils de Dieu s'anéantit en certaine façon, et prend la robe et l'état de serviteur, comme il en a pris la nature; et le Père veut que dans ce môme abaissement il demeure en sa qualité et dignité de Fils et de souverain. Et puisque le Fils se plaît tant à l'abaissement, il lui accorde qu'il lui demande pouvoir sur l'univers; car demander est pro})re à sa condition nouvelle et abaissée, et qu'il le reçoive, car c'est une puissance qui convient à sa condition naturelle et personnelle, et à une humanité déifiée, c'est-à-dire élevée dans le sein de la divi iiité. Jésus donc le lui demande et le reçoit. Et celui que vous voyez gisant en une crèche, est le souverain de l'univers, et en reçoit le pouvoir ei les patentes dans cette croche même, et ce sien pouvoir sera bientôt reconnu des hommes et des anges, des pasteurs et des mages, et enfin de tout l'univers. Mais Jésus par une humilité constante et nouvelle, recevant le droit nouveau de cette puissance, se prive au même temps de l'usage d'icelle, pour le salut des hommes et la gloire de son Père ; et cette privation est d'autant jjIus haute qu'elle est conjointe avec une si grande dignité. Et nonobstant celle sienne [)uissance, il demeure en l'étahle, en la crèche, entre le bœuf et l'âne ; aussi persévérant en son abaissement qu'il est |)ersévérant en sa grandeur ; car l'un est conjoint à l'autre, et l'un n'est pas anéanti par l'autre.

VIL Ce vovage est signalé : c'est le Père éternel qui l'ordonne, et envoie celui qui doit venir : c'est son Fils propre qui vient et est envoyé [lar lui, les deux premières personnes de la divinité; qui ne sera curieux d'observer les pas et \es séjours de celui qui est tant désiré, tant attendu, et dont l'avènement est si salutaire ? Qui ne sera désireux de le contempler en cet avènement, et d'observer quel sera son premier ]>as en cet heureux voyage ? Son preujier pas venant au monde, est en Nazareth. Le Fils unique de Dieu qui vient en l'univers pour l'univers, pour le ciel et la terre, les anges et les homujes, et toute créature; voulant néanmoins se faire hounue et (ils de i hunnue, et non |)as ange, veut aussi commencer à vivre, non pas au ciel, mais en la iG'Te, non entre les anges, mais entre les

J hvJiuuies. 11 le rond de piière pour

regarde du plus haut des cieux la terre, et choisit cet hémisy prendre naissance, et y faire

sa demeure ; et en cet hémisphère il regarde la Judée comme sa terre, où son nom est connu, comme la terre où habile son peuple qui le sert et l'attend ; peuple duquel et au milieu duquel, il veut naître, et en la Judée et en la Galilée. Son premier pas est en Nazareth, et son jiremier repos en la Vierge de Nazareth : c'est le premier pas du Fils de Dieu venant au monde, c'est son })remier séjour prenant chair en la Vierge, et reposant en ses lianes par l'espace de neuf mois accomplis. Là il se donne à la nature humaine, et Dieu est là enclos dans le sein de la Vierge, et la terre n'y j)rcnd point de })art. Il est plus en la Vierge qui vit sur la terre, que non pas en la terre; [)uisque la Vierge seule y a sa part, et qu'il ne fait pas encore une partie distincte etséparée d'elle. 11 faut passer plus outre et s'avancer davantage en ce voyage, et il faut remarquer quel sera le second pas du Fils de Dieu au monde. C'est en Bethléem, que passant de Galilée en la terre de Juda, en la cité de David, là il se rend visible à nos yeux, et s'expose à la vue et à la jouissance de son peuple; les anges viennent fondre à ses pieds, les pasteurs y accourent, les rois y viennent (117j.

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