‹ Œuvres complètesChapitre 21 sur 540 · GRANDEURS DE JESUS. — DISC. VIF · texte numérisé non relu

GRANDEURS DE JESUS. — DISC. VIF

pcrionnosiirocétliiiiles; ploiiitiKlocjui pousse au tl('li()t'< (m; Mivslùrc do riiicuiiiilion, mystère iiitir.ible (le vie, d'amour el deiommunicntmii ; ainsi ({ue la |iléniiude d'eau, (lui cil est la source, |lOu^se cl jette coriliuuellomeiit nouvelle eau hors de la fonlaiue et la répand dans les canaux et ruisseaux «pii en dérivent. C)r celle coiinnunication de Dieu hors de soi-cnôme en ce mystère de l'Imariiaiion, regarde, recoi;nail\'l honore cette connnunication parfaite, celle ronimiiniralioii primilivi;, celle conmninication suprême et éternelle, cette communicalion adorable cl aussi adoréecl deslionmies et (lesan(^e>; mais singulièrement et dii,'nemeiit adorée encore par la communication inellahle que le >crl>e éternel fait de son essence et de sa Personne divine à noire humanité par le iuy>lère de riniarnation, mystère qui en sa substance, en son état cl en ses cireonslances adore et adorera incessamment et éternellement celle communicalion primitive qui est en l'élcrnilé entre les pcrs(innes divines. Car le Verbe ét(M'nel comme il piocède du l'ère cl reçoit do lui sa propre essefice, aussi veul-il honorer celle communication divine (ju'il reçoit de son Père, en laquelle consisté son être, son état et sa grandeur, comme nous avons discouru ailleurs, et il l'honore par uti nouvel ôlre, un nouvel état et un nouveau mystère, le(iuol }iorte une communication singulière de soi-même el de sa divinité à notre humanité.

Et comme nous dirons en un autre discours, que le Fils de Dieu naissant en sa divinité a voulu honorer sa naissance éternelle par une naissance lem|)orclie, eta voulu se faire homme en se faisant Fils de l'homme pour honorer la naissance qu'il a de son Père par la naissance qu'il a de sa mère : ainsi le Fils de Dieu recevant de son rère et communiquant au Saint-Esprit la divineessence dedansVélernilé, a voulu honorer cette communication ineffable ()ar sa communication admirable de soi-mârae à notre humanité. En quoi nous voyons comme il est toujours Dieu, toujours Fils et toujours relation à son Père. Toujours Dieu, môme en cette humanité , el toujours Fils regardant , aimant et honorant son Père, môa}e en celle communication nouvelle et temporelle ; el toujours référant à lui sa f>ersonne éternelle et son essence nouvelle.

VI. Voilà l'origine et le principe, voilà la fin haute et dernière , voilà le motif |>rincipal et le vrai exemplaire de ce grand œuvre de l'Incarnation que nous avons à contempler, à annoncer el à adorer. Laissant donc à part el à un autre temps les secrets dignes d'être considéiés et adorés en la communicalion ineffable qui est entre les personnes divines, déduisons par ordre l'élal grand et admirable de la communication que la foi adore entre le Verbe éternel el la nature humaine par le sacré mystère de l'Incarnation ; el remarquons que le ternaire divinement consacré à Dieu en ses

CO.MMUMC. DE DIEU EN L'INCAR.N.

personnes, lui est aussi encore divincnjonl con»«a.ré en ses communicalions divines, ('ar enrore (lue dans la divinité il y ait trois personnes, il n'y a (pie deux comn)uni(;alioiis, c(juuno il n'y a (pie 'leux processions: mais une de ces personnes divines se rf)miiiuni(pi(! doublement, à savoir, le Verbo éternel; car il donne et communique son essence au Saint-Esprit en la divinité, et en l'humanité il donm? el communique sa personne à une essence créée. El par ainsi nous avons trois communicalions vraiment, ijropremenl el abs(diimefit (Jivines, aussi bien tomme nous avons et nous adorons trois personnes divines.

Or en celle communication qui est au mystère de rincarn.ilion, le N'erbe éternel communique sa personne auguste, sa subsislancc propre, >on existence incréée, son essence éler'ielle, sa vertu divine, sa majc>té infinie» sa grandeur, sa sainteté, sa souveraineté, sa vie, son amour, sa gloire, eten un mot, selon rAp(ilre, la plénitude de sa divinité. Ce qui mérite autant de discours comme il y a de l'oints proposés. Mais ceuxfjui [lar une hardiesse et nouveauté inouïe ont osé appeler naguère la théologie un fantôme, et sans théologie osent juger el improuver les doctrines qu'ils n'entendent point, ne nous donnent pas ce loisir. C'est pourquoi remettant le re>le à un auire lemi)S el à un plus ample discours, adorons la présence admirable du Fils de Dieu en celte humanité, el contemplons la majesté de Dieu résidant en soimême, en ses créatures el en l'humanité do son Fils unique comme en trois séjours bien différents. Car il est dans ses créatures sans leur donner parcelle sorte de présence aucune dignité, sainteté ni béatitude ; il est en tontes, de quelque qualitéel condition qu'elles soient, corporelles, spirituelles, célestes, terrestres, bonnes, mauvaises, éternellement heureuses ou misérables, sans les tirer à aucun degré plus élevé, ni à aucune manière d'être dillérenlede leurélat et espèce. Il est en toutes également, sans mctlre en elles aucune différence, el chacune demeure dans les termes et les bornes de sa propre nature et condition ; el il estsim[)lemeutcnt elles, pour leur donner ôlre, vie el mouvement selon leur espèce el les y conserver.

Bien est vrai que cette présence navro puissammeut les cœurs de ceux qui aiment Dieu et rend la plaie de cet amour toujours fraîche et récente, comme ayant toujours intime et présent l'unique objet de leur unique amour. Mais c'est à la grâce qu'il faut attribuer cette sainte navrure ; c'est la grâce qui fait cet effet sur cette présence et non pas la iirésence ; c'est la grâce qui établit une nouvelle manière de la présence de Dieu el donne cette impression sainte et divine, i)ar laijuelle les âmes se voyant être et vivre en Dieu, selon celle parole de son Apôtre : In ipso vivirniis, movemur et sumus. [Act. xvu, 28.) Elles vivent heureuses et contentes en celle vue qui les assure, que rien en la terre ni au ciel ne les peut séparer de leur

OLLVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

unique amour, non pas même l'enfer ; car il n'y a (jue le péché qui ait ce malheureux jiouvoir, lequel est le seul enfer des <1mes saintes et le vrai enfer de l'enfer même.

Or Dieu est ainsi dans ses créatures comme celui qui les comprend, les soutient et es maintient en son être. Mais Dieu est dans soi-même, se comprenant soi-même, car il est compréhensible h soi et incompréhensi- J)le h tout autre. Là il est sans le monde ce qu'il est encore avec le monde ; là il fait et ordonne par sa providence avant le monde, ce qu'il fait encore avec le monde ; là il est sufiisant à soi-même par la plénitude de son être ; là il est vivant d'une vie digne de son essence et d'une vie source de la vie de la nature, de la grâce et de la gloire qui remplit la terre et les cieux ; là il est se connaissant et s'aimant soi-même, et c'est son unique occupation dans l'élernilé, et à son exemple se sera notre vie pour une éternité; là il est bienheureux en soi-même et jouissant de soi-même, et ce qui est sa félicité est l'origine et l'objet souverain de notre félicité; là il est^ordonnant [)ar un conseil éternel toutes les choses qui doivent èlre produites en leur temps, les référant à sa gloire, comme celui qui est le principe et la fin, l'idée et rexem[)laire de tout être créé ; là il habile une lumière infinie et inaccessible, vraiment inaccessible en lui-même, c'est-àdire en l'excès et en l'infinité de sa splendeur, mais rendue accessible par soi-même, c'est-à-dire par la puissance de son amour, et par la lumière de sa gloire ; là il est seul et en compagnie tout ensemble ; il est seul en l'unité et singularité de son essence ; il est en com|)agnie et en compagnie digne de lui et égale à lui par la société divine, parfaite et adorable des personnes qui subsistent éternellement en sa divinité. Et ces personnes divines ne sont pas seulement liées l'une avec l'autre par société, mais sont encore intimement l'une dans l'autre par l'unité de leur essence, par la divinité de leur origine, par la compréhension mutuelle l'une de Tautre , et par Tidentité de l'essence avec leurs relations.

Car le secret de la foi et de la théologie nous enseigne, que l'essence divine, parfaitement une et parfaitement communicable, est une même essence en toutes les personnes divines; que Dieu produit en soi, et non [)as hors de soi, ce qui est égal à lui ; que les émanations sont immanentes; que les [)ersonnes incréées se possèdent, se contiennent et se comprennent réciproquement l'une l'autre, et que les relations divines ne peuvent être conçues sans concevoir la divine essence, quiest formellement une môme chose avec elles, encore que la divine essence [»ar un secret admirable puisse être conçue sans concevoir les relations qui la terminent, qui sont les points sur lesquels les docteurs éial)llssent la résidence intime, mutuelle et réciproque des {.Hirsonnes divines l'une dans l'autre.

VIL Finalement Dieu qui est ainsi divinement et heureusement dedans soi-mêm'^,

a voulu être saintement el divinement en niiimanilé choisie et dérivée de la substance de la Vierge, et y être d'une manière toute propre el [larficulière à la grandeur, à la sainteté et à la divinité de ce mystère. 11 est donc en cette humanité comme en un temple sacré qu'il s'est bâti lui-même de ses propres mains, qu'il a consacré à soi-même, comme son [il us digne el plus parfait ouvrage, el qu'il a consacré à soi-même par soi-même, c'est-à-dire par l'onction et application de sa divine essence. Car c'est de l'onction de la divinité subsistante en cette humanité que les saints Pères entendent ce verset de David :Unxittc, o Deus,Deus tuuSy oleo lœtitiœ prœ consortihus tuis. {Psal. xLiv, 8) : verset que saint Jérôme, saint Augustin et les meilleurs commentateurs de ce siècle expriment ainsi, Unxitte, o Deus, Deus luus, etc. Paroles grandes qui parlent de Jésus- Christ à Jésus-Christ môme, et qui s'adressent à lui en qualité de Dieu, 0 Deus! en qualité d'oint de Dieu, iinxit te Deus, et en qualité d'oint de son Dieu, iinxit te Deus tuus; car c'est ainsi qu'il nous faut faire l'analomie de ces saintes paroles, el c'est ainsi qu'il les faut peser au jjoids du sanctuaire pour en reconnaître le poids et l'excellence.

Remarquons donc comme le Prophète adresse sa parole à Jésus, et lui dit, o Deus, et lui fiarle de squ Dieu, Deus tuus, et dit que son Dieu l'a oint, unxit te Deus tuus; Jésus donc est Dieu, car le Prophète le nomme ainsi en lui adressant sa parole, O Deus ! iésu<> est Dieu de Dieu, Dieu, Fils de Dieu, et a Dieu pour son Dieu, selon cette parole, Deus tuus. 11 est Dieu en sa nature première; il est Dieu, Fils de Dieu en sa I»ersonne; il a Dieu pour son Dieu en sa nouvelle nature. Les deux premières propositions sont évidentes en la foi, expli quons la dernière. Le mystère de l'Incarnation suppose deux natures au Fils de Dieu : l'une divine et l'autre humaine, et par a moyen le Père éternel a deux attributions au regard de son Fils; car il est son Dieu à raison de son humanité, dont il lui a plu le revêtir pour le salut des hommes, comme il est son Père à raison de la divinité, laquelle il a reçue de lui par génération éternelle. Et semblablement Jésus-Christ Noire-Seigneur, comme ayant désormais double nature, a aussi double regard vers Dieu, vers Dieu comme son Père en sa divinité, vers Dieu comme son Dieu en son humanité, de laquelle le Père est Dieu, comme il est Dieu de toute créature ; et en outre il est encore le ,Dieu de cette humanité en une façon particulière, sur laquelle est fondée la vérité et l'énergie de celte sacrée parole, Deus tuus.

C'est pourquoi Jésus-Christ ressuscité disait à ses apôtres : Ascendo ad Patremmeum et Patreni veslrum, Deum meum et Deuin vestruîH (Joan. xx, 17). où il parle ainsi différemment, selon ses dillérentes natures, lesrpielles le Prophète a reconnues par esprit pro[!hétique, et indiquées en ces pa-

caANDEUUS DE JKSIS. — DISC. VII, COMMIJMC. WK DIEU EN L'tNCARN.

roh's : l'nxit le, n Deus, Drus luus. (].ir Jésus est Dieu, csl DitMi do Diru, et est l'oint (lo Dieu; il i-sl Dieu en son osseiK.e élcrncllc, comme le Vire «t commi; le S.iint- Kspril ; il est Dieu tle Dieu et Fils de Dieu eu sa |iei'>oiine divine, ("ivnnt Dieu [lour sctn Père, le (|ui ne convient (|u'à lui enlro les peisonnes divines; il est l'oiiil de Dieu eu son essence lemporelle qui n|»|inrlienl singtilièrcmcnl h Dieu, et lui e^i consncréo ij'une onction toute |inrti(ulière. Jo dis h Dieii Ph' Père, (•••u- c'est lui dn(juol e*l \\nv\6 en ce vei'>ct, et du(juel il est lit nu Fils, Drus /mus; cVst lui h «pii appnrtient d'ôlro le Dieu de son Fils incarné; c'est lui h (\m a|i|iartient d'envojcr et donner son Fils, et c'est lui (jui p.ir un ammir inelVahle le donne h celle humanité, ef, par ce moyen se rend le Dieu de celle hunijuiilé, l'ti une façon si lianlc et si cxc(dlenlc. (ju'elle ne lui convient (pi'au regard (r(dle, et ne lui convient pas au re;;ard des autres créatures.

Kt le Père éternel lui donnant son Fils, il lui donne en ce Fils la même ilivinité (pi'il lui a doiujée en l'engendrant dedans l'élernilé, et ainsi il est sinj^uiièrcment le Dieu de celle humanité, non-seulement par sa grâce, mais par sa divinité même, i)ar laquelle il la consacre en lui conférant l'onction de la divinité qui rend cet homme Dieu, et (jui communique à la nature humaine l'essence, la subsislence et la filiation divine. Ce qui rend complet le sens de ces profondes paroles : L'nxit te, o Deus, Deus tuus, olco lœtitiœprœ consortibus tuis. Car il nous faut toujours remémorer que celle sacrée humanité ne reçoit pas seulement en ce mystère l'onction de la grâce accidentelle, mais reçoit et porte l'onction de la grâce substantielle, c'est-à-dire l'onction de la divinité que le Fils de Dieu a reçue de son Père, et qu'il communique à cette humanité, en vertu de laquelle cet homme est Dieu vraiment, [larfaitemcnt et substantiellement; cet homme, dis-je, qui s'appelle Jésus, seul entre tous les enfants des hommes, est Dieu par Qvàc.e incréée, est Dieu par onction divine, est Dieu par communication de substance et subsislence divine, est Dieu par .a divinité mémo, à raison de laquelle le Prophète dit h Jésus ces saintes paroles : 0 Dieu, ton Dieu f'a oint d'huile de liesse pardessus tes compagnons.

D'où nous recueillons deux sortes de consécration de celte humanité : l'une par le Père qui lui donne son Fils, l'autre par le Fils qui se donne soi-même à elle; toutes deux ilignes d'un discours [ilus ample, toutes deux indiquées en ce verset, qui nous représente de grands mystères en i>eu de mots, et les rap|)orls admirables du Père au Fils, en qualité de Père, et en qualité iJe Dieu; et du Fils au Père, en qualité de Fils, et en qualité de Fils incarné, et de celle humanité à tous les deux, d'autant qu'elle apl)artienl au Père comme l'humanité de son Fils, et elle ap|)arlient au Fils connue son humanité propre. Mais laissons celle déilur- UOi\ u l'exjiosilion i>lus ample et i)lus claire

lit; ( e verscl à un aulrc temps, et retournons h adorer Dieu en cettr' humanité. Car il est en elle (omiuk! en l'arche, non comme vn rnr<;lio de l'-Vricicn Testament, mais (omme en une arche nouvelle, nr( lie de nouvelle alliance, où il a mis l.-i pro[)iliation du genre humain, où repose la manne de la Divinité, où il rend ses oracles, et où il reçoit les adorations de son (leuple et de s(»n Israël ; non en un coin de la Judée, mais en l'univers; non en la lerre seulement, mais au ciel, et non pour un teiujts, mais |)Our une éternité.

Bref il est en cette liunwnilé comme en celle f|ui ne porte pas seulement la marrpjc et la présence de sa divinité h la façon des chosi's les plus saintes, les plus glorieuses ei les plus élevées, mais en une façon qui lui est toute propre et singulière, et en une manière si haute et si auguste qu'elle semble être ap|irochanl, imitant et adorant l'existence, le séjour et le repos mie Dieu a dans soi-n)ê:ne. C'est ce qui a lait dire à saint Paul, parlant de Jésus-Chri>t : lin lui habite toute la plénitude de la divinité cnrporellement : « In ipso inhabital omnis plcniludo Divinitatis corporaliter. » [Col. ii, 9.) Texte sacré, profond et mystérieux, qui contient en ce peu de mots trois parties et j)ro|)Ositions grandes et importantes à la dignité de ce mystère; la présence et habitation de la divinité en Jésus, la (ilénitude de la divinité qui habite en lui, la singularité de celle habitation, déterminée à la condition propre de ce mystère par cette parole corporaliter. Car c'est la Divinité môme, et non |)as une grâce ou un rayon d'icelle ; c'est la substance môme de ce soleil incréé et de cette lumière divine et personnelle qui habile en Jésus, m ipso inhabitat, «te. Et la Divinité n'habite pas en lui selon quelqu'une de ses perfections seulement, mais c'est toute la plénitude de la Divi-nilé qui y habite, omnis plenitudo Divinitatis ; et cette plénitude de la Divinité habite en celte humanité réellement et uniquement, substantiellement et personnellement, selon la plénitude et énergie de ces sacrées paroles : In ipso inhabitat omnis plenitudo Divinitatii corporaliter.

Mais réservant les deux derniers points a un autre discours, considérons ici maintenant le premier; et remarquons que Dieu habile bien en toutes choses, mais ce n'est pas de celle sorte d'habitation dont parle saint Paul : il veut dire chose plus grande et plus rare d'un si grand œuvre et d'un si rare sujet, et il ne faut })as rabaisser la grandeur des mystères et des oracles divins, selon la petitesse de notre sens et de nos pensées», en les contem|)lant et considérant ; il les faut mesurera eux-mêmes, et à leur dignité propre, et non à nous et à notre bassesse; et il nous faut élever et proportionner à leur grandeur.

Vlll. Dieu donc ayant deux sortes d'habitation, l'une en soi-même, l'autre en ses créatures : celle qui est propre à ce mystère, celle dont parle ici cet apôtre, celle

qui attribue à Jésus, regarde et honore la grandeur et la dignité de l'iiabilalion de Dieu en soi-même, comme son modèle et son origine, et non pas celle qu'il a dans ses créatures. Et ce n'est pas cette seconde sorte d'habitation que ce texte de saint Paul nous représente ; ce grand Apôtre a un sens [)lus grand, plus saint et plus élevé. Et comme ce mystère est tout singulier et propre à la Divinité, aussi cette présence et hal)ilalion de Dieu en l'humanité, qui convient à ce mystère, et qui est exprimée par ces paroles, et qui est propre à Jésus et n'appartient qu'à lui, n'est pas cette habitation de Dieu qui est commune et ordinaire aux choses inanimées et insensibles, aux choses bonnes et mauvaises, aux choses corporelles et spirituelles, aux choses de la nature et de la grâce; cet aigle des apôtres va plus haut, j)erce les nues, passe les ordres des choses créées, s'élève au trône de la Divinité, et là fiche et arrête sa vue sur Dieu même.

Et y ayant en Dieu distinction d'essence et de personne , ot pluralité de personnes distinguées entre elles, et une sorte de résidence et inhabitation propre et particulière des personnes résidantes l'une en l'autre, et en la divinité qui leur est commune ; cet aigle des apôtres en la contemplation de ce mystère pose et arrête sa vue sur Dieu et sur cette habitation que Dieu a en soi-même, et de le fond et s'abaisse jusqu'à nous, pour nous dire cette parole, et y enclore un sens haut et élevé, digne de la sublimité de ce mystère, et digne encore de son vol et de son ravissement jusqu'au troisième ciel. Cette habitation donc exprimée en ces sacrées paroles, est une habitation de Dieu, qui tire à soi cet être créé dans lequel il habite, qui l'élève par-dessus tout être créé, et le conservant en sa nature humaine, lui donne être dans son être, le joint, l'unit, le déifie en soi, en sorte qu'il n'a aucun être que dans l'être incréé; comme si Dieu voulait imiter et figurer en un sujet et en une nature si basse, comme est la nature humaine, l'état des personnes divines et incréées qui n'ont subsistance et existence que dans la Divinité, et lesquelles étant distinguées entre elles, elles ne laissent pas, d'être une même chose avec la divine essence. Car ainsi cette humanité demeurant en la distinction et diversité, de sa propre nature sans altération et confusion aucune, a une même subsistance et existence avec la Divinité, et Dieu habite en cette sorte, rare, singulière et excellente, en Jésus.

Et à proprement parler, cette nouvelle et singulière présence de Dieu en cette humanité est une imitation divine et une expression formelle que le Verbe éternel a voulu fctire en contemplant la manière d'être ei de résidence que \e< personnes divines ont l'une en l'autre, et en leur unique et commune essence : objet grand, rare et élevé 1 oljjet digne d'être imité 1 et d'être imité jiar un si puissant et si rare ouvrier comme le V rhc éternel, qui est la connais-

sance, la sapience et la puissance du Père, et par lequel toutes choses ont été faites! objet rare et qui ne pouvait être imité que par lui, ni exprimé dignement qu'en un mystère singulier 1 Car une chose si haute et si grande ne pouvait pas être exprimée suffisamment en l'ordre inférieur de la nature, ni même en celui de la grâce ordinaire. Cela était réservé à l'ordre surpassant la nature et la grAce ensemble, et les joignant d'un lien nouveau en les surpassant. Et dons cet ordre suprême et nouveau, Dieu qui est et habite en toutes choses, ou par sa nature ou par sa grâce, est et habite en cette humanité et |)ar grâce et f)ar nature ensemble. Par grâce, mais grâce incréée, grâce substantielle, grâce |)ersonnelle, grâce qui surpasse et qui fonde toute grâce. Par nature, qui se rencontre ici avec la grâce, et ce qui est beaucoup plus, qui est la même grâce; grâce en sa communication au regard de nous, et nature, en sa condition au regard de Dieu. Car c'est la nature et substance de Dieu même, qui est la grâce communiquée personnellement à cette humanité et qui la sanctifie et déifie en lui.

Dieu donc voulant habiter en cette humanité par cette grâce substantielle, divine et incréée, qui est sa propre nature , et par sa nature, qui est cette grâce suprême, laquelle il daigne uniquement conférer à cet être créé; il veut habiter en cette humanité en une manière si haute et si sublime, et si digne de lui-même, qu'elle est une vive et vivante représentation, et une imitation parfaite de celle en laquelle la Divinité habile en soi-même et ses personnes en elle. Cette pensée est grande et haute, est digne de la conception de l'Apôtre qui prononce cet oracle, et est bien digne encore de ia grandeur de ce mystère, qui porte la plus digne, la plus efiioace et la plus sainte présence que Dieu puisse avoir en aucune chose créée, et la plus approchante de son séjour et de son repos dans lui-même. Mais nous ne pouvons pas suivre le vol de cet aigle, et le ravissement de cet Apôtre en la vue et intelligence de cette vérité. Allons et suivons pas à pas, et conduisons nos esprits comme par degrés essayant du plus bss de les élever par ordre au plus haut [)oint de (•ette présence.

IX. Disons doncque la présence de Dieu en la nature humaine par ce mystère, ne doit pas être conçue et considérée comme une présence nue et simple et une pure indistance de quelques choses sans rapport et liaison les unes aux autres ; ni comme une présence de Dieu purement naturelle, et suivie simplement de l'usage do son {)0uvoir créant et conservant la nature des choses dans lesquelles il habite; ni comme une présence de Dieu, suivie et accompagnée de son amitié, de sa {)rivaulé et familiarité avec l'âme, comme en la grâce, ou bien même de son amour accom()li et de sa jouissance parfaite, comme en ia gloirej mais doit être conçue comme une présence toute propre et particulière à l'état unique et siu-

t8i (;randel'Rs de jksls. — Disc. \ii, commimc. de diel en uncarn.

(i^tilicrdo (0 nouveflu myslùro ; une prést;n(e imilnril le s(.'jf)ur , le repos et la coiiiiumiicaliori élernellode Dieu en soi-m<^rne; uimî ))r6son(e o|M'T.«nt ol aduniil rell(* Inniiaiiilé d'un nouvel (^Irc el d'un ôtrc divin cl iiicrét^ (^.•ms int(^r(^l el sans confusion ni (Je l'un ni de l'aulre), r'osl-à-dire une (»ré>enio de Dit'U a|)|)lii|uanl h eeltc iiuiiianiié la divinilô de .son cisence, rinliniié dt> sa puissance, la singulai ilù de son amour, la propriélù de sa suhsislencc l'aclualilô de son existence el l'inliinité, la prot'ondilé, la plénitude do son 6lrc divin, sujirôtne el incréé. Bref, une telle sorte de présence, que celle humanité en reçoit une communication de Dieu si vive, si haute et si parfaite, si secrète, si intime el si particulière, qu'elle est pénétrée de son essence, qu'elle est viviliée de son Ksprit. qu'elle est existante de son existence, qu'elle est soutenue île sa sulisistence, et (ju'elle est déifiée de son V(»rbe.

Car comme Dieu le Père habite en soi et a son repos dans soi-même, en telle sorte et manière qu'en cette habitation et dans ce repos il communique incessamment son essence aux personnes divines , au->si Dieu le Fils habile en cette huii;anilé el se repose en elle, en lui communi(|uanl incessamment sa propre subsistence. Ht le Verbo qui habile en son Père comme en son Père, veut habiter encon' en celle humanité comme en sa proj)re essence; car il la rend f)ropre et sienne par cette subsislence. Telcment que comme il a sa demeure el son rej)0s en la Divinité comme en son essence éternelle, il veut encore [)rendre son re[)0S et sa den)eure en celle humanité comme en son essence nouvelle, et veut y habiter désormais pour une éternité.

Et il n'y a qu'en la Divinité seule et en celte humanité où Dieu se trouve ainsi présent, ainsi habitant et ainsi résiliant el occupé en une ineffable et substantielle communication de lui-même. Car on la Urre il y répand sa t;râce, au ciel il y donne sa gloire; mais il n'y a qu'en la Trinité el en l'Incarnation où il y ait une communication propre, immédiate el substantielle de la Divinité, ou par essence comme en la Trinité, ou par subsislence comme en l'iniarnalion. Deux mystères el deux communications distinctes, et toutes deux propres, singulières et adorables en la Divinité. Car en l'un Dieu communique son essence , el en l'autre il communique sa subsislence, qui est une même chose avec son essence; en l'un Dieu est Père en donnant sa subsislence à son Fils, et en l'autre Dieu est homme donnant sa subsislence à l'humanité. Et par un moyen si rare, par une communication si puissante el divine, Dieu est homme, et l'homme est Dieu ; Dieu est homme se revêtant de notre humanité, el l'homme est Dieu subsistant et vivant en la Divinité. Et il y a au monde un médiateur de Dieu et d«<s hommes, lequel est homme, pour porter la mort que les hommes ont méritée; et est Dieu pour triompher de la mort (juc les

hommes ne pouvaient vaincre cl pour leur dfjMin'r sa vie cl son éternité.

lu c'est le Fils unique de Dieu, le<|uel est ce médiateur, lequel sest fait homme pour les hommes, et le(|uel, par un amour el un pouvoiruilmirable, nous ébve en s*/i baissant, noiis^lorilieen polissant, nous déilie en s'humanisa ni, el nous éternise en mourant, lit ainsi se préparu l'icuvro tant désiré de la Hédemplion : et ainsi s'établit et s'introduit au monde le très-grand mystère de rincarii.ilifjiMpji le doit accomplir : mystère (pjesainl Paul «lève el maj^iiilie en ces grandes par'des: Mnnifiste luwjnnm rut pielalin sarramentmu, quod tnanifi'stdiumrst in ciirne,justi(iratHm est inspirilu, appnruit anijiUs, prœdicatum est (jentihus, cr''(lilttm est in tmtndo , assumpttim tst in tjlnria! « (ïrund sans conlndii est le viijsif're de pif-té, leipiel est trianifrstr en chair, justifié en esprit, vu di s an(/fs,prrclir aux (jrntHs, cru au monde et enlevé en (jloire. » ( 1 Jim. m, tG. ) .Mystère grand qui commence en terre et finit au ciel, où Jésus est h la droite du Père! Mystère grand, qui, conjoijiiianl la terre avec le ciel, conjoint Dieu avec Ibomme el le conjoint pour une éternité 1 Mystère grand et d'une grandeur et qualité opposée à celle du mystère de la Trinité, car l'un est grand en sublimité , l'autre est grand en humilité ; l'un est naturel et nécessaire , l'autre est libre et volontaire 1 Mystère grand et vraiment grand en dignation, en amour, en piété, digne de porter ce beau nom (?t ce bel éloge que lui donne l'Apôtre : Maynum pietatis sucramcntum !

Et Selon la nature des sacrements, ce mystère et ce sacrement est composé de deux natures, l'une interne, l'autre externe ; l'une divine, l'autre humaine ; l'une visible, l'autre invisible, comme étant la base, l'origine et l'exemplaire des autres sacrements, qui sont tous, h son exem|»le, comiiosésde deux natures par rapport au Verbe incarné, lequel a voulu peindre et figurer dans ses œuvres et ses sacrements en son Eglise, son mystère de l'Incarnation, qui est sat^rement des sacrements, et a aussi une manière -Je grâce plus divine et plus auguste que les autres sacrements particuliers; etest un sacrement et mystère j'iein de Dieu, plein de grâce, filein de lumière, qui contient et manifeste le Dieu invisible en la chair visible de riiommo, et sauclilie l'humanité de la divinité, selon ces belles |)aroles : Manifestatum est in carne, juslificatum est in spiritu. Mystère puissant el universel, qui répand ses rayons et ses effets partout, donnant lumière aux anges, et salut au monde ! Ap~ paruit angelis, prœdicatum est gentibus. cre~ diturn est in mundo. Mystère tout divin et tout céleste, qui de la terre s'élève au ciel, y établit sa demeure |ierinanenie, el nous tire et appelle tous en la gloire : Assumptujn. est in gloria, digne fin et couronne d'un si grand my:.tère! dont soit béni pour jamais Dieu en soi-même, et en son Fils unique Jésus-Christ Notre-Scigneur, que le Père nous a voulu donner par un amour et par un don singulier eu ce mystère ; et aussi il

îi'ap[)(;lle lui-m'^tne le don de Dieu en ces belles paroles qu'il a dites à la Samaritaine: Si sci7'es donuni Dei: « Si tu savais, ô femme, le don de Dieu. » {Joan. iv, 10.)

Donnons-nous donc à lui, car il est le don (lu Père, et lui-même se donne 5 nous : soyons à lui, car il est à nous, et il est tout à nous; en sa divinifé, nobis datus, en son humanité, nobis natus, ce dit son prophète et son Egli.se. Allons à lui, car il vient à nous; et il a les paroles de vie éternelle. Adhérons à lui, car en lui notre humanité est adhérente à sa divinité. Aimons-le, car il est notre vie, notre gloire et notre amour 1 Adorons-le, car il est Dieu, il est notre Dieu, Dieu el homme [)Our jamais. Et l'aimant, le louant, le bénissant en ses grandeurs et en ses merveilles, aspirons à lui, respirons sa gloire; désirons qu'il nous bénisse et qu'il soit reconnu, servi et adoré par tout le rond de la terre. Et finissons, en ce souhait et en ces jiaroles de son Prophète : Benedicat nos Deus, Deus noster, benedicat nos Deus, et meluant eum 0}n7ies /ines terrœ. « Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse; que Dieu nous bénisse, et que toutes les parties de la terre, viéme les plus éloignées, révèrent et adorent la (irandeur et la puissance de sa majesté. 'Psal.L^M, 8.)

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