PE LA COMMUNICATION DE DIEU EN CE MYSTÈRE
Nous Sdiniiips nos en la grâce poiw connaître et voir Jéstis-Clirist, soleil de justice. Le soleil visible est la ligure de Jésus soleil invisible. Explication liès-:iinpie de ce que signilie en Jésus sa qualité de soleil de justice. — il. Autres rapporis de Jésus Clitist an sole!', tous avec un avantage Irès-grand. — 111. En ce mystère de rincarnalion, c'est coinine si le soleil s'unissait au corps diapliane, et faisait un niéujc être avec lui. — IV. La coiiiiruinicalion du Fils de Dieu (qui est soleil en la Divjui'c) à son humanité sainte , rend ce mystère et singulièrement divin , et singulièremenl propre à sa p-rsonne. — V. En quelle manière riiunianité convient à la personne du Verbe. Elle lui apparlienl d'une manière d'appartenance qui ne convient à aucune chose créée, car elle lui convient comme son essence , et en un sens elle lui e-t plus propre que son essence incréée. Elle lui con\ient d'une manière louie naturelle et toute surnaturelle. — VI. L'essence divine, comme essence du Verbe, est comniuni(|uée à l'humanité par la subsistcnce du même Verhe. ( Il pèse la sublimité el la pîénilu le de cette cmumunicaiion. — VU. il continue le même sujet. Exposition de ces paroles : C/rt/J/îci ineiu, Pater, apud icinclipsuiii (Joan. x\n, 5), elc, el de cellesci : ClariftcuL'i et ilcriim clarificnbo. [Joan. xu, 28.) El encore de ces autres : D'icjnus est Agiius, qui occisns est, accipcre viitulcm et divinitatem, eie. — Vill. Il [loursuit l'cxposilion tie ces paroles : Clarificn me lu, l'aler, apud tenielipaum, etc. Le Fils do Dieu est uni à noire nature , comme Dieu et comme Fils de Dieu, dès le moment de i'incarnalion ; mais il n'y est uni comme splendeur (lu Père qu'à son enlrée dans la vie glorieuse et immortelle. La gloire que le Fds d- Dieu demande en ses paroles à son Père est la gloire qui lui diiil être donnée par le même Père , el mm celle qui doit lui cire rendue par les hommes (jui croiront en lui et radoreronl. - IX. Il continue le sujet précédent, et montre que le Fils de Dieu
demande à son Père la gloire qui dépend de lui comme Père. — X, Il y a deux manières de commnniealion de iJîeu à l'homme au mystère de l'Incarnation, l'une primitive, l'autre consécutive; en l'une riiomine esi Dieu, et Dieu est sensiblement tiouime ei tr;iiié comme tel, et en l'autre l'homme est reconnu el trailé comme Dieu. Consiiéraiion tIe la suspension que Jésus porte de sa gloire pendant trente-trois ans. ATfeclions sur ce sujet. — 5il. Dieu en ce mystère s'est transformé en amour. Diverses affcclions sur ce siijel. — XIL Le Fils de Dieu communiquant à l'humanité sa subsistance, son essence, ses perleciions et sa gloire, csi un inonde qui surpasse sans comparaison les irois mondes de nature, de grâce et de gloire. La subsisience du Verbe ayant rap,)orl aux trois personnes divines, met riiunianilc à laquelle elle est communiquée en une société toute parliculièrc avec la sainte Trinité. Kécapiliilaiion des choses ci dessus discourues de la communication de la Divinité à 'humanité. — XIII. Deux sociétés divines et adorables, dont toutes sociétés dépendent et relèvent en temps et en rélernité,, l'une en la Trinité, el l'autre en rincarnalion. Il dédie la congrégation de l'Oratoire à Jésus, en l'honneur de cette société adotable qui a commencé en lui.il en remarque l'esprit, la diflérence el les devoirs.
I. Un ancien renommé en la recherche et en la connaissance des choses naturelles faisait un si grand cas de la vue du soleil, qu'il se disait être né pour voir et contetnpler ce grand corps de lumière et ce Del a.stre de l'univers, qui communique sa S|)lendeur aux étoiles et aux planètes, qui étend ses rayons jusqu'aux extrémités du monde, qui rend par son aspect toutes choses visibles et apparentes, et par son mouvement distingue nos jours, nos saisons et nos années; tant il estimait la vue de ce grand corps céleste. Mais nous plus heureux que cet antùen philosophe, élevés en une meilleure école, instruits d'une plus haute philosophie, éclairés d'un soleil bien plus lumineux et doués par lui-môme d'une lumière infuse, qui est surnaturelle et divine; disons avec vérité que nous sommes nés en la terre et renés en le grâce pour voir le soleil de justice, la lumière incréée et personnelle, lumière de lumière, Dieu de Dieu, le Fils unique de Dieuet Fils utiiquede Marie, Jésus-Christ notre souverain seigneur. Aussi celui qui nous a créés par sa puissance et ra(;hetés par sa miséricorde, nous donne une éternité t)Our voir ce bel objet en la lumière de sa gloire, et en attendant cet état heureux, nous iejiro- |)0se en la terre comme un objet priiîcipal qui doit exercer notre foi et notre |)iélé en sa connaissance el en son amour. Pensons donc à lui, parlons de lui, et continuani nos discours, recherchons la lumière, pénétrons ses grandeurs, déployons ses merveilles et portons nos pensées plus avant dans l'état, dans le secret et dans la singularité do ce rare u)ystère.
Le soleil duquel cet ancien philosophe eslitnait et aimait tant la vue, et que nous trouvons si beau, n'est qu'une image de Jésus, lequel est un soleil dans le monde de la grâce el de la gloire, et est le soleil d'autant de soleils qu'il y a et aura de saints au ciel, (jui reçoivent loijs de lui leur splen-
<;i\\M>iailS DE JESUS. - DISC. VIII, COMML'NIC. DE DIEU EN L'INCARN.,'
ijuiir cl leur illll^lr.^li()Il coinmo d'urK; .source vive cl 'rmif luiilaino iiiéiniisiililiî <le Itiiiiiùre. (l.ir un cIwk un d'ciilro «'ii\ ('«.t plus hrill.'iiit cl l'cl.-itant i|iii! lo soleil, ci; tlit rKcriliire, <'l ils ri'oiil loiis nuire rlarlé tiiic «•ell('(|ui l(Mir esi Joniiéi! par Jésus, lei|u('l csl le grand .isire, non du lirinanicnl, ni.iis (lu citd tMn|»ir6e , el le prin<i|te «le Inniiùro, non pnur le leni|is, mais pour INHcrnilé. Ca) soleil (|ue nous voyons de nos yeux mortels el périssables, nous li;^ure et représente les excellences el les perleclions do celui-ci qui osl réservé pour des yeux doués de
f;loiro el d'immoilalilé : el par les ressemilances et disscmldances i|u'il a avec lui, nous élève h sa i onnaissance plus parfaite cl accomplie, comme de celui (]ui est son archély[te cl son ar( liitecte tout enseniMo , cl nous ap[irend h estimer el reconnailre davantage la nature dos choses dlernelles dedans la vue sensible des choses lempurelles.
Car si le soleil (jui est sujet à corruption fi^t si beau, si grand, si vite, si léger cl si réglé en ses mouvements, (jue nous ne pouvons pas assez admirer ce grand œuvre de la main du Très-Haut: si |iar la beauté de sa nature, comme un œil clair et reluisant, il excelle par-ilessus toutes les créatures visibles; s'il fait ses périodes et révolutions avec un si bel ordre et mesure, que nos es{)rils ne sudisent [las môme à concevoir une si grande égalité; si [)ar ses induences et sa lumière il esl si nécessaire a l'univers, que l'univers ressent aussitôt un atTaiblissement en son être, et une éclipse en sa vigueur par son éclipse, bien qu'elle soit et de peu de durée et non universelle; bref, s'il est tel que jamais on ne peut se rassasier de le regarder , combien doit être excellent en beauté, en gran leur, en clarté, eh mystère el en toutes sortes de perfections, le soleil de justice , le soleil éternel, le soleil qui fait le jour de la grâce, et le divise de la nuit du péché; le soleil qui préside au lemi)s el à l'éternité, lo soleil qui sépare la vraie lumière d'avec les vraies ténèbres, lo soleil qui éclaire et la terre et le ciel empyrée? Combien donc ce vrai soleil sera-t-il rès[ilendiisant en sa lumière ? Combien prompt en ses mouvements el en son assislance? Combien réglé en sa conduite? Combien puissant en ses iniluences? Combien ellicace en ses attraits? Kl coad)ien nécessaire h l'univers? Et si celui qui est aveugle, souUVe une grande perle de ne point voir ce soleil qni p/wail à nos yeux; quelle perle est-ct' au pécheur d'être privé et [)rivé [O'jr jamais de la vision de celui cjui, étant sa vie el sa- vérité, est et se nomme luimôme la vraie lumière du monde et est vénlablcmenl, admirablement el divinement un soleil, et un soleil bien'tlifférent de celuici, car ce soleil n'est que i)Our le cor[)s, elesl seulement exposé aux yeux des hommes el des bêles : mais Jésus est le soleil nonseulement des hommes , mais aussi des anges.
Jésus porte une lumière qui rayonne
non-'<''uIemciil dedans les yeux et les yeux immortels, maisntissi dedans les esprits et dedans les esprits doués de gloire. Jésus esl le soleil eldumon<le visible et ilu iHondo inlcdligible en son humanité : el il est mémo un s(deil el soleil Orient dans le monde archély()een sa divinilé, Ca soleil ne peut |ias être nommé le prime et le ()èrc de lumière, car elle fui créée avant lui, et avant lui eilo faisait son ollire, éclairant l'univers, el sé- |)arant le jour il'avec la nuil, el il fut créé depuis pour être un corps supposé h celle lumière très-puie el sincère, el («réparé pour servir comme de «oclie el chariot pour porter cette lumière première-née. Mais Jésus est la vraie lumière, Jésus esl une substance de lumière, Jésus est la vive source (h; lumière, Jésus esl môme la splendeur do la lumière incréée, el le Père cl le prince de lumière, (|ui la répand et communique et en la terre el au ciel, et dans le temps et dans l'éternité, et sans lequel il n'y a point de vraie lumière au monde. Ce soleil, à proprement parler, n'est ni le père ni la nature, mais n'est (ju'une partie de celte nature. Car le ciel et la lerre furent faits avant lui, el avant lui la terre était couverte et chargée do ses enfantements, ayant éclos de son sein et poussé jtlanlureusement avant qu'il fût créé, mille sortes de Heurs, d'herbes et de plantes, de sorte qu'il ne peut être estimé l'auteur des choses qui naissent de la terre. v.
Mais Jésus est l'auteur de la nature, de la grâce el (le la gloire ; Jésus est celui [)ar qui toutes choses ont été faites, et par qui elles sont refaites et rétablies en un nouvel êire. Dieu formant ce soleil du monde corruptible le quatrième jour de la création du monde, l'a mis au hrmament, el il y est et y sera attaché toujours ; et du ciel il éclaire la terre. Mais Dieu formant le vrai soleil, le soleil du monde éternel, en la |ilénitude des temps ; il l'a mis cii 'a terre, et de la terre par sa naissance il éclairait le ciel; et les anges môme venaient en terre rechercher sa lumière ; et maiiiien;int il est tout ensemble el en la terre au milieu de son peuple en son Eucharistie, el au ciel empyrée au milieu de ses anges el de ses saints dans le trône de sa majesté , éclairant et sur les cicux et sur la terre tout ensemble, et remplissant le ciel el la lerre de sa gloire.
II. Or, cet ancien pliilosophe, qui estimait tant la vue de son soleil, pouvait bien se contenter soi-môme en le voyant et regardant souvent; mais il ne pouvait pas peindre ce soleil en soi-môme, il ne pouvait pas se transformer en ce soleil; et il ne pouvait pas devenir un soleil regardant ce soleil ; ainsi demeurait toujours semblable à lui-môme, nonobstant ce regard et cet aspect ; toujours en lerre et non au ciel avec son soleil ; toujours en sa nature basse el terrestre, et non |ias révolu de la clarté, de la sidendeur, de la vivacité de ce soleil. Mais nous avons encore un nouvel avantage par-dessus cet ancien philosophe outre ceux que nous avons apiiorlés ci-dcssus au re-
œCVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE.
ganl «la soleil, qui est vraiment nôtre, et vraimeiît soleil, en la vue duquel nous devons être occupés. Car nous n'avons pas seulement le y)Ouvoir de regarder et contempler un soleil comme cet ancien philosophe ; mais nous avons à contempler un bien autre soleil ; et si nous avons encore le pouvoir de le peindre et former en nous; et il s'y peint lui-même par les rayons de sa grâce, comme f)ar de vives couleurs ; il nous tire et élève à lui |)ar sa vertu ; il nous transfo!-me en ses qualités par sa puissance; et il nous rend célestes, res[>lendissants, lumineux et éternels comme lui, et même il établit son Irùne et son tabernacle en nous par un divin mystère; et nous sommes portant ce soleil au monde.
L'at t excellent de la peinture est une imitation de la nature, qui va figurant à nos yeux par son industrie, ce que Dieu a produit au monde hors de soi-même |)ar sa puissance ; mais cet art ne paraît en rien moins que lorsqu'elle veut peindre le soleil, le plus noble des corps que Dieu ait ^oruiés en l'univers ; tant il y a de vigueur, de s|)lendeur et de clarté en cet astre céleste, qui ne peuvent être représentées par les ombres et les couleurs de la terre. Et l'impuissance de cet art ne paraît en rien tant qu'à la peinture de cet excellent objet ; tant il y a de distance visible et sensible entre l'image et le prototype.
La profession du christianisme, à proprement parler, est un art de peinture, qui nous apprend à peindre , mais en nousmêmes, et non en un fonds étranger; et à y peindre un unique objet: car nous n'avons point à peindre, mais à elTacer le monde en nous, monde qui est le seul objet et de la vue des hommes, et de l'art des peintres ; nous n'avons point à porter en nous l'image du vieil homme, mais celle du nouvel homme. Et pour parler plus clairement, nous avons à y [)eindre un seul objet, et le plus excellent objet qui soit ; et celui sur lequel la peinture a le moins d'atteinte , c'est-àdire nous avons tous à peindre en nousmêmes un soleil, le soleil du soleil, le soleil de justice, le soleil du ciel empyrée et de l'éternité, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; qui est l'image vive (pje le Père a formée et exprimée en soi-même. Et nous avons à passer notre vie en ce bel et noble exercice, auquel nous sommes exprimant et formant C!i nous-mêmes cehii que le Père éternel a exprimé en soi, et qu'il a cx[)riméau monde et au^ein de la \'ierge-[)ar le nouveau mystère oe l'incarnalion. Ei en ce noble et divin exercice , notre âme est l'ouvrière , notre cœur est la planche, notre esprit est le pinceau, et iK)s aifections sont les couleurs qui doivent être employées en cet art divin, et en celle peiniure excellenie.
Mais combien y a-t-il de dislance entre cette imitation et image que nous formons de Jésus-Christ en nous-mêmes, selon le conseil de lAiJÙlre, et son original et i)rotolyi>e? Certes, rien ne peut peindre naïvement le soleil (p.ie le soleil même, oui
esi le plus excellent peintre de l'univers, et le meilleur peintre de soi-même; car en lui exposant seulement une glace polie, il fait en un moment la vraie et vive image de soi-même en cette glace, que nul peintre ne jieut imiter, et non pas même regarder, tant elle a de brillant et d'éclat, tant elle a de vie et de vigueur, et tant elle exprime naïvement et au naturel la clarté, la splendeur et la beauté de son protetype. Ainsi Jésus est le vrai [)einlre de soi-même; et comme il a tant de rapports excellents au soleil, il a encore celui-ci de se peindre lui-môme, et d'imprimer sa figure et ressemblance f)arfaite en l'âme. Car après (jue nous avons essavé de le peindre imparfaitement en nous par nos pensées et nos affections spirituelles en la vie de la terre , il veut se figurer lui-même bien |)lus parfaitement en nos cœurs et en nos esprits [)Urifiés par sa grâce ; ce qu'il fait en la vie du ciel, où étant exposés à son aspect et aux rayons de sa lumière, il se figure lui-même en nous, comme en une glace bien polie; et nous tirant à lui, nous élevant à lui, il nous rend semblables à lui, et nous communique ses qualités célestes et glorieuses. Et en ces deux sortes de peintures si différentes d'un même objet, se passe l'état et la conduite de l'âme en deux sortes de vies bien différentes : l'une, en laquelle par son labeur et par son industrie accompagnée do la grâce , elle est opérant et imprimant en son fonds re5|)rit et la vertu de Jésus; et l'autre, en laquelle Jésus même par l'abondance et la plénitude de ses lumières et illustrations agit et opère lui-même, et lui imprime son esprit et sa ressemblance.
lll.Mais pour nous conduire en l'intelligence de nos mystères par la même comparaison du soleil qui imprime son image dans le miroir qui lui est exposé; supposons ce qui n'est pas au soleil de la terre, pour mieux entendre ce qui est au soleil du ciel emf)yrée ; et regardant cette image vive et éclatante du soleil dans ce miroir, disons en nous-mêmes ; que serait-ce si ce soleil qui imprime son image et sa figure dans celte glace descendait du ciel pour s'appliquer, s'imprimer et s'incorporer lui-même en celte glace , et ne faire avec elle qu'un même corps et substance de lumière et de clarté? Combien cela seraii-il différent de l'imago morte du peintre, en un tableau, et do la ressemblance encore imprimée dans la glace })ar les rayons du soleil? Car lors ce n'est qu'une es[)ècedu soleil imprimée par son asjject dans cette glace : mais ici ce serait le soleil même en sa |)ropre substance et lumière qui aurait pénétré non de ses rayons, mais de sa substance, cette glace, et ne ferait avec ellec^u'un même corps et principede lumière.
Or, c'est ce que le Verbe éternel, vrai soleil en l'éterniié , et le soleil Orient en la divinité, l'ail en l'humanité sacrée de Jésus ; car il ne se contente [)as de peindre en elle son image et sa semblance, comme il fait en nous ; mais il sort du sein de son l'ère ; il descend du plus haut des cieux au plus bas
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r.KANDKlKS DR JESIS. - DISC. Vill, COMML'MC. DE DIEU EN I/INCAUN.
(lr> la terre ; il s'applitiuc h cello humanilé ; il s'unit h plie ; il lui r»)uiMiunif|Ufi son exi>teme , sa hul>.sisUMi( e il sn porsonno. It counn»! son l'^n; lo produis/mt t'l(;rncll('nieni lui a imprimé sa propre ossonce, lui au»si, par une production nouvelle (ju'il ro- ^;()it en la nature humaine, imprime sa >ul).ssislence et sa personne en celte humanité ; il lui cotunujnifjue sa gloire, sa splendeur et sa divinité ; il termine et accomplit cet être créé par son ôlre iin réé ; il s'unit h celle humanité; il s'élahlit en elle; il s'incorpore en elle, et par un excellent mystère, selon la parole du S<iinl-Ks|)rit , le ^■e^he csl fait chair, et hahile en nous |ilein (le vie cl de gloire; plein de grâce et de vérité; plein de lumière vt de niajesié; conimo étant celui cpii est l'unique du l'ère éternel, cl qui est un nouveau principe de vie, de gloire cille divinité conuuuniipjée au monde. IV. C'est le sujet du présent discours ipio celle communication inellahle de la divinité qui donne vie et suhsislence h notre humanité. (>e (jue pour bien entendre, il nous faut supposer (les tliscours précédents; que la foi en sa lumière et en sa [)iélé, distingue, reconnaît et adore en Dieu deux choses, son essence, et sa suhsistence ; elle distingue, reconnaît et adore aussi en ces mystères deux sortes de communications divines, lesquelles fondent et établissent les deux mystères principaux et permanents en toute éicrniié, que l'Kglise annonce et [lublie au monde en l'autorité de Dieu, que la terre reçoit et adore en l'humilité de sa créance, cl que le ciel nous fera voir en sa lumière et en sa gloire. Car la communication d'essence établit le mystère de la Trinité, el la communication de subsisience établit le mystère de l'Incarnation. Et comme cette essence divinement résidante et communiquée aux personnes divines, est leur existence, leur grandeur, leur divinité, leur majesté et leur jierfection suprême, incréée, ab.soluo : ainsi, la subsistence divinement communiquée à la nature humaine est la graufieur de celte humanité, el la cause, la base el l'origine île toutes les excellences, perfections et félicités qui sont et seront à jamais communiquées par la divinité à celle numanilé. C'est pourquoi la considération profonde et particulière de celle subsistence est très-nécessaire à la parfaite intelligence de ce mystère, et est très-digne et Irès-haulo en elle-iiiôme.
Contemplons donc ce mystère, et élevonsnous à reconnaître que le ^'erbe éternel entrant en celte humanité, qu'il veut unir et conjoindre à soi pour une éternité, ne lui communique pas seulement sa sainte présence, comme [)lusieurs du vulgaire pourraient penser; ni aussi quelques-unes de ses perfections qui lui sont communes avec les autres personnes divines ; mais en se donnant à celle humanité, il lui donne et communique une chose qui est si grande, si haute, si divine, qu'elle est identifiée avec la divine essence; divine essence qui est J'océan de toutes les perfections créée j e; in-
créées, cl les contient tontes en unité, en simpli';ité, en énnnence. Fit cela méii.e que le Verbe éternel dorme cl couimunupie à celte humanité, oulre cette admirable identité avec l'essence divine, est d'ailieurs si firo|ire, si parli(.ulier et si intime à sa personne, que nous n'avons point a^sez de parole pour rex[irimer dignement, étant co qu'on nomme en la divinilé de ce nom auguste el singulier de subsisience ; subsistance qui a cela de particulier, d'ôire incommunicable môme dans l'ôlre divin, d'ôlre constitutive de la seconde personne de la Trinité, el de la distinguer d'avec les autres personnes divines; d'où vient que ce mystère (jui est [)rinci|»al en la religion chrétienne, et original des autres mystères de Jésus, en sa vie, en sa mort, en sa gloire, est en un ordre et en un état si |)aVtit ulier et si admirable, qu'il est, el singulièrement divin, et sint^ubèrernent propre au Verbe éternel; qui sont deux points de considération très-grande en la considération de ce mystère, et desquels dépendent plusieurs grandes suites et conséquences. D'autant que ce mystère est singulièrement divin, puisqu'il est fondé et établi en un être qui est une môme chose avec la divine essence, c'est-à-dire en la subsistence, laquelle est si parfaitement une même réalité avec l'essence divine, qu'elle ne peut j)as môme être conçue de nos esi)rits sans cello essence ; car encore qu'ils divisent les choses les plus conjointes, et qu'ils séparent en leurs pensées l'essence des relations, ils ne sauraient toutefois séparer les relations de leur essence commune, par un secret admirable dedans la Trinité, el par une merveille dans la merveille même.
Or le même moyen qui rend ce mystère divin, rend ce mystère encore singulièrement pro[)re au Verbe, puisqu'il est fondé en celle subsistence, qui est tellement propre au Verbe, qu'elle ne convient qu'au Verbe. Car de deux choses que nous distinguons et adorons en Dieu, essence et subsistence, toutes deux sont singulières et remarquables en l'unité, qui convient et à l'une et à l'autre ; mais elle convient tellement à l'essence du Verbe, qu'étant une» elle est toutefois également et divineuient communicable aux personnes divines, et convient autant et aussi proprement au Père et au Saint-Esjirit comme au Fils. Au lieu que la subsisience du Verbe est parfait»-ment une et parfaitement incommunicable en la divinilé, et elle est tellement propre au Verbe, qu'elle ne convient qu'à lui, et est constitutive et dislinctive de son être.
D'où l'on voit évidemment que celte communication du Verbe à l'humanité se fait par une chose si intime au Verbe, comme est la subsistence, et si propre à lui qu'elle n'appartient qu'à lui el non au Père, non au Saint-Ks|»rit, auxquels même son essence est commune. El toutefois l'ar le privilège d'amour incomparable qui fait en ce mystère, ô grandeur l ô merveille 1 ce qui ne se trouve pas pour une haute rai-
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
son en la nature divine an mystère de la Trinité. Cette sul)sistenre incommunicable dans l'èlre divin est communiquée par excès d'amour dans l'être créé ; et cette subsistonce est appropriée à la nature humaine, à une essence nouvelle, à une essence étrangère, à une essence créée, et dciigne suppléer en cette essence les ollices et usages de la subsistence humaine et ordinaire. Ce qui montre bien l'excellence et singularité de celte communication intime, haute et sublime, qui intervient au sacré uivstèi'e de riiicarnation. Car la foi adore deux sortes de communications divines et bien dillércntes l'une de l'autre : l'une est la communication jiar nature en la Trinité, qui communique l'essence et produit la ])ersonne, mais la produit incommunicable ; l'autre est la communication par amour en l'Incarnation, qui communique la {)ersonne et en la personne l'essence, et communique cette [lersonne qui est incommunicable dans la divinité. O puissance, ô privilège de l'amour au regard delà divinité même, puisque même il communique ce qui est incommunicable dans la divinité 1 Mais ce point mérite un discours à part de l'amour de Dieu en ce mystère.
V. Continuons nos propos, et disons que cette subsistence communiquée à cette humanité au lieu de sa subsistence humaine, fait et fonde une singulière et admirable appro|)riation du Verbe à cette nature humaine, et de cette nature humaine au Verbe, et de nous tous en elle et par elle à ce même Verbe éternel et à toute la très-sainte Trinité. Pour l'intelligence de quoi il nous faut renicirquer que celte humanité n'ap[)artient pas nu Verbe seulement, comme la créature appartient à son créateur, ni comme le vassal à son souverain seigneur, qui est un droit et une qualité en laquelle elle relève également de toutes les personnes divines; mais elle lui appartient en un certain sens, en la même manière, qui l'osera dire? que la divine essence appartient au A'erbe. Car le Verbe incarné a deux natures et essences, et cette humanité est ta seconde et la nouvelle essence de ce Verbe, ainsi que la divinité est son essence première et éternelle. Et le Verbe a voulu que la subsistence de la divinité soit la subsistence propre de cette nouvelle essence, c'est-à-dire de son humanité. Comme si par la force et la puissance de son amour il eût voulu partager une même chose, et une chose indivisible et incommunicableen ellemême, entre deux natures si inégales et si ditrérentes,en donnant la même subsistence de sa divinité pour subsistence à cette humanité.
Et par ainsi nous voyons que cette humanité subsistant au même terme auquel subsiste la d-ivinilé, elle appartient au Verbe par le litre, le droit et la qualité d'essence, qui est le môme titre que porte la divine essence, et qui convient à cet être incréé. Mais c'est avec cette ditférence, que la nature humaine est la nouvelle essence du Verbe, et la nature divine est son essence
éternelle; que celle-là esl une essence volontaire, et celle ci est une essence nécessaire ; que celle-là est une essence prise et épousée par amour, et celle-ci est une essence donnée et reçue par nature. O^eraisje passer jikis avant en la pénétration oe cette appartenance que notre humanité a au Verbe éternel, et en reconnaissance du titre heureux et honorable, et de la qualité chère et précieuse qu'elle porte, d'être vraiment et proprement l'une de ses essences?
Car ce n'est [tas encore assez de dire que cette nature humaine appartient, au Verbe par une sorte d'appartenance qui ne convient à aucune autre chose créée, et qu'elle lui appartient en la même manière qui est propre à la divine essence. Mais il faut encore [)asser un degré plus avant, et dire qu'elle a|)partient au Verbe en une certaine manière qui lui est tellement propre, que même elle ne convient pas à la divine essence, qui est toutefois l'essence première du Verbe incarné; car elle a une singularité d'appartenance au Verbe, qui même ne se trouve pas en la nature divine. Et celte sigularité d'apf)artenance lui est tellemeut proi»re, que rien n'appartient au Verbe, comme lui appartient cette nature humaine; et ni dans l'être créé, ni dans l'être incréé, il ne se trouve rien qui soit ainsi proprement, uniquement et singulièrement appartenant à Dieu ; à Dieu, dis-je, par un excès d'amour uni à notre humaniié. D'autant qu'elle a tous les mêmes droits et titres d'appartenances qui conviennent à toutes les choses créées. Et elle entre heureusement au droit et au titre d'essence du Verbe éternel, comme la nature divine; et d'abondant, elle a une singularité d'appartenance et d'ap[iropriai:ion au Verbe que n'ont pas les autres choses créées, et que même n'a pas l'essence incréée au regard des personnes de la Trinité. Car celle nature humaine ne convient qu'au Verbe seul, entre toutes les per?onnes divines, au lieu que la nature divine convient également à toutes les personnes incréées, puisque la foi nous enseigne que la divine essence, bien qu'elle soii l'essence du Verbe, lui esl commune avec le Père et le Saint-Esprit: mais l'essence humaine, dans l'ordre des choses créées et incréées, ne convient qu'au Verbe en cette sorte d'unité, d'intimité et de propriété de personne; car elle est tellement son essence, qu'elle n'est [)as l'essence du Père et du Saint-Esprit. C'est la bien-aimée du Père, mais ce n'est pas son essence ; c'est l'épouse du Saint Esprit par le lien de'la grâce, mais ce n'est pas sa nature comme elle est la nature du Verbe subsistant et vivant nouvellement au monde.
Car cette humanité esl lessence du Verbe par le lien et le droit de .sa |)ropre subsistence; à raison de quoi le Verbe est nôtre par nature et par grâce, et s'a[>pelle singulièr(îment Notre Dieu, par les oracles divins, Deus nosicr {Psal. lxvi, 7), comme étant singulièrement nôtre par l'étal de ce mystère; [>ar lequel au.-.si nous' devons,
CRANDKIRS DK JESLS. — DISC. Mil, COMML'MC. DK DIEU EN LINCARN.