LXXXIII. DE L'ELCHAniSTIE
Jeaus-Christ est en ce sacrement comme le don de Dieu aux hommes, comme le don ou offrande des hommes à Dieu, et comme V objet de son adoration.
1. Jésus-Christ est le don de Dieu aux hommes, et le don des hommes à Dieu. H est le don de Dieu aux hommes et il se met entre les mains des hommes })ar l'efficace de sa parole et il doit être reçu des hommes en celte qualité. Oh 1 quel don ! don de Dieu, don de Dieu se donnant soi-même : Si scircs donum Dei {Joan. iv, 10), dit-il à la Samaritaine. O homme, si tu connaissais ledon que Dieu te fait de Dieu môme, que ne ferais-tu point, que ne quitterais-tu point, que ne voudrais-tu point porter ])0ur te disposer à le recevoir et le recevoir en la i)lénitudc qu'il l'est ici présenté? car il faut peser que Dieu donnant son Fils à l'homme par divers mystères, en celui-ci il le donne en plénitude, c'est-àdire, en la plénitude de ses mystères, de ses mérites et de ses perfections consommées en lui. En l'Incarnation sa vie et ses mérites ne sont pas encore; en l'enfance le mérite de sa vie n'y est pas; en sa vie le mérite de sa mort n'est pas accompli; en sa mort il n'a pas la dignité, la puissance et les tré-
sors de sa nouvelle vie; en sa résurrection et son ascension, ilsemble être retiré à Dieu et ôté aux hommes, il l'est en etTet.Mais en l'Eucharistie, sans rien perdre ni de sa retraite à Dieu, ni de sa séparation de la vie présente, ni de l'iibondance de sa nouvelle vie, ni de sa majesté, il est dorme aux hommes et donné en la plénitude de tous ses états et de tous ses mystères, et il est donné comme vie et aliment de vie éternelle.
2. Jésus-Christ est le don des hommes à Dieu, comme il est le don de Dieu aux hommes; comme sacrement il est l'un, comme sacrifice il est l'autre. Autrefois on offrait à Dieu les fruits do la terre qui nous était donnée, et maintenant nous offrons à Dieu un fruit de Dieu même, un fruit crû dans son propre sein, un fruit que la terre virginale de Marie, revêtue delà vertu du Très-Haut, a produit, et qui pour cette raison est ajpelé par le prophète Isaïe le fruit de laterie et le germe de Diou tout ensemble : Jndie il la erit germen Domini in magnificentia et gloria, eifructus terrœ snblimis, etc. [Isa. iv, 2.) Ce fruit admirable et adorable, ce fruit doux et délicieux est mis entre nos mains en l'état de sa gloire et magnificence et nous l'olfrons à Dieu en cet état. Lorsque nous faisons rétlexion sur notre indigence et sur l'intinité de Dieu, nous sounnes contraints d'avouer que nous n'avons ni pensée, ni parole, ni amour proportionné à Dieu, ni chose aucune correspondante à la grandeur de sa majesté. Mais il lui a plu nous donner son Fils qui est son Verbe et sa parole, qui est son propre entretien et son occupation éternelle, et Dieu trouve entre nos mains et en nos autels, ce qu'il regarde éternellement en lui-même, et nous parlons à Dieu son propre langage et idiome, et nous nous entretenons avec lui de son occu[)ation môme et de son propre entretien. Et comme ce Fils de Dieu et ce Jésus est tout nôtre j)ar la bonté de son Père, il lient lieu aussi de tous nos devoirs envers Dieu, et c'est par Jé^us- Christ que nous nous élevons à Dieu, que nous adorons Dieu, que nous louons Dieu, que nous bénissons et remercions Dieu, que nous invoquons Dieu •.PerChrislumDo" minum nosfrum, (}ui est l'usage de l'Eglise en toutes les parties de sa communication avec Dieu. El comme Jésus est le supplément de tous nos besoins et la {)ro})itialion de nos fautes, ainsi que nous ai)|irend le bien -aimé disciple, il est aussi notre pensée, notre action de grâces [Lucharistiajt notre amour vers Dieu, et Dieu ne reçoit ces devoirs do nous, qu'en tant qu'incorporés avec son Fils, et devenus un même cor|>s et un même esprit avec lui. Nous oH'rons au Père son Fils unique, ses œuvres et ses affections, ci non les œuvres et les affections des enfants d'Adam comme tels.
3. Jésus-Christ en l'Eucharistie est l'objet de notre adoration, et pour ce sujet il y est en état iiermanenl, et non-seulement en action, c'esl-à-dire, ni comme simplement reçu, ni comme dçnné, mais comme existant
OKLVUKS hKMI.Ti;. - l.WW, liXPI.ICATION lu: I.A MKSSE.
clen élfllcJo diiréo. TelIcnionlcjuiMeciieill.Kil loutes los choses snsditcs, nous re(rwti(pi<iiis Iniis prmrip/ilcs Miteiili(»iis (1(> Dkui en l'iji- <'liari.sii(» «Il record dosoii l-'ils ; r;ir ft il ot rMiiifiic 1p don ui; Dieu .'iiix liommos ol coiiiiiii; 11? don on ollVande des hommes h Dion, et rnnnne l'ohjci de leur .idor.ilion. Le Pr'ro élernel nous le propose comme en son trôrje |t(»nr recevoir nos honnnai^cs, nos devoir»;, nos services ; il le met entre nos mains (lonr ôlrc la seule ollivinde que nous avons digne de lui, et il le mrl en nos cà'urs pour les snnolitiur; et son amour esl si grand envers nous, qu'il met en notre sein celui «jui est enson sein, et veut que «oiniqni esl I uni(pie ohjet de sa complaisance infinie, soit pareillement runi(]iic ohjei de la nôtre.
l.WXn. LMlOIlTiTION SLR LK SAINT SACRKMEMT.
I. J.sus-dtrist qui est In parnir, et parole unique du Vîre rtcrttri, qui dit et produit tout en l'rtvrnité et diins les temj/s . esl néanmoins lei sans parole. — 1{. Mais nranmoins il y est par sa puissance Pt par sa parole ; et l'opération par laquelle il ij est wu'i, ta honorant sa production étrrnelle, par la parole du Pt'rr. — HJ. Le si'jour de la terre n'est suppnrtahie aux dînes saintes que par la prrsencc dr Jisus-Christ qui daigne y demeurer. li voile sa gloire en ce mystère, pour demeurer parmi les mortels. Et c'est ici que l'humilité et l'amour triomphent de lui.
I. Nous avons à vous parler de Jésus au saint Sacrement, et nous le devons d'autant î'Ius, mes sœurs, qu'il y est présent sans parole. Il est aussi présent en ce mvslère, que lorsqu'il marchait sur la terre et' sur l.i luer, el qu'il prêchait aux peuples : mais sa présence est sans parole, et il veut que nous parlions de lui, que nous parlions pour lui, et que nous parlions à lui, j'our recevoir son f:>prit et sa parole, et vous parler dignement de lui. 11 est en sa naissance éternelle, et en sa personne divine, la parole du Père, et la seule parole du Père; car c'est l'unique parole que le Père prononce de toute éternité h soi-même, et dans soi-même, et parole si profonde et si féconde, qu'elle contient tout ce que le Père aura jamais à dire à soi-même et h toute créature, et quelle est produisante incessaiimient le S.iint-Ksprildans ladivinitéet dans vos cœurs; etloutefois celte parole du Père est ii-i sans parole.
II. C'est sa parole et sa {)uissance qui lo niei et établit en ce mvstère, car il veut êtro ici comme en une nouvelle naissance dépendante de lui-même et de sa parole, en l'honneur de sa naissance éternoile, en laquelle le Père le produit comme sa (tropre jiarole. Et toutefois lui qui est la parole du Père, el qui est ici par sa parole, est en un perpétuel silen( e; niais un silence qui parle plus haut el rend plus de louanges à Dieu, que toutes les paroles des hommes et des anges ensemble. Puisqu'il daigne employer nos paroles, ou idutôt les siennes proférées jmr notre houche, pour le consacrer et le
OtcVRES COMl'L. DL CARDINAL DE BÉRULLE
mettre en étal de ce mystère, employons volontiers nos [»arol(?s h 'célébrer sou étal, ''Cs grandeurs et ses louanges,
III. Je veux, mes scenrs, tirer pnrccdiscoiirs vos c(i>urs hors de la terre, el contre fnon des sein, mon sujet vous lire à la terre, puisque Jésus y ot h présent el l'habite, et y est plus [irésenl qu'il ne fut jamais ;el il \ "veut êlre présent jusfpi'A la lin du monde. Il est au milieu devons, el vous devez êlreavec lui; mais vous devez n'êlre en la terre que pour lui et avec lui ;et sans ce divin objet vos cœurs et vos esprits devraient être aussi éloigné> de la terre (pie la terre est éloignée du ciel où Jésus habile en sa ghnre.Mais il esl ici dans le trône de son amour, qui doit bien >ous occuper et ravir autant (jue sa gloire. Partout où Jésus esl dojiuis son ascension au ciel, sa gloire esl avec lui, car elle ne peut êire sépai/'e de lui , mais il ne parait (as partout dans le trône de sa gloire. Il la voila à ses ajiôtres pour converser quarante jours avec eux, leur montrant sa vie non glorieuse; et sa vie toutefois était toute et toujours glorieuse. Il voile ici sa gloire, sa |>ré;ence et sa vie. Il ne témoigne que son amour, et il est proprement dans ce mystère, comme dans le trône el le mystère de son amour : Cum dileaissel suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. (Joan. xiii, 1.)
C'est son amour qui l'attire el l'abaisse à la terre, qui le joint à ces espèces viles, pour l'unir à vos cœurs; Ihumililé el l'amour triomphant de celui qui a triomphé du naonde, du péché, de l'enfer, de la mort, et du diable même ; car c'est un sacrement d'amour et d'humilité tout ensemble par la puissance de son amour.