LVI. DE l'gblation de jésds 4u temple
Conduite admirable de la sapience divine de Jésus enfant. Il est porté par les bras de sa Mère, mais il réyit l'esprit de sa Mère, comme enfant qui est homme parfait. La grâce de son âme est une grâce qui te déifie ; c'est une grâce substantielle ; c est une personne divine qui remplit son être naturel et humain. Les pensées de l'âme sainte de Jésus allant a Jérusalem. Jésus sait du conseil de Dieu sur soi ce que sa Mère ne sait pas ; et il emprunte la langue de Siméon pour lui en découvrir quelque chose.
Il semble qu'il prrntl plaisir d'aller reconnailrr le lieu où il xoujfrira un jour pour le salut du monde.
Il V a de quoi louer Dieu et admirer la rondiiile de son Fils unitjiie, en l'étonomie' d«î sa vie sur la terre. (^(îsl la sapience éternelle el incréée, niais incarnée, mais cachée et non absoroée par son enfance. Il faut contempler comme elle dispetise el ordonne les actions de ce divin Krifant, comme elle conduit ses pas, ses mouvements, ses regards. Cette économie el dispensalion est divine et admirable. Ne «considérons [las seulement la lettre et l'écorce du mystère ; penélrons-en la moelle, l'intéiieur el l'esprit. Celui qui est transporté de Hethléetn en Jérusalem, est enfant quant au corps, mais non pas (juanl à l'âme. S.i mère lo porle entre ses bras, car ses petites jambes, par son enfance, ne lui peuvent pas encore rendre cet office ; mais l'esiiril de l'enfant conduit la mère, l'anime cl l'inspire en ce voyage (juo la mère accomplit par l'instinct de ce divin enfant. Fnfant (juant à la proportion des membres de son corps ; mais homme parfait quant?» l'âme. C'est une âme déifiée, quant à la grâce ; c'e^t une grâce substantielle quant à la personne, et personnelle quant à l'être divin qui rem[)lil cet être humain. H est ca[)able en cet état de régir et le ciel et la terre, et les hommes el les anges. L'esprit qui anime cet Enfant, ce n'est qu'un même esprit qui repose en cet enfant, et qui conduit la mère. Ainsi Jésus accomplit ce voyage avec un parfait usage de son esprit, dans un usage divin de soi-même, il sait que c'est en Jérusalem où il va ; il sait que Jérusalem est le lieu jirédit par les prophètes, el consacré à ses souffrances ; il sait que c'est le lieu qui doit être honoré de sa présence, qui doit résonner de sa parole, qui doit être étonné de ses miracles, qui doit être arrosé de son sang, qui doit être signalé de sa mort, de sa sépulture, de son élèvemeni au ciel. Là il va comme en un camp clos, pour considérer de bonne heure le champ du combat où il doit vaincre le diable el le péché ; el le lieu saint où il doit offrir son sacrifice à Dieu pour le salut de l'universel pour la gloire de son Père. C'est pourquoi il veut que son [iremier voyage soit en ce lieu, que son premier mouvement soit d'y aller, que ses premiers regards soient employés à voir ce temple, celle ville, ces rues, cette porle par où il doit passer un jour chargé de sa croii , mais plus encore de nos offenses ; à voir ce jardin des Olives oiï il doit souffrir, ce mont de Calvaire où il doit mourir, ce mont d'Olivet où il doit, bénissant la terre, monter au ciel. Comme Jésus ne vient en la terre que pour mourir, il veut que ses premiers pas et ses premiers regards soient emfdoyés au lieu de sa mort el souffrance. Voilà les premiers voyages et les premiers regards de Jésus en la terre. Ce sont les pensées de Jésus élanl entre les bras de sa très-sainte Mère; mais ce ne sont pas encore les pensées de Marie. 11
la conduit au temple pour en apprendre les premières nouvelles, et il se sert de la langue de Siméon pour les lui dire, ce divin Enfant ne pouvant pas encore délier sa langue pour les lui dire lui-même. Ainsi dans jieu de jours il empruntera du ciel une langue angélique, pour dire à Jose[»h qu'il faut fuir en Egypte, comme il emprunte maintenant la langue d'un homme juste, pour dire à Marie (ju'il faut entrer en douleurs. Ainsi ce divin Enfant en sa petitesse et en son irapuissance, comme Seigneur du ciel et de la terre, fait servir le ciel et la terre à ses ordonnances, et emploie les hommes et les anges à manifester les ordonnances du Père éternel sur lui, en attendant qu'il les puisse publier et révéler lui-même.
L> IL DE l'gBLATION de JÉSUS AU TEMPLE.
Ce mystère est un ly^ysiêre de lumière et de 7nanifestalion ; et toutes les rnanifestations intérieures et secrètes que le Fils de Dieu fait de soi-même aux âmes y relèvent de cette première.
Il y a lieux sortes de manifestations de Jésus-Christ au monde : l'une publique et ordinaire, qui est celle de la foi ; l'autre plus intérieure, secrète et extraordinaire. La première commence en la Nativité ; la seconde en. la présentation de Jésus au temple, où en une manière singulière il se découvre à Siméon et h sainte Anne la prophéiesse. De sorte que toutes les manifestations intérieures que Dieu a faites de[»uis, et fera aux âmes saintes et dévotes, sont fondées en celles-là. Honorons cette manifestation, et jirions Jésus qu'il nous rende capables d'icelle. Nous avons à désirer cela pardessus toutes choses, et chercher toujours une plus grande alliance et connaissance du Fils de Dieu, laquelle nous sera donnée par Je moyen Je cette manifestation.