LXXXVII. E\ LA SOLENMTÉ DE JÉSLS
I. Ce qu'il faut faire en cette fête est d'adorer le Fils de Lieu selon tout ce qu'il est en soi-même et dans ses bienfaits et opérations, mais particulièrement dans ce qu'il est en soi-même. Dieu nous bc'atijie selon ce qu'il est en soi-même et non selon ce qu'il est en ses créatures, et le même se doit dire de Jésus-Christ. — 11, Se référer au Fils de Dieu pour se disposer à avoir entrée dans la relation substantielle et personnelle qui est de ses deux natures et de tout ce qui est sien à son Père. Le Fiis de Dieu regarde et honore son Père selon tout ce qu'il reçoit de lui éternellement, et il leregardeet adore selon tout ce qu'il reçoit de lui temporellement. — III. Se lier au Fils de Dieu comme étant la raison même [et liaison qui vaju<iquà runité] de la nature divine et de la nature humaine. Ce qu il faut faire pour entrer en cette liaison.
I. Le dessein de cette fête est premièrement de regarder, aimer et adorer le Fils de Dieu selon cequ'il esten lui-même, en ses deuxnalures, en sa personne divine, en toutes ses grandeurs, en ses pouvoirs et oflices, en ses» éias,en ses bienfaits et 0[térations. Mais princi|»alement dans ce qu'il est en lui-même et dans toutes ses grandeurs connues et inconnues, car c'esl notre grandeur el ce qui nous béalitic.Dieu a été une éternité occupé en soimême, et sans se communiquer au dehors, et ses œuvres n'égalent point sa grandeur et sa majesté, et nous l'adorons et regardons dans le ciel en lui-même, et c'e'st en ce regard que consiste la vie éternelle et non au regard de Dieu dans ses créatures. Semblablement nous devons regarder et adorer Jésus-Christ en lui-même beaucoup plus
(ITUVRFS r.OMPLETFS DU CAr.OiNAL DE BERIIXE.'
que tians ses bienfaits et opérations , et nous resouvenir que c'est en ce regard que nous avons la vie éternelle selon sa sainte parole : La vie éternelle est quils vous connaissent seul vrai Dieu, et Jésus Christ votre Fils que vous avez envoyé. {Joart. xvii, 3.) Et ces bienfaits et opérations sont mis en nos mains comme des moyens et (\qs. degrés j)Our nous conduire et hous élever à luimême. Nous devons aussi adorer Jésus- Christ dans tous les conseils connus et inconnus du Père éternel sur lui, présu[)posant comme chose certaine que nos faibles pensées et nos petites lumière^ sont infiniment éloignées de pouvoir pénétrer la profondiié du conseil de Dieu sur ce grand et miraculeux chef-d'œuvre de sa puissance et de sa bonté.
II. Secondement, de nous référer au Fils de Dieu, qui est relation en sa jjersonne, et relation en la personne du Père, auquel il réfère tout ce qu'il est en ses deux essences éternelle et nouvelle, et généralement tout ce qui lui appartient; et se réfère, non simplement ])ar affection et désir que cela le regarde et l'honore, mais par la condition et l'état de sa personne divine, qui n'est pas seulement relative , mais la relation même ; relation éternelle et nécessaire, relation immuable et invariable, relation subsistante et personnelle. Ensuite de quoi il est vrai île dire qu'en la Trinité il y a un Dieu qui regarde Dieu, un Dieu qui est référé à Dieu, un Dieu qui est relation à Dieu; qui regarde et est relation à Dieu comme à son Père et à son principe ; et qui le regarde en cette manière selon tout ce qu'il a et ce qu'il est en soi-même : sa divinité, sa bonté, sa sapience, sa })uissance, son amour, sa sainteté, sa pureté, et toutes les autres perfections; n'y en ayant aucune qu'il ne tienne de ce sien princi[>e, et qui ne lui ait été communiquée f)ar la [)ro(luction éternelle qu'il reçoit de lui; et parlant le regardant et l'honorant en chacune de ses perfections. Et ensuite de cela même, il est vrai de dire que ce même Verbe, et cette même personne s'élant associée à noire nature en unité desubsi.>tence, il réfère à Dieu, et est une relation subsistante et personnelle de cette humanité, qui est véritablement son humaniié et sa nouvelle essence, à ce même Père duquel il est engendré avant tous les siècles. Néanmoins avec cette différence, au regard de cette seconde nature, que l'engendrant en icelle par celte vertu et fécondité paternelle, qui ne convient qu'à lui seul entre les personnes divines, et produisant cette nature en lui par la puissance qui lui est commune avec lui-même et le Saint-Es})rit; il résulte de là que ce sien Fils unique, selon cette nouvelle nature, le regarde tout ensemble comme son Père et comme son Dieu, et qu'il y a un homme, homme de même condition que nous, qui est lelatif ; et ce qui est i)tus, qui est une relation subsiantielle et [)ersoniielle à Dieu, comme à son Père et son Dieu ; qu'il regarde et aime comme son Père; ({u'il contemple et adore comme son Dieu et son
souverain ; qu'il regarde et aime comme son Père par la condition de sa personne; qu'il regarde, aime et adore comme son Dieu, par l'état et la qualité de la nouvelle nature qui lui est adjointe. Et pour ne rien omettre de ce qui concerne une vérité si importante et si haute, nous disons encore que tous ceux que le Père a choisis et faits siens avant tous les siècles, et qu'il a donnés à son Fils incarné dans la plénitude des temjis, selon cette i)arole : Tuierant et mihi eos dedisti. {Jhid.,9); et que le Fils tire tous les jours dans l'unité de sa divine personne, les liant à son humanité déifiée, et les faisant ses membres; tous ceux-là, dis-je, ont l'honneur d'entrer dans la relation divine et adorable du Fils unique à son Père. Sa relation les rapporte tous à ce principe incompréhensible, duquel procède lout l'être créé et incréé, et les y rapporte comme à celui qui est leur Père et leur Dieu. Chacun d'eux fait partie de ce Fils qui le regarde en sa nouvelle essence, comme son Dieu et son Père ; et ce Fils subsistant et vivant en eux tous, comme en autant de portions de son humanité déiiiée , les tient et les lire dans ce double regard , et leur fait la grâce qu'en lui ils regardent son Père et son Dieu en l'une et en l'autre manière.
III. En troisième lieu, de nous lier au Fils de Dieu, qui est une liaison de deux natures, la divine et l'humaine; et liaison si éiroite, que c'est l'unité même infinie et incréée de la personne du Verbe ; sur quoi le Docteur angélique fonde ce qu'il nous enseigne, que c'est l'alliance la plus étroite, et l'union la plus grande et la plus intime qui soit ou puisse êlre. A cet effet i! nous faut joindre au dessein du Père éternel, donnant son Fils unique à l'homme et au monde , et correspondre soigneusement à ce dessein, en nous occupant de cet objet qui nous est présenlé, en nous apjiliquant à lui, en nous élevant à lui , et le recevant pour tous les usages pour lesquels il nous est donné. Comme à l'instant de l'usage de raison nous devons, selon saint Thomas, nous référer à Dieu, de même à l'instant de l'usage de la foi qui annonce le Média- __ teur, nous devons nous référer au Fils de ■ Dieu qui est ce médiateur, et par lui an ■ Père.
LXXX^ III. DE LA SANCTIFICATION UE LA NA- TLKE UIMAINE DANS LE MYSTl'cuE DE l'i."V- C AU NATION.
I. Dieu infiniment saint sanctifie hautement ce à quoi il daigne appliquer et sa personne et son être. — il. Le Père éternel est la première source de la sainteté infinie de cet œuvre : c'est lui qui sanctifie notre nature, en l'unissant à la personne et à la divinité de son Fils ; et cette union ou application, est appelée onction dans les Écritures.
1. Comme tout est saint en Dieu, tout est sanctifiant; son essence, sa personne, ses o^iéralions, sile sujet n'est d'ailleurs incapable de sanctification. Car Dieu porte <ii-
OE^]VUKS l)K PIETb). - I.XXXIX, SAI.NTKTi: iJi: DIKU.
gtiité partout où il est et a;j;it; <>t |jefliii'ou|i plus où il s'<i|>pli(iu() iiiiiiiéili/ilniiKMit >oiiii<^iiie t't .s<'s personnes. Oiio irapplicaliniis il va sur t;ello liumanilù s.'icrôe, et lotîtes très-liaiJles , très-s;i<rée>, trè.s-siji;^iilières. Iri^s-tlivuios ! Lo Fils s'v appli(jue en lui corniniinnpiant son ôlrc, sa suhsisteiKC, sa ilivitiité, sa sainteté, et en se remlant cette hunianilL^ propre h soi , en une manière (|ui IH! eonvicnl à aui un ôtre créé ni môme ?» aucune autre personne divine. Il s(; la nui»! propre en la plusliaule manière que la naiure créée [misse porter. Il se la rend propr«' «n la manière la plus approcl)anl(3 de celle qu'il a au regard île sa ilivine essence ; car si sa nature divine lui est propre par cssencn éternelle, i^elle ci lui est propre par essence temporelle ; et si elle reçoit la |)remière de son l'ère, il reçoit la Sfîcoinle de >a Mère , ou (tour luiiMix parler, il recuit l'une et prend l'autre. L'une lui appartii-nt par naissanet!, l'autre lui appartient par puissance; il reçoit l'une, il choisit l'autre; l'une lui est propre et sienne jiar nature, l'autre par amour. Kt y ayant d(Mix choses distinctes en Dieu, l'ôlreel la volonté, nous «dorons en lui deux natures vraiment distinctes et vraiment siennes, l'une par nature, l'autre par volonté, la(]uelle il emploie h vouloir, à choisir, 5 s'approprier cette nature seconde, et se la rendre sienne, nonseulement par son amour, mais encore par la communication de son être et de sa subsistence. Tellement que l'origine de cette appropriation, c'est son vouloir; mais la manière est son être divin.
11. Kntruns dans l'étendue de cet ordre de grâce éminente par-dessus toutes les grâces; l'ordre de la grâce, de l'union hy()OStatique, ordre inlini en sa dignité et sainteté, et singulier en son unité. Pénétrons la conduite de Dieu en ce grand ordre, en cet ordre des ordres. Découvrons les secrets de cet amour divin et inlini en ce chef-d'œuvre d'amour ; nous trouverons que le Père qui est la sourceet le principe detouto divinité, comme
f»arlentles saints Pères, est aussi la source et e })rincipe de cet cjeuvre; et c'est d'où originairement procède toute la sainteté du mystère de l'Incarnation. Et comme en la Trinité nous l'adorons comme principe des personnes divines, nous l'adorons aussi comme principe de cet œuvre divin. C'est lui qui donne son Fils au monde et à cette humanité. C'est à sa divinité que cette nature hutnaine est' unie ; car la divinité du Fils est la divinité du Père , et le Fils l'a reçue du Père. C'est nième par cette suhsistencequi e>l procé lante de lui, et qui est constitutive de la |ter>onne de son Fils, que celte liumanité est jointe h sa divinité. C est non pour un temps, mais pour une éternité, que cette liaison est faite. C'est une liaison non accidentelle, mais subslanlielle ; non externe, mais intime; non étrangère, mais pro()re à la personne de son Fils. Aussi le Père regarde cette huruanité comme la nature i)ropre de son Fils; nature propre et
nouvelle tout ensemble ; nouvelle, car elle est prise en temps, mais pour une éternité; pro|tre, car elle lui appartient par le droit de son être et dt: sa subsistcnce. Le Père dotic. la regarilo en cette qualité, la lire à SOI, la fait seoir 5 sa dexTre, elvs'applique à elh; connue Père et Prie éternel de celui (pli lui a donné en «on temps, cet être qu'il a\ait reçu do s«jn Père de ttjutc éternité. Lt il semble que celle application du Père h la nature humaine est ajipelée onction en l'Kcriiure (l'ilj; carie Père est celui (pii a donné son Fils à celle humanité, et le Fils ne s'est donné <i elle que jiar le Père, comme il n'a être, vie et mouvement que |»ar son Père.
LXXXIX. DE LA SAINTETÉ I>E DIEU EN SOI- MKMK, ET DANS LE MVSTÈnE DE I.'lNCARNA- TION.
I. II. 111. Explication de ces paroles : Sanctus, sarictus, sanclus, etc. Dieu est saint en Sun essence et en ses personnes, saint en ses opérations et en la communication de sa sainteté, saint en ses jufjements et en séparant de soi ceux qui ont refusé de participer à sa sainteté.— IV. Ce que nous devons rechercher en Dieu n'est ni su grandeur ni sa puissance, mais sa sainteté; et Lucifer s'est perdu pour avoir fait autrement. — V. Il rj a trois principales perfections en Dieu, l'être, la vie, la sainteté, lesquelles il communique d'une manière spéciale dans le mystère de l'Incarnation. — VI. Dieu est en soi, il est à soi, il a été par soi; il est et agit par lui-même, et il est saint en ce qu'il est ainsi appliqué à lui-même, et séparé de toutes les choses créées.
I. Le plus grand des prophètes et le plus excellent des évangélistes, c'est-à-dire sainf Jean et Isaïe, s'accordent ensemble à nous parler de la Jérusalem céleste ; et comme doués d'un npôme esprit et a'une même lumière en leurs contemplations, nousrappor tent presque en mômes paroles le cantique des anges et des saints louant la majesté divine en l'état de sa gloire.
II. La première voix qu'on entend en celte harmonie du ciel (ce qui est remarquable) parle non de la grandeur ni de la puissance, mais de la sainteté de Dieu ; car aussi ceux qui la profèrent sont esprits saints, ravis et absorbés en cette sainteté divine, de laquelle ils portent une impression et participation particulière. Et la première saillie de leur extase et ravissement ne leur permet de résonner que sainteté; et le transport de leur di^'in mouvement les fait écrier : Sanctus, sanctus, sanctus Deus, omnipotens {/sa. vi, 'S;Apoc. IV, 8;; en proférant ces divines paroles en hommage à celui qui seul est la grandeur, la puissance et la sainteté même.
III. Il y a plaisir de voir ce beau cantique rapiiorté par ces deux rares organes du Saint- Esprit, et d'ouir retentir en leurs bouches cette louange divine que les deux chœurs du ciel rendent conjointement et suavement à Dieu. L'un dit dans Isaie : Sanctus, san-
ctus, sanctus; saint en ses trois personnes , (121) l'nxit te Dcui, Dius luus, olco Icclitiœ pitt consortibui luis, {l'iul. \liv, 8.)
iii'ib
en ses opérations, saint'en ses jugements et f/unitions mêmes. Et ce sont les séraphins, qui comme Jes premiers et les plus saints esprits du ciel, commencent ce cantique de sainteté, et disent à leur Seigneur par trois reprises! qu'il est saint, lui qui est le souverain et le Dieu des armées; comme nous voulant donner à entendre que sa puissance et souveraineté, ses combats et ses armées dans la terre et dans le ciel, ne s'emploient à autre chose qu'à établir et faire régner la sainteté, comme il a banni pour jamais du ciel les esprits rebelles h cette sainteté ; car autrement quel rapport y a-t-il entre les cantiques et les armées, l'un étant terme de joie et l'autre terme d'etfroi ? Et que fait la i)uissance et les armées avec la sainteté, si ce n'est en ce sens par lequel Je premier combat qui ail jamais été, qui est le combat du ciel, et la première milice qui ait jamais été ordonnée , qui est la milice céleste et angéliqiie, a servi à maintenir la sainteté de Dieu établie entre ses anges, et àenséparer pour toujours ceux qui s'en sont rendus indignes par leur rébellion, L'autio chœur du ciel s'adresse au même Dieu, et dit en saint Jean dans son Apocalypse {i\, H): Sanctus, sanctus, sanctitë Dominus Dcus omnipotens : et ce sont ceffS qui sont les plus proches du trône, comme les premiers du paradis, et les plus clairvoyants, pleins d'yeux dedans et dehors, qui composent ce chant céleste, et appellent Dieu trois fois saint avec adoration et admiration, et y ajoutent cette clause qui leur est propre : Qui est, qui erat et qui venturus est (IbicL), pour marquer l'origine de notre sainteté qui est Jésus-Christ Notre -Seigneur, exprimé par ces paroles qui ne conviennent qu'à lui ; car c'est lui seul qui étant en cette qualité de saint, est venu [)Our sauver, et viendra pour juger le monde.
IV. Ces deux chœurs donc célèbrent les louanges divines, et ce qu'ils regardent plus amoureusement en Dieu etsouhaitent leplus de leur être appliqué et approprié, ce n'est i)as la grandeur, la puissance, la sublimité, mais Ja sainteté de Dieu; sainteté, dis-je, qui le rend saint en une manière inelfaljle, et les rend saints en une manière admirable. C'est à quoi ils désirent avoir part, et le désirent de toute leur |)uissance, baissant les yeux a ses autres grandeurs et perfections, comme à choses qu'ils adorent, sans avoir soin d'y prendre part, n'y touchant non plus qu'à Karbre défendu. Car aussi c'est ce qui a perdu le premier des anges du ciel, d'a|)péter non sa sainteté, mais sa grandeur, en ce souhait misérable qui a perdu la plus noble i\t)s créatures, et tant d'autres avec lui : tJro siînitis Altissimo {Isa. xiv, 14), et a fait ce grand dégât en la nature créée.
V. S'il nous est permis de parler de Dieu en J>égayant, [)uisque nous ne le pouvons en
-une autre manière, et distinguer et comme diviser par la petitesse de notre esprit, ce qui en soi est très-bon, très-pur et trèssimple, nous dirons qu'entre les perfections divines, les premières et comme les sources
des autres, sont l'être, la vie, la sainteté de Dieu; l'être par essence qui ne peut convenir qu'à Dieu, et se rend source de tout être, soit j)rocédant en Dieu même comme les deux personnes divines; soit procédant hors de Dieu comme tout ce qui est créé; la vie de Dieu par laquelle il se voit naturellement soi-même, car cette vue est sa vie ; la sainteté de Dieu, par laquelle infiniment ajipliqué à soi, il est infiniment sé[)aré de tout ce qui n'est point lui-même fit sera notre vie un jour; et cette vue et vie est propre en sa nature, et ne convient à autre que par grâce, et par grâce bien singulière qu'on appelle consommée. Or Dieu a voulu communiquer ces trois perfections, son être dans le monde, sa sainteté dans son Eglise, et sa vie dans son paradis; nous y faisant vivre de sa proj»re vie, c'est-à-dire de la vue de son essence, de ses personnes et de ses perfections. Et il a voulu faire une communication singulière de cet être , de cette sainteté et de cette sainte vie, en formant le mystère de l'Incarnation, dans lequel dès la terre il fait une rouununication inetfable de son être par l'existence et subsistence divine de sa sainteté, par une sanctification substantielle, infinie et incréée, et de sa vie par la gloire. VI. Dieu est en soi et il est lui-même sa demeure, son temple et son trône, et le temf)le et demeure de tout ce qui est saint; et selon saint Jean le temple de la Jérusaleru céleste, c'est-à-dire de tout ce qui est dans l'éternité. Dieu est à soi et il n'agit que pour soi-même, comme étant la fin de soi-même et de toutes choses. Dieu est par soi, et il est à soi-même son principe, son être et sa subsistence; il est à soi-même son principe pour être et sa vertu pour agir. Tout ce qui est en lui-môme, et en cette unité, pureté, simplicité constitue sa sainteté. Tout ce qui est en lui n'est pas seulement pur, saint et divin, mais est la sainteté, la pureté, la divinité même.
XG. DE LA SOUVERAINETÉ DE JÉSCS.
Jésus, selon sa (jénération temporelle , porte, i pour sa différence des autres œuvres de Dieu, ■ e'ire Dieu. Et cette émincnce de son être et de son état fonde légitimement sa souveraineté sur les choses créées. La souveraineté de Jésus en tant qu Homme-Dieu, est établie sur trois titres : sa filiation, la donation du Père, et la prière qu'il fait au Père. - Et ces trois titres sont marqués expressément dans ce qail dît de soi-même au psaume II. Comme Jésus est nôtre en tant de manières, nous sommes obligés de nous rendre siens en toutes les manières qu'il nous est possible. Ce nous est grand honneur qne Jésus ait prié son Père de nous donner à lui. et il nij a rien que nous ne devions faire pour correspondre à une si grande dignation.
Il est souverain par l'éminence de son être et de son état en l'union hypostatique, non-seulement comme Dieu, mais comme homme, c'est-à-dire comme Homme-Dieu, comme homme qui reçoit l'être divin et in-
OELvuKs lu; in.ii;. xc, solvluai.nkik di: jksls.
i-réé ilAris noii <^lr<> liiii el liiiiilô; (-(nniiii' liuii.tiM*(j(ii ii«' Milisisii) et n'a oxi>leiicc :(u'fii 1,1 Dtviiiilé, liiiiiMiie (]Ui (lorU; coiiiino pour .sa (liirériMict) nilre les clioscs créùos , ôlio J)u'ii, ( niiiinc c^li'L' hoiiMiie et raisoiiritililc est jioliT tlidV'ri'iici' d'cMilrtï U.'s «fiiiii,iii\. CoUc (|u^ili(é si lifliitu ol l'-iiiiiiciihi rcml Jésus dij^nt'tlo ciMimiatidcr h toutes cîio^es, t-t l'K^liso trioui(ili.tiilt^ i\ r.iison de nous dire en VAitoruUjpsf. [\,\i) : Diijnus est Ai/nits (/ni occisus est, nccipere virlulrm rt divinitalrm, etc. Kt «Ml ( elle éniirieiu».' d'être sont loiidOs tous les autres litres de la douiiualion et souveraineté de Jésus, eouiiue au [iriuiilif cl |»riii( i- |ial; lar si oueliiue éuiiiience légère qui parait dans l'etenduo d'une espèce, (jui est elle-niôine fort linie et liujilée on son être, ^ullit à étaltlir di>linriion de servitude et de domination entre les lioinnies, [»ar la seule tWuinence et élévalion, non en la nature (qui est égale i) tous), mais en (|ueli|ue usage, ac- « idenl ou qualité de la nature ; combien à plus lorte raison celle éminence (jue [torlo Jésus, qui le sé|iare do tout <^tre, et le renil c'itîvé par-dessus icelui, voire d'une distance intinie, et l'établit h une dignité si haute cl SI élevée par-dessus toute notre capacité, que nous n'avons qu'à l'adorer !
Certes, si le génie de la nature, le prince des philosophes a prononcé en ses Politiques, qu'il y en a qui sont naiurelleraent >erfs et esclaves, et les autres naturellement souverains, nous sommes beaucoup mieux l'ondés d'établir par maxime fondamentale, ^pie dans l'état, les morales et les politiques (lu christianisme, Jésus en l'éminence de son être et de son état est naturellement souverain, et nous sommes naturellement ses esclaves, si nous considérons laseule éminence de son être et de son état par l'union hypostali(jue. Même sans les autres usages, relalalions et appartonancesqui nous regardent et qui s'en ensuivent, ce droit est si légitime ei si fort, qu'il sullit seul à dompter notre nature orgueilleuse et rebelle, et beaucoup iilus renforcée d'un autre droit qui vient de la donation du l'ère à qui tout appartient par la divinité. Car le Père éternel parlant à Jésus sitôt nu'il est né en l'univers et en notre nature, lui dit : Postula a me si dabo iibi gentes, etc. (Psal. ii , 8.) Deux points de très-grande considération : le |)remier
3u'il est son Fils, Filius meus es tu, ego haie genui te [Ibid., 7); et le second qu'il lui veut donner tout cet univers, dans lequel il ; est né si petit et si abject, qu'il ne paraît que bassesse ot impuissance deilans cette enlance. Postula a me et dabo tihi gentes, etc. Oracle divin, qui nous ra[>porto en deux paroles deux qualités suprêmes de Jésus, sa tiliation et sa souveraineté, et trois beaux litres de cette souveraineté, par ûlialion, par (oncession et par pélilioîi ; car le Père éternel veut telleuient élal)lir la souveraineté de son Fils, qu'il veut que toutes sortes de droits y soient concurrents, afin que nous soyons |)lus fortement obligés de reconnaître son autorité su|Kêiue sur nous. Car il la par nalur»,*, Fi! \i meus es tu; il
la par donation rt éknblissemenl (Ju Père, h'git nulrm coiiflilnlu» »uin Tes nb eo super Simi, eli". (Ibid., Gj : et on Iroisièrnc lieu, pnr l«' droit de son vonloii el île sa prieure : Postula a me. Kt Dieu veut que cet héritage a(iparlienne h son Kils en toutes ces trois manières, et parle mérite de sa prière, el par le droit (le sa primogéniture, et par la donation de celui au(|U(;l il appartient comme priruMpe de l'univers et comme Père de c(î Fils; et nous devfuis remarqin.'r <pje le troisième el dernier de (es litrt.'s (pii ('sl celui de la prière est de Irès-gramie ( onsidéraiion ol ellicace irès-parliculiore, pour fonder le droilet la souveraineté de Jésus sur cet univers; car celui qui demande ol (jui prie est digne d'être cxauié el d'obtenir tout ce qu'il veut, quaiiil il n'y aurait (|ue ce litre seul de la dignité iiilinie qui est on lui, et qu'étant égal et consubstantiel au Père, il se rend [)ar un abaissement volontaire, humblement su()jiliant en son humanité, et domamle ce (jui lui appartient pleineinent selon >a divinité. Je reconnais, ô mon Seigneur Jésus, ces trois titres légitimes de votre (»uissance et autorité sur nioi , celui de votre naissance qui me rend v(jtre [)ar nature, celui de la donation du l'ère qui me rend vôtre par autorité à la(]uelle je suis primitivement; el celui de votre vouloir, par lequel vous voulez queje sois vôtre, et vous daignez en prier le Père éternel et me demander à lui. J'accepte ce vouloir, ô Jésus, je ratifie celle prière, je confirme cette possession légitime si je la puis confirmer, et si je puis y- ajouter quelque chose par mon élection propre, je veux être tout vôtre. Je veux être tout vôtre j)ar tous les droits et lous les titres qui me ))euvent lier et engager de nouveau à vous. Je me plais, ô Jésus, en celle servitude envers vous, je la veux rendre ferme, immuable el solide autant qu'il m'est possible; je veux queces liens qui ijie lient à vous soient multipliés autant que faire se peut; car ces liens me plaisent et je rends grâces au Père éternel de ce (ju'il daigne les multiplier sur moi; celui de naissance me rend vôtre par nature, car si un degré de grâce qui n'est qu'un accident et qualité, me rend héritier et cohéritier de Jésus-Christ, combien plus non un degré de grâce, mais le fonds même di- la grâce, la grâce essentielle el substantielle, la grâce incréée que vous |iossédez en sa [déniiude, et que vous avez par naissance et nature, vous rend-il héritier de la terre et du ciel et souverain de tout ce qui est créé? Mais, ô bonté infinie ! vous avez ce droit, el vous ne le voulez pas employer; vous êtes digne d'être souverain et vous ne voulez pas faire le souverain ; vous êtes Fils et vous voulez faire le serviteur, vous naissez pour mourir, pour souffrir et non pour régner; vous |»renez un état d'abaissement et d'impuissance, et le Père veut (jue vous vouliez, el que vous demandiez l'héritage qui est vôtre, afin que vous entriez dans vos droits, et que vous y soyez par ces trois dignités que nous ne pourrons jamais assez honorer : la dignité de votre naissance, la
dignité de sa donation, la dignité do votre ])rièi'(3.