LXXXV. EXPLICATION DL COMMENCEMENT DE LA SAINTE MESSE
Le prêtre avant que d'approcher de l'autel [)Our y faire les prières ordonnées en la messe, il se tient aux degrés et marches d'icelui : et là coaimence cette sainte et solennelle action au nom du Père, du Fils et (lu Saint-Ksf-rit ; se sert de quelques versets du [)saume xliii pour se repiésenter l'état et la fonction de sa charge, et pour y réclamer l'aide et la gr^ice de Dieu. Kl à cause de la communion des saints, que nous crovons selon le symbole des apôtres, il s'accuse en la face de TKglise militante et triompjjanle, comme ayant odensé celui qui est reconnu le commun Seigneur de tous, et fait une reconnaissance générale de ses fautes devant le ciel el la terrC; selon le monele de l'enfant prodigue, avant de communiquer par ce mystère à la présence de celui qui nous a dit que l'autorité suprême lui est donnée et dans la terre et dans le ciel, el tjui, avant empire el commandemeni sur l'une cf sur l'autre Eglise, se rend présent à toutes les deux, comme en deux parties de sou Liai et de ï.a couronne : présent, dis-je, à l'une en sa gloire, et à l'autre en myslère, combattant en terre avec l'EgUse militante, ainsi qu'd trioiDfdie dans le ciel avec la triomphante. Kl a[»rès cette humble coufession.
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il implore la miséricorde de Dieu, ei se jtrépdre à ses saints exercices pour recevoir sa grâce, et avant de monter à son autel, pour lui rendre les prières assignées à chaque jour de l'année.
LXXXVl. EXPLICATION DE LA SAINTE MESSE, DIVISÉE EN TROIS PARTIES, ET LA MANIERE DE LA BIEN ENTENDRE.
A une personne nouvellement convertie, ou
au moins ayant volonté de se convertir de
la vanité à la piété.
La messe n'est autre chose qu'un trèssaint et divin exercice de la religion chrétienne, durant lequel nous sommes tous assemblés, et comme conviés et disposés pour avoir part et accès à la présence de notre Dieu, lequel se veut ainsi communiquer et se rendre présent et adorable à son peuple, par le mystère de son eucharistie ; c'est pourquoi il se faut dignement préparer à recueillir grand fruit d'un si fréquent et divin exercice. Et me semble à propos pour cet effet, de diviser cette action comme en trois parties principales, et les accompagner de quelques points et mouvements principaux, qu'il convient avoir, et imprimer en l'âme durant le temps de cette sainte et divine occupation.
La première partie s'étend depuis le Con- ^feor jusqu'à l'offertoire, et peut être appelée la préparation, d'autant que par ce moyen le prêtre se prépare à cette grande et divine action, c'est-à-dire à la consécration du précieux corps de Jésus-Christ, et ce par l'accusation de soi-même, au Confiteor; par l'invocation de la miséricorde de Dieu, en plusieurs versets adjoints, et aui Kyrie eleison suivants; par les jirières qu'il lait à Dieu pour soi et pour le peuple; et par la lecture des saints livres de la Bible, distingués sous le nom de l'épître et de l'évangile. Et aussi les assistants , selon leur puissance et capacité, doivent se coniormer à l'esprit de Dieu, qui a [prescrit cet ordre et ce formulaire en son Eglise, et avoir soin d'exercer quelques élévations intérieures , selon ce que le prêtre fait ou dit en la messe, et de remarquer en la lecture de l'épître, ou de l'évangile, ou de tous deux ensemble, quelques points et oracles du Saint-Es[irit, c'est-à-dire quelques sentences de l'Ecriture, qui servent d'objet et d'entretien à leurs esprits, et de règle et conduite à leurs actions. Et quant à vous, il me semble que vous devez vous exercer à cette entrée aux points et aux actes de la pénitence, qui est le premier pas et mouvement de notre Ame vers Dieu, vous accusant devant lui et devant ses saints, des vanités que vous aurez atfeclées, des otfenses que vous aurez commises, de votre froideur en son saint amour, de votre négligence à son service, de votre retardement en la voie de la vertu, et en l'accomplissement de ses inspirations; et surtout de ce que vous n'avez pas consacré à Dieu, à l'issue de votre enfance, le premier usage de la raison, et le premier exercice de la liberté que vous avez reçue de sa di-
CARDINAL DE BEKULLE.
vine majesté, selon l'état de la nature; le Fils do Dieu que vous venez adorer en la messe, vous ayant dédié même le premier instant de sa vie, selon que le remarque l'aj)ôire saint Paul ; et de ce que vous usez encore ordinairement vos jours, et les \)assez, ou inutilement et indifféremment comme chose [ileinement vùtre, ou même vainement ; au lieu que le Sauveur du monde n'a passé ses jours qu'en pauvreté, qu'en soutfrance, et enfin en croix pour votre amour; et n'a usé sa vie qu'en œuvres et exercices continuels de son ardente et excessive charité envers votre âme. Sur quoi vous remarquerez que la moindre des iaur tes qui se commettent journellement au monde, a fait naître le Fils de Dieu dans une étable, et l'a fait mourir en une croix, pour l'expier devant la justice de Dieu son Père, et que vous ne devez tenir pour petit aucun des sujets pour lesquels le sang du Fils de Dieu a été répandu ; et que la moindre des actions humainement divines, et divinement humaines, que le Fils de Dieu a faites et réitérées infinies fois pour votre bien, durant le cours de trente-trois années (quand elle n'aurait été accomplie qu'une fois), demande justement de vous tout l'usage et l'intérêt de votre vie, à ce qui e.st de sa seule volonté, pour reconnaissance et action de grâces, et pour retour de service à une si haute et divine majesté. Humiliezvous donc ici profor^dément, et regrettez amèrement de manquer tant à un si fort et si puissant amour du Fils de Dieu envers vous. Coupez diligemment la racine de ses manquements^ faisant [)lusieurs propos de vous éloigner de l'amour du monde et de vous-même, où est la source de tous ses manquements. Invoquez soigneusement la grâce du Saint-Esprit, pour amender les fautes passées, et pour accroître et établir en vous les effets d'un plus parfait amour envers la bonté divine.
La seconde partie est depuis l'offertoire jusqu'à la communion, à laquelle vous devez vous disposer plus particulièrement à la présence du Fils de Dieu, par des actes exercés sur ce divin objet, pour orner votre âme de saintes affections, dignes de celui qui vient à vous par ce mystère : comme en la première partie vous avez exercé des actes sur l'objet de vous-même, et de vos fautes, et sur la [)énitence, poiir effacer en vous ce qui aurait été désagréable iiux yeux de celui que vous attendez et invoquez en M la messe. Ap|)liquez-vous donc maintenant ^ à considérer la grandeur de celui qui se présente à vous pour l'adorer; t>on excellence pour la contemi)ler, sa bonté pour l'aimer, sa charité pour l'admirer, son mérite pour le vous appliquer, sa mort et passion pour la remémorer. Et jugez de ces choses, non par le rapport des sens, qui n'aperçoivent que les espèces basses et vulgaires, mais par l'œil de la foi qui ne découvre que choses grandes et divines, et qui y ajierçoit le Fils de Dieu, le trésor et l'amour du ciel et de la terre. Or comme est-il
(«.L'VKIIS DK ni.TL. lAXWII, SOLKNMTF, DK JESLS.
flvloré, (•onlt'iii(iU'rel.iiiiu''tlivsnn};('N? Olil comine (k'vrait-il ùlro vrrK'ié, coiiUmiiiiIl' <l .liiné lies lioiiiiiios , |itiis(|i]'tl osl Immimiic poiiiliotre /iinoiir, cl « pris iiolio ii.'itmt' se f.iisnnl iiioiiidie (iiie les aiiyi's! Kl pnisiiu'il ol en rcl autel, non pour aurun iiilÙKM de >.i gloire, (jui le lient, non |)his en terre, mais au riel, el (jue e'e>l noiir noire seul res|iect et considéralion ([u'il s'ahaisso ius(|u'h nous (il (pTil daigne se rendre aitisi présent en cel autel; de (|uel zèle et all'ection l'y tlevons-nous conlenipler et révérer? Kt comuik; il change la nature de ces espèces has^es et lerrestres (pii lui sont proposées et en son corps et en son sang précieux, [irions-lo ."^ussi (ju'il change et tran>t'i')rnie la fiesanleur, la froideur el la sécheresse de notre c<L'ur tout terresîre et aride, en lardeur, la tendresse el l'agilité des atrections et dispositions toutes saintes, célestes et divines. Kl puisqu'il unit de si près notre nature pesante el terrestre h sa divinité, par l'Incarnation el son humanité déiliée h la pei>onne •le chacun de nous par l'iMicharistie. coml'ien devons nous approcher noire esprit de son esprit, notre cœur de son cœur, et nos pensées, nos sentiments et all'eclions, de ses senliments, aHeclions el pensées?
Certes, puisque son cœur divin est si souvent très-proche et Irès-conioint à notre cœur humain el terrestre fiar la très-mainte Kucharistie, nous le devons prier que notre cœur ne soulFre et ne sente jamais d'autres alfections et passions que celles qui ont entré el pénétré dans son cœur déiforme. Kt comme il s'olFre à Dieu son Père en cet autel pour nous appliquer présentement le fruit de l'oblalion sanglante qu'il a faite en la croix, otl'rons-nous à lui pour être à jamais hostie sanglante ou non sanglante de sa volonté et victime immolée à sa gloire: et Coffrons lui-môme au Père éternel, comme chose qui est vraiment noire et qui est comme mise entre nos mains, el en notre puissance et possession par ce mystère, alin (jue nous obtenions, par ce don précieux que nous offrons et rendons au Père éternel, les grâces qui nous sont nécessaires pour être entièrement, parfaitement el éternellement siens. Et comme il est présent en cet autel, en telle forme et manière que par Tétat de cette présence sacramentale il nous remémore et représente sa mort et passion, conservons la mémoire de cette sainte passion, rendons-lui grâcesde ce grand bénéhce, apprenons d'icelui coudjien il abhorre le péché, mourant [)Our donner la mort au péché , el combien il aime et estime notre âaie, donnant sa vie pour la vie de notre Ame ; et prenons résolution de ne rien craindre el détester que ce qui déplaît à Dieu et ne rien estimer et pourchasser que et? qui lui est agréable, tenant tout le reste pour non digne de notre amour et de notre haine. Et pour honorer |iar ordre et avec méthode tous les pas du Fils de Dieu allant à la croix et à la mort pour notre amour, prenons chaque jour quelque point et aride de sa saiule passion pour exercice et
(Mitrc.'tien de notre esprit et pour objet de nos allections, h la tin de la messe el en tout le reste de la journée.
Li troisième partie est depuis la communion jusqu'à l'issue de la messe, en laquelle .SI les points précédents ne nous occupent suilisammcnt, au moins avant de sortir de l'église, il faut rendre grâces h Dieu de ce bénélice singulier de sa présence h laijuelle nous avons eu |)art et accès par le ujoyen do la sainte messe, et avoir un ieriiKi propos de nous élever et rendre ri lui par les all'eclions de notre âme, ainsi iju'il lui a plu s'abaisser el rendre |)réseni 5 nous |iar la sainte Kmharislie ; faut reconnaître et accepter \o. Fils de Dieu pour votre roi al souverain fijui vi(;ntet veut par cette sienne présence au sacrement comme prendre possession de ce monde et de nos cœurs) , et lui faire l'hommage de notre être, de notre vie et de toutes nos actions et alfections; et en celte qualité vous devez faire état désoruiais de dé|)endre de sa volonté, cl disposer de votre journée et môme de votre vie, selon son bon plaisir, lui demandant afTeciueu.semeiil la grâce de connaître el faire ici-bas sa volonté qui ne tend qn'h votre sanctification, pour lé vo r un jour face à face el jouir ià-haul de son essence et de sa gloire,