‹ Œuvres complètesChapitre 20 sur 540 · DE LA COMMUMCATIOX DE DIEU EX CE MYS- TÈRE · texte numérisé non relu

DE LA COMMUMCATIOX DE DIEU EX CE MYS- TÈRE

I 11 y a trois principaux mystères qui soiil l'ciDJ^^t lie noire foi : la Trinilé. rincaiiialion el lEucliaribiie. — I!. Effets de l'Eucliarjslie en nos âmes el en nos corps. Trinité de inysières dans la religion, el Tr;nité de vertus infuses dans lame lidéle. La Divinité est euclose en chaciin de ces mystères. — IIL Tous ces mystères regardenl Jésus -Clirisl ; la T.'-inité, comn>e Fils de Dieu; rincarnaiioii, comme Père du siècle à venir; et rEucliarisiie , comme époux. Ces trois mystères regarJenl l'Iiommc i la Trinilé, comme son image; le Verbe incarné, comme l'objet de sa complaisance; el Jésus-Clirist en l'Eucliarislie Comme le temple vivanl de son corps glorieux. — IV. Jésus Christ parlant à Dieu sou Père de ses apôlres, en saint Jean (C. xvii) après avoir inslilué la sainte Eucharistie et les avoir communies ; il va référant l'unité qu'il a avec son Père dans la Trinité, et Tunilé qu'il a avec nous par l'hicarnalioii, à l'unité qu'il veut que nous ayons tous avec lui ( n l'Eucharistie el par lui à son Pèie. Rapport et enchaînements de ces trois mystères; la Trinité, l'Incarnation el l'Eucharistie. Ces trois mystères sont la chaîne véritahle et divine par laquelle Dieu s'abaisse aux liommes el les hommes sont eievés à Dieu. — Y. Deux conunuiiicaiions divines : l'une d'essence, l'autre l'e la personne Grandeur, dignité et opulence de ci-ao communication de la personne divine à la nature humaine. — VI. Dieu habite eu lui-même et n'a point d'autre lieu. Manière d'èirc de Dieu dans les créatures. Plénitude el indépendance de l'être ii;créé, in.ligence el dépi-ndance d-i l'être créé. La dépondiince que la ciéature a de Dieu, est <in des points qui tourmente le plus lesesprils rebelles. Non-seulement l't'iie, mais aussi la volonté dos démons, est divisée en soi-même, étant tout ensemble et sépale; de Dieu el liée à Dieu. L'être créé est nécessatrement dépendant, et l'être inerte quoique procédant , est essenliellcmenl indépendant. — VU. Elévation à Dieu sur son indépcndame, et sur la tiépead.ince de la créature. Jésus est eu l'ordre divin de l'union îiyposlatique , par une \oie inillable sans dépenUa.ice. L'humanité de Jésus, non en son enli'.é, mais en son appartenance au Verbe el eu la déliwaii.n qu'elle eu reçoit,

GUANDKL'US DE JESLS. — DISC. M, COMMl.MC. DE DIEU EN LINCARN.

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«si iinl<'|ieiiilaiiit' des niidcs pc- sonnes. — VIII. Lfs acii'HiH «-l les MHillrani estle Jt'sus snnl en un M'hs in lr|u'n(l;uil<'s (lu iN-ic. Kl il Ic^ olFif nunm»' t'Ilcs , c'est ù-iliin loniiiie clioscs i|ni lui s<int prupres, à son l'ère. — l\. (icllc iiidé|i"!ii|;iiit c • si fondée sur la puissan<'e, du l'ère ù pmduiie 8(Ui l'ils roi^Mne iiiilepenilaiit , (t sur la coniuiiinicaiion <|uo le Kils lait de sa subsisleiK c à .sa iinliire liuniaiiu- et a ses aciionii. On ne peut ccn- .surer juslcnicnl la manière d'appeliT les actions de Jé->us-Clirist (liiinoiunl linniuiiua cl liuiiiainevu'itt (/ii'./it'.s. — • X. C.OMsiilèraliun de ces paroliîs : Ctllt'-ci est lu vtr «'/l'i )/(//«', qu'ils le coiiiiiissciit stiil vrai Dieu el Ji'sus-(.liiist to)i i'ils que tu ttti euvoijt'. {JodK. x\u, Tt.) (.loiisidéraliOM de ces paroles du psaume i.xvi (Vers. S); ileneduat nos Dius iiostiT, etc. — XI. .Appropiialion sih<;ulièrc du Vc be à riuimanilé. cl de lliunianilé an Verlie. Jcsus indép< ndaiildn l'ère élernel ; se rend liiiniblcinent dépendant dos lioniines, et même de i>es ennemis pour l'amourde nous- tt ùuiioiceU nous oblijje.

I. Il y a trois oiyslùres qui servent li'exertico el il'olijet |)riuci|ial à noire loi, (jui la tli^^'linguent cl séparent des acadùniies et religions, iniroJuiles et publiées au iiion(Je,et qui la léinoignt'iit être vraiment divine, .singulière et excellente, par-dessus la lumière et la capacité de la nature. Le premier est le mystère de la très-sainte Trinité, par la puissance de lacjuelle nous avons été créés et formés, en la créance de laquelle nous sommes dès à jirésent baptisés et jusliliés et en la jouissance de laquelle nous serons un jour glorifiés. Le second est celui de l'Incarnation, auquel la nature humaine, singulièrement élevée, e.sl unie à Dieu son premier principe, et conjointe avec lui d'une laçon nouvelle, sainte, admirable et comme il est dit ailleurs, inconnue en son état, à la terre et au ciel aujiaravant. El par celle vie el sainteté nouvelle et suprême, établie au milieu de la terre, l'empire de la mort est détruit en la terre, le j>écbé y est anéanti el les mortels sont déclarés enfants de Dieu, capables de la vie éternelle, héritiers du ciel, conénlier.s de Jésus-Christ, recevant de lui sa grAce et sa gloire, comme en échange de cecju'il aJaigné |)rendre, au milieu de nous, notre nature. Le troisième est l'Eucharistie, en laquelle Dieu nous donne el nous rend cette même nature qu'il a daigné prendre de nous, comme un dépôt sacré, lequel ayant reçu de nous el digniUé en soi-môme, il nous le rend avec usure. Car en celle nature il nous donne sa grâce, son esprit et sa sa divinité, et imprime à nos corps [)ar son attouchement divin et sacré, comme disent les Pères, une vertu dispositive à la résuireciiou glorieuse et à la vie céleste et communique h toute la substance de l'homme, un droit nouveau et surnaturel, une [)uissance secrète et admirable , une qualité vitale el séminale de renaissance et incorruplion, de résurrection et immortalité.

IL Ces trois mystères sont excellents et divins, sont |)rolonds et inscrutables, sont rares et propres à la religion chrétienne ; laquelle a celte prééuunence d'avoir en son état et en sa discipline, une Irinilé de mys-

(illi» Dio>^s., De diihi. nowinib., c. 5.

lères «lui .subsistent en la foi et en la doctrine de l'Kgliso et ornent et élèvent sa créance. Connue il y a une Irinilé de nullités infus(!sel surnaturelles, qui orne, élève et accomplit les [luissanccs el (acuités do l'Ame lidôle ; cl une Irinilé de personnesdivines el éternelles, (pji resplendit el subsiste en la divinité. Celle Irinilé de mystères qui reml ainsi auguste et vénérable la profession publi<|ue el solennelle de l'I^glise, est un nombro sacré, qui en l'économie de notre foi rend un honneur et un hommage suprême h la Irinilé des personnes divines, (jue ces mystères regardent et honorent d'une laçon singulière. Car la très-haute, très-augustci et très-sacrée 'Irinilé, comme elle est intérieurement servie de l'Ame, (»ar les trois doiiset habitudes infuses de la foi, espérance et charité; elle est aussi exléiieuremenl reconnue et adorée de l'Eglise, |iar la Irinilé des mystères (ju'elle publie el annonce aux hommes pour le salul des houimes el pour la gloire de ces trois [lersonnes divines, admirables et adorables ; chacune desquelles a fjuelque chose de propre el [particulier en un chacun de ces trois grands mystères. Car en la Trinité le Père est considéré comme une déité fonlale, (pour parler avec celui qu'on nomme l'ajiôlre de la France [11-12J), comme le seul subsistant de par soi-même, le seul sans principe et origine, et le seul |)rincipe sans principe des deux autres personnes divines ; c'est-à-dire de tout ce qui est procédant en la divinité. En rincarnation le ^'erbe est adoré comme le seul subsistant en rhumanité,etleseul opérant parsoi-mème, en elle et par elle le salut du monde. Et en l'Eucharistie le Sainl-Es(}ril cA religieusement et solennellement invoijué, et pour changer et transmuer par sa vertu," la substance commune et vulgaire des espèces proposées en l'autel, en la substance rare et précieuse du sang el du corps du Fils unique de Dieu.

IIL Ces mystères ont cela de particulier, que comme la divine essence est el repose en une chacune des personnes divines, aussi la divinité même est enclose en un chacun de ces mystères ; soit en unité d'essence comme en la Trinité ; soit en propriété de personne, comme en llncarnation ; soit en concomitance comme en l'Eucharistie, ce qui les rend singulièreruenl augustes, élevés et adorables. Ils ont aussi cela de propre, qu'ils regardent Jésus-Christ et les hommei, et ont un rapport excellentetsingulier à ces deux objets i)ariiculiers. Car la Trinité regarde Jésus-Christ comme Fils, el Fils unique de Dieu, qui est sa première el sa [)lus grande qualité. L'Incarnation le regarde comme Père, et même dès son enfance le Prophète le nomme le Père du siècle à venir. {Isa. IX, 6.) L'EiJcharislie le regarde comme époux, puisque en elle il se conjoint h un chacun de nous, non-seulement par ses dons el faveurs, mais encore par lui-même et en sa l'ropre personne, son corps et sou iang ['récieux étant le lien parfait de lui

OEUVRES C03IPLL:TES du CA[{DLNAL de BEIIULLE.

avec nous et de nous avec lui. Scirblableraent la Trinité regarde l'homme comme son image et sa semljlance, et comme le chef de ses œuvres en l'univers. Et le Verbe éternel en lincarnation, regarde la nature iiumaine comme l'objet de son divin amour, comme le sujet de son alliance éternelle, et comme l'être qui doit être divinement et éternellement uni à son essence éternelle et divine. j:t Jésus -Christ en l'Kucliaristie regarde l'homme comme son domicile et son temple, temple vivant de son corjjs, vivant et resplendissant en la gloire.

JV. Ces trois mystères encore ont cela de rare et singulier, qu'ils se rapi)orlcnt les uns aux autres, ainsi qu'à un certain fcotre d'excellence et de perfection, et sont enchaînés ensemble par un rapport mutuel et par une liaison réci[^roque, de laquelle le Fils de Dieu [)arle en divers lieux, et nommément en saint Jean, ch. 17, où, après avoir institué la sainte Eucharistie et communié les a[)ôtres , il va référant divinement l'unité qu'il a avec son Père , dans le très-haut mystère de la Trinité, et l'unité qui le joint avec nous par le sacré mystère de Tlncarnation, à l'unité qu'il veut que nous ayons tous avec lui par l'Eucharistie, et par lui à son Père : ce qui fonde et établit au monde l'unité de grâce et d'esprit qu'il souhaite à ses apôtres et à son Eglise.

Pour mieux comprendre ces vérités sublimes, il nous faut considérer comme en la sainte Trinité, il y a une résidence substantielle et essentielle de la divinité du Père en la personne du Fils, par le moyen de la génération éternelle , suivant ces "sacrées i)aroles du même Fils de Dieu : Eqo in Paire et Paler in me : « Je suis en mon Père, et mon pà'e est en moi. )^ [Joan. x, 38. ] 11 y a eu api'ès une résidence substantielle et personnelle, de la même divinité du Fils de Dieu en son liumanilé, par le moyen de l'Incarnation : tellement que celui auquel le Père réside, est résidant en cette humanité sacrée, qui est unie au Fils de Dieu en unité de personne, comme le Fils est uni à son Père en unité d'essence. Et, en troisième lieu, il y a résidence substantielle et corporelle du corps vivant et glorieux du Fils de Dieu dans nos cor|)s terrestres et mortels, [lar le moyen de l'Eucharistie, en laquelle nous recevons le Fils vivant de Dieu, 'et en lui nous vivons d'une vie sainte et divine, comme il est vivant de par son Père, selon qu'il dit lui môme en saint Jean (vi). Et par ainsi nous entrons en une excellente communication avec la Divinité, dès à présent: et dès ce bas monde nous sonunes unis par certains degiés et échelons substaiitiellement avec Dieu. Ce que le Fils de Dieu, au dernier de ces jours, en sa sainte ])rière, rejirésenleà son Père p,ar ces saintes paroles : Je leur ai donné (arjloire, Uujuclle vous ni uvczdonnée.afin qu iis soient un,comme nous sommes un. Je suis en iuxy et vous en moi, afin qu'ils soint consommés en un. [Jvan. xvii, 22, 23.) Et au verset précédent : Je prie pour eux, afin que tous soient un, ainsi que vous êtes en

moi, ô mon Père, et moi je suis en vous, afin queuxaussi soient un en nous, (/^ù/., 21.) Paroles sacrées et oracles du Verbe éternel, dignes d'ôtre gravées au ciel et en la terre de la main des anges et des hommes! Paroles et oi'acles qui nous représentent ces trois mystères ; et en cette trinité de mystères, comme des nœuds et des chaînons divins, divinement liés et enlacés l'un dans l'autre, par lesquels Dieu le Père conjoint substantiellement dès celte vie par humanité de son Fils, le corps et la nature des hommes mortels et terrestres, à l'essence suprême de la Divinité! Comme si nous avions en ces divins mystères, non la puissance feinte et fabuleuse d'un amour profane qui enchaîne les dieux et les hommes, abaissant les faux dieux en la terre et élevant feintement les hommes au ciel, pour les placer comme des astres lumineux dans le firmament : mais la ])uissance vraie et sainte d'un amour inelfable et incompréhensible, qui enchaîne Dieu et les hommes, qui fait un réel et véritable abaissement du Fils do Dieu, lequel est Dieu lui-môuje, et le fait honmie i)our nous faire dieux, et par lui comme par une chaîne forte et puissante, le Père éternel nous enlève et attire jusqu'au ciel, et juscju'au ciel de sa divinité : chaîne d'amour, car il en parle ainsi luimême; chaîne qui nous attire et nous tient unis au Père i»ar le Fils, et au Fils par soimême et i^ar ses sacrés mystères; chaîne précieuse, excédant toute estime et valeur; chaîne sacrée, saintement et religieusement constituée des princijiaux mystères de la religion chrétienne; chaîne divine et inviolable d'unité et de charité ; de charité du Père et du Fils envers les hommes, et de l'unité du Père avec le Fils en la Trinité, de l'unité du Fils avec la nature humaine en l'Incarnation, et de l'unité du corps de Jésus-Christ avec nous en l'Eucharistie; chaîne i-récieuse, sacrée et divine, en laquelle consiste le plus grand secret, le jdus fort lien et le principal ressort des desseins, des conseils et des œuvres du vrai Dieu envers les hommes ; chaîne constituée de ces trois mystères comme de nœuds sacrés et divins, comme de chaînons forts et admirables, par lesquels le Père éternel nous tirant à soi, nous élève pour jamais à ce royaume céleste, duquel le roi est Trinité, duquel la loi est charité, et duciuel la mesure est éternité. V. Poursuivant ces pensées hautes et sublimes, et laissant à un autre temps et discours ce qui concerne l'Eucharistie; adorons en nos mystères deux communications divines, admira-bles et ineifables : celle de la divine essence aux i)ersonnes divines, qui constitue le très-haut mystère de la trinité : celle de la personne divine à la nature humaine , qui établit le très-humble, trèsaimable et très-divin mystère de l'Incarnation. En la première coauuunication, l'essence divine, |)arfaitement vue et parfaitement communicable (qui est un grand secret entre les secrets de la Divinité), est actuellement communiquée aux personnes divines:

(iRANDElflS DEJKSLS. — DISC. VI, COMMLNIC, DK DIEL' EN L'INCAIlN.

et en lu seconde , une personiiiî (livine iiicotumuiiicahlft ou In iliviiiilé, est Irùs-iiiliuitMiK'iit couiumiiifiuét' h utie iinluio iTrùc ; eu -sorlt' <|ue < eilo l'cr.souuo ne l'ail (ju'uu luôuin. sujet, Dieu cl jjoiuuie. Kl ru («.'lie («juiuninicatiou, il y a une appiicalion Irès- |)uiss.tulc, une uniou Irès-iuliui»', une auiiropiialiou li ùs-iiaifailo tlu N'crbe .'i colle luiiuaiiilti, el de telU' liuuiaiiilé au N'oiiio, IfMjiioi la rond personucileuienl divine et udoiablo, l'élèvi! |iar-de>su.s luul ce (jui e-l créa, la mol on l'ordre .>«U|iiônie ol singulier de l'union liv|io>iali(iuo, el l'élablil pour jamais dans le tiône de la Divinité.

Ceoi mér ilo d'ôlie considéré plus nllonlivemenl, d'élie ox|.li'jué nius ampkMuenl, el d'elle exposé plus lamilièi'omont : cl parlant, considérons ijui osl celui (|ui se comniuni*|U(! aussi h la nature litimaino, (|uelle sorle de conuniinicalion eld'allianre il prend avec colle naluie, el (luelle e>l la suite el l'apanage qui afiparlienl à celte nature en venu lie celte alliance el communication ineiïable.

Plus celui qui daigne entrer en communicalion el alliance est puissanl ol élevé en sa grandeur el (pjalilé, ol celui (jui la rocoil e>l abais^é ou sa coiidilion, plus cotte oommuniealiuu esl digne d'ôlre considérée, oslimée el honorée : et si la communication qu'il fait e>l d'une chose grande en olleuiéme, chère el intime à celui qui la communique, d'autant plus celte communication t'sl puis>anle à toucher les cœurs d'amour et de ressentiment. Que si d'ailleurs elle esl aboiulanle el de iluiée, cela ravil les csftrits en élonnomcnl, on admiration ol on reconnaissance. Or, la communication inellable qui esl en ce mystère ne linira jamais ol (îurera une élerniié : cl elle appoite une lelle abondance de gloire, de grandeur et de bien, qu'elle enclôl en soi-même tout ce qui e.Nl d'excellent dedans l'être créé el incréé. C'est le Verbe éternel qui entre en tommunicalion avec la nature humaine ; c'est la seconde personne de la Trinité, mais égale à la première. C'est la splendeur el la puissance du l'ère éternel, c'esl l'être iucréé qui s'allie avec l'ôlre créé, le roi de gloire avec le néant, Dieu avec l'homme. En cette alliance et communication Dieu ne conununi(jue pas tant seulement sa faveur externe, sa bienveillance, sa grûce infuse el ces dons rares (jui la suivent el accompagnent, c'o^l-h-dire ce qui est procédant de lui et inférieur à lui ? mais il donne et commuiii(jue un ôlre incréé à cet être créé, une substance divine et éleinolle à une substance humaine et temporelle, et sa propre personne h notre humanité.

VI. Pour mieux entendre la grandeur do ce mystère, l'état de lagrâce substantielle et Jiyposlalique ipn est communiquée en icelui, el le don singulier (jue Dieu fait de soi-même h celle naïuio humaine, lequel le Fils de Dieu insinue et représente avec em[)hase en ces sacrées paroles à la Samaritaine : Si scircs doiv.im Dei, cl quis est qui loquitur tecum. {Jûun. IV, 10.) IH [>our reconnaître quelle est

(elle présence auguste ol sacrée, et cette hajjilation spéciale que Dieu a en cette humanité, présence ol inhabilation distincte el dilléronle de celle (]u'il a au ciel et en la terre, et cri toutes ses créatures, et môme dans les choses les plus saintes et sacrées, et les plus étroilement cl subtilement conjointes avec lui par sa grâce ol par sa gloire, ilnousfaul prendre lediscours de plu-, haut.

Dieu habite propromeni on soi-uiôrne , et n'a l)esoin d'aucun lieu pour sa demeure; sa domeuro propre el digne de lui est lui-môme, où il habite de toute éternité devant la créalion du monde. Kl c'esl imnginalion de vouloir loger Dieu en des espa( es imaginaires, sa grandeur niérile un meilleur séjour, el rien n'est digne de lui que lui-même, et il est lui-même à soi-même son lieu : Anle omnia JJcHs crnt solus, et ipse sibi et mundu$ el locus et omnia, dit gravement le d0( le Terlullion. ( Contra Praxcain, cap. 5.) Anleqi((un f'.tcercl Deus cœlum cl Icrram, in se ha bitahut Deus, apud se liahilahnt, el npud s: est Deus, dit sainlemenl el doi lomenl le grand saint Augustin. [Jn illn verba psal. cx.mi , 1 : Qui habitat in cœlo.)

Avant (le passer plus outre en ce discours, faisons bon usage de colle pensée vraiment digne <le Dieu el dos docteurs qui nous renseignent; et coiitemplaiit la majesté divine habitant de toute éternité dedans elle-même, l'élirons nos esprits des choses basses, caduques et périssables, élevons-nous f)ar-dessus nous-mêmes, aimons et reiherchons d'ôlre en Dieu, en mémoire et honneur de ce qu'il est ainsi oternelloment dedans soi-même, et l'adorons comme celui (jui e.>t la [)lénitude d'être et de vie qui sullit à soi-même el à loules choses, et comme celui qui est la capacilé intinieà laquelle a!)partieiit de contenir et soi-même et toutes choses par la grandeur el l'éminence, jiar l'élendueet immensité de son ôlre. Or Dieu voulant se communiquer hors de soi après l'intime, rétornelle, l'inolfable coinmunica ion (jui est entre les personnes divines; il a créé le monde, et le monde e^t en Dieu comme en celui qui le conserve el le contient. El Dieu e^t dedans le monde et en toutes les parties du monde comme l'ûme est au corps ei en toutes les parties du corps, dont il a été ap[)elé des anciens l'ûme du monde, el il est ainsi en toutes choses par présence, yar essence, par puissance, sans aucune des imperfections et inconvénients que la politesse de notre sens pourrait appréhender en la manière d'être cl d'existence dedans les créatures.

Car ceux (lui conjoigncnt les discours élevés de la philosophie avec les contemplations sublimes de la théologie, disent sainlemenl el divinement (lue Dieu esl dedans le mondfi n'y étant point enclos, qu'il est dehors le monde, n'en étant point exclu, qu'il est pardessus le monde n'en étant [)oinl plus élevé» qu'il c>t par-dessous ie monde n'en étant point abaissé; qu'il habite dans les choses en les contenant, el non pas en étant contenu j'ar elles ; qu'il donne être, existence et capacité au monde el ne regoil rien du monde,

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

qu'il est infini, iiumesurable et incompréhonsil)le ; et qu'il est celle sphère intellectuelle (le laquelle le centre est [)artoiit, et la circonférence nulle part (13). Or y ayant plusieurs nianières selon lesquelles Dieu e>l et habite ainsi en ses créatures, nous les réduirons à deux générales et principales , auxquelles on peut rapporter les autres moindres cl subalternes. Car Dieu habite dedans le monde par sa nature et par sa grâce; de laquelle reinetlanl le discours à une autre fois, disons maintenant (ju'il y habite [lar sa nature, en sorte qu'il est [)résent et conjoint au monde j^ar deux unions distinctes et diti'érenies en leur principe et oiigine. Car Tunion de la sinq-le |)résence qîie Dieu a en toutes les parties de cet univers, est fondée en la spiritualité, subtilité et immensité de l'être divin, en vertu de laquelle il est plus intimeinenten chaque chose que la lumière n'est (i.'^iis Kîs corps diaphanes qu'elle pénètre et illumine, et que l'esprit n'est dans le corps qu'il régit et anime.

Ce qui a fnit dire à saint Paul : In ipso vilitnus, moveinnr et sumus. {Act. xvn, 28.) Kt l'union de présence et de déjjendance tout ensemble, qui est entre Dieu elles créatures procè.ie de la grandeur de sa majesié, et de j'inlinité de son essence qui remplit le ciel et la lerre, selon .^a sainte parole, et rend toutes choses présentes à Dieu, et toujours dépendantes de lui en tous les degrés de leur être et en tous leurs accidents et circonslanies. Et celte déjienuance est fondée en l'éminence et souveraineté de l'être suprême et incréé, et en l'indigence et la nécessité de l'être créé, qui a toujours nécessairement besoin d'êlre coiijointà Dieu comme à sa cause piemièie, et de recevoir son inlluence continuelle, comme élant en sa déj-endance beaucoup pins absolument que le layon n'e^t en celle du soleil, duquel s'il est \ni ujouient séparé, il perd au même instant son êlre et son existence. Car il semble que Dieu ait voulu nous faire voira l'œil, en ce corps adnnrable de lumière, et en cet aslra de l'univers, qui est roml)re et l'image la plus expresse de la Divinité que nous avons entre les choses visibles et corporelles, combi'Mi tout ce (fui est créé est toujours dépendant de rôtre incréé.

Comme dune le soleil est le premier astre lumineux, est un cori)s et une substance de lumière, est une source vive de tuule la lumière qui se répand au ciel, en l'air et en la lerre.^ H comme celle lumière émanée de lui n'a aucune consistance en elle, mais a un besoin contiimel de la présence de son soleil. Ainsi Dieu est le premier et le suprême existant. Dieu est une substance d'être incréé el inlini. Dieu est une vive source de tout êlre créé, et cet êlre créé est inséparable de l'Hiie suprême et incréé, par la nécessité continuelle qu'il a d'êire toujours adhérent a Dieu, et toujours dépendant de Dieu qui est son origine. C'est pourquoi Dieu porte en ses qualilés celle-ci qui est la principale

()ô) On remarquera que ceci se rclrouve presque imeralemenl dans les iV;isfV$ de l'ascal, cl que ce

et comme sa devise : Celui qui est. [Exoâ. m, \k.) Car c'est son nom propre prononcé par lui-même, et son nom si souvent exprimé en sa parole, et nommément en sa première et publique patente donnée par lui-même à son serviteur Moïse pour assembler un peuple, dresser un état et une république et donner une loi en son nom en la terre. Et c'est ce nom et celte qualité qui tourmente et confond les démons; car ils se voient et ils se sentent si nécessairement, si continuellement, si sensiblement indigents de la présence et de l'intluence perpétuelle de leur Créateur, qu'ils n'en peuvent douter ; et toutefois, ils ont voulu et veulent encore pour jamais s'en séparer.

Ce qui les ruine et les divise non en leur royaume seulement, mais en eux-mêmes et dans le ressort et l'étendue de leur propre essence : ce qui est digne d'un bien plus grand poids et d'une plus profonde considération, car leur essence est nécessairement conjointe avec Dieu, ou bien elle serait au néant, et leur volonté qui est en leur essence, est totalement séjiarée de Dieu. Mais en se séparant ainsi de lui, et s'éloignant par leur volonté dépravée de l'intluence de son amour et de sa bonié, ils ne peuvent pourtant s'éloigner de l'intluence continuelle de sa grandeur, de son pouvoir, de son autorité et de leur dé|)endance. Et ce qui est grandement remarquable, cette division qui est ainsi en leur royaume et en leur essence ne s'arrête pas là; elle passe jusque dans leur volonté même, laquelle est misérablement divisée et séparée d'avec elle-même, par la condition de leur instinct premier, naturel et nécessaire qui les porte au bien : car cet instinct élant imprimé de Dieu dans leur nature angéli(pie en sa création et persévérant en elle tlans les enfers aussi bien que leur propre nature, il se trouve que leur volonté, en cet instinct premier, ne se peut pas séparer de Dieu, qu'elle sait très-infailliblement et sent très-vivement être le souverain bien et le bien nécessaire à toute créature. Et toutefois cette même volonté, en son acte libre et volontaire, s'en sépare de toute sa puissance. Et c(!S esprits malheureux se divisant ainsi d'avec Dieu, ils se divisent premièrement en eux-mêmes d'avec eux-mêmes, vivant toujours ainsi misérables et damnés, toujours conjoints et toujours sé[)arés de Dieu [)ar leur volonté : toujours conjoints à Dieu par leur essence, toujours encore conjoints à Dieu par leur volonté naturelle, et toujours sépaiés de Dieu par leur volonté libre et déréglée

C'est l'état misérable du [^.écheur qui peut bien se ruiner soi-même, mais non pas détruire sa propre essence, laquelle est en état nécessaire d'indigence, d'adhérence et de dépendance de son Créateur, et n'en peut être en aucune façon séparée. Car en cette indigence, adhérence et dépendance consiste la première qualité, la condition universelle, la propriété inséparable des choses créées, et

dernier élail de beaucoup posléricnr au cardinal de liciuUe.

fS3 CRANnKURS DE JESLS. — DISC. VI,

un la |>eiil b bon <ln>ji nommer un degré hvinscoïKlnnl , (iriiiiilir et fond.inicnlal t-ii l'ordre el on Ui^lal, on l'ossenro el en l.i r;.iliir»' do tonl ôlro crd'i', lepud n'est qu'un ôlru |).irliii|i(i, disseiuld.ihlo el non é(niiv(if|nc avec ^a cause preniiùrt', dont rClrc ('^llnlini, existant \>!\v sa |»ro|iro essence el indéiicn.lant. Ce (lui est si vérilal»le(|u'yayanlen la Divinité deux |iersf)nnes divines, ies(|uelles onl n6cossairenienl orii^ine et principe de leursuhsislence ; elles ont en celle émanation inéme une non-dépendance. Tant il est propre cl essentiel h l'être divin et incréé d'ôlre indépendant, et tant il est propre et essontiel à tout être créé, d'ôlro indigent , adhérent et dépendant do son Dieu, de son principe, de son origine, comme n'élanl (|u'un simple ôtre restreint et participé, <pii n'a rien et no peut rien avoir que dans celle condition générale et universelle d'adhérence et de dépendance, qui poito une relation à Dieu et à son principe : relation non accidentelle, mais suh^laniielle; non parti<ulière, mais universelle cl absolue en tous les degrés et en tous les étals de son 6lio ; relation essetitielle, l'erpélueîleet nécessaire vers Dieu, àlaijuelle nousdevons tous correspondre de toute notre |iui>sance en tous étals, en tous objets et en toutes circonstances.

Vil. En (elle vue el pensée, levons nos yeux au ciel, el nos esi»rils à Dieu; élevonsnous en ses grandeurs el nous abaissons en notre néant, et travaillons avec le secours el la prévention de la grûce d'éire autant à Dieu p'jr notre franc arbitre, selon que notre impuissance le peut porter, que nous sommes à lui par la condition de noire nature; et d'être autant adhérents à Dieu par les mouvements de la grûce , que nous sommes adhérents à lui par l'indigence de notre êire. El nous perdant ainsi en l'abîme de ses grandeurs et de noire néant, louonsle de son état heureux, suflisant à soi-même, et ducjuel tout est indigent, soit en la terre, soit au ciel, soit en la nature el en la grûce, et môme en la gloire. El admirons que Jésus sou! par la dignité de sa personne, est sans indigence; que Jésus seul est la plénitude de sullisance et b soi-même et à toutes choses, en tant qu'il encl(jt en soi-même le Verbe éternel qui est son loul, el si on l'ose dire, son tout et sa partie tout ensemble : et qn il est en l'état divin el en Tordre admirable de l'union hyposlaliipje par une voie ineirable qui est sans dépendance. Car eiif ore que le Verbe éternel soit émané et toujours émanant du Père, et qu'il le regarde éternellement comme son origine et "son principe; il esi ofi cette émanation de lui et en ce regard et relation vers lui, el sans indigence elsans dépendance. Et |)arlant Jésus est souverain en cette qualité, et tellement souverain, que môme son être et son élal en notre humanité ne dépend point d'autre que de lui-môme, en tant qu'il l'accomplit el la termine.

Cette proposition semblera peut-être un peu hardie et étrange à quelques-uns, mais cuire ce, qu'elle est autorisée, je les su[)plie un peu de surseoir leurs pensées, et nous per-

COMMUMC. DE DIEU EI^ LINCARN. io4

mellro de la conduire do degré en degré par les vérités do la foi et les maximes de la th('ologie ; et je me promets qu'ils verront ( laireiiicnl conMn(! elle n'inl<'rosse point, et (pic, au contraire, elle honore l'action, l'oiuvre elle pf)Uvoir de la Irès-sainlc Trinité; car il faut soigneusement (•on^idérer (jue le Verbe éternel est tellement procédant de son Pêie (lue, par la [luissance et la vertu de son origine, il est Dieu comme lui, il e^t é^al 5 lui, il est indépendant connue lui : cl parlant il est indépendant emore en son application lerminative de cette nature huniaine, et en son élal, el en sa résidence, et en son adhérence h celle humanité sacrée, accomplissant saintement et divinement son mystère do l'Incarnation [»ar la puissance qu'il a re(;ue de son Père en son origine; el par la volonté de son Père, mais non fiar dé}»endanco do son Père; d'autant que le Père éternel est bien son Pèrr-, mais il n'est pas son souverain en la Divinilé.

Contemplons donc, le Verbe éternel descendant du plus haut des cieux et du sein do son Père, par le vouloir de son Père, mais descendant sans dépendance de son Père. 11 entre en cette humanité comme dans un être? (|iril veut rendre jiropremerit sien, en lui appli([uant sa subsislence, qui ne convient (ju'à lui, qui lui est propre en la divinité, (jui le distingue d'avec les autres personnes divines, cl qui lui convient en indépendance. Il s'apjiroprie totalement cet être créé, il y établit son essence, sa présence et sa l'uissance, il y applique sa personne et sa subsislence, ify Qitit son amour et son bon plaisir, il y fait sa volonté, et y opère le salut de Punivers. Et celle humanité, non en son entité ni en sa création, mais en sou app-arlenance uni(iue et singulière qu'elle a au Vevbe qui la lient unie à soi, et en la déilication excellente et ineffable qu'elle rei^oit de lui en lui-môme, elle n'est point déiiendanle d'aucune autre personne (jucdu Verbe éternel qui ac(om[ilit cet œuvre et ce mystère |iar soi-même, et par ce qui lui est propre en la divinilé : et veut que cette nature humaine soit sa nature, sans être la nature des autres peroonnes divines, en lui communiquant sa (Jivinité, sa libation et sa propriété [tersonnelle.

Or c'est en cette iipj>artenance que consiste son état et ses grandeurs, el tjue subsiste ce suj)rême état de l'ordre et union hyposlatique. C'est jiar celle entrée admirable du Verbe en notre humanité que so fait ce mélange secret cl sacré, sans aucune confusion , de Dieu et de l'homme en l'Homme-Dicu. Et que c"e:l par ce divin ingrédient que se pré()are le remède à nos maux, et la composition inexplicable de deux natures, divine et humaine, en un su})pùt, dont résulte ce divin composé, ce Jésus aiimirable Fils de Dieu, Fils -de l'homme, Dieu et homme tout ensemble. Et ce Jésus qui, en sa nature humaine et temporelle est dépendant de la Trinilé sainte, en tant qu'il enclôt en soi le Verbe éternel , comme sa uropre personne, a une manière d'être en co

COUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE DERULLE

très-haut et suprême élat, qui est sans (lépendance. Au lieu que tous les angos, tous leslioinnies et tous les saints ensemble, pour grands et élevés qu'ils soient et puissent être, sont en toute éternité en tous leurs états, soit de nature, soit de grâce, soit de gloire, avec une absolue, nécessaire et perpétuelle dépendance de la majesté (iivine.

VIU. Ce [;oint est très-haut, très-j^articulier et très-remar(iuable en ce mystère, el tire en conséquence une autre doctrine qui regarde les actions de cette humanité qu'il a plu au Verbe de joindre à soi-même. C;ir les actions de cette humanité, en tant qu'elles sont procédantes de celte nature créée, qui demeure toujours créée en sa nature et en ses accidents, sont bien dépendantes de la très-sainte Trinité; mais en tant qu'elles sont jirojires et appartenant au Verbe, et qu'elles sujjsistent en lui par la subsistcnce qu'il donne à la nature qui les produit, et qu'elles sont vraiment siennes par le droit naturel qui rend et affecte les actions aux personnes agissantes. En ce sens et en cette qualilé elles lui apjiartiennent comme à celui qui est le suppôt de la nature Oj>érante, et elles n'a[ipartiennent pas en celte manière au Saint-Esjiril, ni au Père même. Et s'il nous est permis de parler ainsi de ce qui est inelTable , elles ne relèvent point d'autre couronne et souveraineté que !a sienne proi)re, c'-est-h-dire de ia grandeur de la Divinité et de l'indépendance de sa personne. Car en tant que le A'eri)e éternel est Verbe et Fils de Dieu, il est souverain en la Divinité, et sans aucun souverain qui lui commande.

Le Verbe donc en son vouloir (rèlre et d'habiter, d'agir et d'opérer en cette sienne nature qu'il a unie à soi, est de même vouloir que le Père; mais il est indéiiondant du Père. Et en tant qu'il {)0ssè(le celle humanité par une voie et manière qui lui est pro[)re et [)aiticulière, môme en la Divinité, c'est-à-dire en qualilé de Fils unique de Dieu, et par sa subsistence; il a en sa persornie une sorte de droit et de propriété sur cette nature humaine et sur ses actions, qui ne convient qu'à lui et ne convient [)oint au Père. Car encore qu'il ait naissance de son Père, et communauté d'essence avec son Père, le Père toutefois n'entre point en communauté avec la personne de son Fils en ce droit et pro|)riélé que le Fils a sur ses actions et sur ses soullVances. F^t la déification de celte nature, de ses actions et de ses sout'l'rances humaines est proprement l'action, ou jiour mieux dire l'actuaiion du Verbe éternel, laquelle et lui est propre, et est indépendante en sa [iropriélé personnelle.

Ce qui est digne d'une considération nouvelle et particulière, et rehausse de beaucoup le prix de noire rédemi)tion, relève grandement les actions et souffrances de Jésus, et lui donne un droit nouveau, et un nouveau moyen de satisfaire au Père éternel en rigueur de justice, c'esl-à-dirc ex propriis, comme parle l'école, et [m- des actions qui soient non-seulement très-pures,

très-saintes et très-divines, mais qui soient encore tellement propres à celui qui satisfait, qu'en cette qualilé elles ne soient point dues à celui qui reçoit la satisfaction, c'està-dire à la personne du Père, lequel reçoit pour payement de nos dettes les actions el les souiiVances île Jésus-Christ son Fils, et les reçoit non simplement comme actions et souffrances, mais comme actions et souffrance déifiées, et môme comme indé()ondantes de lui en une certaine sorte et manière. Car la nature, les actions et les souffrances de Jésus sont bien dépendantes du Père élernel en leur condition naturelle, mais elles sont indépendantes de lui en leur état et subsistence, en leur pro[)riété personnelle, en leur déification, en la relation qu'elles ont à un suppôt, et divin, et indépendant; et en l'apiiartenance qu'elles ont au Verbe qui est divinement supposé à cette nature créée, et substitué au droit naturel de la personne humaine qui n'y est point. Et le Verbe est [)Our jamais le propriétaire de cette nature humaine, de ses actions et de ses souffrances, lesquelles toutes sont ainsi au Verbe, et lui appartiennent avec une manière et sorte d'indépendanc^e.

IX. Recueillons en peu de mots ce discours, et remarquons que cetie divinité, indéi)endance et souveraineté de Jésus en sa personne, en son a[)plicalion à la nature humaine, et en son droit, pouvoir et autorité sur elle et sur ses actions, est fondée en la grandeur de son être, en la puissance de son origine, en la dignité de sa naissance éternelle. F^t d'autant qu'il a cette grandeur par naissance, il l'a vraiment, proprement et naturelleuient ; et il l'a en telle manière que l'autorité du Père n'en est point iiUéressée, car c'est de lui (lu'il la reçoit. Ei cette indépendance ainsi divine, ainsi émanée de Dieu, et ainsi possédée de Jésus, est trèsdigne d'être considérée de son peuple, et d'être admirée et adorée de tous ses sujets et enfants. Indépendance clairement exposée en ce discours, et solidement fondée en la puissance du Père à produire son Fils comme indéjjendant; et en la subsistence du Fils donnée à la nature humaine et à ses actions. Qui sont deux fondements divins et immuables en la foi de rF:glise envers les deux mystères principaux de sa créance, à savoir, la Trinité et rincarnalion, sur lesquels est établi et appuyé l'état de la nature unie, et la qualilé humainement divine el divinement humaine de sus actions et souffrances, les(pielles étant humaines en leur condition, sont relevées par la condition de ce mystère, et appartiennent en propre à la personne du Verbe, et ont un rap|)ort excellent àicelle, et un état divin en la proi)riétéde sa i)ersonne, laquelle a un droit et autorité sur cette nature et sur ces actions, comme sur une chose qui esta lui, et qui est à lui parun droit si légitime el natulurel, si puissant et si divin, si naturel et si surnaturel tout ensemble, qu'il ne peut être assez dignement re[)résenlé, ni assez humblcm'.Mit admiré et adoré. Car il Ci-t fonda-

(.11 ANDKI'IIS DE JESL'S. - DISC. VI, COMMLMC. DF DIEU EN I/INCARN.

mcninl h notre snlul, ?» nolro rédemption ol notro gr.iiKlonr <m) rélornilé.

Kt tdutcffiis une vérité si linnto, si importante cl si (li>;n('nuMit lonilée, est rr-piise et l»l;hnéo en (piel'iues nonveniix discmirs qui ( onilnujncnt et eensiirent trop lé^c^ronienl oeil'" in.'iniùre d'nppeler les Actions du Fils de Diiii Imni.iincinent divities et divinement linni.'iini's ; ninnièro do pnrier, 'pii est fondée en l'él.'it propre d(! ce mv^tcre, qui est usitée des Pérès do In primitive Kt;lise, et <|ui c."-t mémo usurpée des auteurs modernes en des ouvrai^es c\celleni>, s'il était h propos de les ,'d léguer ici et «l'interrompre le III de ce tliscours (jui lend h autre chose. Car ce [)oint n'est toin hé qu'en passant; il mérite hien un plus grand disco\n-s et éclaircissement, et doit être remis h un autre lieu pour satisfaire aux auteurs des libelles et avis salutaires vraiment peu solides et salutaires; auteurs invisibles cl ignorés, censeurs <le la piété et dévotion proposée envers Jésus-Christ Noire-Seigneur : laquelle est fondée dans les devoirs et les sentiments pi iuiilifs de la religion chrétienne, K^pielle a sa naissance dans le baptême et en notre renaissance en l'Eglise, et laquelle est autorisée de la voix et du commandement de l'Kglise au catéchisme ordonné par le saint et sacré concile de Trente.

Je voudrais bien que le temps et la patience de ces nouveaux inquisiteurs me permît de poursuivre les autres |)oints de la souveraineté de Jésus sur toutes choses, et f)arliculièremctit .^ur une chose si noble et si divine, et sur un sujet si rare et si oxcelletif, comme sur lui-même, c'est-àdire sur SCS étals, sur ses mystères et sur ses actions. Mais puisqu'il ne leur plaît pas de me donner ce loisir, et que leur procédure m'oblige à avancer cet œuvre, je me contenterai de dire qu'en élevant ainsi l'Klat et les grandeurs de Jésus, et en représentant son indépendance en la Divinité, nous ne faisons | as torl ni à la Trinité sainte ni au Père éternel ; car c'est la même Trinité qui, faisant cet ouvrage comme le chef de ses œuvres, donne lieu à l'indépendance de Jésus. C'est le Père éternel, lequel, par luimême et son Saint-L;s|)rit donnant cette humanité à son Fils, fait que Jésus-Christ Dieu-Homme est subsistant et vivant en cette indépendance : et par ainsi adorant les grandeurs de Jésus, nous adorons en lui Tes grandeurs de son Père, qui le produit dans son éternité, par la puissance inîlnie de sa génération, si divin et si i)arfail, qu'étant origine de lui, il est indépendant comme lui. Kt comme nous adorons dedans la 'Jriniié une origine et une émanation du Fils sans dépendance, ce qui est incompréhensible, il a voulu aussi que nous remarquions et admirions en l'incarnation et humanité de son Fils une chose créée et déftendante, puissamment et divinement établie dedans l'être incréé et indé|>endant.

X. C'est la gioire de Dieu de se faire un tel ouvrage; c'est la gloire du Père de pro-

duire un tel Fils; c'est la gloire et l'état de ' Jésus Dieu-Hormno tout ensend)le, d'avoir i en soi une dé|»endarMe humaine et naturelie, établie dans son indépen<lance divine et personnelle ; et c'e-t In gloire do la vie des honunes, de connaître, aimer et servir un si haut et si divin objet : car il dit luimême 'i Dieu son Père : litre est rila aternn, ut rntinosrnnt tr solum iJntm vrrittn, rt fiupin im'sisli Jrsum (.'hrislum : « Cellr-ci exl In rit ('trrncllr, qu'on te connaisse seul vrai //ieu, et celui que lu as envoyé Jésus - Christ. » (Joan. XVII, '.].) Paroles saintes (pie nous devons écouter humblement, peser soigneusement et méditer f)rolon(lément : car ce sorit paroles de vie, et en leur sujet, puisqu'elles parlent de la vie éternelle; et en leur origine, puisque celui qui les prononce est la vie même, et la vie allant à la mort. Or, en ces paroles, il représente dignement et hautement son état et .sa grandeur, sa mission et sa puissance à donner vie, et lors même qu'il va à la mort, et que ces propos è ses disciples et h son Père ne sont propos que de In mort et de la soutlranco qui lui est proche et imminente.

Lors, dis-jc, qu'il est en cet éiat et en ces discours, cl qu'il sendtle ne paraître que revêtu sim|.lenienl de notre humanité et mortalité, cl qu'il converse comme homme avec les lionunes, et qu'il est attristé au milieu de ses a|)ôtrcs attristés; en leur vue et en leur présence, comme s'il oubliait fiour lors sa condition mortelle et pâlissante, il s'élève, il se joint et s'associe avec Dieu familièrement, comme avec celui qui est son Père; et il s'associe avec lui en la qualité la plus grande, qui est d'être l'objet nécessaire 5 la vie éternelle. El la vie pariant à la vie devant les mortels, c'est-à-dire le Fils au Père devant ses disciples, dit gravement et saintement ces paroles, dignes d'être gravées dans nos cœurs par la [lointe de sa croix et de ses soulfrances : Hœc est vila œterna, ut corjnoscant te solum Deuin vrruin, et qucm misisti Jesum Christum. Et le Fils, en ces paroles, se lie avec son Père, comme influant de la part de son Père et avec son Père la vraie vie dans les âmes, parce qu'il contient en soi la vie et la divinité personnellement conjointe à l'humanité, ainsi qu'il est lui-même essentiellement un avec Dieu son Père.

t;t celle humanité en ses étals, en ses actions et en ses circonstances, fait partie notable et nécessaire de notre créance, conjointement avec la Divinité à laquelle elle est unie en l'objet de la foi et en l'opération de noire salut, ainsi qu'elle lui est unie on une même subsislence. Et encore que Jésus soit établi en deux étals bien diÛ'érents l'un de l'autre, l'un divin et l'autre humain, l'un créé et l'autre incréé, l'un dépendant et l'autre indépendant, si est-ce qu'il est nôtre, et concurrent à notre salut, et en l'un et en l'autre de ses états, et doit être aussi reconnu, servi et aimé des Chrétiens en ces deux qualités que le Symbole de la foi nous propose, c'est-à-dire en sa

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

condition humaine, propre ot naturelle, et en son état divin, étranger à la terre, extraordinaire et surnaturel même dans l'ordre surnaturel de la grâce.

CarJésus est nôtre, non-seulement comme homme , mais aussi comme Dieu, ce qui e^t adndrable. Et le prophète rinvO(iue en celte qualité en ce divin verscit • Bencdicaù nos iJeus, Deus noster, henedical nos Deus , et me tuant eum omnes fines terrœ [Psal. lxvi, 8) : où nous voyons, comme en l'honneur des trois personnes divines, le nom de Dieu est répété trois fois. Et en l'honneur de la seconde personne de la Trinité, la seconde fois que le nom de Dieu est répété, c'est avec addition d'un terme qui raj)|)elle nôtre, et l'appelle seul aussi enlrt^ les autres personnes divines, Deus noster: comme étant seul notre Emmanuel. Et ce pour marque des singulières a|)partenances et appropriations qui rendent le Fils de Dieu proprement et uniquement nôtre parle mystère de son Incarnation. Ce qui a mû ce Prophète de parler de Dieu en celte sorte, et requérir sa bénédiction en cette forme.* Bcnedicat nos Deus, Deus noster, benedicat nos Deus, et meluant eum omnes fines terrœ: « Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse , que Dieu nous bénisse, et que tous les coins de la terre redoutent sa majesté. »

XI. Or comme le Fils de Dieu est ainsi à nous en une façon toute propre et particulière à lui : aussi notre humanité est à îui en une manière qui est toute pro|)re et particulière àelle, dont nous devons apprendre d'être à lui totalement et de toute notre puissance. Car il nous faut soigneusement considérer que cette humanité, dérivée delà très-sainte Vierge, est à Dieu en toute autre façon que toutes les autres choses du monde ; et que Dieu la possède plus saintement, puissamment et divinement, que nous ne saurions entendre ; et que la foi même nous enseigne qu'elle lui appartient par deux voies qui ne conviennent conjointement qu'à elle , et qui sont en elles-mêmes bien différentes. Car au lieu que la nature divine ap|)artient au Verbe par génération et non autrement, et que les choses créées ne lui appartiennent que par création (à laquelle se réduisent, et en laquelle sont fondées toutes les autres voies d'a|)partenances qu'elles ont au Créateur), celte humanité appartient au Verbe éternel jiar création comme toutes les choses créées : et elle lui a(»partient encore [)ar génération, qui est le même titre par lequel lui a;)partient la divinité. Car en l'éternité le Verbe est Dieu, parce qu'il e>l Fils de Dieu, et il est Fils de Dieu, parce qu'il est engendré de Dieu.

(Jr, le même Verbe, qui est nécessairement engendré dedans l'éternité, a voulu être engendré une seconde fois en la plénitude des siècles ; et par celte génération seconde, a voulu imi)rimer en cette humanité le caractère adorable de sa filiation divine et éternelle, laquelle reçoit et elle porte pour une éternité: car il possède celte humanité non simplement comme Dieu, mais comme

Fils de Dieu ; et en cette qualité il lui imprime sa subsistence propre et persoiinelle. Donc comme la divinité appartient au Verbe par le titre de génération qui rend la filiation divine subsislente en la divinité: aussi cette humanité appartient au Verbe parle titre de génération, qui fait subsister en l'humanité la même filiation que nous reconnaissons et adorons subistante en la divinité : et ainsi comme le Verbe est Fils de Dieu en la divinité en laquelle il subsiste [lar génération éternelle; il est aussi Fils de Dieu en l'humanité en laquelle il est vivant et subsistant [lar génération temporelle; selon laquelle le Père dit à son Fils : Ego hodie ijenui te [Psal. ii, 7), comme nous ferons voir ailleurs. Et partant, cette humanité sacrée est ainsi à Dieu et par le titre de création, et par le titre de génération tout ensemble : par le titre, dis-je, de génération haute, divine et inénarrable, qui porte heureusement et transporte divinement du ciel à la terre, de l'éternité au temps, du sein du Père au sein de la Vierge, la filiation divine et éternelle; et la porte en cette humanité heureusement glorieuse, laquelle par ce moyen est transféiée de l'état commun et ordinaire à la nature et à la grâce dans l'ordre unique, suprême et extraordi- Uoire de l'union hypostatique; qui est un ordre et un état de singularité, de sublimité, de divinité et d'indépendance, auquel elle entre par subsistence en la personne propre et indépendante du Fils unique de Dieu.

Et c'est le moyen rare et divin par lequel ce Jésus que le Père éternel nous envoie; ce Jésus que le Père éternel nous donne pour être notre Père, notre Sauveur et notre souverain; ce Jésus auquel il a mis notre vie et notre vie éternelle ; ce Jésus qui est l'objet que le Père éternel nous propose, et l'exemplaire que nous devons continuellement regarder , imiter et adorer; ce Jésus, dis-je, est si grand, si haut et si admirable, qu'en cet état nouveau et en ce sien mystère de l'Incarnation, il se trouve indépendant du Père éternel. Et toutefois ce Roi de gloire et indépendant , et indépendant même du Père éternel, se rend pour nous humblement dépendant d'un Caiphe, d'un Hérode, d'un Pilate, des Juifs, des bourreaux, des idolâtres, de la souffrance, de la cioix et de la mort même. Soyons donc imitant et adorant son humble dépendance; soyons dépendants de ses lois , de son amour et de sa puissance ; et dépendons humblement de celui qui est ainsi indépendant divinement, el que le Père nous donne, et nous donne pour jamais comme indépendant : et lui rendant liommage et servitude éternelle, trouvons heureusement la vie dans sa mort, le repos dans sa croix, le salut en ses plaies, la joie en ses soutl'rances, l'honneur dans ses op()robres , la liberté dans sa cai)tivité, et la grandeur dans son humble et volontaire dépendance.

(;UANnEUI\S DE JESl S. — IHSC. VII, COMML'MC. UE DIEU P:N L'INCARN.

2GÎ

DISCOLHS MI.

nr. i.A roMMiMc.ATioN m: i>ii:i i:\ (k MYSTÈnF.

I, Il (li'pU)re I'av»'u;;I(:inenl des luorlds , lt'Si|iif|.s ay.tiit t.iiil (lo «li'uiis :uix bit'iis iiiiintrlcls ri une gi' ciiiùlc alli:iii('<> avec J(»«iis-()liri>l, s'fii on iiin'iil lu'aiiinoins si pt'u. — II. Triiiiu^ tl'* inyslrifx, rniiiii! ili' personnes, TiiniU! di* ('Diiiiiiiiiiiraiions (liviiu-8. I/I'.in' divin est pail:iiii-nn'iit un t'I parraitcnniil coniinnuii'alth*, cl «-'csl nn des plus glands srinls (|iic la fui nous appr.'iiMC. iNhiis axons en la grandeur l'c l'Iitrc divin i|iio, nous adornns, nni:é vl pliiralilu en 1.^ tli^linriion d*!S peisoinu-s, iiiiilO Cl socit-ic m la loiuiniiniralioii dos piTStinnes, nml»' et fi'roîidiié in l'oin m.ition des personnes. — 111. L'iin arnaiion est une e\-

rressioii et exleiision de la coiiiniunication de )ieii en la saiiilc Trinité, et pareilii-inenl I'Imieliarislie, de la roininuiiion de smi Kds da is riiicarnalion. U.ipporl et liaison tirs liois inys- ItVes que la foi adore : la Trinité, r!n<ai nation cl rKiiciiarislie. Fécondité du l'crc et du Fils dall^ la Trinité, 1 1 locondilé du S.iinl-E^pril tians la nature et la giace. Les productions tant dans l'éti e créé que dans I èire incrcé se tirininenl à riinité , et nous voyons en cela un rapport de l'image au modèle. Dillorence reniar.jnalilo entre les .>ources du ciel el celles de la terre. — IV. Description cx( cliente du cours et du pro^îrès , de l'issue cl du relour du voya'„'e du Vcrlie éleriici sortant du sein de son Père |iour venir à nous. Les unités qui se voient dans les U'uvrcs de Dieu vont a lorml les unités i|ui se trouvent en Dieu. Il y a en Dieu unité u'essence, tinité de principe, unité d'amour; et il y a dans les œuvres de Dieu unité de personne, uiiilc de corps i;l unité d'esprit. Dieu d. seend d'unité en unité, comme par degrés jusqu'à nous, et nous nion'.uns d'unité en unité, comme par de^rés jusqu'à Ditii. — V. Les grandeuis temportUes regirdenl et ado:cnl les éternelles. La communication de Dieu eu riiicainaiion r>garJç.et ailore sa communication en la Trinité. — 'VI. llésidence de la majesté de Dieu en soi-même, en tes créatures el en l'humanité tle son Fils, comme en trois séjours bien diUérents. Contemplaiiui du second Usage de la présence et exisleiK e de Dieu en ses c éaitires. Contempl lion du séjOur de la majesté de Dieu en sui-inèuie. Conteniplat oii du séjour de la majesté de Dieu en riiiiinanite de son Fils. — Vil. Kxplicalion de ces paroles : Linxil le Deus , Dcus liius [l'sal. XLiv, 8),elde celles-ci : Ascendo ad Ueum vicum et I>eum veslru.n. (Joiin. xx, 17.) L'Iiumanité du Verbe ointe, est con>acrée à Dieu par la divinité mcine. L'humanité doublemenl consacrée, c'est à savoir par le don du Père el l'application du Fil-«. Explication de ces paroles de sailli Paul [Col. Il, D) : In iV*o inliubilal uuniis plentludo diii)iiutlis coriioiuliier. — Vill II conlinue a expli juer comme la plénitude de la divinité habile en Jésus-Chri.^i. — IX. Cette habitation de toute la plénitude de la divinité en l'humanité de Jésus est autre chose (|ue sa présence par grâce et par gloire, el c'est u e imiialion Ires-parliculiére de l'habiiation de Dieu eu Ininiéine. Il n'y a qu'en la Tiinité el en ITiicai nation uù il y ait conimunication propre et substantielle de la divinité, ou par essence ou par subsistence. Jesuj-Chrisl , notre médiateur , esl rnuiume pour soullrir la mort méritée p.ir les liomnics, el Dieu pour triompher de la uioil que les hommes ne pouvaient vaincre. Le sacrenniil de l'Incarnation est la source et le modèle des sacreraenis de l'Eglise. AJTeciions sur Jésus- Christ et sou iucarnalion.

I. Un tics plus signalés philosophes de T/inlifiuité païenne et un des plus Krnnds in.iftns (Ml 1.1 iJoilriiMMlcs iiin'iirs (t3*],conloiiipl.'iiil les iiicrvt'illes de ht iiniiiie el la hiicvclé do noire vie liniiiaiDo , tioiive bien (!'li.inge (jue les jours de riiumme soieiil si (ourls sur i.i terre, pour la >|i«''itil«ti»Mi dr; chose de si lonj^iie diirt'M' : et ^c plaint, s'élonnc, s'écri»; : Homo ad iinmorlalium cofjnitionein nimis mortalis. L'iiomiiu.' est trop nioflfl |)oiir la coniiais-^ance d«rs choses iinmorlfljus; et loulelois ce ^rand [ihiloso;dio n'avait lors pf»ur olijet de sn ( oniiaissaiico que la rondeur de la terre , le niouvniient tlos cuMix , la splendeur des jdanétes, et la hcaiilé de ( et univers. (Juel donc eiit 6l6 réloiHHMiienl el rélevenieiil de sou esprit, s'il eûl été (llnx'lien? et si , éclairé conmio nous de la lumière de lu foi, il eiil conçu un nouveau inonde et une terre nouvelle, un nouveau ciel et un nouveau soleil, et un Hoiiiuic-Dicu, (|ui, par son cours el [lar les tnouvfMiients réglés , ou plutôt saintement déréglés, de sa vie soull'ranle et de sa mort divine, obscurcit le ciel, altère les éléments, ébranle la terre, épouvante les enfers, ravit les hommes el les an^es, el par des voies pleines de si grandes tHei veilles, établit un nouvel empire et un empire élernel au monde? A la vérité, l'objet de la contemplalion des Chrétiens est bien durèrent (.e celui des naturalistes, qui n'étudient que dans le livre du monde, et ne s'occupent que dans los sciences |)iol"anes: lesquelles seiublaient insi[)i(les à saint Augustin (Lib. vu Confess., c. 20 , 21), parce qu'il n'y trou vail point le \'erbe incarné, qu'il n'y vo.vail point Jésus-Christ notre souverain Seigneur, et qu'il n'y lisait point l'excès de son amour, les laveurs de sa grâce, et la puissance du sa croix.

Kt si ce philosophe avait raison de se plaindre de la iiaïuie , qui avait donné si peu d'années à l'homme fiour coniem; 1er l'état des choses naturelles : ccimbien plus justement devons-nous nous plaindre de la brièveté de nos jours, pour contempler un si grand objet ! Certes la vie de Ihommeot Uoi» courte pour la contemplalion d'une si grande merveille. Mais Dieu y pourvoit par sa bonté, nous faisant renaître et revivre par sa grâce, et iious l'aisanl immortels pour cofilempler éternellement cet obj.l éternel. Kt nous n'avons à nous plaindre (jue de nous-mêmes, de ce qu'étant si immortels nous protanons notre immortalité, en nous attachant à des choies si mortelles et périssables; et de ce que cet objet immortel nous étant révélé, nous y a[i()liquons si peu notre amour et nospen>ées; et nous allons nous divertissant à tant de choses si petites, si basses et si profanes en la vue d'un sujet si haut, si grand et si divin.

Car puisque le Fils de Dieu veut penser à

nous, veut traiter avec nous, veut s'abaisser

jusqu'à nous; puisqu'il veut entrer même

'.omuie dans les limites de notre être , pour

(13'J Se.neca, De lita beata, c. 3i.

ŒLVllES COMPLETKS DU CARDINAL DE DERULLE.

faire comme partie (l"icelui, et être 1 un d'entre nous; puisqu'il veut être homme comme il est Dieu ; qu'il veut vivre entre les hommes comme il est vivant entre les personnes divines, et qu'il veut ainsi s'appliquer, se donner, nous communiquer h nous et ^ notre nature en une manière si haute , si singulière et si inelTable. Nous devrions certes, d'un vouloir constant et ardent, penser h lui, traiter avec lui, nous élever à lui ; nous devrions entrer en l'abîme de ses grâces et de ses faveurs; désirer d'être semblables h lui, ne vivre que pour lui, et nous donner à lui en l'excès de sa grâce et de sa puissance. Et notre êlre élani redevable non-seulement à sa puissance , mais encore à son amour, devrait appartenir entièrement à Jésus. Son nom, sa grandeur et sa dignitédevraient occuper nos sens et remplir nos esprits ; sa vertu et son amour devraient animer nos puissances et pénétrer les nioeiles de notre âme; son esprit devrait régir notre esprit, animer notre vie, et conduire nos actions. Nos pensées, nos paroles et nos mouvements devraient tendre du tout à lui. Rien ne devrait partir de notre esprit qui n'aspirât à Jésus, et ne respirât son honneur et sa gloire ; rien ne devrait entrer en notre esprit qui ne sentît l'esprit et l'odeur de Jésus. Et comme jiriés de son amour, nous ne devrions voir (}ue Jésus; rien ne devrait contenter que Jésus; tout en lui et par lui nous devrait agréer; rien sans lui et hors de lui ne nous devrait satisfaire; vérifiant en nous ces dévotes |)aroles du dévot saint Bernard {In Cant., serm. 15} : Aridus est omnis aniniœ cibits , si non olco isto infunditur, insipidas est, si non isto sale conditur. Si scribas, non sapit mihi, nisi leyero ibiJesum : Si disputes, aut conféras, non «apit mihi, nisi sonncrit ibi Jésus. Jésus mel in are, in aure melos, in corde jubilus.

Aussi Jésus est le sujet de nos discours et l'objet de nos pensées. Et nous continuons bien volontiers à })arler de Dieu opérant cet œuvre, faisant un nouvel Adam et formant un Homme-Dieu, comme le sujet de ses grandeurs et le comble do ses merveilles. Donc adorant la bonté de Dieu, se communiquant ainsi soi-même à sa créature, pénétrons de plus en [)Ius la communication inetlable de Dieu en ce mystère. Et prenant le point de plus haut et comme en sa source pour le conduire et dériver par certains degrés jusqu'en cet œuvre, voyons comme l'Etre suprême, éternel et incréé, la lumière intellectuelle et la sapience inaccessible, le premier et le principe des êtres, le Dieu vivant et la fontaine de la vie, également aimable et adorable en sa nature excellente et bienheureuse, est incessamment en état d'une communication admirable, selon que la nature et la condition des choses les rend capables de la recevoir. Ainsi il communique aux choses plus basses et [jIus proches du non-ètre une ombre et un vestige de son existence, comme aux cor[)S sim|)les et aux éléments , une ombre de son êlre et de sa vie, comme aux choses végétantes et

sensitives. Et en s'élevant plus haut en son œuvre, il s'exprime et se communique davantage, en imprimant non plus une ombre et un vestige, mais une image plus expresse et une ressemblance plus parfaite de soi-même et de son être vivant et intelligent, comme il se voit aux anges et aux hommes. Et s'ils accefilent la conduite de sa bonté, de sa grâce et de son amour, il passe aussi plus nvant, et les élève même jusqu'à la vue et possession de ses biens et grandeurs, et jusqu'à la jouissance de sa gloire, leur donnant accès, entrée et établissement dans son palais, dans son ji^radis et dans son éternité. II. Mais cet être inlini et admirable, est en un bien plus haut, plus élevé et plus excellent état de la communication de soimême ; car nous avons et nous adorons en la grandeur de nos mystères trois communications très-secrètes et très-intimes, qui sont inénarrables en elles-mêmes, incompréhensibles aux hommes et aux anges, et sont parfaitement et immédiatement divines. La première est la communication éternelle de Dieu le Père à son Fils, en laquelle il lui donne sa propre essence; la seconde, la communication coéiernelle du Père et du Fils, donnant au Saint-Esprit leur essence commune; et la troisième est la communication très-aimable et très-adorable que le Verbe seul fait de soi-même et de sa personne à l'humanité sacrée, tirée de la substance pure et immaculée de la très-sainte Vierge. De sorte que comme nous avons une trinité de mystère en l'état de la foi, selon les discours précédents; et comme nous adorons une trinité de |)ersonnes en l'être de la Divinité, selon les documents de notre religion , nous avons aussi et nous adorons une trinité de communications en l'être divin,qui est le fondement du discours présent. Car l'être infini de Dieu nous est représenté par les anciens comme une s[)hère intellectuelle qui comprend tout et ne peut être comprise. Et comme sa grandeur se clôt, se ferme et se termine en elle-même, c'est-à-dire en la trinité des personnes divines et éternelles; aussi le mystère, le cercle et le secret de la communication propre, immédiate et inellable de cet être de Dieu, se comprend, se consomme et s'accompbt dans lui-même en cette trinité de communication, dont les deux premières sont comprises dans le mystère de la Trinité; et la troisième est réservée au sacré mystère de rincarnatiou, qui ferme, qui enclôt, qui termine le cercle divin et la circonférence adujïrable de Dieu, se communiquant dans soi-même et dans cette humanité sacrée ; et arrête heureusement et divinement le point et la grandeur des coiumunications innnédiatement divines en une personne divine, laquelle est recevant en soi-même et en ^a subsistence une nature créée.

Ces trois communications sont si rares, si éminentes et si singulièies, qu'elles n'ont "ien de semblable en la terre ni au ciel, qui nous puisse servir d'ombre et de figure pour

CRANDELUS DE JEStS. — DISC. VII, LOMMINIC. DE DIEIJ EN LINCARN.

les reprosenter dignemonl. Car leur cxcel- Iciirc el perft'cliori a une dislnnio infinie de tuulos les nulles coiiiiimiiicatidns (|im la nature et la foi nous enseigiienl. I')t elles sont telles (jiie nous les pouvons hien croire et fldorer en la terre parla gr.'îce, et les voir et ronleujpler au ciel par la gloire; mais nous ne les pouvons comprendre ni dans la terre ni dans le ciel, (-.ar elles comprennent l'intini, e'est-h-dire elles (()m|)renneiit Dieu ni^me, ou en sa nature ou en ses personnes, l'.i elles sont si puissantes et si sulilimes, qu'elles contieiuionl el enifiortenl en leur elHcace une communication inelfahle de l'Ktre divin. Communication si grande, si intime et si parfaite, cju'elle rend les |>ersonnes [)rocédantes, coessenlielles avec leur

Iirincipe «';lernel, el rend la nature humaine qui elle est faite, consubsistante avec la Divinité.

Or, en ces deux communications divines, qui sont encloses dans le Père éternel, et qui sont lune tiu Père au Fils, l'autre du Pèie et du Fils el du Saint-F'spril, nous admirons comment une essence toute simple indivi^il^le et inaltérable peut être comumniquée à plusieurs hypostases, et nous adorons en l'humilité de la loi la nature divine, coumie étant et parfaitement une, et parfaitement communicable , qui est un des plus grands secrets de la Diviniié, et un des plus hauts points que la foi nous enseigne. Car le Dieu des Chrétiens est tellement un, que cette unité subsiste en pluralité de [)ersonnes; et partant nous avons en l'Etre divin unité et pluralité tout ensemble. Et celte pluralité n'est pas une diversité de personnes comme disjointes et sé|)arées Tune de lautre, ainsi qu'était le Dieu des manichéens, dont l'un était le principe du bien, et l'autre le principe du mal; mais ces personnes di« vines sont liées d'amour el de société f)ar ensecnble, dont nous avons en l'Etre divin uiiiie\ pluralité el socicfe |)arfaile; société, comme nous dirons ailleurs, qui est le fondemeni et l'exemplaire de toute autre société divine et humaine, naturelle el surnaturelle. Ficelle communication el société des personnes incréées etéiernelles n'est passeoleuient en amour el conformité; mais ce qui est beaucoup plus, el ce qui [lasse l'esprit liumain el angélique (qui ne peut comprendre comme en Dieu tombent les conditions de produisant elde produit], celte communication est fondée en Voriyine et Vétnanation des personnes lun^ de l'autre, ce qui su[)pose en l'âlre de Dieu unité el fécondité. Et partant nous avons en la sublimité de nos mystères el en la grandeur de l'Etre divin que nous servons et que nous adorons, unité cl pluralité, par la distinction des personnes. Nous avons unité el sociétéy par la cou.muni(alion des personnes. Nous avons unité et fécondité par l'émanation des [lersonnes.

III. Or celte communication primitive et éternelle de la Divinité féconde dedans soiméuie, est la cause et l'exemplaire de la commun'icalion tem[)Orcllc que Dieu faii de

OElVUF.S COMPL. DE BÉBLI.I.E.

soi-môine hors de soi-même, h notre huuinnilé, au m.vslèie de rincarnati jn, lequel e^t comme une inntalion expresse et comme une »'tcMduc jtisfpie dans l'ôlrc! créé dfl lél communie alion suprême el inetfable, qui est dans l'être in» réé entre les trois personnes de la IrèA-sainte Trinité. Ft si nous voulons joindre mystères aux mystères, sans toutefois nous départir du Fils unique de Dieu notre uni(jue sujet en ces discours, et sans nous départir encore des communif allons divines, qui est le sujet du discours présent, disons que la sainte Fu<:hanstie est scmblableiiient cruiimc une imitation du mystère de rincarnation el une application et extension d'icelui jusqu'à un chacun des Chrétiens el lidèies, toul ainsi que le mystère précédent de l'Incarnation est une imitation et extension de la communication su()rôme qui est dans la sainte '1 rinité par la communication du Verbe éternel en notre humanité.

El ainsi nous avons en ces trois mystères un môme sujet à contempler et à adorer ; el nous avons un même Fils de Dieu divinement enclos et compris dans ces mj stères de la sainte '1 rinité, de l'Incarnation et de l'Eucharistie. Au premier en l'unité de son essence, au second en l'unité de sa p-ersonne, au troisième en l'unité de son cor|)s. Et par ces trois unités Jésus est vivant en trois étals ditférenls et admirables : c'est à savoir au sein du Père, en notre humanité, en son Eucharistie ; vivant, dis-jc, au sein du Père comme Fils de Dieu, Dieu de Dieu, et principe d'une personne divine; vivant en notre humanité comme Homme-Dieu et comuie principe universel de vie au monde; vivant en l'Eucharistie comme victime de Dieu devant la face de son Père, £t apaisant son courroux en son autel , oii il est communiquant vie de grâce et semence de gloire à un chacun de nous. Trois étals de Jésus, trois étals bien ditférenls, trois états dignes d'honneur, d'amour el de considération biea particulière, trois états procédant de ces trois unités, fondés en ces trois mystères et honorés de trois communications remarquables el adorables en Jésus : celle qu'il reçoit du Père éternel ; celle qu'i'l fait à notre humanité ; celle qu'il fait à son Eglise el h ses fidèles, c'est-à-dire trois communications distinctes, de son essence en la Trinité, de sa personne en l'Incarnation, et de son corps en l'Eucharistie, qui coiUient ces trois mystères différents.

Contemplons donc un peu ces unités, ces mystères el ces commujiicalions, el voyons comme au premier de ces mystères il y a unité d'essence et fécondité de personnes ; au second il y a unité de personne et fécondité d'essence; au troisième il y a unité de corps et fécondité d'esprit. Car en la Trinité nous adorons l'unité el fécondité <le l'Etre divin, l'unilé en son essence el la fécondité en ses personnes divinement produites el produisantes. Le Père produit son Fils en unité el fécondité admirable, el même il le produit cooime recevant de lai une puissant::^

(JEUVRKS COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

et fécondité aJnnrable de produire leSainl- Esprit; et cet fis()rit produit par le Père et le Fils ne produisant rien dans la Trinité, produit hors la Trinité les choses de la na- • ture et de la grâce : celles de la nature, comme imprimant au monde en sa naissance ja vertu productive de toutes choses; celles delà grâce, comme étant envoyé par le A'erbe pour sanctifier toute l'Eglise en sa nais>ance. De sorte que la première puissance et fécondité, qui est celle du Père, se termine en la protluction des deux personnes ■divines ; la seconde, qui est celle du Fils, se termine en la production d'une seule personne, qui est le Saint-Esprit; et le Saint-Esprit ne i)roduisant rien en soi-même, est seulement liant par soi-même les personnes divines produites et produisantes; et il produit hors de soi-même l'ombre , l'image et la ressemblance de l'Etre divin et incréé, en produisant ce monde; et puis après il unit ce monde produit à son principe qui est Dieu, dans le mystère de l'Incarnation, où nous voyons en passant comme un même ordre et progrès dans l'être créé et incréé, et une imitation et ressemblance de l'image au modèle.

Car comme en l'être Incréé les personnes sont produites, et leur production se termine en leur unité i)ar le Saint-Esprit, qui est leur lien éternel et ineffable. Ainsi l'être créé étant produit, ce même Saint-Esprit le lie et l'unit à son principe en l'unissant au Verbe qui a produit toutes choses comme Verbe du Père, et les unit toutes à son Père comme Verbe incarné , par la puissance do son Incarnation , par la grandeur de ses ofiicGS et par l'eflicace de ses mystères. [Joan. I.) Nous y voyons encore un autre point digne de considération p.irticulière, qui est une différence bien remarquable entre les sources de la terre et les sources du ciel. Car les sources de la terre et du temps ont moins d'amplitude et de profondité en leur origine qu'en leurs ruisseaux, qui se vont grossissant et élargissant d'autant plus qu'ils sont éloignés de leur source; et au contraire nous voyons ici clairement que les vives sources du ciel et de l'éternité ont une plus grande plénitude et amplitude en elles-mêmes que dans leurs émanations et productions; et que la fécondité divine, quoique produisant toujours en la Trinité choses égales, se va comme rétrécissant plus elle s"a[)proche de nous et s'éloigne de sa source. Car le Père, qui est la source fontale de la déité et la première source do la fécondité divine, produit en soi-même deux |)ersonnes divines ; et le Fils, qui est la seconde personne produisante en la Divinité, termine sa fécondité en la i)roduction d'une seule personne divine ; et cette troisièiue personne ne produisant rien d'éternel et incréé, produit le Verbe comme incarné. Et ce Verbe incarné, comme nouveau [irincipe d'un nouvel être et comme Père du siècle à venir, produit l'ordre de la grâce et de la gloire, qui se termine et s'étend à la vérité à nous faire dieux, mais nous faire

dieux par participation seulement, et non par subsistence comme en l'incarnation, ni ()ar essence, comme en la Trinité , c'est-àdire se termine à nous rendre les temples de la Divinité communiquée entre les personnes divines et les images vives de cet Etre suprême, divin et incréé.

Et c'est où se termine la communication de Dieu en soi-même et hors de soi-même : en soi-même au Saint-Esprit , hors de soimême en l'esprit saint et sanctifié par la grâce , laquelle ayant ainsi hautement et divinement sa source primitive en la communication du Père au Fils , et du Père et du Fils au Saint-Esprit, il nous est facile de croire et d'entendre que, comme en ce prej mier mystère de la Trinité, selon notre suj> [lositioiï précédente, il y a unité et fécondité tout ensemble , il y a aussi ffareillement unité et fécondité au second mystère, qui est celui de l'Incarnation, en laquelle nous adorons semblablement unité et fécondité, unité de personne et fécondité d'essence ; ce qui est notoire non-seulement en la pluralité des essences qui sont en ce mystère, et qui sont unies en unité de subsistence; mais encore en ce que l'essence divine et humaine sont tellement conjointes qu'elles constituent un nouveau existant et un nouveau principe de vie au monde , comme dit le discijjle de la vie et de la vérité , c'est-àdire saint Jean , en plusieurs endroits. Et celte humanité, par la Divinité présente, /subsistante et vivante en elle, est une source de vie : car en Jésus tout est vie et vivifiant, comme il sera dit au discours de la vie de Dieu en ce mystère. Et celte humanité portant en elle-même, par l'union au Verbe, la divinité et la filiation propre et naturelle (lu Fils unique de Dieu, est une source vive et puissante de la filiation adoptivequi commence en la terre et persévère aans les cieux. i' Au troisième mystère, c'est-à-dire en l'Eucharistie, nous adorons aussi l'unité do ce corps glorifié et accompagné d'une fécondité admirable de grâce et desj)rit. Car ce cor[)S déifié communique l'esprit, l'amour et la grâce de Jésus à ceux qui le reçoivent selon qu'il l'oidoniie en sa parole. Kt ce mystère est une nouvelle puissance du Fils de Dieu en la terre, lequel a voulu en ce sacrement divin , auguste et singulier, imprimer lui-même par son propre corps, par sa substance et par son humanité sainte, res[)rit do grâce, d'amour et d'unité dans son Eglise.

IV. Ainsi, au premier de ces mystères, le Père donne elcommuni(iue son essence à son Fils ; au second, le Fils donne et communique sa personne à notre humanité ; au troisième, le même Fils donne et comn:unique son corps et son liumanitL' aux homme- ; elle Fils de Dieu s'abaissant ainsi de degré eu degré pour honorer son Père dans le mystère de son abaissement, et s'abaissant jusqu'à nous pour nous élever ju.s([u"à lui, doit être contemplé des Clirétiens et adoré en SCS grandeurs et en ses abaissements, et doit être aimé d'eux en la force encore de sou

Soi)

CR\NDEt'I\S DE JESUS.

DISC. VII. ( OMMl MC. DE DIEU EN LINCARN.

«iiiDiir qui lecotijoinl h son l'rro en l'iiniU'' du Saiiil-ICsprit, ol Icconjoinl à notre liunianité cil l'unité lie sn porsunne ilivinr. (!/ir ((tritcmnhnt (H*-. Imut^^ny.st^tx"<, nous vo} ons coniine le Fils uni(Hie do Di(Mi reccvflnl de son I'i'tc sa |iro|iro essence, veut nvec son l'<>re d'un vouloir nécessaire la (.oniinuiiiciuer au S/iinl- Ksjinl, cl est | ort6 par ce rej^ard et cet nniour naturel el rt'ci|iro(j^uc ci\U\\ eux h jirodu're celtcî personne divine, et h s'unir encore à son Père par l'unité de cet Mspril (irodiiil, comme il lui est originairement uni, ou plutôt un avec lui par vmilé d'essence ; cl il veut encore en la plénitude des lem|)s, par un vouloir lil>re et digne d'une reconnaissance inlinie, donner son essence à une nature créée , el s'unir h sa créature |»ar «.a propre sulistance et subsislence. Kt Jésus s'ovançanl dans les voies de son amour el de sa bonté, el'se voyant porter en soi-môme la communication inefTable de la divinité à notre humanité, veut porter cette liumanilé unie à sa divinité dans nos cœurs el nos rorps jtoiir les sanclilier en lui et nous unir «I lui. Kt Jésus s'unissanl ainsi à nous, nous unit à son humanité, el par son humanité à sa divinité, et par soi-môme à son l'ère.

> oilà le cours el le progrès, voilà l'issue el le retour du voyage du Verbe éternel sortant du sein de son Père, et descendanl du plus haut des cieux pour s'abaisser en terre el s'unira notre humanité. Voilà le dessein el le motif de cet heureux voyage et sortie ineiïable, qui est pour nous faire rentrer en Dieu et pour nous élever île la terre au ciel. Voilà l'clal et la fin du mystère de l'Incarnation, mystère si haut et si [)uissant qu'il touche de la terre au ciel et du ciel en la terre, et conjoint l'homme è Dieu, et Dieu à l'hoaime. Mystère aussi qui nous est ligure par cette échelle de Jacob : car les Ecritures nous la représentenlsi haute, qu'en ces deux extrémités elle conjoini la terre avec le ciel , Dieu avec l'iioiume. Et aussi nous voyons comme le Verbe incarné touche la terre cl la sanclilie par son humanité, et touche le ciel et le glorifie par sa divinité; et lorsqu'il était résidant visiblement en terre |)ar son humanité, lors môme il résidait glorieusement au ciel par sa divinité. C est ])Ourquoi le Fils de Dieu parlant de soiluême en la terre, il se disait être au ciel , et disait aux Juifs : Filius hominis , qui est in cœlo {Joan. m, 13) : car il ét^it lors môme el en la terre avec eux, et au ciel avec son Père, d'aulanl qu'en ce mystère , comme en l'échelle de Jacob, les choses célestes y sont jointes avec les terrestres , les plus hautes avec les plus l)asses, et Dieu avec l'homme. Or en cette échelle il y a [)lusieurs échelons, comme plusieurs degrés par le>quels Dieu descend et s'abaisse jusqu'à Ihomme , et l'homme monte jusqu'à Dieu.

Et il me semble que je vois les unilés qui se remar(iuent en la fécondité de Dieu dans les communications divines, par lesquelles Dieu se comrauni(juaiit en soi-môme vient à se ( ommuniqucr jusqu'à l'homme et s'unir à ! homme en llionneur des unilé*; ad-

mirables que l'esprit humain conçoit et ad(Ho en son être ilivin. Car pour un j»lus grand éclaircissement de (<? discours , nous pouvons distinguer comme deux ordres excellents des unilés divines , dont le premier comprend les unilé-^ (jui vont en l'être de Dieu , el io second contient les unités qui «ioiil dans les œuvres de Dieu. Or la {)remière des unités (pie nous adorons en Dieu est l'unité d'essence; unité siiprônu,' el primitive ; unité non originéc, mais (\ui donne lieu à l'origine des autres; unilé qui est la première perfection reconnue et supposée dans l'ôlre divin ; unité qui, par la [)lénilude de sa perfection, est source de la fécondité divine. Kt scdon l'ordre que nous (louvons concevoir entre les choses divines , nous pouvons dire que de celle unilé d'essence vient la seconde unité, qui est l'unité de principe, en laquelle les personnes du Père et du Fils [injduisent le Saint-Esprit, lequel est lui-môiiie la troisième unilé, qui est l'unité d'esprit el d'amour personnel, liant et unissant les personnes divines entre elles d'une unité distincte de l'unité d'essence et de l'unité de |irincipe, de lacjuelle il {)rocède ; trois unités qui sont en Dieu et demeurent toujours en Dieu môme, en l'honneur et imitation desquelles il y a trois autres unités divines comprises au second ordre, que nous avons dit être des unités signalées dans les œuvres de Dieu.

Car le mystère de l'incarnalion, qui est le premier et le plus haut des œuvres de Dieu, et (^ui a pour son principe l'unité d'amour essentiel et personnel qui est en la divinité, est un mystère d'unité, auquel une personne divine va unissant ensemble les deux natures de Dieu et de l'homme. Et cette unité du Verbe subsistant en ces deux natures dillérentes est suivie en l'Eglise de l'unité miraculeuse de l'âme et du corps de Jésus, présent en divers lieux, au ciel el en la terre, qui est la seconde unilé admirable dans les œuvres de Dieu, établie par le divin m} stère do l'Eucharistie. El celte double unilé remarquable en Jésus, l'une en sa |)ersonne en l'Incarnation, l'autre en son corps en l'Eucharistie, eslla source vive de l'unité de grâce et d'esfirit, qui est la troisième unité, laquelle est le principe de la vie nouvelle qui se communique aux âmes dans la terre el dans lé ciel. Ainsi Dieu, selon sa jmissance et sa parole : Aiiin'jit a fine usque ad finem fortiter. [Sap. viii, 1.; Ainsi Dieu, qui est unilé, conduit tout à l'unité, et par degrés distincts d'unités vient et descend jusqu'à l'homme, et l'homme va et monte jusqu'à Dieu, et enfin arrive jusqu'à la jouissance de l'unité suprême et primitive de la divine essence, par la vue, par la lumière, par la jouissance de la glo.re, en laquelle celle divine essence, qui est une et unité tout ensemble, s'imnrime en notre esprit, se communique à iceiuy, et le rend bien heureux.

Ainsi, du plus bas de la terre et du profond de notre néant, nous montons de degré en degré jusqu'à Dieu, el Dieu, du lUus

haut (Jes cieux et du trône de s.i grandeur, vient et s'abaisse jusqu'à nous. Ainsi, en l'élat de la religion nous allons de mystère eu mvstère, d'unité en unité, de comnmuicat on en communication, de nierveilie en merveille, en la contemplation des secrets et vérités que la foi nous enseigne. Et ainsi contemplant Dieu en soi-même, en son étal et en ses œuvres, c'est-à-dire en sa divinilé, en son humanité, et en son sacrement et sacrifice; ou, bien |ilus clairement, en ses trois mystères : la Trinité, l'Incarnation , l'Eucharistie. Nous voyons que sa bonté et sa majesté suprême tendent, par un conseil secret et profond, à réduire tout à unité et à enclore tout, c'est-à-dire le Créateur et la créatin-e, dans un cercle admirable d'unité, et môme tend à les unir au point et au centre de l'unité divine par le mystère de l'incarnation et par l'unité d'une personne incrééc et incarnée tout ensemble.

Car le Verbe est comme un centre admirable d'unité posé au milieu des personnes divines, en ce qu'il est procédant comme l'un, et produisant comme l'autre; posé encore au milieu de l'être créé et incréé par le mystère de l'Incarnation comme médiateur de l'un et de l'autre. Et ce centre d'unité tire tout à Dieu, à soi, à l'unité, par une chaîne forte et sacrée de mystères et unités enchaînées, connue autant de chaînons attachés et liés lar ensemble. Ce qui mérite bien un plus ami»le discours, lequel remettant à une autre fois, tirons à pré.^ent usage de celle pensée pour nous élever à Dieu, nous unir à son Verbe, nous joindre à notre médiateur, nous reniire à rem[)ire de sa croix, nous livrer à son amour, à son esprit et à sa grâce, nous commettre à sa conduite, nous abandonner à ses conseils et desseins sur Dous, et nous humilier et confondre devant lui de ce que nous avons ainsi laissé nos esprits errants et vagabonds en la variélé des choses créées, et nos cœurs divisés dans les objets caducs et périssables, au lieu de les unir à l'unité suprême de la divinité, et de tendre à l'unité de la grâce et de la rie mystique, en laquelle Dieu imprime et communique à l'esprit préparé, purifié et élevé son unité sainte, pour le rendre un d'esprit avec Dieu, et lui faire porter éternellement l'etret aduiirable de cette sacrée parole : Qui adhœret Domino, iinus sjriritus est. {I Cor. VI, 17.) Unité haute et sublime, digne de Dieu et de sa grâce, digne de son esprit et de son amour, digne de ses mystères et de ses unités, et digne de la jmissance qu'il daigne employer à appeler nos âmes, à tirer nos cœurs, et à nous rendre, par une qualité céleste et infuse, disposés et susee[)tibles de l'unité admirable qu'il veut iuiiirimer et communiquer à l'âme par l'ellicace de ses mystères, par la puissance de sou esprit, et par la dignité de sa grâce et de son amour.

V. Mais retournons de nous à Dieu, et do nos misères à ses grandeurs ; rentrons dans le l>oiiU et le centre de nos discours, et remarquons que l'unité, la fécondité, la commu-

nion ineffable qui est en la sainte Trinité est l'objet que la même Trinité va regardant, honorant et imitant dans son œuvre de l'incarnation ; œuvre et mystère d'unité, de fécondité et de communication divine et admirable. Car Dieu est la cause et l'exemplaire de tout ce qui procède de lui; et |)lus les œuvres et les choses sont sublimes et excellentesen elles-mêmes, plus elles regardent en Dieu quelque chose de bien rare et [iarticulier, à quoi elles ont leur rap[)Ort, et dont elles tirent leur source et leur origine.

.Et partant, celte inelfable communication que Dieu fait de soi-même hors de sai-même en la plénitude des temps au mystère de rincariialion, et qui est si haute et si singulière, qu'elle est et sera pour jamais sans exemple dans les choses créées, suppose et regarde comme son exemplaire cette interne et éternelle communication qui est en la divinité, et qui est le jilus haut [lOint et le l)tus incompréhensible que la'foi adore en la divinité, à la vue duquel sont éblouis tous les esprits humains et angéliques. Là il y a un Dieu communiquant son essence, ici il y a un Dieu communiquant sa subsistence; ià il y a un Père donnant sa divinité à son Fils et à son Saint-Es|)rit, c'est-à-dire aux deux personnes procédantes en la divinité; ici il y a un Fils, Père du siècle à venir, donnant sa divinité à l'âme et au corps de l'homme, c'est-à-dire aux deux i)arlies constituant notre humanité; là l'essence de Dieu communiquée aux personnes les rend divines et adorables, ici la personne du Fils de Dieu rend cette chair et cette âme à laquelle il se communique, divine en sa subsislence et adorable en son état; jà il y a une communication naturelle et nécessaire entre les |)ersonnes divines; ici il y a une communication substantielle, mais libre et volontaire de la jiersonne de Dieu à la nature de l'homme. Et cette communication seconde et temporelle regarde celle grande, suprême et admirable communication, qui est la divinité, et comme son exenqjlaire, et comme sa source et son origine. Je dis qu'elle la regarde comme son exemplaire : car elle est si vivement représentée et si parfailement imitée en celle communication seconde, que les Pères ont reconnu l'une et l'autre, et ont prouvé l'une par l'autre, à savoir 1 unité du Fils avec le Père en la trèssainle Trinité par l'unité du Fils avec nous en l'Incarnation et l'Eucharistie, comme ri appert dans les doctes et les graves docteurs, saint Cyrille {In Jean.) et saint Hilaire {De Trinit.y I. iiij, deux lumières vives et ornements rares, l'un de l'Eglise grecque, l'autre de l'Eglise laline.

Je dis qu'elle la regarde comme source et origine, parce que Dieu produisant en soimême veut produire hors de soi-même; et Dieu se communiquant en soi-même veut se comn.uniquer hors de soi-même. Kl Dieu est la plénitude de vie, d'amour et do connuunicalion ; plénitude de vie en son Fils, plénitude d'amour au Saint-Espi>:t, plénitude de communiwUion en ces deux

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