‹ Œuvres complètesChapitre 218 sur 540 · LXXIX. TROIS CITÉS ET TROIS FAMILLES DE JÉSUS EN LA TERRE · texte numérisé non relu

LXXIX. TROIS CITÉS ET TROIS FAMILLES DE JÉSUS EN LA TERRE

Jésus a trois cités pour demeures el habitations en la terre : Bethléem, Nazareth, Capharnaum, in civitatem suam. [Matth. ii, 1.) Bethléem, où il est né et a séjourné les premiers jours de sa vie au monde, el de sa souffrance en sa fuite, et en la personne des petits innocents, dans lesquels il commençait à vivre, à souffrir et à mourir tout ensemble, comme aux premières hosties immolées à sa vie et à sa naissance, vie el naissance de mort cl de souffrance; Nazareth, en laquelle il a élé conçu , nourri et élevé par resi)ace de trente ans ; et ("Capharnaum, apj.elée par saint Matthieu , comme nous rav(tns dit , Civiiat''m suam, en laquelle il a établi le siège de son empire cl évan-

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gile, et où il a fait son séjour principal dej)uis qu'il a paru au uio^ide en qualité de docteur et Messie. Jésus aussi a eu trois familles : celle de la très-sainte Vierge dont il était Fils et héritier tout ensemble, celle de ses apôtres, dont il était le chef, celle de Marthe, Madeleine et le Lazare, à laquelle il dédiait ses retraites et sa dernière semaine Jurant sa vie.

LXXX. DES EXCELLENCES DU TRÈS-SAINT SACREMENT ET DE LA RELIGJON CUUÉ- TIENNE.

l. VEucharisiie est le mystère le plus étendu selon le temps et selon les lieux. C'est le tnystère le plus proche de nous. C'est un mystère qui est tout de puissance. C'est un mystère qui porte un état éternel. Les fidèles possèdent en la terre le même prêtre et la même hostie que 1rs saints possèdent au ciel. — II. Et néanmoins ce mystère dépend de la voix et de la volonté de l'homme. Jésus-Christ renouvelle en ce mystère de puissance, la dépendance de so7i enfance, qui est l'état de son impuissance. Jésus- Christ est ici comme le soleil arrêté par Josué, mais à l'orient et non à l'occidmt. — III. Le mystère de l'Eucharistie est le plus grand et le plus commun. Il est exposé à tous, en tout temps, en tout lieu, et il nous applique tous les autres mystères. •r- IV. Le mystère de l'Eucharistie est comme nne restauration du mystère de l'Incarnation et dispensalion du Fils de Dieu en la terre, qui se renouvelle sans cesse, et en faveur de tous et partout. — Y. Jésus- Christ est tout à nos usages en ce mystère; il est l'objet que nous adorons et le moyen for lequel nous l'adorons. Excellence de la religion chrétienne en ce qu'elle n'adore que Dieu, et que le moyen par lequel elle l'adore est Dieu même. Le commerce de Dieu avec l'homme en la religion chrétienne, est tout divin et tout enfermé en Jésus-Christ. — VI. Le fond et la substance des autres mystères du Fils de Dieu n'a été accompli qu'une fois, mais la substance de celui-ci s'accomplit tous les jours. Ce mystère nous applique l'esprit et la grâce de tous les autres. — Vil. Ce mystère est un mystère d'usage, et l'état solide et permanent auquel il consiste, n'est autre chose qu'un usage continuel de sacrifice vers Dieu, et de sacrement vers les hommes. Et non-seulement Jésus-Christ adore Dieu en ce mystère, mais aussi il nous y est un moyen de l'adorer, comme il l'est aux saints dans le ciel. — Vlll. Excellence de la religion chrétienne, où Jésus-Christ nous est toutes choses. — IX. Continuation de l'excellence de la religion chrétienne. Condition déplorable des philosophes païens qui ont tant travaillé pour la connaissance de la nature et n'ont jamais connu son auteur ; tant s'en faut qu'ils aient pu le faire connaître et adorer. —X. Conclusion du discours par une exhortation aux affections célestes €t .mint(s, qu'une religion si divine demande de nous.

I. De tous les mystères du Fils de Dieu incarné, celui qui est le |)lus de durée est l'Eucharistie, car il dure jusqu'à la fin du monde; celui qui est le plus étendu est l'Eucharistie, car ils'accompliten tous lieux; celui qui nous est le plus proche est l'Eucharistie, car il est et il se fait devant nos yeux, et il s'insinue jusque dans nos cœurs, et ce autant de fois (jue nous le voulons ; celui où il emploie ))lus do puissance, est l'Eucharistie, car il s'accomplit fiar la |)uissance de Jésus-Christ, et ne s'accomplit que par sa puissance; au lieu que l'enfance et la souffrance, et la plu|)art des mystères de sa vie humiliée sur la terre, s'accomplissent par impuissance et par a!)aissement, et celui-ci ne s'accomi)lit que par la puissance de la personne projire de Jésus-Christ; et sr l'homme y a part, ce n'est qu'en tant qu'il est revêtu de la personne du Fils de Dieu même. Ce mystère encore porte un état éternel, car il est ici et prêtre pour l'éternité : Sacerdos in œternum (IJebr. v, 6) , et hostie éternelle, puistiue jusque dans le ciel et dans l'état de la gloire, il y est comme agneau et agneau de Dieu ; cet agneau qui a été chargé des péchés du monde (qui soi.i termes employés par le grand précurseur pour signifier la victime que Dieu s'est préparée en la terre). Et saint Jean, en son Apocalypse (v, 6}, dit qu'il a vu cet agneau comme occis, Tanquam occisum. Et ce môme prêtîe qui s'otfre éternellement à Dieu en état d'hostie dans le ciel, a voulu demeurer en la terre et sur nos autels, et s'y offrir f)ar nos mains à la majesté de Dieu son Père en cet état d'hostie. Tellement qu'il est véritable de dire que nous avons en la terre et en ce mystère, aussi bien que les saints dans le ciel, un prêtre éternel et une hostie éternelle; avec cette différence toutefois, que nous possédons ce trésor dans l'obscurité de la foi et sous le couvert des espèces sacraraenlales, et les bienheureux le possèdent dans la splendeur et la manifestation de la gloire.

II. Or ce mystère si haut et si puissant, ce mystère de si longue durée et d'une si grande étendue, ce mystère qui porte un état éternel, est déj)endant de nous, et c'est par notre volonté qu'il est dans son autel ; et étant dans ce mystère comme dans le tiône de sa puissance, puisque c'est sa puissance ((ui l'y établit , il est toutefois avec une telle dépendance de l'homme, que c'e^t la voix de l'homme qui le met en ce trône et en son Eucharistie, c'est-à-dire au trône de son amour et de sa puissance. C'est la volonté de l'homme qui le met dans nos mains et dans nos cœurs; et comme il entre en ce mystère par dé|)ondance de la volonté de l'homme, il y est aussi sans usage et sans mouvement, que par la volonté de l'homme. Il est le Tout-Puissant, mais ce Tout-Puissant ne vient à nous que par nos vouloirs et nos mains, comme s'il voulait reprendre dans le trône de sa puissance la môme dépendance qu'il avait dan^ l'état de son impuissance, c'est-à-dire dî^ns son enfance, et.

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OKiJVRKS DK riini:.- \.\\\, L\(:i:LLf:>ci.s ut saint sacrkment.

comme s'il voulait renouveler <Jevnnl nos yeux rahnissomLMil (ju'il a pris niilrcfois sur In lorre. Lors il nvnil besoin <lo s'enfuir en Kgvi'le pour fonsorvcr sa vie, tuais il faut (|u'ii y soit porti! par les hras de sa lurro. Ici il n iH'Soin «le venir aux liointiKïs pour leur (loniu'r sa vie, mais il faut (|uil y soit porté |)ar les prôtres, et que nous leur donnions ce trésor (jrécieux, ce sacré gage do l'amour tlo Dieu et celte source de vie. Tant il veut ôlre pour ses créatures, en la dépcn- (Innco de ses créatures nj^îmies, (^e soleil que nous voyous de nos yeux est le plus bel ouvraç^c de l'univers; mais il n'a élé qu'une lois dépendant de la voix d'un homme, lorsque Josué arrôla pour quelnues heures son cours cl son mouvement à I occident. .Mais ce soleil de justice, ce soleil non des animaux mais des hommes et des animes; ce soleil du ciel empyrée; ce soleil désormais éternel ; co soleil animé de l'esprit de Dieu même; ce soleil divin et Dieu môme, est dépendant de lavoixcJ'un homme, mais do plusieurs hommes, et de leurs voix })rononcées si souvent, en tant de lieux et tant de moments, et aux temps qu'il leur plaît; et il est dépendant do leurs voix, non pour s'arrêtera l'occident, mais [)0ur arrêter son cours et ses mouvements dans l'orient de notre éternité. Car dans le repos de sa gloire et dans le repos même que vous voyez qu'il a en son autel, sous ces espèces qui sont sans vie et sans mouvement aucun, il est en un mouvement continuel, et vers nous et vers Dieu son Père pour nous, et pour lui rendre nos devoirs d'amour et de louange que la créature im[)arlaite ne peut rendre à son Dieu : Secundiim multitudinem vuignitudinis suœ. (Psal. cl, 2.)

III. De tous les mystères du Fils de Dieu, celui qui est le plus exposé c'est celui de l'Eucharistie. Car il nous est exposé en tout temps, en tous lieux et à toutes personnes; et c'est celui de tous dont l'usage et la communication est la plus fréquente ; et c'est celui-là même qui donne l'usage et l'application de tous les autres mystères. Car ici le Fils de Dieu nous applique sa vie et sa Djort, ses délices et ses souLTrances, sa gloire et ses opprobres; et ses plaies douloureuses et glorieuses, qui sont toujours vives et viviliantes, nous sont ici appliquées ^t imprimées, si nous savons faire un bon usage de Jésus-Christ présent et entrant dans nos cceurs et nos esprits, pour recevoir son corps et son sang, son ûme et sa divinité, et être intimement unis à sa propre personne dans l'élat de sa gloire, de son amour et de sa toute-puissance.

IV. Quand je vois la grandeur de Jésus, je trouve étrange que chose si grande ait été faite pour chose si petite que l'homme, et il me semble qu'il ne devait être référé qu'à Dieu. Mais sa bonté surpasse notre indignité, et il est tout employé, tout appliqué à nos misères et à nos intérêts, et le plus bassement que nous puissions imaginer, fiuisqu'il entre dans notre terre et notre exil, dans notre vie basse et misérable,

dans la mort et le sépulcre, et qu'il pas^e

par tous les degrés de nos misères, dans notre enfance, dans noire vie souffrante et laborieuse. Mais cela est f»assé et n'a duré que (pielques années sur la terre. Or il veut renouveler cet usage, et le renouveler jusqu'à la lin du monde, et le renouveler en tous lieux et en toutes sortes de [lersonnes riches et pauvres, grarKjs et petits, sains et malades, alin (lu'aucun ne soit exempt de sa présence et bi-nigriité, et des fruits de sa vie précédente (lu'il vient nous apporter et nous appli(juer lui-même.

V. Il est ici tout à nous, tout à nos usages. Il n'est point pour aucun usage nrofane, ni même sensible et Inimain ; il n est rjuc pour usage saint et religieux et pour exercice de religion. Et il est l'obict et le moyen suprême de la religion, [)ar lequel la religion chrétienne sert à son Dieu ; car elle a cette excellence, qu'elle a Dieu [»our objet, qu'elle a Dieu aussi pour moyen, par lequel elle tend à cet objet. C'e^t Dieu qu'elle adore, et c'est par un Dieu incarné et par un Dieu mourant qu'elle adore le Dieu vivant et éternel. C'est Dieu qui est sa vie, et c'est un Dieu fait homme qui est sa voie, par laquelle elle cherche, trouve et possède celle vie. Usage tout spirituel et tout divin. Il nous tire do la terre à lui, de ce corps à l'esprit et de l'esprit à Dieu. Et le commerce que nous avons avec lui est tout séparé des sens qu'il veut que nous allions morlifiant continuellement sur la terre; tout séi'aré de la nature, tout établi dans la foi, dans l'esprit, dans la grâce, et dans le nouveau ciel et la terre nouvelle que nous avons en lui en cette Eucharistie. Car il est lui-même et noire terre et notre ciel ; la terre qui nous porte en sa grâce, et le ciel qui nous couvre en l'élat et en l'ordre de sa grâce. Ainsi nous avons ici-bas en cet autel, en cette Eucharistie, terre et ciel tout ensemble ; noua avons plus, nous avons grâce et gloire, et gloire et grâce [)lus haute que celle qui est entreles anges ; nous avonsDieu et l'homme, Jésus-Christ Noire-Seigneur, le roi des angea et le salut des hommes, le bonheur de la terre et la joie du ciel.

VI. L'esprit et la grâce des autres mystères nous sont communiqués et appliqués; mais le fonds et la substance des mystères ne s'accomplit qu'une fois, et n'a été communiqué qu'à ceux qui ont été présents à ce moment heureux auquel les divins mystères de la vie de Jésus sur la terre ont été accomplis. Mais ici le fonds du mystère s'accom|)lit tous les jours et à toute heure, cl s'accomplit et renouvelle en tous les lieux de la terre. Et ce qui e>t plus encore, nonseu'emenl l'esprit, mais le fonds et la substance do ce mystère s'applique à tous, et en tout temps et en tous lieux. Et ce qui est encore plus considérable, c'est ce mystère qui nous a{)plique l'esprit, la grâce' et l'ellicace de tous les autres mystères. Tellement que nous possédons en"celui-ci Jésus en sa [iroiire personne, et nous le possédons selon la grâce qu'il nous a acquise en tous

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ŒLVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BEPiULLE.

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ses autres états et mystères : Quis sapiens, etcustodiet hœc et intellifiet misericordias Vomini? [Ose. xiv, 10.) Gardons ce trésor précieux, le trésor des trésors de la grâce de Jésus; ménageons ce fonds riche des richesses de Dieu même, ménageons cet héritage céleste, ce royaume des deux qui nous est départi en la terre.

Vil. Tout ce mystère consiste en usage, et en us;'ge admirable, et usage vers Dieu et les hommes. U est vrai que ce mysière ne consiste pas en une action passagère, mais en un état jermanentet solide; et c'est une prééminence qui lui convient en pro- })re entre tous les sacrements. Mais cet état porte un usage continuel vers Dieu et vers les hommes; usage de sacrifice à Dieu, usage de sacrements à l'homme, c'est-à-dire de tout ce qui est important en l'état d'une religion sainte et sacrée, et au commerce de Dieu avec l'homme, de l'homme avec Dieu ; donnant à Dieu ce qui lui appartient, donnant à l'homme ce qui lui est nécessaire, donnant honneur et louange à Dieu, qui est tout ce qu'il peut recevoir de la créature. Et non-seulement Jésus fait cet otfice sacré par soi-même en l'Eucharistie, mais il nous aide à le faire; car c'est par lui et avec lui que nous devons rendre louange à Dieu eu la terre, comme c'est j)ar lui que les anges au ciel louent Dieu luème.

VIII. L'excellence de la religion chrétienne est de connaître, servir etaimer son Dieu, et ce qui passe toute excellence est de servir son Dieu par Dieu même, ce qui est tellement propre à la religion chrétienne, qu'il ne convient qu'à elle. Tellement (jue tout est divin en son état, et l'objet qu'elle adore, car c'est Dieu seul ; et le moyen par lequel elle l'adore, car ce moyen lui est donné du ciel pour cet ellet, et la voie par laquelle elle adore son Dieu, c'est Dieu incarné, qui s'appelle lui-même la voie en l'Ecriture. Il est la sj)lendeur du Pure, et il est la lumière en saint Jean (i, k) : Lux hominiim, lumière de ses fidèles; et en sa lumière nous voyons et nous verrons pour jamais la lumière éternelle. Il est lasapience du Père, et il est la sapience des fidèles, et leur fait connaître de Dieu par sa parole, ceque les œuvres de Dieu ne leur en peuvent faire connaître. Ainsi nous avons Dieu i)our objet en la religion chrétienne, et l'Esprit de Dieu pour l'esprit qui nous anime en celte religion, et l'Homme-Dieu pour hostie et oblation perpétuelle, et nous sommes grièvement coupables d'être si aveugles et négligeants parmi tant d'ardeurs et de lumières, et si peu ajtpliqués et révérends, auprès et aux pieds d'une majesté si haute.

IX. Quand je vois les profanes si pleins de lumières et d'éloquence dans les œuvres de la nature, et si dé[)Ourvus dans les œuvres de la grâce ; si diserts à nous parler du ciel et de la terre, et si aveugles à méconnaître celai qui a fait la terre et le ciel ; je me plains grandement de la misère humaine. Ils emploient leurs beaux esprits et leurs belles paroles àdiscoaiirde lahauteur

des cieux, de la profondeur de la terre, de la diversité des filantes, des })ropriélés des animaux, et courent d'un bouta l'autre, pour connaître les raretés de l'univers; et parmi tant d'elfets ne connaissent point la cause, et ignorent l'auteur do toutes ces merveilles, ou s'ils en ont quelque lueur, cela ne suilit pas à leur donner amour et puissance à servir un Dieu que toute la nature louo et adore en sa manière. Les jilus hauts esprits ne l'ont connu que comme auteur de l'univers, et n'ont pu donner à aucun cette connaissance, si basse néanmoins, ni imprimer au monde une loi légitime de i>on service. Il fallait que Jésus vînt en la terre pour éclairer la terre, |)Our lui faire connaître son Dieu, pour le faire servir, adorer et aimer. Mais la religion chrétienne fait connaître de Dieu ce que le monde n'en peut penser, ce que les créatures ne nous en peuvent a[tprendre, ce que les anges même en ignorent; elle nous élève à Dieu. elle nous tiansiorme en Dieu, nous établit et nous consomme même en une sorte d'unité d'esjirit avec Dieu, qui va reconnaissant, adorant et aimant l'unité des personnes divines en la très-sainte et très-sacrée Trinité. X. Voilà l'état excellent de la religion chrétienne, qui requiert une vie excellente, et des actions toutes divines comme il es* tout divin. Délaissons les pensées basses, les inclinations abjectes, les occupations viles, les objets périssables de la vie séculière et profane ; et vivons de la vie de Dieu, puisqu'il nous fait dieux. Vivons à Dieu, vivons en Dieu, vivons par l'Esprit de Dieu même; et comme Dieu est lui-même son objet, vivant en la contemplation et amour de soi-même, que notre vie soit occu[)ée dans la pensée et les actions des choses célestes. C'est la béatitude des esprits de la terre, comme dit saint Augustin (Confess., 1. X, cap. 22) : Jpsa est heatavila, gaw dere ad te, de te, propter te.

LXXXI. «APPORT DE JÉSUS CnniST AU SAINT SACUEMENT, AVEC LES PUIiNCII'AUX POINTS

DE l'État religieux.

A (les religieus.'S.

1. Jésus-Christ Notre-Seigneur est en une religion et clôture bien plus étroite que les religieuses, puisqu'il est réduit dans les bornes d'un morceau de pain, où étant mis une fois, il n'en sort et ne s'en leiire jamais, quelque injure qu'on lui puisse faire; et son obéissance n'est pas moins considérable, se rendant à point nommé à la voix du prêtre, et entre ses mains, se contentant humblement de la place qu'on lui a une fois donnée, et n'en changeant jamais lui-même.

2. Celte obéissance est [)leinement volontaire, et il a assez de puissance pour rom; re ces liens, et se délivrer de cet assujettisse ment; mais elle n'est pas pour cela moins exacte, et il demeure inséparablement attaché à l'étendue et au lieu des jiauvres et viles espèces du sacrement. Les rois et les grands de la terre, qui semblent disposer d'eux-mêmes comme il leur i)lait, n'ont uéaii-

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(Ht MUS i»i: iMKTf:. i,.\\\ii. i)iM.ns liais ui: ».-c- kn lel'ciiaristif:-

iiioiiis nulro |ilatc (jul' (('Ile «nie Dieu k'iir jJoiiiic; tii.iis Jésiis-dliti.sl (|iii s'est dDiiriô lui môme le lieu ((u'il lient dans les espùces, s'est lelleaienl lié et assujetti en e«'tle sienne intention, h la volonté d'aulrui, (ju'il ne le quille jamais par la sienne |ir(»|tre.

3. Il y lait iirofession do pauvreté et no choisit que des es|)ù(',es liasses et (ommunes pour se lugei', et lesquelles encore n'ont pointd'élreilsul)sl.in(e,eeIIe(pi'ellesavnient étant convertie et i asséi.* en la sull^lan(•o ilu corps de Jésus. Kl en sa pauvreté il rèp'no sur les rois et sur les an^^es, obli^jeant les puissances de la terre et liu ciel à se pro>lcrner liunihlemenl devant lui en ( c pauvre état, et dans le renoncement (pi'il lait des ornements do la terre, (jui vraiment sont indines d(! sa majusié, il possède la beauté et aj^loire de Du'U même: et en beaucoup d'endroil> il onI traité si bassement, (ju'il donne assez à connaître (pi'il est le méuje Dieu tjui est né à Hethléem dans une étabie, mis en la créclie et sur la paille, et (lu'eiicore (juc ces étals soient bien dillérenls, il n'a pas pJus d'éloignemeJil de la |iauvrelé, que lors et que quand il était réduit à la compagnie des bêtes au désert. Et Jésus erat cumbestiis. {3Iarc. i, 13.)

4. Jésus-Christ en sa consécralion sur les autels, n'est ni ù soi ; ni [)0ur soi; il est à l'horume et pour l'homme, il est dans les droits de l'Jiglise, il est pour être donné h lous, selon le jugement et le vouloir de l'Eglise, et en cela, il a un rapport singulier à la désapproprialion de l'état religieux, [)ar laquelle la |)ersûnne qui en fait profession se dépouille non-seulement de ses biens, mais de soi-même, pour être et se mettre en la disposition d'aulrui pour jamais.

5. Et pour ce qui est de la j)ureté, il en fait ici une proî'ession toute particulière, étant dans un partait éloignement de toutes les choses sensibles. Car et ses sens en co sacrement n'ont nul ra()porl à la chair et au siècle présent, mais 5 Dieu, et nos sens n'ont nui rapport à lui en cet étal de son Eucharistie oCi nous n'avons d'accès (jue par la foi, et qui pour celle cause est appelée mystère de foi.

C. Quant à la charité, il se donneà ses ennemis et à lous ceux h t[ui on le veut donner sans se refuser jamais à personne. El dès le preuiier jour qu'il institua (x* mystère, il se donna au traître qui conspirait sa mort eu le recevant.

7. Quant à l'humilité, il se laisse fouler aux [)ieds des hérétique^", en quoi il remémore la cruauté des Juifs, loulaut auxi>ieds son précieux sang.

8. Et pour ce qui est de l'occupation intérieure, il est incessamment occupé vers Dieu, il lui demande tous nos besoins et ne cesse de représenter à sa majesté ce qu'il a fait et soullert [lour nous en la terre, s'humiliaiit jusqu'à la mort, et à la mort de la croix par son coiumandemeni ; et comme

sans cesse il opère vers Dieu pour nous, sans cesse aussi il opèro en nous les elfels de Dieu, ce «jui serait plus continuel (jue l'inlluenco du ciel et du soleil sur la terre, si nous n'y nutlions f'ni[.6chement par nos fad)le-.ses et nos inlidélilés.

LXXXII. UIVEIISKTATS DE JKSLS EN i/eI CIIA- RIsriK, KT I»L' l'OLVOIIl DES PUÉTnKS SLH JÊ- SL'S EN CE MVSTIHE (I20j.

Il y a en Jésus-Christ étals et actions, l'un et l'autre digne d'un honneur singulier et (le toute l'altenlion et alfection de nos cœurs. Mais ses étals sont l'arliculièrement h peser, lanl parce qu'ils coriliennent |ilusieurs mouvemenls et actions, qu'à cause (lue par eux-mêmes, et en celle (jualilé d'étals de Jésus, ils rendent un hommage inlini à Dieu et sont d'une très-grande utilité aux hommes. L'Eucharistie met Jésus-Christ en un nouvel étal, ('tal constant et perpétuel et qui durera en l'Eglise jusqu'à la con^omuiation des siècles. Elle le présente au Pèio éternel en état d'hostie et le donne auxhoujmes en état de viande. >'raiment viande et vraiment hostie. Hostie qui réconcilie les hommes avec Dieu, viande qui les fait vivre delà vie de Dieu et les transforme en Dieu même. Oh! quelle viande! oh! quelle hostie ! et elle le met en cet état pour jusqu'à la fin du monde ; oh 1 quelle durée !

Jésus-Christ remémore son Incarnation et sa passion en ce mystère, et ne les remémore pas seulement, mais les applique aux lidèles, et il fait cela par lui-même présent réellement et véritablement en l'Eucharistie, et par rien de moindre que lui. Et en l'honneur de ces deux grands élals, son étal incarné et son état soutirant, il institue en l'Eglise un état nouveau, permanent et perpétueK (pii lt;s adore et leur rend hommage, hommage divin en la terre et en lous les endroits de la terre qui sont honorés de ce sacrement, et remémore sa présence visible au monde en forme humaine [)ar sa présence visible en forme de pain dans nos tabernacles, en la manière que la manne qui segar(Jaiten l'arche, remémorait la maune (jue les Hébreux recueillaient au désert.

L'état de Jésus en l'Eucharistie est principalement nôtre en ce que non-seulement il est institué pour nous et à notre usage, mais aussi il est établi par nous et dépend de la {)uissance et opération des fifêlres. Il a daigné nous choisir pour un si grand œuvre et a voulu que nous en fussions les instruments et coadjuteurs. Et il y a plus, car non-seulement nous sommes ses instruments et coadjuteurs, mais nous agissons et parlons en sa personne et comme si c'était lui-même. Et plût à Dieu que comme nous paraissons en sa (»ersonne et qu'il met ses [laroles en notre bouche, que son esprit fût en nos cœurs et que notre vie ne fût qu'une confirmation de la sienne ! C'est une conjoncture admirable que celle de Jésus-

(liO) Cet écrit contient ilrs pensées excellentes de l'aulcur ; uiais il ii'esl pas achevé , el nitiuje il

semble que ses pensées ont élé recueillies par uu a cire.

Christ avec nous en ce sacrement, et elle va imitant la [tart que Dieu a bien voulu donner à la Vierge au mystère de l'Incarnation. Car comme Dieu s'est uni à la Vierge pour accomplir le grand œuvre de l'Incarnation de son Fils, ainsi pouvons-nous direiiuece fils incarné, Jésus-Christ Nolre-Seignour, s'unit avec nous pour accomplir son Eucharistie.

C'est donc nous qui conférons nouvel état à Jésus-Christ et il veut dépendre en icelui de notre ministère et opération. Tous ses autres états, il les tient de Dieu son Père ou de lui-même, ou du Saint-Esprit, on de la V'ierge sa mère, comme l'enfance, ou même des Juifs qui l'ont crucihé comme son état de victime en quoique façon; mais celui-ci il le tient des hommes, nous le lui donnons, ou pour exi)liquer la chose plus pleinement et dans toute l'étendue de la vérité, il le tient de soi-même etdenous qu'il daigne associer à chose si grande.

Ce nouvel étal est un état qui tire Jésus- Christ une seconde fois du ciel en la terre, un état qui le réduit à l'humble condition et vile apparence d'un morceau de pain, un étal qui présente le Fils unique à son Père, comme hostie et agneau chargé des péchés du moude, un état qui le met entre nos mains comme aliment de vie éternelle, et enfin, ua état de sacrifice, d'amour, d'unité.

En nous présentant au Fils de Dieu en ce sacrement, il nous faut mettre et abaisser jusqu'au centre de la terre, c'est-à-dire jusqu'au plus bas lieu du monde, jusqu'au centre de notre être qui est le néant, il nous faut mettre et cacherdansie centre de l'amour et humilité de Jésus instituant, opérant et vivant en ce mystère.

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