OEUVRES COMPL. DE DE BÉRULLB
blique du Fils (le Dieu. Or en celle première semaine, nous (ircndrons la demeure de (juaranti? jours du Fils de Dieu au «léserl; c'est un état d'Iiumilialion et de bannissement opéré par le Sainl-F^prit, lequel (*x] ose le Fils de Dieu aux bêles : lirai Jtsus cum beslUx [Marc. I, 1.*};, et même à l'esprit malin, utlfntarrlur a ilinholo.{MaUh. iv.l.yOli ! quel abaisscmeiil! (j|i!ip:e!le luimilialiori!«pje Dieu réduise son propre Fils, son Fils unique, son Fils bien- aimé 5 la compagnie desbôlesl et qu'il soit obligé à cela par les lois- de sa justice, et (lar le poids des péchés des hom» mes dont il est chargé, el que non-seulement il le ravale 'i la compagnie des bêle:, niais encore l'exfiose aux vexations dcSatcn, comme s'il avait abandonné celui rpji dit avec vérité : Qui me miait mecnm est,el non reliqnit me solum , quia quœ placila sunl eis facio srmper [Jnan. vm, 29) ; et à qui il est imfiossible de s'éloigner tant soit (leu de sa volonté. El qui, après cela > ne porlera en toute humililé et patience l'Iiumilialion et les teiilalions, comme un juste effet de l'état de péché, dans lequel nous sommes dès le ventre de notre mère? Mais pour porter ces effets liumblement et |ialiemment,ei n'.v poi'nt faire de faute, nous avons besoin que Jésus- Christ nous fortifie de sa grâce, et nous devons recourir à lui en ce même état de f»éché, dans lequel l'Eglise le contemple et adore en ce temps. Le Fils de Dieu vo.vant les hommes dans un étal de [téché, étal qui déshonore Dieu , est entré en ce même état de péché, autant que la sainteté de sa divine personne le peut ( omfiatir. Et il y est entré pour trois fins principalement : la première, afin qu'il y ait un élat de péché qui honore Dieu, el l'honore d'un honneur suprême et divin, comme il y en a un qui le déshonore ; la seconde, afin d'être semblable à nous jusque dans les états qui porlenlplus d'avilissement et de honte, et pour nous préparer à lui ressembler dans ses qualités les [dus divines, comme il daigne nous ressembler dans ce que nous avons de plus humiliant ; et la troisième, afin de détruire et anéantir l'état malheureux de péché dans lequel nous naissons par cet état de péché sanctifié el déifié en sa personne.
Imitons la retraite et solitude du Fils de Dieu en ce saint temps, cl que le Saint-Esprit qui le met en retraite nous mette en retraite avec lui ; donnons-nous à lui pour y être avec lui, et le sup[)lions qu'il nous tiie dans les dispositions de son âme sainte en celle retraite d'humiliation et de bannissement, et qu'il nous fasse porter avec fidéliié l'exil de la vie présente, et toutes les peines dont il est accompagné. Adorons-le en cet état de péché, et lui demandons instamment qu'il en emploie le divin (jouvoir, [ our effacer l'élat de péché où nous sommes, et nous approcher de la sainteté à laquelle nous som- "^es aopelés.
LX. LA SOURCE DE LA MORT ET PASSION DE JÉSLS EST l'amour QU'lt NOUS PORTE.
I. II. Il y a en Jésus une vie qui n\est que mort, qui est la vie dont il a vécu en ce monde, et une vie qui n'est que vie, qui est celle dont il est vivant sur les deux. Je'sus qui est Homme-Dieu , et glorieux dès son Incarnation, est néanmoins privé de plusieurs effets, et de son état divin, et de son élat glorieux; ce qui appartient à l'état de mort dans lequel il est sur la terre. — m. Mais outre cette manière de vie qui nest que mort, il y a en Jésus une autre sorte de vie souffrante et mourante, réservée à la (in de ses jours. Et saint Jean nous apprend que c'est dans ce 7nystère de mort que Jésus a consommé son amour.
I. II. Le Fils de Dieu prend en sa parole le romet la qualité de vie, et il a aussi plusieurs sortes de vies : celle qu'il mène sur la terre, à proprement parler, est une mort, comme celle qu'il mène sur les cieux est tellement vie, que ce n'est que vie. Deus sortes de vies bien ditférentes , que nous devons reconnaître, adorer et aimer en Jésus: en l'une il vit au monde et à nous, en l'autre il vit à soi-même et à Dieu son Père. Et comme le Père est vie et source de vie , aussi la vie que le Fils de Dieu est et vit sur les cieux n'a autre condition , eflet et qualité que de vie , car aussi le Fils de Dieu, pris en soi-même et sans égard à nous , n'a autre sujet et condition que d'être et vivre dans soi-même, et dans soi-même, sans rapport et relation quelconque à la mort. Mais celte vie suprême et divine en se référant h nous, épui^e l'état et les conditions de mort, et la subit entin , car aussi nous ne sommes autre chose que des hosties destinées à la mort dès notre naissance. Nous naissons morts, et d'une mort très-déplora- Lle, j)uisqu'en naissant nous sommes morts à Dieu, et nous avons et portons en nousmêmes obligation de mourir par la sentence de mort prononcée sur nous tous dès avant notre naissance, et que nous voyons chaque jour être exécutée sur quelqu'un d'entre nous. Tellement que ce monde n'est qu'un théâtre de mort, et cette vie n'est qu'une obligation de mourir, n'est qu'un engagement à la mort, dont nous avons le sj)ectacle continuellement devant les yeux. Le Fils de Dieu, entrant donc en ce monde, et y entrant comme homme entre les hommes, épouse leur condition, et y vient comme eux, sur un théâtre de mort; il porte la condition de morl, mais pour le tirer de la mort même. Dieu pouvait créer un monde pour son Fils , comme il en avait créé un pour Adam; Dieu pouvait former une chair nouvelle, tirée par lui-même d'une nouvelle substance, comme celle qu'il a donnée à Adam avant le péché : mais il a voulu que son Fils vînt en ce monde, et non en un autre, et qu'il prît une portion de cette même chair, quAdam a reçue de la main de Dieu, et qu'il a souillée par le péché, atia de condamner le péché iiar la chair
du péché , et la mort [ar la mort même.
C'est la sorte de vie que le Fils de Dieu mène sur la terre juscju'au sein de sa trèssainte Mère, jusqu'au sein et à l'expiration en la croix: vie que nous avons appelée à bon droit une sorte de mort, car celle sorte de vie n'est que pour mourir, et no tend qu'à la mort. Cotte sorte de vie ne se passe qu'en la terre qui n'est qu'un théâtre de mort; cette sorte de vie est en un corps divin, quanta son être et subsistance, mais semblable à la chair du péché, quant à son état et à sa matière, c'e^t-à-dire à la chair engagée à la mort: Jyi similitudinem carnis peccati. {Rom. viii, 3.) Et si nous élevons nos pensées plus haut, nous verrons quo le Fils de Dieu, vivant en la terre, porte en son cor[)S une sorte de mort et privation de la vraie vie, qui doit vivifier et gloiilier son corps; nous verrons que son <;or|)S porte condition et privation de plusieurs effets et de plusieurs états, qui ne conviennent pas à la gloire qu'elle possède : et comme étant Dieu, il est comme privé de soi-même, c'est-à-dire d'un état divin en plusieurs choses ; aussi étant glorieux, il est privé de plusieurs conditions de la gloire en plusieurs manières, subissant les conditions de la nature abjecte et mortelle, qu'il a voulu prendre pour opérer notre salut.
IIL Mais outre cette manière de vie que nous appelons mort, et qui est étendue pendant tout le cours de sa vie jusqu'à la croix, il y a une autre sorte de vie mourante et soutli'ante que nous devons singulièrement considérer et honorer au Fils de Dieu. Et cette sorte de vie commence au cénacle de Sion, lorsque le Fils de Dieu, retiré avec ses douze apôtres, fait le dernier jour de sa vie, et commence le dernier jour de sa mort. C'est lorsqu'il se prépare à accomplir le mystère de son Eucharistie , qui est aussi le mystère et le mémorial de sa mort : car il commence lors à mourir mystiquement , et depuis cette action , ce n'est plus que pensée et mémoire de mort, ce n'est plus que mort et soutlrance réelle. Le bien-aimô saint Jean, disciple de sa vie, et le fidèle assi>tant et témoin de sa morl, et des merveilles arrivées en sa mort (car c'est la qualité qu'il prend, et qui ne convient qu'à lui entre ses apôtres et disci|)les : Qui vidit testimonium perhibuil [Joan.x]x, 35]), entre dignement et divinement dans le discours de cette mortpar cette grande parole -.Ante diem festum Paschœ Jésus sciens , etc. Cum dilexisset suos, etc., in finem dilexil eos [Joan. xiii, 1): et ce disciple aimant et aimé, entre par la pensée d'amour en ce mystère de la mort , auquel Jésus a consommé son amour envers les hommes, et ce qui est beaucoup plus, s'est consommé lui-même comme un nouveau i)hénix dans les llammes de son amour.
LXI. ENTRÉE DE LA PASSION DU FILS DE DIEU EN LA RÉSURRECTION DU LAZARE.
La mort de celui qui est ta vie même, c'est-àdire la plus grande mort, est causée par le
lOr.T OEUVRES DE MLTL. — LXII,
plus grand acte de vie, public et solennel, t/uicnsuit procédé, c est (i savoir la rcsurrrrtion du Lazare, Et ce fort djuviitahlrmcnf. puist/ue cette mort est rie et source de vie pour les (lines et pour les corps. L'envie et la malveillance des Juifs, en suite de la résurrection du Lazare , semble être l'ori- (jinc de la mort de Jésus ; mais cette mort a deux principes plus hauts et plus divins: l'un le conseil éternel du Père , l'autre l'oblation du Fils au moment de l'Incarnation.
Le plus grand acl(! (icî la vio cl do la vio (le Jésus, c'est-à-dire de la plus jurande vio (jue Dieu ail établie au iikkkJo, esl cause de la luorl la [>lus grande et la plus ellVoyable ({ni soit eu la nature , 'pii est la mort d'un Dieu. Car la vie de Jé>us est la vie la [lius granilc, la plus haute, la plus puissante quo Dieu ail formé dans l'univers, puisqu'elle pasi,e nic^nie la vie de la grâce et de la gloire, et la jia.sse d'une distance inlinie. Kl le plus granu ellet extérieur, public et solennel de cette vie, de la vie do celui qui est la vie même , (;'a étji la résurrectioù du Lazare, eu laquelle il semble que le Fils de Dieu ait voulu clore et terminer sa puissance miraculeuse sur la terry. Carceciu'ii afail dejiuisde rare et d'extraordinaire a plus été em})lo}é sur les cœurs et sur les esprits, comme' à l'entrée de Jérusalem , ou sur lui-môme comme en lEucharistie , ou a été peu de chose en comparaison de ses autres miracles, comme la malédiction du fij^uicr, et la guérison de AJalchus, qui sont comme effets arrivés \mr accidents, et comme tombant des mains du Fils de Dieu sans y penser. Ce grand ell'et donc et si miraculeux a causé la mort du Fils de Dieu, et formé le premier dessein que les Juifs ont eu, et le premier conseil qu'ils ont icnu de la mort de Jésus ; Collefjerunt poniificcs concilium [Joan. xi, 47), etc. Aussi cette mort est vie, et il était raisonnable qu'elle eût son principe dans un etfet de vie, et d'une telle vie comme la résurrection des corps, pour marque de la résurrection des âmes que celte mort opère, et de la résurrection des corps mêmes qu'elle opérera au jour du jugement.
Une telle mort, c'est-à-dire une mort si divine et si vive, et qui est mort dans la vie, et vie dans la mort tout ensemble, j)uisqu'elle est mort en Jésus qui est la vie, puisqu'elle est vie en nous qui sommes voués à la mort et à la mort éternelle; une telle mort, dis-je, doit avoir une autre origine que celle de ce conseil ra[»j)Orté en saint Jean; aussi n'est-ce pas la îiremière pensée sur la mort de Jésus.
La première pensée de la mort do Jésus est une pensée éternelle , est une pensée que nous devons adorer; c'est la pensée (lu Fère éternel de livrer son Fils à la mort. Une si grande mort méritait une source plus haute et plus divine que cello du conseil des Juifs; et nous devons rc' monter d'un si grand sujet jusqu'à un s/ haut principe, pour parler et penser dignement do cboie si grande.
KESL'UUECTIO.N DE LAZAKE.
I^ seconde pensée do la raorl de Jésus, di^fu! de Jésus et (bî sa mort mé;ne, c'est la pensée que Jésus a eue.*! l'instant de l'Incarnation , adorant et acceptant le conseil éler^ ricl de son I*(jre sur lui.
LXII. LA MORT ET LA R^.SLRRECTIO!« DU LA- ZAIlt: SONT OCCASION VV LA MOHT DE jfesLS.
// combat entre la vie et la mort en liéthanie, qui prépare un plus (jrand combat au Cal*vaire. Les sœurs du Lazare mandent à Jé~ v-u,- . Kccc (jucm aiua.> inlirmaïur, et il nf> répond rien, et c'est par un plus grand dessein et pour un plus grand effet de son amour envers lui et elles. Jésus exerce len dmes parfaites par des voies de ri'jueur, d'oubli et de délaissement gui procèdent d'un plus grand amour, mais caché.
Si In vie devait mourir, ce devait ôtro pour un olFet de vie. Jésus donc laisse lo désert d'KtTren, vient en Judée, cherche lo Lazare mort, atin que la vio combatte la mort comme en un camp clos, et fasse, mi bô~ thanie et aux portes de Jérusalem , un combat particulier, qui représente au vif co grand combat qui do:t être peu de jours après, au mont du Calvaire entre la vie et la mort universelle : auiiuol la mort non d'un cor[js, iiiais des âmes et des corps, la mort non d'un homme, mais d'un monde, la mort de l'univers, sera vaincue par la vie mourante en la croix : Ero mors tua, o mors! (Oie. xiu, 14..) C'est le dessein cia Fils de; Dieu, réservant ce miracle de vie et de mort il la tin de ses jours, aux portes de Jérusalem, et pour servir de sujet à sa mort, nliii qu'il meure par un etfel de vio, et pour servir encore d'un exemplaire à son combat universel contre la mort en la croix. Car il nous faut élever par-dessus l'usage des sens en ce sujet, et y contemjjler le dessein du Fils de Dieu venant à la mort, et vou'ari, comme eu chemin faisant , rencontrer la mort dans le Lazare, et la vaincre cl mourir par ce triomphe de vie sur la mort, en la I)ersonne du Lazare ; mort irritée par co combat, et (jui irrile tous les enfaiits d(j mort, et les suscite contre Jésus : Collegerunt ergo pontifices et Pharisœi concilium et plus bas : .16 illo crgo die cogitavcrunt ut inlerficerent eum. ( Joan. \i, 53. ) Il semble tiue c'est le dernier de ses miracles sur les vivants, comme s'il voulait dès lors captiver sa puissance dans l'ombre de la mort, pour l'attirer au combat irrité jiar ce miracle. Jésus donc, retiré en son désert avec ses .-ipôtres, est averti par ces saintes dames, Marthe et Madeleine, de l'état da Lazare. Et elles lui mandent par un courrier exprès : Eccequemamas infirmatur{Ibid.,3} : lettre courte, mais substantielle; lettre digne de celles qui l'écrivent, et de celui auquel elle est écrite ; lettre digne encore ue celui pour lequel elle est écrite, car elle porte ce beau nom : Ecce quem amas :
qualité honorable, et la })lus honorable qui puisse èlre en la terre, d'être aimé de Jésus, et par un témoignage si digne comme cglui (la ceô :>aintes dames, qui ne j-euaeiU,
lOiO
ne parlent, ne respirent 'que Jésus et son amour. Aîais il semble (|ue le Fils de Dieu n'est jjoinl touché de ce message, et ne [lense ni à elles, ni au Lazare, ni à l'amour duquel il honore ce j>auvre malade, et toute cette sainte famille : car il demeure encore deux jours après cette nouvelle, comme s'il n'avait rien à faire en Judée sur ce sujet; et cependant ce doit être un des plus grands sujets (le vie, et un chef-d'œuvre de sa puissance allant à la mort, et il cache son dessein et sa pensée dans l'ombre d'un oubli , qui ensevelit le Lazare dans l'ombre de la mort, et noie ces saintes dames de douleur et de tristesse. Mais Jésus veille quand il dort, et travaille quand il repose, pour les âmes qui sont à lui, et veut exercer ces saintes âmes élevées à un si haut degré d'amour et de perfection , par cet oubli apparent. Car c'est son propre d'exercer ainsi ces âmes parfaites, pour servir de modèle aux autres, qui seront par après exercées en ces voies de rigueur, d'oubli et de délaissement de Dieu. Au lieu donc qu'il prévient les autres dès le commencement de leur affliction , il y laisse tremper celles-ci pour les secourir davantage, et commence en elles cette voie de rigueur, pour les secourir par après ])lus dignement, plus hautement et ['lus j)arfailement.
LXIIL ENTRÉE DE LA PASSION DE JÉStS, ET EXPLICATION DE CES PAROLES : ECCC aSCCTl-
dimus Jerosolymam, etc.
Commençons la Passion par les pensées et les parol'es de Jésus allant en Jérusalem : EcceascendimusJerosolymam{Matlh.-s.s., 18) : car lors il commenceàmanifeslersacroixàses apôtres, le dessein de ce voyage qui tend à la croix, et le sujet d'icelui qui sera la croix mème.Ecce,oh\que\ecce\ oh 1 quel objet 1 oh! quelle âme 1 oh 1 quelle pensée, et quelle application de cette âme divine et glorieuse h cet objet funeste et déplorable de la croix 1 Cet ecce montre encore le temps j)roche et présent de la Passion. Asccndinuis Jerosolymam, oh 1 quelle ascension, et combien didérente de celle du mont d'Olivet qui succédera a])rès 1 Ohl quelle ville marquée du jilus grand accident qui peut être en l'univers, Ja mort d'un Dieu 1 et aussi désolée de la plus grande désolation qui a été et sera jamais sur aucun lieu de la terre 1 Et Filitis hominis {IbidX etc. Apurés ces paroles, le premier séjour et repos du Fils de Dieu, c'est liélhanie, le lieu de Marthe et Madeleine, et cette Réihanie sera l'école et le })réparatif de Jésus à la croix; c'est où il fera son séjour huit jours durant, et où il l)assera la dernière semaine de sa vie, et de cette semaine à la croix.