‹ Œuvres complètesChapitre 23 sur 540 · JI · texte numérisé non relu

JI

coriimc pnr un droit imiluol cl i('ii|iroi|ii(!, Olro siiigulièri'iiicnl sii'iis. Drnii liniicux il nv.'iiili'igcux pour nous, m.'iis lilru el droit oiiéretix pour lui, pui.stpi'il lu n'tidr.i plui^ij (le nos pochés, le gnr«nl de nos l/uilcs, le C()U)()flyn()n do tios niisèros, et oïdin le uiol- Irn on utio croix ol on un sépulcre.

MhIs laissant ros p(Misé(!s pour une autre fois, et conleniplanl l'Iionneur ([ue ro(;oit colto Innnanilé par ce ni.vsloro, élevonsnf)iis, cl disons : () iJiynilé 1 rt grandeur I A félii.ilé do la nature luiniaine, d'ôlro ainsi élue pour ap[iartenir au N'orhe 1 d'ôlre élue pour lui appartenir d'une manière d'appartenanie ipii ne convient h aucune chose créée 1 d'élro élue pour lui appartenir par un droit de singularité i]ue la foi ne nous pcrniol |ias d'aUrihuor, même h sor) essence éternolle 1 laiiuclle chacun ilos tidèles reconnaît ôlre I essence des autres [.orsonnes divines; au lieu (pie la foi nous apprend (|ue colle humanilé n'a point d'aulrii personne h (jui elle apparliiMino, et où elle repose, (pie la personne du Verbe. l'A celle personne d'apparlenaiK e uni(pje et singulière au Verbe a encore cela de merveilleux (pi'olle lui est naturelle et surnaturelle tout ensoml)le. Car elle appartient au \'erbe, comme h celui (pii est la personne môme, et rappt>rleiiance de la nature avec la personne est une ap|>artenance si intime, si intrinsèque ei si naturelle, que l'ordre des choses créées n'en contient [>as de plus grande.

Kl d'.*» il leurs;, la dignité de cette personne, qui daigne être la propre personne, de celle nature liumaine, est si éminente par- 'lessus toute nature créée, que sa grandeur et hautesse semble ne f)OUvoir entrer dans ces limites, et elle est si divine (lue nous ne pouvons la regarder sans l'adorer. Car c'est la personne iJu Verbe, c'est la seconde personne de la Trinité égale à la première ; et c'est une personne en laquelle subsiste la divine essence de toute éternité, connue en l'une de ses personnes. Celle appartenance donc de l'humanilé au Verbe est non-seulement si propre et si intime, mais elle est d'abondant si haute et si divine, qu'elle peut à bon droit être dite et estimée avec admiration naturelle et surnaturelle tout ensemble; voire aussi naturelle comme si elle n'était point surnaturelle, et aussi surnaturelle, comme si elle n'était point naturelle: c'est-à-dire si naturelle qu'il n'y peut pas avoir une condition plus inlrinsèciue et une liaison plus intime entre les choses (îui conviennent à une même nature; toutes les autres unions et appaitenances naturelles étant moindres que la personnelle : et si surnaturelle cl élevée i>ar-dessus la nature , que ni les hommes ni les anges ne peuvent {tas même concevoir une plus grande élévation et éminence qu'j celle qu'a celle humanilé unie à la personne du Verbe.

VI. Or le Verbe éternel se communiquant ainsi à la nature humaine, il lui communique primitivement sa subsi^lence : et d'autant que la divine essence est l'essence du Verbe, et e.^lu^e môme chose par identité

avec In subsistance (pi'il communi(|U(' à c(>lte hum.'initr;; il s'ensuit que la divine e semé , commo essence du >'eibe , est aussi jointe et ( ommuniquée h colle nature liumaiiie : Je dis comme essence du \ erije, ( ar (dl(! est aussi l'essence du Vùrv. et du S.iiiit-Ivsprit : et en cette qualité elle a des (onditions selon le langage de la théologie, (pi'ello n'a pas connue essence du Verbe , et n'est pas jointe à. notre hiiinariilé coinino essence du l'ère ei du Saint- Kspril , mas comme essence du Verbe. I"t personne no peut contester (pi'étanl essence du Verbe éternel, elle no soit unie h celte môme nature à laipielle le N'eibe e>t uni , d'autant (pie la personne du \erbe com|)rend son essence et sa .subsislonce. Donc si la personne du \'orbe est unie h cetb; hum.inilé, l'essence et la subsislonce du \'orbe y est unie. y.l cette humanité de Jésus-I^hrist Nolrei>eigneur [)orto et re(;oil en (die-môme nonseulement l'ôtrc personnel , mais aussi l'ôlre essentiel de Dieu; car le ^'erbe est Dieu, Dieu est homme, et l'homme est Dieu, selon les notions les i»lus familières et communes de la foi ; et le Verbe est Dieu [lar celle essence divine, et Dieu est homme jiar celle humanité. Kl l'homme e^l Dieu par la divinité que l'humanité re(;oit en la subsislonce du Vej'be éternel, cl il n'est pas possible de comprendre comment cet être personnel de Dieu peu* êlre communiqué dans l'être essentiel de Dieu, lequel il comprend et enclôt dans sa conception formelle. Et c'est aussi la doctrine conimtHîi; iics théologiens , qui toutefcfis semble n'être pas entendue par les auteurs des libelles ditfamaloires, qui se font reconnaître par iceux, aussi peu exercés en la charité chrétienne que peu instruits en l'intelligence de ces mystères, et du concile de Tolède, (lu'ils allèguent sans l'entendre, comme il sera dii ailleurs. Mais réservons cela [)Our un autre temps, et ne mêlons point de contentions à ce discours, et continuons à dire et supposer que l'humanité de Jésus-Christ Noire-Seigneur est unie à la personne du Verbe éternel , c'est-à-dire et à sa subsistence et à son essence; qu'elle est unie primitivement à sa subsistence et conséquemment à l'essence ; qu'elle est unie à l'essence parle moyen de la subsistence, et non à la subsistence par le moyen de l'essence ; qu'elle est unie à l'essence du A'erbe éternel comme étant l'essence du Verbe, et non comme l'essence ou du Père et du Saint-Esprit; qu'elle est unie à l'essence qui est commune au Père et au Saint-Esprit, mais non en tant quelle est subsistante en leurs personnes ; mais en tant qu'elle est subsistante en la propre [lersonne du Verbe éternel : qu'elle e.sl un e par le Père, par le Fils, par le Saint-Es, rit à la subsistence du Fils ; mais qu'elle n'est possédée en cette sorte qui constitue le mystère de l'Incarnation que par le Fils. El c'est ce qu'a voulu détinir le concile de Tolède en cet article mal allégué, tuai entendu et mal appliqué par quelques censeurs de ce siècle. Or celte essence éicv-

œUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE.

nelle comme étant l'essence du Verbe, elle est divine, elle est infinie, elle est suprême et souveraine sur toute essence créée, et en un mot elle est un abîme de grandeurs, de perieciions et de merveilles.

Donc toutes ces grandeurs, excellences et perfections par le moyen de cette subsistence et à raison ensuite de cette subsistence, sont communiquées à cette humanité, car ces perfections subsistent en la subsistence du Verbe éternel; elles subsistent donc en cette humanité, puisque leur subsistence est la même subsistence qui accomplit et termine cette humanité. J'ai dit notamment par le moyen de la subsistence, et j'ai ajouté après et par exprès ensuite et à raison de cette subsistence. Où ri faut remarquer que ce n'est pas une simple variété de f)aroles superflues : ces termes sont différents et emportent choses différentes, et veulent dire choses grandes, que la langue ne peut exprimer, que l'esprii ne peut concevoir, qiie la foi adore en la terre sous le voile de son obscurité, que le ciel révèle et manifeste en sa lumière. Ce que nous en })Ouvons dire et concevoir en général, en la bassesse et obscurité de la terre : c'est que les grandeurs et perfections de cette divine essence, en tant qu'elles sont communicabies à un être créé, demeurant créé, et en toutes les manières qu'elles lui sont commucablcs, s;ms conversion et sans confusion aucune d'une nature en l'autre ; elles sont actuellement, abondamment et dignement communiquées à cette nature humaine, selon l'économie et la dispensaiion divine ; et elles lui sont communiquées pour relever, pour acluer, pour [lerfectionner, pour dignilier et pour déifier celle humanité, en la manière que les choses inférieures peuvent être acluées et perfectionnées ()ar les suprêmes, les humaines ()<ir les divines, et les choses créées i>ar l'Etre incréé; et en une manière toute propre, toute correspondante à la grandeur, à la dignité et à la sublimité du mystère.

Il nous faut contenter de ces paroles généiales et confuses, faute de lumière à pénétrer et à déclarer l'étendue, la sublimité et la profondilé des mystères. Car, qui pourrail concevoir et exprimer ce qui est ou formellement, ou virtuellement, ou primitivement, ou consécutivement, ou substantiellement, ou accidentellement, ou originairement, ou accessoirement enclos en ces paroles de l'union personnelle de la Divinité avec l'humanité? De la communication suprême et inetfable qui est entre Dieu et l'homme? Et de ce que Dieu donne à l'homme €1 Ojicre eu l'homme qui est homme et Dieu tout ensemble, c'est-à-dire Homme-Dieu; cl de ce que cet homme, Fils de Dieu et Fils lia l'Homme lout ensemble, 0[>ère envers Dieu et pour Dieu en la vue de ses devoirs et en l'excès de ses pouvoirs, de ses grandeurs et de ses excellences. O union 1 ô communication de Dieu en ce mystère ineffable 1 ô amour, ô vie de Dieu en ce sacré mystère de vie et d'amour! ô viel ô

amour de l'homme en Dieul ô grandeur 1 ô sainteté de Dieu en ce très-haut et trèssaint mystère! Chacune de ces ))ensées mérite un discours à part : réservons-les pour une autre fois, et nous contentons de dire maintenant : que si un degré de giâce rend une âme digne de Dieu, lui confère une excellente déification, comme parlent les saints Pères et la rend communicarite à la nature divine : Divinœ consortem naturœ [Il Petr. i, k), comme parle le premier et le prince des apôtres : quelle excellente déification, quelle communication divine., (luelle suhlim'e et intime adhérence à la Divinité, quelle suite, quelle étendue d'états, d'elfets el de merveilles; y aura-t-il, en cette humanité sacrée, qui reçoit, en elle-même, non un degré de grâce, mais un abîme de grâce, non un abîme et un océan de grâce accidentelle, mais la grâce substantielle, origine et fondement de toute grâce; non un être créé, communiqué aux hommes et aux anges; mais l'être incréé, mais la divinité, qui n'est propre et ne convient qu'aux {)ersonnes divines, et qui, par un [)Ouvoir el |)ar un amour ineffable est communiquée à celte humanité, et à cette bumanité seule entre toutes les choses créées, laquelle est sublimement el intimement pénétrée, déifiée et sanctifiée par la Divinité. Suivons le même exemple de la grâce pour connaître oii Dieu veut encore élever cette humanité, en lui donnant une nouvelle et subséquente communication de soi-même ensuite et en l'honneur de la précédente, qui établit et introduit au monde le sacré mystère de l'Incarnation.

Car, si pour un degré de grâce, qui n'est qu'une qualité accidentelle. Dieu se donne soi-même à l'homme en l'état de la gloire à toute éternité; que fera-l-il à son Fils unique Jésus-Christ Noire-Seigneur, et que lui uonnera-t-il? Quelle nouvelle abondante et ineffable communication de soi-même fera-t-il à son humanité, en laquelle il trouve résidant non un degré de grâce, mais un abîme de grâce? et non-seulement encore un abîme de grâces, mais l'océan û'où. dérivent toutes les grâces réjiandues au ciel et en la terre, c'est-à-dire où il voit , résidante la grâce substantielle, la grâce incréée , l'être, la j)ersonne et la vie de la Divinité; vie subsistante, vivante, opérante en cette humanité pour la gloire du Père éternel. Ne rabaissons pas nos mystères selon la petitesse de nos {)ensées; éinvons-nous à Dieu, et voyons qu'il ne se contente pas de donner simplement el précisément sa seule subsistence à cette humanité; mais en cette subsistence iJ s'y donne soi-même; iJ y donne sa vertu, sa puissance et sa sainteté; il y donne sa gloire, son existence et sa majesté : bref, il lui donne ce qu'il est, ce qu'il lui peut donner par un amour iniini, et ce quelle peut recevoir de lui par une puissance suprême.

VU. Dieu est infiniment diffusif et communicatif de soi-même, et [)ar le titre seul de sa bon'é, il fait une giande profusion et communication de soi-même à ses créatures ; (jue feia-l-il doncd'abondant par le droit et

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lu lilrc iiouvenu do \» sultsislfiue (jn'il a <Joiiia^e pnr ^Miiour h celle lium/inilé, siilisislenio (|iii esl uiio iii<^iiio cliosc; nvcc su |iropro ('ssi'iife? Dii'u ()|>t*ro en ses œuvres scion sa (li^^iiiltS sa sa|iief)(o el ioi) amour; il so coniiiiuiiii|iio plus ou uioiiis, ï^eliin In iligiiilé (le SOS (j'uvrcs el selon la |iro|i()rli(jn des sujeb ijui entrenl connue eu comiiierce, «■Il société, en coiiiniiinicalioii avei* lui. lui cel œuvre donc, (|ui esl le chef et le souverain de> (l'uvies de Dieu; el en celle liuniaiiilé, (jue Dieu iiiéiue a voulu rendre digne et capahie d'uni; inliniu coiniuunicaliijn Uc lui-ni^me, par le droit »prclle a d'être riiuniaiiité (iu Fils uiiiipie de Dieu, el par le lilri; (pielle adesubsi>ter par sa propre' el diviiM! sul),-.islence, el par le privilège (pi'elle a d'être sanctiliée par la Divinité inéiiie ; Dieu fera, par ^a bonté et | ar sa sapienco l'iul ce (jue sa puii.»aiice el son amour peuvenl faire d(î grand, de rare, de singulier el de merveilleux au monde : Dii-u fera une nouvelle connniiiiicalion de sin-méme à celle humanité, digne de sa grandeur, digne de la liliation de .son Fils uni«jue, donnée à cillo nature digne de sa subsistence propre el divine, digne d'une liumanilé remplie de Dieu el sandiliée de la même Divinité, digne de l'élal et grandeur de ce mystère, digne de l'amour infuii par lequel il Ta opéré, digne des choses admirables qu'il veut faire et Oi>érer par elle.

Nous le devons ainsi croire el supposer, el recueillant ce (jui a élé discouru, nous devons conclure el remarquer, comme la foi nous enseigne, que la divine essence est unie à la nature humaine par le moyen de la subsislence divine. Et partant, que les perfections de la divine essence sont subsistantes en l'humanité, puisque leur subsislence est la même subsislence de l'humanité, tin passant plus avant en la contemplation de ce mystère, la foi et la piété jointes ensemble en ce saint exercice nous élèvent et nous portent à reconnaître comme en suite, cl à raison de celte subsislence et en son honneur. Dieu veut, en une manière non- Telle et singulière, communiipier son être, sa gloire et sa grandeur à cette humanité; c'est-à-dire en une manière qui n'est propre qu'à cette humanité; comme celte iiumanité esl seule à qui esl appropriée la subsisl.'nce de la Divinité; c'est-à-dire que comme en l'ordre des choses existantes nous remontons jusqu'à un sujet si haut, >i digne el si élevé, qu'il se trouve existant même Jusque dans l'êlre incréé par la communication de la subsislence et existence divine à notre humanité, ne pouvant y avoir rien en cet ordre qui excède v.n dignité un si noble eiistani et un si divin sujet : aussi, en l'ordre des communications des grâces et des faveurs de Dieu avec ses créatures, il nous faut remonter jusqu'à une sorte de communication de grâce et de faveur, do gloire et de splendeur de l'Etre divin, qui .soit si haute et si sublime, qu'elle soit inlinie, s'il y a lieu à l'intini, et qui soit telle qu'il n'y en (misse avoir de plus grande en

OKlVRKS COMPL. DE nr. I^ÉRLILE.

son genre ou en son espèce et (pii ne doit être proprement faite (selon le^ lois de la divine sapience, (pii ordonne tout en nombre, en poids el en me^^iue] sinon à celui (pii poiie et re(;oit la subsislence tjivine.

VA comme il n'y a (pie la nature humai ne fiui la reçoit en la personne de Jésus-Chri>t, il n'y a (pi'elle aussi (lui st»il susi eplible do la grandeur, de la siiblimilé, de la plénitudo de telle commiinicalion ; il n'y a qu'elle qui la doive recevoir, et il est juste aussi (pio celle nature la reçoive ensuite et en honneur de cel état suprême de l'union hypostali(pje, auquel elle est élevée, et seule éh;vée par le moyen de la divine sub^i^leiici!. Et celle communication est aussi excellente, nouvelle et singulière, comme ce mystèru esl nouveau, excellent et singulier au monde. C'est à mon avis ce qu'attendait le Fils de Dieu à l'issue de ses labeurs; c'est l'état et la couronne qu'il doit recevoir après avoir triomphé du diable, du | échr, de la mort en sa croix. C'est ce qui e>l compris en celte belle prière qu'il fait en Unissant sa vie el ses mystères, en donnant le ba.scr de [)aix et disant le dernier adieu à la Synagogue frt à son ICglise parla pâque juilaipjG et chrétienne accomplie ensemblenienl ba conclave de Sion. C'est ce qui est insinué en plusieurs lieux de l'Ecriture; c'est ce quo le Fils demande à stin l'ère en ces paroles : Clarifica me, tu Pater, apud temefipsum.'Joan. xvii, 5.) C'est ce que le Père dit à son Fils en ces paroles, [>eu avant sa mort : Clarificavi et iteriim clarificabo. {Joan. xii, 2-i.) Paroles dignes, d'autant pi us dignes d'être considérées rpic ce sont les dernières paroles du Père au Fils ra|)porlées en TFvangile. C'e.st ce que l'Eglise, élevée en la connaissance et en l'amour de son Sauveur, de son chef et de son époux, reconnaît juste et digne qu'il reçoive, le déclarant ainsi par la bouche de l'un des [dus grands a|)ôlres : Dvjnus est A<jnus, quioccisusrst, accipere virtutem et didivinitalein, etc. (Apoc. v, 12.) C'e.^l ce (pii nous est insinuéen plusieurs autres textes de l'Ecriture, que nous alléguerons et déduirons ailleurs; car toutes ces paroles, ces souhaits, ces prières, sont proférés après le mystère accompli de l'Incarnali-on.

Ces textes donc parlent d'une clarification distincte de celle qui est précisément et nécessairement enclose dans l'état du mystère, et narlent d'une communication qui suppose le môme mystère de rincarnalion, el qui correspond à sa grandeur et à sa dignité. Les [tremières paroles que nouT avons alléguées, et qui sont rap|iortées en saint Jean, sont les {iiojtres paroles du Fils de Dieu, et du Fils de Dieu parlant non aux hommes, mais à son Père. Dignes |iaroles d'un tel Fils à un tel Père, el d'un tel Fils |)arlanl à son Père sur soi-même 1 Tellement que le Fils unique de Dieue>t l'auteur el lo sujet tout ensemble de ces divines paroles. El ce sont paroles du Fils de Dieu au dernier de ses jours , jour auquel, même eniro les hommes, les paroles sont plus graves, sont plus plus importantes, sont plus cbô

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res et sont j)lus mémorables. Et celîes-ci encore ont cet avantage, qu'elles sont paroles du Fils de Dieu non-seuFement au der- Tiier jour, mais àla dernière heure de sa vie libre et civile entre les hommes et entre ses apôtres ; car à l'issue de ces paroles il part du ( énacle de Sion allant à la croix et 5 la mort. Ecoutons donc avec humilité, révérence et amour le Fils de Dieu parlant, et parlant à son Père, et lui parlant de soi-même et lui parlant lorsqu'il va à la mort. Nous verrons comme il lui demande un nouvel état et un état qu'il n'a point encore eu: Clarifica me, tu Pater. 11 lui demande un état de gloire et de splendeur, puisqu'il use de ce mot, Clarifica me ; il lui demande un état de gloire non au regard des hommes, mais au regard du Père, non dépendant des hommes, niais dépendant du Père; car il s'adresse au Père en ces paroles, Tu Pater, qui sont i)aroles d'amour et d'efTicace particulière du Fils contemplant et aimant son Père, du Fils parlant à son Père au jour de ses angoisses et dernières soufifrances : Tu Pater, ce lui dit-il. comme lui disant, qu'il est Fils et lui Père; qu'il est Fils entrant en l'état de ses douleurs, de son abaissement et de sa croix ; qu'il est Père en état éternel de grandeur et de puissance. El que comme entrant au monde il a reçu de lui un état digne de son amour envers les hommes et de la nécessité des hommes; aussi sortant du monde il est attendant de lui comme de son Père un nouvel état digne de lui, digne du Père, digne de sa croix, et de l'amour d'un Fils unique envers son Père, et digne de l'amour et du pouvoir d'un Père qui est toujours Père tout-puissant, et qui est seul jiriiicipe et origine de ce Fils : Tu Paler.

Car, en la vue et |)ensée des choses qui lui étaient proches et imminentes, et en l'énergie de ses paroles, nous voyons comme il ne s'adresse point à la terre, mais au ciel : Et que dans le ciel il ne s'adresse point au Saint-Es[)rit, qui n'est pas son Père ni son principe, cl qu'il ne s'adresse pas à Dieu simpleuient comme Dieu, car cela lui est commun avec les anges et les hommes; mais nous vo^>ons que, par une pensée plus haute et par une élévation particulière qui ne peut 6lre qu'en un esprit vivant et subsistant en la personne du Fils unique de Dieu, et j^ar une parole qui ne peut être [iroféiée que de la bouche du Verbe éternel, il s'adresse h. Dieu comme Père, et il s'adresse au Père comme étant son Père doublement, selon ces deux natures. Car il est son Père i)ar génération en la divinité, et son Père encore comme existant en cette humanité, qui reçoit et porte en son être la subsistence et Ijlialion divine, par la communication de cette personne divinement engendrée, et amoureusement communiquée à celle humanité.

Vlll. C'est q\ielque chose de ce qui est enclos en la propriété de cette parole, Tu Pater, i)arole de singularité et parole de divinité; car elle regarde la divinité et la filiation mônie de Jésus, qui est unique et singulier ea la divinité ; car il n'est pas seul

CAUWNAI. DE BEULLLE. 30»

Dieu, le Saint-Esprit l'étant aussi bien comme lui; mais il est le seul Fils de Dieu, et le Symbole le nous fait reconnaître et adorer comme le Fils unique deDieii. Paroles donc de divinité et singularité ; paroles d'amour et d'efficace ()articulière d»i Fils au Père en l'état humble et souffrant auquel l'amour et l'honneur du Père le réduit au dernier de ses jours sur la terre.

En cet étal donc si étrange et si pitoyable, en la sublimité de ces paroles et de ces pensées, et en la vue du Père éternel, qui est et qui n'a jamais été qu'en état de clarté, il lui demande communication de cet état et clarté permanente. Le Père a toujours été en cet état de clarté, même il a produit son Fils comme sidondeur et clarté émanant de lui, dont il porte le nom de la splendeur du Père. Et si nous contemplons sa naissance divine, il devait être toujours aussi bien que son Père en étal de clarté et de splendeur, non-seulement à raison do sa divine essence, qui est toute lumière et clarté, suivant celte parole : Deus lux est [I Joan. I, 5), mais encore à raison de la naissance de sa personne divine, qui ost produite comme lumière, et qui, en sa propriété personnelle, est la splendeur de la gloire du Père. [Hebr. i.) Mais l'amour do son Père le tire de cet état, en l'abaissant dans nos misères. Et le Père demeurant toujours en son état de clarté, le Fils a voulu descendre de sa grandeur et de sa s[>lendeur en l'état d'obscurité pour l'honneur de son Père, et en condition de bassesse pour l'amour des hommes, se couvrant de l'obscurité de la vie humaine, de la vie commune, de la vie souffrante : et môme, ô excès! ô bonté! se couvrant des ténèbres de la mort, qui a obscurci le soleil même en plein midi. Et lorsqu'il va entrer dans les extrémités de cet état, jiroche d'y être livré par un de ses disciples et abandonné par les autres, et d'être même délaissé par son Père, il demande en faveur de son humanité d'êl'.-e établi en cette clarté et en cette splendeur qui convient à son essence divine, à sa naissance éternelle et à sa piopre |)ersonne, et qui est due encore à cette humanité, puisqu'elle est son humanité, et que celle clarté ne lui a point encore été comnmniquée.

Car le Fils unique de Dieu s'est uni en telle sorte à notre humanité, que nous l'y voyons êlre uni comme Dieu en sa divine essence, et comme Fils de Dieu en sa personne; mais non encore comme splendeur du Père, cet état heureux et glorieux étant réservé après l'économie et dispensalion de la vie douloureuse et laborieuse du Fils de Dieu sur la terre. C'est le sens, à mon avis, de ces grandes paroles : Glorijiez-moi, vous ô mon Père, envers vous-même, de la gloire laquelle j'ai eue par devers vous, devant que le inonde fût fait. (Joan. xvii, 5.) Par h'squelles il ne demande pas sim[)lemeni un état de gloire de la part des hommes, c'està-dire que les hommes l'adorent et reconnaissent pour le Fils de Dieu, mais un élat

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(.UA.NDKl US l>K JKSIJS. — DISC. Mil, COMMLMC. DL Ultl l-.N LINCARN.

lie gloire de I.1 p-itl dn Dieu son Père. Il <J<»niniitlc un «Hnt tic glniio (ini tlùpcnd projrtTincnl et .sirignliùri'nuMil (lu IN'mc, cl pour letiuel ol)lcMir il ne .s'adresse qu'au l'crc; il demantlc un <''lat de gloiio (|ui (lé|icnd de son Père connue rc^TC, cl non ^itnplcnlc^lt connue Dieu : car il dcuiaiKh; noUnunicnl \it\o effusion cl coinuninicilion de celte clarté (pi'il a de son l'ère et en son l'èie durant rtUernilô.

Or la gloire que Irs hommes rendent au Fils de I)icu en croyant en lui, dé|icnd d<?s hommes , Us uns annonçant cl les autres recevant les vérités de la foi, el tous manifcslanl par celle créance la gloire de Jésus, c'est- à -dire l'honneur <]u'il a en soi d qu'il n)érile de recevoir des ht)nniies, en qualité de Fils uniijue d(; Dieu. Kl la gr-Ace [lar laciuelle ils enlrcnt en (Cilo rcconnaissani e et lui rendent «x'I honneur est une grâic dépcnt.'anle de Dieu (ouimo Dieu, el non |ns de Dieu comme l'ère de son Fils unitjue : <ar en celle qualité de Père, il n'a relation (juc vers bon Fils, comme il n'est Père en la propriété de sa personne qu'au regard de ce seul Fils unique. Or il est évident <|ue le Fils uni<jue de Dieu reçoit de lui, el de lui seul, celle clarté en S.1 génération élernelle et avant la constitution du monde, pour employer ces mômes |>aroles : Clarifica we, tu Pater, apud leinetï»5MWi, clarilate quam habui priusijtiam munuus (ieret apud tt. VX aussi il regarde son Père, et son Père seul, comme le seul princi[ie de son être, de sa vie el de son état, et comme recevant de lui le pouvoir de comniuniijuer à sa nature humaine celle c larlé (ju'il a reçue de lui et qu'il lient de lui ; cl il le regarde encore comme attendant de lui l'heure et le moment de la communiquer on son actualité, c'est-à-dire comme actuant, élevant el perfectionnant de sa s[)lendeur cette humanité établie dans la gloire du Père éternel. Afin que comme le Père éternel engendrant son Fils dans soi-même, a voulu encore qu'il fût engendré au monde |;ar l'Incarnalion: ainsi l'engendrant en soi-même en (jualité de lumière et splendeur, il veuille aussi le [)roduirc au monde et le donnera cette humanité en état et en qualité de s[)lendeur divine, [)ermanente à toute éternité.

Si (^uell^u'un voulait rabaisser la majesté de ces paroles en une intelligence plus basse, en référant cette clarté «^t gloire désirée [)ar Jésus-Christ à la gloire que lui doivent renilre les hommes par la créance et reconnaissance de sa grandeur, je le supplie de considérer que c'est la sapience incrééo et incarnée (jui parle, laquelle a un sens bien plus élevé que le notre, et est en un étal de gloire si haut et si éminenl, que la créance el reconnaissance des hommes adorant Jésus-Christ comme Dieu n'est qu'un rayon de sa gloire el une émanation de sa splendeur divine. La gloire, la clarté, la splendeur dont il parle en ce texte, et qu'il attend h l'issue de ses travaux et labeurs, lui est intérieure, et non pas extérieure, el est indépendante de la volonté des hommes.

C'est une gloire el clarlô qu'il a el porte en soi-même, el norj pas au dehors, c'est une gloire qu'il reçoit de son Père, et non pas des hommes, (^est une gloire d clarté qu'il possède srdidcmcnt el invari.'blenierit en la divinité, cl non en la créance et en la pensée muable des humains. C'est la splendeur de sa divinité communiquée à son humanité, comme à un sujet < apoble do la jiorler et recevoir pour une éternité. ( t d'en être toute et toujours a» tuée, (xnétrée et remplie, sans intérêt de l'être inlini do (Cite lumière et de l'être fini de celte humanité, comme un corps diaphane est pénétré de la lumièie, sans iiiiéi êl ni du corps ni do la lumière (^ui le iiénètre, mais avec un éclat de la même lunnère plus brillanle, éclatante et ardente à nos yeux qu'elle n'était auparavant.

Ll ainsi la splendeur de Dieu, réunie en la nature humaine, rend Jésus un principe de lumière au monde en une imuvelle manière, el découvre un nouveau sens de celte sienne parole : E(jo sum lux mundi. (Joan. VIII. 12.) Et partant, l'homme reçoit celle lumièn! de Jésus, et ne la donne pas à Jésus. C'est la gloire et la lumière dw monde do croire en Jésus, el si vous le voulez, c'est la lumière el la gloire extérieure de Jésus imprimée au monde : mais ce n'est pas la lumière et clarté intérieure de Jésus en luimôme , c'est-à-dire qu'il a reçue de sou Père el qui est imprimée en son humanité ; c'est plutôt notre gloire et clarté de le croire et connaître, et une gloire, lumière et clarté émanée de sa lumière, de sa splendeur et de sa gloire. Car sa gloire profirement n'est ni accrue par notre foi, ni diminuée | ar notre infidélité. Jésus est Dieu, el il entre aussi par ce moyen dans l'élat, dans la qualité et dans la propriété tics grandeurs do Dieu. Or Dieu ne reçoit point d'accrois.sement pour la création du monde, ni de peilo I ar la perte du monde : ce sont les hommes (]ui perdent en /lerdant la connaissance et la grâce de Dieu, et (\uï s'élèvent en s'élevant en la grâce et en l'amour de Dieu. .Vinsi le monde, adorant la gloire de Jésus, reçoit gloire et honneur de Jéaus, porte et ma'ni- Ivsie la gloire de Jésus en lui-môme ; mais il ne donne )>as la gloire à Jésus, car Jésus ne la reçoit (jue de son Père en son humanité, comme il ne la reçoit <|ue de lui en sa divinité. C'est pourquoi en ce conclave de Sion, Jésus-Christ, enclos et enfermé avec ses apôtres, s'élève el s'adresse à Dieu son Père, et lors ne [larlant qu'à lui seul au secret de sa prière, il lui ouvre son cœur, il lui expose son désir, el il lui dit ces |>aroles, dignes d'être gravées de la main des anges dans nos cœurs et dans nos esprits : Clarifica me, tu Pater, apud lemetj'/wjjm, etc.

IX. Pour les entendre plus clairement, considérons que le Verbe éternel de toute éternité est dans son Père, comme le liOus apprend son apôtre en l'entrée de son Evangile : ht Verbum erat apud Dcum. (Joan. i, 1.) lit il est en clarté et en splendeur dans

203 OEUVHES COMPLETES DU

son Pèrp, comme marquent ces ))aroles en sa prière : Claripca me , tu Pater, clnritate uuam habni, qui représente au Pure éternel le désir qu'il a de recevoir de lui cette splendeur et clarté, quain hobui, ce dit-il. Jl l'avait donc en son Père avant la création du monde : il la veut avoir en cette humanité, ])uisqu'il est résidant en elle par le mystère de l'Incarnation, comme il est résidant en son Père par le mystère de la Trinité. Car entrant au monde pour sauver le monde et >uourir pour nos ofl'enses, il a voulu s'unir h la nature humaine en la subsistence de sa divinité, mais non en la splendeur et en la clarté de sa divinité; se conservant le droit de recevoir cette clarté après ses douleurs et souffrances, comme choses due à la jirésence, à la subsistence à la vie de la divinité en celte humanité. Et il s'élève et s'adresse maintenant à Dieu, son Père, en cette mémorable prière, lui demandant d'être établi en l'usage, en l'exercice, et en la possession de la splendeur et clarté qui lui est due, et dont il a le principe en soi-mêmadrvinementet i)ersonnellement uni à son humanité. Ne plus ne moins que l'àme raisonnable, si elle était existante avant le corps, selon l'opinion des platoniciens, étani inluse au corps du petit enfant qui a la vie de Jâme, et non pas la lumière de l'âme; et étant obscurcie en sa lumière intellectuelle, t't comme ensevelie dedans l'enfance, el dé- Touillée pour un temps de l'usage de cette lujuière et connaissance, lorsqu'elle entrerait en tjuelque lueur et connaissance de son étal, elle s'élèverait sans doute à son auteur qui l'aurait infuse dedans ce corps, et lui demanderait d'être pleinement établie en l'usage, en l'exercice et en l'actualité de sa connaissance et de sa pro()re lumière due à son essence. Au regard de laquelle les effets t't la manifestation que le monde en aurait jiar après, ne serait qu'une dépendance de cet état, où se trouverait l'âme en usage parfait de raison, de lumière et de coanaissance dans ce corps.

Ainsi le Fils de Dieu a un être et un état de lumière, de clarté et de splendeur divine durant une éternité dans le sein de son Père, avant d'être résidant au sein de la Vierge en celte humanité. Et cette splendeur ('t clarté est couverte et cachée dans l'état humble et i)âtissant de sa nature humaine, à laquelle il s'est uni et conjoint par la subsistence de sa divinité , mais sans déployer encore la clarté et la splendeur de sa divinité. Or il demande que cette splendeur de sa divinité agisse et paiaissse en plénitude de puissance, de vigueur, d'activité, d'actualité en cette humanité, la comblant de sa gloire, et la dépouillant de ses conditions basses et mortelles, pour la revêtir et orner de sa gloire, comme il l'a dé[)Ouilléo de sa subsistence, pour la revêtir de la subsistence même de la divinité. Et l'honneur et la gloire qu'il attend des hommes, est une chose beaucoup moindre et inférieure, est une chose extrinsèque à sa grandeur, est une suite et dépendance dy ce sien état

CARDINAL DE BERULLE

de gloire, et n'est qu'un rayon émané de cette clarté. Comme la clarté du jour au monde e.-t une lumière émanée du soleil, mais n'est pas la lumière dvISO^eil• même ew son globe et en sa sphère. Le soleil ne perd rien de cette sienne lumière dans soi-même ]>our les ténèbres de la nuit, ou des éclipses ordinaires qui arrivent en son cours et en son mouvement à l'eniour de la terre. C'est îe monde qui perd son jour et sa lumière, mais le soleil n'y perd |ias la sienne étant tor*jours également lumineux dedans soi-même. Et ainsi le monde recevant la lumière de Jésus, ne donne pas lumière h Jésus, et la jierdant ne l'ôte pas à Jésus. El la clarté qu'if demande en ces propos n'est pas celle qu'il l>eut recevoir de la créance et piété du monde disposé à l'adorer; mais celie que son Père lui peut donner en la puissance de son amour, et qui a été sus[)endue jusqu'àf présent pour l'amour des hommes.

X. 11 nous faut donc recueillir des propos précédents, comme il y a deux sortes de commerce, et deux manières de communications de Dieu à l'homme, au mystère de l'Incarnation : l'une est |)rimitive, et l'autre est consécutive au mystère; l'une est radtca'e et originale, et contient en vertu et en semonce les divers états du mystère; et l'autre est étendue, el recueille en abondance tous les fruits du mystère; l'une est constituant l'essence du mystère, l'autre est corres|)ondante h l'état et la dignité di* mystère ; l'une est le fond et l'essence du mystère, l'autre est la plénitude et la jouissance du mystère ; l'une donne le droit aux grandeurs et excellences dues à cette humanité, selon sa qualité nouvelle; l'autre donne l'usage, la consommation et possession de ces grandeurs, excellences et qualités. Un Kun Dieu est homme et i>araîl homme, et en l'autre l'homme est Dieu et paraît Dieu ; en l'un Dieu possède l'homme, mais en l'autre l'homme possède Dieu ; en l'un Dieu entre en l'être et en létal de Thomme, et ea l'autre l'homme entre glorieusement en l'être et en l'état de Dieu, est adoré comme Dieu , est assis à la droite de Dieu ; en l' un- Dieu est sensiblement reconnu homme : Habitu inventus ut homo , ce dit l'Apôtre [Philip. Il, T,f car il est revêtu des condition humaines; en l'autre l'homme est Dieu et i>arait Dieu, car il est revêtu des mar- (jucs el des grandeurs de Dieu ; en l'un l'homme reçoit le titre qui le rend digne de gloire et de puissance ; en l'autre l'hoiiune reçoit celte même gloire et puissance , de laquelle il est digne, el dit à ses apôtres : Data est mihi omnis poleslas in cœlo et in terra. « Toute gloire et puissance m'est dannée en la terre ci au ciel. » (Matlh. xxviii, 18.) Ces deux points et étals sont bien ditl'érenls, car l'un fait que Dieu est homme et l'hounne est Dieu, et toutefois on voit que le Père éternel ne traite pas cet homme comme Dieu, en voit qu'il le laisse en l'enfance, qu'il le laisse en la vie commune, qu'il le laisse en la vie souffrante, comme >i Dieu n'était point résidant el vivant en col lionune,

;;ram>llus dk jesls. - Disc, vni, comsilmc. dl unx l.n li.ncarn.

el iicftnraoins Dieu est cii lui seloH cdlr nacréi! parolo : Dvus crut in Christo muuduin rfconcilinns «i/y». (// ('or. v, 19.) ('.o (|iii n trompé el U-s sjigos du iiioiulc «l les (lémoris mi^ino en l« subtilité do leur comwii.s.s/iiK c. ].;iulro t't<il siippo.snnl (pio ( cl lidiiimcj csl Dipii |>or lo invslùrc de riiicariKilior), fait <|ue le Père le traite comme Dieu, le tiro hors des bnsscsses de la vie liiimaiiic, lui donne entrée en la .splendeur et clarté do Dieu; Ia(juelle étant relernic jusqu'à pr<*seiit, 60 verse, se répand et se cunununic|ue à cette humanité, la pénèlro, l'active et la remplit. Kl «omme Dieu, qui est esprit, s'e^t fait sensible par ci- m^ stùro , aussi Jésus porte la majesté de Dieu sensiblement et visiblement entpreinte en son étal,ei lo ciel le contemple el lo voit en cetlo gloire, U terre l'y croit cl l'y adore, et les enfers lo sentent et l'expérimentent, où par la force de la puissance de Jésus les démons sont contraints de ployer les genoux devant lui el de lui reiulre hommage, comme à leursoiiveraiii et h leur Dieu.

Voilh les divers états de Jésus en cemyslùre. >oilà les deux communications ciislincles et encloses en icelui : communication de la divinité, et communicalion de la splendeur et clarté de la divinité. Et c'est celle-ci que Jésus attend et qu'il demande en cette prière :Clari/ka me. {Joan. xvii, 5.) Et c'est celle que le Père lui a promise en oes paroles : Et clarifîravi et iterum clarificabo. (yoan. XII, "28.) Si nous eussions été en ce conclave de Sion, et assisté à celle prière de Jésus, nous eussions dû joindre nos souhaits à ses souhaits, el nos prières àses prières, et comme membres de ce chef, ôlre parlant au Père éternel par la bouche do notre chef, n'ayant aucun désir que celui de sa gloire. Mais il y a seize cents ans que sa |)rière est exaucée, que son désir est accompli et que la foi publie au monde que Jésus est établi en la gloire de son Père

Entrons donc en réjouissance et complaisance de ses grandeurs. Entrons en ce souhait a[)OSlolique : Omnis lingua confiteatur quia Dominus JcsutChristus in glorin est Dci Palris : « Que toute langue confesse que Jésus- Christ le Seigneur est en la gloire de Dieu le Père. » {Philip, ii, 11.) Paroles grandes el formelles ! Paroles qui nous représentent deux vérités Irès-imporlanles : l'une qui nous enseigne et nous représente comme il esl,nonsim|)lement enlagloire des hommes, mais pleinement et absolument en la gloire du Père, gloire autantdilïérenleelélevée pardessus la gloire qu'il reçoit des hommes, que le Père est élevé par-dessus les hommes mômes, et l'être inoréé par-dessus l'être créé. L'autre vérité est celle qui nous apprend comme il est maintenant non-seulement en la divinité du Père, comme il était auparavant, mais aussi en la gloire du Père résultante de sa divinité, en laquelle divinité en tant qu'homme il a été établi dès le moment de l'incarnation cl uni à celle essence qui est l'essence du Père éternel. Mais il n'a pas

pourtant été établi pleinement en la gloire du Père. (]ar nonobstant cet état suprême el divin, il est demeuré dans les langes et dans la crè( lie, dans reiifanrc et dans l'imfmissanco de l'enfanee, dans la fuite et la persécution, brt.'f, dans la bassesse de la vie humaine, dans les éjiines de la croix et dans les ténèbres de la riKirt. Kl bien qu'en tous ces états il frtt viaimorit Dieu-llrunme, il était Dieu enfant el iiimuissanl dans tine élable , il était Dieu luyant et caché en Egypte, il était Dieu vivant el inconnu ilans un coin de la Judée, il était Dieu souffranl et mourant en une croix, et il était Dicn mort et enseveli en un sépulcre. Et en cet humble élal d'abaissement la divinité da Père était en lui, l'amour du Père était en lui, et le Père disait de lui : In quo milti bene compktcui. [Matth. x\ii,5.)Mais la gloire du Père n'était i»as encore établie en fui. Il était en la divinité du Père. Il était en l'amour du Père, mais non encore en lagloiiedu Père. Cette gloire était ditférée par le vouloir du Père sur son Fils, par l'amour du Fils envers son Père et [)ar l'égard qu'avaient le Père cl le Fils aux besoins el à la nécessité des hommes. Et le Père donnant sa divinité à l'humanité, en lui donnant la personne de son Fils, suspendait la donation de l'état enliei et parfait de sa gloire; comme nous voyons par le discours de sa vie, qu'il le laisse {lour un temps dans l'enfance el dans l'impuissance, dans les langes el la crèche, dans la [Persécution et la fuiie, dans la vie connue et inconnue, dans la croiv, dans la mort, dans le sépulcre.

O étrange divorce cl sé[)aralion admirable, même entre la divinité et la gloire de la divinité ! Divorce qui ne se trouve qu'en Jésus, et ne se trouve en lui que pour figurer, I>our expier et pour effacer le divorce (jui arrive entre Dieu el ses créatures par le péché ! Jésus est-il moins adorable et moins aimable pour avoir moins de gloire en sa vie, puisque c'est l'amour el le seul amour qui l'en sépare, et que c'est pour no-is qu'il en est séparé ? Puisqu'il en est sé{)aré par amour, aimons Jésus en son amour, et en son amour le privant de sa gloire. Adorons Jésus en sa divinité, el en sa divinité l'abaissant en nos misères. O amour, ô amour fort, amour puissant, amour exerçant son pouvoir et ses rigueurs sur la personne môme d'un Dieu en sa nature nouvelle qu'il unit à soi, et qu'il fait vivre et subsister e!i soi 1 0 amour arrêtant le cours des émanations divine.-en l'etfort desémanalionsmômo de son amour, c'est-à-dire en l'efforl et eu l'elTusion infinie qu'il a failede soi-même eu se donnant à l'homme 1 l'amour le [)orle à donner sa divinité à celle humanité, el toutefois la gloire est suspendue et arrêtée pour un temps en l'excès de celte émanation. Il est digne el infiniment digne de recevoir cette gloire, et en son temps il la possédera comme chose qui lui est naturellement due. Mais il en sera privé, et un si long teuips, c'est-à-dire toute sa vie, par la puissance et la plénitude de son amour ; ja

dis de l'amour do Jésus envers son Père. Or si L'anjour est puissant, est pri\ant, est dépouillant Jésus Uiéme, et le dépouillant de chose si grande comme de sa gloire, neserat-il point puissant sur nos cœurs? Ne serat-il point privant et dépouillant nos esprits de leurs inclinations perverses, de leurs plaisirs déréglés, de leurs afifectionsillicites? Si l'amour est exerça/it sa puissance et ses rigueurs sur Jésus 'et le mettant dans les épines, dans la croix, dans la mort , ne nous mettra-t-il point dans les épines de la pénitence, dans la croix de la vie clirélienne, dans la mort de nos vices et affections terrestres ? Hé! puisqu'il y a un amour crucifiant et un amour cruciûant un Dieu , qu'il ne soit pas moins puissant sur les hommes, et qu'il nous crucifie en Jésus, et avec Jésus ? Et d'autant plus que c'est abaissement et opl^robre h Jésus d'élre crucitié, et crucifié pour des pécheurs ; mais c'est gloire, c'est grandeur, c'est félicité, d'être crucifié pour Jésus et avec Jésus, et de pouvoir dire avec son Apôtre : Christo confixus siim cruci.<^Je suis attaché en croix avec Jésus-Christ. » (Galut. II, 19.) En cette croix ainsi attachés avec Jésus, soyons élevés comme lui et séparés de la terre; car son crucifiement nous est représenté par lui-même, comme un éléyement séparant de la terre. Soyons donc élevés et haussés par-dessus les choses terrestres, caduques et périssables. Soyons attachés de cœur et d'esprit avec Jésus et à Jésus, méprisant tout pour son amour et pour sa gloire. Et disons avec esprit et vérité cette parole apostolique : Existimo oinnia detrimenium esse, propter emincntem scientiam Jesu Christi Domini mei, etc.

(Phjlipp. m, 8.)

XI. Un ancien (li) disait que Dieu, créant le monde, s'était transformé en amour, tant il était ravi en la vue et satisfait en la beauté de cet univers. Mais il n'avait pas vu ce mystère, et il ne connaissait que ce monde sensible entre les œuvres de Dieu. Nous donc, élevés en une j)lus haute connaissance, échus en un meilleur temps et à la plénitude des temps, qui porte la i)lénitude de Dieu et Ip plénitude de l'amour de Dieu en ce sien œuvre, le chef de ses œuvres, et ravis en la contemplation de ce mystère, disons que Dieu, faisant un nouveau monde, et le monde des mondes, c'est-à-dire Jésus, il s'est transformé en amour : car Dieu est amour, et n'est qu'amour en ce sien œuvre, où sa puissance, sa bon té, sa grandeur et sa majesté s'est convertie et transformée en amour ; et ce mystère est amour, et n'est qu'amour : <on)me en icclui l'amour joint Dieu à 1 homme, aussi les grandeurs de Dieu et les bassesses de l'homme y sont transformées en auiour j)ar la puissance de l'amour opérant ce mystère et triomphant en ce mystère, auquel Dieu a mis singulièrement son amour et le triomphe de son amour tout ensemble.

Ne voyons-nous pas comme la puissance

de Dieu y est transformée en amour, et comme Dieu, s'y faisant impuissant, ne s'y montie plus puissant que pour aimer? Ne voyons nous pas que la grandeur de Dieu y est transformée en amour, et que Dieu ne s'y montre grand que dans l'amour? Ne voyons-nous pas même que la puissance et la grandeur est captive par l'amour dans l'impuissance et dans la bassesse d'une enfance? Ne voyons-nous pas que la majesté y est aussi transformée en amour et changée en la bénignité et humanité d'un entant? Ainsi Dieu est amour, et n'est qu'amour en ce mystère. Et comme l'état et les grandeurs de Dieu y sont transformés en amour, aussi l'état et les bassesses de l'homme y sont transformés parfetfort et la puissance de l'amour. Dieu est homme, mais c'est non sa nature, ains son amour qui le fait homme. Caria nature divine est infiniment distante de la nature humaine, et serait toujours distante si l'amour, aussi puissant et infini que la nature, n'unissait si intimement la nature divine à la nature humaine, et ne les unissait en unité de subsistence, d'existence et de personne. Dieu est enfant; mais il est enfant par amour, et non par la nécessité de sa condition comme les enfants des hommes; et il est Dieu enfant, la puissance et la divinité étant unies puissamment, personnellement et amoureusement à 1 enfance et à l'impuissance, tellement que nous devons dire avec étonnement et admiration : Suscepta est a majestate humilitas, a virtute infirmitas, ab œternitate mortalitas (15).

Car aussi voyons-nous Dieu souffrant, Dieu mourant et Dieu mort en une croix et en un sépulcre. Mais c'est l'amour, et non sa nature, qui le réduit en cet état. Et sa vie, sa croix, sa mort est amour, et chacune d'elles n'est qu'amour, vie et puissance. Et Jésus est vivant, aimant et jouissant dans la mort et dans la soutfrance, et nous y donnant et méritant vie, amour et jouissance. O amour de Dieu en ce mystère! ô amour triomphant de Dieu et de l'amour de Dieu tout ensemble! ô amour, exercez votre pouvoir et sur nous et sur notre amour! triomj)bez de nous, et triomi)hez de nous en Jésus, selon la vérité de cette parole : Triumphat nos in Christo! [II Cor. ii, 14.; vivons en Jésus, aimons en Jésus, triomphons en Jésus; et que Jésus vive en nous, aime en nous et triomphe en nous pour jamais ! Et puisque l'amour triomphe de Dieu même, qu'il triomphe de nous, qui sommes ses sujets et ses créatures ! Et jiuisque le seul amour triomjihe de Dieu, que le seul amour de Dieu soit celui qui nous captive, et non pas nos passions et dé;.ordres ! Et que le seul amour de Dieu nous mène en triomphe comme ses captifs! Kt j^uisque l'amour veut triompher et de Dieu et (je l'amour de Dieu en ce mystère, que la puissance de cet amour triomphant, et de ce mystère dans lequel il triomphe, soit exercée sur nous et nos volontés à jamais.

(Il) PuEIXKCYDtS, apudPEOCLLM.

(I.j) D. Lr.o, f>pi>t 10, (id Flaviaiium.

CIIANDKI us l»r, II^SUS. - DISC. Mil

Kll. I.a consiilér.ilioii de la sulisislciici' (liviiio counnuiiiiiUL'u à rijuin.iiiilé en <; iiijslèrc coinriic siihsislwioe [►ropieda >'crl)L', cl connue idenliliéo avec 4a divine essence, noas a f/iit entrer en ce discours, et nous n servi de base et londenient aux |»ro|)os <|U(î nous avons Icnnssurla connnunicalion de Dieu en ce mystère. Car Dieu y conirnuiii(|ue sa subsislènce, et par sa suhsislenco son essence, et en soji essence les perfections de son essence connue subsistantes Hersotnielleinent vu cette liumanitù; et en son temps il l'ait une dilVusion et couimunicalion de sa gloire, laquelle est réservée, retenue et suspendue en plusieurs points «le ses états cl elVets |>ar un miraido per|tétuel : ndracle spéiial, unicjue et singulier en l'état de ce mystère, et |iropre à Jésus seul, comme la divinité et la siilendeur de ia divinité lui est projire singulièrement et privativement h tout autre. Kl cette communication de la gloire et de la splendeur de la divinité faite en -son temps h Jésus, et ^•l établie en son comble et en sa perfection dans le ciel, est une cliose si grande en elleniôme, cl établit un état si éminent et si i^'levé, que tout ce que Dieu a jamais produit hors de soi-même en l'ordre de la nature, de la grâce et do la gloire, non-seuleijient n'est (joint égal, mais n'est pas même comparable 5 cette communication de gloire, tie splendeur et clarté qui est faite à Jésus en son âme et en corps, en suite de la comuninication qu'il a reçue de la divine essence et subsistence.

H est lui seul un monde et un grand monde; il est lui seul un [dus grand monde <pie tous ces trois mondes ensemble de nature, de grâce, de gloire; il est un monde <le grandeurs, de gloire, de merveilles, qui contient en éminence, régit en puissance, vivifie en influence et surpasse en excellence tous ces trois mondes créés, et tous «eux qui peuvent être créés. Car l'ordre et l'état de l'union substantielle et liypostatique esl un être transcendant toute la (lossibilité de Têlre créé; et la grâce, et la gloire qui tvsl due à cet état de l'union hyiioslatique, et qui la suit et l'accompagne, est aussi une grâce et une gloire excédant tous les états de la grâce et de la gloire. Car celui qui est Je soutien de celte humanité et l'origine de ce sien état glorieux, à savoir le Verbe éternel, est Dieu, et il est Dieu portant en la divinité la splendeur du Père éternel, laquelle gloire et splendeur lui appartient, non-seu- Jement en la divinité de son essence, mais aussi en la pro|)riété de sa personne. Le Verbe donc faisant à sa nature humaine une particulière communication de soi-même, il lui fera une spéciale communication de sa clarté, de sa si)lendeur, de sa gloire, de sa puissance et de sa souveraineté, et chacun la devra reconnaîîre. Disons donc aux l)rofanes par les vers empruntés d'un proiaiie :

Terrariim Deus cœiilumque Chris' us Lui car est pjliil, et nihil secupdum.

, COMMIMC. !>!•: bIKi: i:.N L'INCAll.N. :>\n

i:t disons aux Juifs parla voix «l'un prophèh- ( t d un roi, et de leur roi et prophète : JIic rsl UiHs, Dots iioslcr in œlernum , ipse rrifcl non in sœriilu :(Psal. xi.vn, 15.) '< Celuici est Dieu, notre Dieu en toute <'ternilé,il nous réijiraès siècles. » Disons aux Chrétiims par la vf)ix ilu prince des npAtros : Hic est omnium Duminus. [Acf. x,.%.) Kl disons-leur encore |»ar la voix de celui (pii mérite en ^es labeurs, et en l'ellicace de son esprit, !e surnom d'.\pùtre par éminence : Deus, Dowivi nnstri Jesu Christi, Pater gloriœ, constituit illum ad ilerleram suam in cœlestihus supra oinnnn prinripaluin rtpotcstatem, et virtutcm, et tlominalionnn, et omuc noinen (juod nominntur non solum in hoc sœculo, sed etiam in futur» :cl onniiasufijecit suh prdibus f/us,etc. i:t donaiit illi nomen rpiod est super omne nomen, ut in noniine Jesu omve (jenu flectatur cœlestium, trrrestrium et infernorum. « Dieu, Pire de Notre Seigneur Jésus-Christ, le pire de gloire, l'a établi à sa dexlre es lieux célestes par-dcssus toute principauté et puissance, vertu et domination, et par-dessus tout ce gui a nom, non-seulement en ce siècle, mais aussi en celui gui esta venir: et a assujetti toute chose sous les pieds d'icelui {Ephes. i, 17 seq.), et lui a donné un nom oui est pardessus tout nom, afin quau nom de Jésus tout genou se ploie, de ceux qui sont es deux, en la terre et dessous la terre. » [Philip. n,9, 10.)

C'est la fin où se terminent les grandeurs et les abaissements de Jésus, c'est son étal solide et permanent, et permanent en une éternité; c'est sa vie, sa gloire et son repos, et son repos invariable. C'est l'objet de notre éternité, et la fin où. se doivent terminer nos vies, nos croix et nos discours, passant notre vie en pensant à lui, en parlant de lui, en souffrant pour lui, pour vivre en lui comme il vit en son Père, |)0urêlre uni à lui comme il est uni avec son Père, et [)0ur être en société avec lui, comme il est en société avec les personnes divines; afin d'accoinplir ce souhait apostolique de son bien-aimé discij)le : Societas noslra sit cum Pâtre et Filio ejus Jesu Chrislo. «Que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » {IJoan. I, 3.) Car il nous faut encore remarquer (pie celle subsistence divine que nous avons déclaré en ce discours être communiquée à l'humanité, est la subsistance du Verbe éternel, laquelle a cela de proi)re, qu'elle est la forme hypostalique constituant ia personne du Nerbe, et ainsi en tant qu'elle est constitutive d'une personne procédant, du Père et produisant le Saint-Esprit; en cette qualité elle est un lien très-propre pour lier et associer celte humanité à la très-sainte Trinité.

Car cette subsistence a un parfait rapport aux personnes divines. Au Verbe, comme à celui dont elle esl la pro|)re subsistence ; au Père, comme à son origine et principe; au Saint-Esprit, comme au terme produit par le principe,c'est à-dire par la personne qu'elle constitue. Cette subsistence donc étant communiquée à dette humanité, est un lien trèspropre, un lien sacré, un lien divin, un lien

3il

OEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE lîERULLE.

sabslantiel, un lien personnel par lequel elle entre en un étal et grandeur incomparable, et en une société très-grande et très -parfaite, et en une communication très-sublime et trèshaute avec les trois j)ersonnes divines. Et ronime elle e^t communiquée, et n'est communiquée qu'à cette seule humanité, aussi cette humanité entre et entre seule en celte grandeur, en cette société et en cette communication inelFcible. Car comme celle subsistence n'est ipio pour elle, aussi cette société en ce degré n'est que pour elle. Et |)Our re[;résenler en peu de mots ce qui a été amplement discouru et le réduire comme en un taltleau raccourci, disons que le Verbe éternel entrant en celte humanité, et lui donnant une chose si grande et si intime comme sa subsistence, cette iiumanité entre en l'ordre unique et singulier, et en l'état suîirême de l'union hyposlalique, et est supérieure à tout ce qui est créé et [leut être créé. Et celte subsistenoe divine étant une môme chose avec Ja divine essence, déifie admirablement cette nature humaine, et la rend divinement humaine et humainement divine.

Car elle est humaine en sa propre nature, et divine en son existence et en sa subsistence; et tellement divine, qu'elle n'a être que dans l'êlre incréé. Et celle même subsislence comme étant constiiutive de la personne du Fils, et la propre sub-istence que Je Père éternel lui donne en l'engendrant, et comme étant nécessaire à la pToduction dû Saint-Esprit, en tant qu'elle établit une personne qui le produit ; elle établit en cette humanité, qu'elle rend ainsi heureusement et glorieusement consubsistante avec la divinité, une ap|)arlenance, une a|ipropriation, et une relation substantielle et divine au regard du Père éternel qui est l'origine de celle subsistence, au regard du Fils qu'elle constitue, et au regard du Saint-Esprit, lequel est produit par la personne qu'elle accomplit; et par ainsi elle rapporte divinement mais diûeremment cette humanité sacrée aux trois personnes divines, comme étant une nature qui est divinement et glorieusement consubsistante avecleur divinitéen rhy()Oslase du Verbe, et qui leur appartient par une voie si haute et si sublime, et par un moven si sacré et si divin.

Ôh 1 (|uelle élévation de cette humanité dans la divinité, puisqu'elle n'a être que dedans l'être incréé 1 Oh! quel droit et puissance de Dieu sur cette humanité, laquelle ne subsiste qu'en sa divinité ! Oh ! quelle approprialion de la très-sainte Trinité à celte nature humaine 1 a|)['roprialion l'ondée non sim[.lenient aux perfections communes de son essence, mais en l'origine et en la propriété distincte de ses personnes, c'est-à-dire au Père comme Père, au Fils comme Fils, et au Saint-Esprit comme esjirit procédant du Père et du Fils. Oh 1 quelle appartenance et relation de celte humanité, et à celle essence et à ces personnes divines, puisqu'elle est l'unique essence créée qui leur appartient en une si particulière façon, et qui en son être et en 6on état singnliiir et élevé, va regardant,

imitant et adorant la divine essence, en son être, en son étal et en son unité subsistante aux trois personnes incréées 1 Celle-ci est divine et celle-là est déiliée; celle-ci est incréée et celle-là pour son existence, a l'existence incréée; celle-ci est une en la divinité des persormes, et celle-ci est unique en la déification excellente qu'elle possède.

Et comme la divine essence est communi(juée divinement et inetfablement en la 'i'rinité, aussi en rincarnation la subsistence divine est conununiquée à celte humanité, laquelle entre |iar ce moyen en très-grande alliance et en société très-étroite avec les trois personnes divines :avec le Père, comme avant pour son être personnel l'être engendré par le Père et comme établie par ce moyen dans la filiation éternelle; avec le Fils, comme étant son épouse et l'unique épouse du Fils unique de Dieu ; éjiouse non par grâce accidentelle, mais par grâce substantielle; épouse non au regard du corps seulement et de la moindre partie de soimême, mais épouse au regard du corps et de l'esprit, et de toute sa substance, totalement, également et divinement conjointe et unie au Verbe, et unie non en unité superlicielle, mais en unité puissante et pénétrative jusque dans l'intime de tout l'être humain; non en unité temporelle et [lassagèrc, mais en unité permanente et éternelle; toujours unique, toujours épouse et toujours unie actuellement et personnellement au Verbe éternel; avec le Saint-Esprit, comme étant par ces grandeurs et mystères conjointe d'extraction et d'origine "en une certaine manière avec cette troisième personne de la Trinité. Car cette humanité reçoit en elle l'être divin et personnel de celui-là même qui donne au Saint-Esprit son être et sa subsistence.

XIll. En ces pensées hautes et sublimes, il nousfautremarqtierquecommedans l'être do Dieu nous y considérons et adorons deux choses, dont l'une est absolue et l'autre relative ; l'une est singulière et l'autre |)lurielle ; l'une est communicable et l'autre in^ communicable ; l'une est l'essence et l'autre est la subsistence. Aussi, dans les mystères de notre foi, nous y adorons deux sociétés parfaites, divines "et adorables ; l'une est fondée en la communication de la divine essence aux personnes divines, et l'autre en la communication de la divine subsistence à la nature humaine, qui associe le Verbe éternel avec notre humanité, et notre humanité avec les trois })ersonnes divines. Et en chacune de ces deux communications distinctes, nous adorons une |)lénilude ineffable : en l'une, la plénitude de la divinité en la sacrée Trinité, et en l'autre la plénitude de la divinité en Jésus-Christ notre souverain Seigneur, auquel, selon rA[)6lre, habile toute la plénitude de la divinité corporellement, ainsi que nous dirons aux discours suivants; deux mystères, deux communications, deux plénitudes et deux sociétés que nous avons à contempler, servir, aimer et adorer, selon les documents de la

CRANIU.l'HS I)L JKSCS. — DISC. Mil. COMMLMi:. DK MlX KN I/INCAKN.

religion chrt'liemic . et qui soiil scilitJcmciit ot iJivinomoiil f()iiil(''('> el éliiblios m ces deux puiiils (jue la Un disliii^un ol .idorc en Dieu; h ^iivoir, en rossor.CH, qui fonde la coiuniunicnlion. In pléniUide el la socitU'! jtreniièrt', sn|iiCnie el ndoinhic de la Irùssainle Trinilé , (jui e>l la lin, la «anse el rex<'n)|il.Hirt' tle toutes les .sociélés divines, liunwiinesel angéliijues, el en la sul».sis(ence, (jui [oiuïv \n ><)( iélé .^^oconde, divine el adorable du > l'ibe avec l'iiunianilé, el de l'iminanilé avec les trois personnes divines.

Kîi ces deux sociétés sont divinement fondées el établies toutes les sociétés ilu ciel el de la Iciie , de Dieu , des anges et des lioinnu's, du temps et derétcrnité. Car cibîs sont tontes établies, «îl pour liguier comme des ombles et images, el [)Our adorer comme servantes et tributaires ces deux sociétés suprêmes et narfaiies. El toutes les sociétés malignes el illégitimes seront ruinées par Ja puissance de ces deux sociétés, et toutes celles qui seront légitimement établies en Tordre de la grâce , de la nature el de la gloire, doivent tribut et hommage de ^erviluile el de Njuange, el sont en étal de relation, d'assujettissement el de dépendanc^e à ces deux sociétés divines de la tiès-sainle irinilé, el de llncarnalion du Verbe.

Je la vous rends, ô \'t.'rbe éternel, el vous adore comme Verbe procédant du Père et jtroduisant le Saint-Ksprit. Je vous adore comme établi en celte société première el suprême par votre émanation divine el production ineffable , en laquelle vous ôies Je Fils du Père et le principe du Sainl-Esi>rit. Je vous adore comme fondant el éla- Llissaiil en votre personne la société seconde et divine des deux natures, l'une divine, l'autre humaine ; l'une éternelle, l'autre temporelle; l'une créée, l'autre incréée.

En riu)nneur de ces deux sociétés suprêmes, divines et adorables, qui vous regardent et concernent, ôVei"be éternel! ô Homuie-Dieu! ô notre Emmanuel! je vous ollie celle société petite et nouvelle établie en nos jours, qui prend à honneur de porter dès sa naissance la marque el les livrées de son Seigneur» et d'avoir quelque sorle do (■unformiié avec son chef, en su|>portant îles contradictions en ses commencements. Je ue tlemande pas que ces vents cessent; mais qu'en l'agitant ils l'atfermissenl en celui (pii uoil être son soutien el son ap|)ui. Je ne demande pas que ces orages tiiiissenl ; mais qu'elle en lire un fruit permanent, et que uans ces tempêtes : Dominus diritjat corda nostrii in cliarilati- Dei et palicnlia Cliris'i : « Le Seiyneur dirige nos cœurs en la charité de Dieu et patience de Jc'sus-Clirist. » (7/ Thess. m, 5.) C'e>t le souhait et la [larole d'un grand A|tôlre agité lors semblablemeiit d'esprits importuns et inquiets, comme il les nomme lui-même : Ab importunis el malis hominibus {Jbid.y 2), au milieu desquels il ti son recours et son adresse à celui qui est le ijeigneur absolument, elqui commande aul tempêtes el aux vents, et aux esprits de vents et de tempêtes; et désire par cc^

paroles, el nous apprend par son exeinf>le , a désirer en semblables rencontres (jue !u Seigneur en ces (tccasions dirit:e nos cd-uis et nos affections : In chnrilatc Yjci et patienlia (hristx. Où cet e>prit aposiolifpie, selon la plénitude et la |»rofo!i(iilé de sa sapicnce, nous mar(]uo en deux paroles le> deux points et les deux pôles du lirmament de r/\me dedans ces mouvements : iharùas Dei el p'alientia Christi.

Nous donc qui, en la navigation de celte vie, tendons au port du ciel et du salut, et qui devons jiasser auparavant par la zone torride des allliclions, regardons l'un el l'autre oôle , ne perdons point de vue ces deux belles trumonlanes , el au milieu des Ilots qui nou> environnent, contemplons et honorons l'amour de Dieu donnant son Fils au monde et h la croix , el la [lalience do Jésus acceptant el portant sa croix pour le salut el l'exemiile du monde. Faites-nous cette grûc e, ô Jésus 1 cl faites que celle société naissante et un peu pâtissante soit de plus en j)lus établie, fondée el enracinée en vous ; iiu'elle lire vie, inlliience et conduite de vous; qu'elle n'ail mouvement, sentiment el [l'jissance (pie pour vous ; qu'elle vous rende un liomm;ige particulier et à h votre humanité sacrée ; qu'elle vous serve en la terre; qu'elle porle la marque, l'impression, le caractère de votre servitude ; (ju'elle vous en rende les effets; qu'elle suive votre conduite ; qu'elle s'attache à vos intérêts; qu'elle accomplisse vos désirs; qu'elle soit esclave de votre grandeur et de votre puissance, de voire amour, de votre esprit et de votre croix; qu'elle soit un des instruments de voire pouvoir; qu'elle honore vos mystères ; qu'elle annonce vos conseils el soit uniquement et singulièrement dépendante de votre sacré mystère de rincarnalion. El comme en ce mystère est votre état, votre vie, votre différence dedans l'être créé et incréé; car votre personne seule entre les personnes divines est unie à votre humanité , el votre humanité seule entre les choses créées est unie à votre divinité.

Ainsi je vous requiers que notre vie, notre étal, notre différence en la terre et au ciel, soit dérivée de vous et de votre humanité sacrée, et qu'en cette |)iété, dévotion el servitude spéciale au mystère de votre Incarnation et de votre divinité humanisée et humanité déifiée, soit notre vie el noire étal, noire esprit el notre <litférence particulière d'entre les autres sociétés saintes el honorables qui sont en voire Eglise : lesquelles semblent avoir voulu saintement {)artager la robe que vous avez laissée montant en croix , en partageant entre elles la variété de vos vertus el perfections, par lesquelles elles vous servent en la terre, les unes ayant choisi la pénitence , les autres la solitude, d'autres l'obéissance, poui marque, pour objet et pour exercice principal de leur institution. Car les honorant toutes comme nous devons, nous choisissons pour notre marque et différence principale cette

parlif^ulière pici<i et dévotion vers vous ot vers, votre Ijuinanité sacrée, vers votre vie, voire croix et votre esprit, vers votre gloire, vos grandeurs et vos étals, et gér.éralement vers tous vos mystères; ayant désir et dessein de renouveler notre amour, notre appartenance, notre dépendance et notre servitude vers vous. C'est ce que le diable, ennemi de Jésus et de la servitude qu'on doit et qu'on voue à Jésus, regarde, craint et i^ersécute. C'est ce que des esprits, à mon avis peu considérés, sans le vouloir et sans l'entendre, blâment et calomnient. C'est ce que nous devons et voulons conserver et augmenter en ces orages et tem[)êtes. C'est la tin et le sujet des discours présents, et c'est notre résolution ferme et constante. Ainsi vivons et persévérons, et ainsi Jésus suit notre vie, notre subsistence, notre amour en tous les siècles des siècles.

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