‹ Œuvres complètesChapitre 222 sur 540 · XCI. DE LA ROYAUTÉ DE JESUS CHRIST · texte numérisé non relu

XCI. DE LA ROYAUTÉ DE JESUS CHRIST

A la sérénissime reine dWngleierre.

Dans le Mmps de l'enfance de Notre-Seigneiir. 1. La grandeur de la condition royale est flétrie par la mortalitéde notre nature. — i!. Remède à ce mal en Jésus-Clirist', qui fait régner les rois qui le servent en temps et en éi'èrnité. — III. Ce nouveau roi paraît d'autant plus, qu'étant Enfant et sans aucuns avantages apparents, i! prend puissance sur les rois de la terre, attirant les uns à son adoration, et se servant de l'opposition des outres pour publier sa grandeur. — IV. Lhérésie est VUérode qui cherche Jésus pour le faire mourir. Jésns est roi et Dieu, et Enfant tout ensemble ; et il est Roi des rois par naissance éternelle, dans rétat de sa naissance temporelle. — V. Jésus Enfant est roi, et par naissance, et par puissance, et par élection. La gloire des rois de la terre est d'être les premiers sujets de son empire, et les premiers commis de sa puissance. — VI. Ce temps de la naissaiice de Jésus est le printemps de la grâce, auquel la terre commence à proiiiire de nouvelles fleurs pour le ciel. — ^ 11. Jésus est la plus belle fleur de ce printem.ps. La grandeur de s>n empire qu'il couvre à la terre, comme étant trop chétive pour porter sa gloire, et lui étant assez d honneur de porter ses abaissements , il découvre pourtant quelque ray-n de sa puissance dans cet état d'impuissance. — Vîll. Jésiis est un grand roi, qui a plusieurs sortes de gens à son service : les U7is le servent en le connaissant, comme la Vierge , Joseph , etc. ; les autres sans le connaître, et le premier de ceux-ci est Auguste. Auguste n'est auguste, et l'empereur de l'univers que pour servir à la naissance de l'Enfant Jésus; et sa plus grande félicité est d'y avoir eu quelque part. Il y a trois sortes de rois employés à la naissance de Jésus. — IX. L'empire de Jésus est un empire de lumière, quoique couvert de ténèbres; et il est un soleil qui, bien qu'éclipsé, éclaire la terre et le ciel. — X. '^\. Remarques sur les promesses, le commencement et le progrès de l'empire de Jésus. — XII. La grandeur de l'empire de Jésus et son fondement. Cet empire appartient à Jésus par naissance, et le Père veut qu'il lui appartienne encore par donation, et donation demandée. Explication de ces paroles: Postula a me , etc. — XIII. Au même jour et oumême moment. Dieu, donne Jésus au monde, et le 7nonde à Jésus. — XIV, Jésus est nôtre, et nous sommes siens, et en combien de 7nanières.

Madame, I. Le plus beau nom de la terre est celui de roi et de reine que vous portez, et le plus bel état et exercice que le sens humain reconnaisse , c'est celui de régner. C'est le point le plus haut de l'arabiliou l)umainc, c'est le terme où Unissent ses plus

CAUDiNAL DE CEUL ELE.

grands desseins. Mais la roiulitiun mortelle que nous avons tlétrit la beauté de cet état, et le rend périssable; et peut-être d'autant plus misérable, que la raison veut que plus un bien esi grand, plus la privation en soit sensible et la perle nous en rende plus malheureux. Ce mal est sans remède, et les rois ne trouvent [)oint dans les trésors de leur puissance aucun pouvoir d'y remédier.

L'homme étant composé d'éléments contraires, il faut enfin voir la fin de l'ouvrage. Celai qui est aujourd'hui dans le trône sera demain dans le tombeau ; sa pompe, sa gloire, sa magnificence sera réduite à la |)0ussière de la terre, et sa suite à la compagnie des vers. Abaissement extrême de la grandeur royale, et fin dé[)lorable de la félicité humaine; et toutefois ce malheur est certain, est universel, est inévitable.

II. Celui qui a créé l'homme l'aime d'un amour infini, égal à sa puissance, et trouve à ce mal un remède dans les trésors de sa grandeur et miséricorde. Il fait un roi et un royaume éternel ; il établit ce roi et ce royaume au milieu de la terre, il convie tous les rois de se rendre à lui. Pour s'abaisser à lui rendre hommage, ils ne perdent point leur royauté. Ce Koi des rois ne la leur ôte point, au contraire il la leur conserve et la rend perpétuelle. Car c'est un roi qui fait les rois, et ne dépouille pas les rois ; il les fait rois et en la terre et au ciel, il les fait rois dans le temps et dans l'éternité ; et seront rois d'autant [dus grands et plus heureux, qu'ils auront plus servi à sa grandeu? et à sa royauté.

III. Ce Roi, Madame, prend naissance en Bethléem, il est nommé roi et par des rois à l'heure môme de sa naissance. Il est adoré des anges et recherché des rois dès l'instant même qu'il est né." Et ils l'adorent dans son berceau même, qui est le trône de cet Enfant roi. C'est sa propre grandeur qui les tire et le fait reconnaître roi, et non pas une grandeur étrangère ei empruntée. Car il est sans tiésors, il est sans suite et s;uis garde, il est sans puissance et sans armée; même il est lié, emuiaillolté comme un enfant; et toutefois il attire les rois à soi, et fait trembler les rois. C'est un roi d'autre nature et qualité que les autres rois, qui ne sont relevés jiar-dessus le commun que par ce qui les accompagne, et est hors d'eux, et leur est j)roprementétranger, et dont ils [)euvent être aisément dépouillés. Au lieu que ce nouviKiu roi pi'ivé de tous ces ornements, est relevé par son être propre qui fait etlet dans les cœurs et dans les es[)riis, et attire les anges, les lois et les peuples à son hommage et reconnaissance. C'est le roi que nous devons reconnaître et adorer. C'est le roi qui ruinera les rois et les royaumes qui ne lui servent point. Et la plus grande et heureuse qualité que vous puissiez jamais avoir, c'est d'être humble servante de ce lloi des rois. Allons, Madame, allons en Bethléem l'adorer avec les anges, les pasteurs et les rois, ne prenant point de part avec Hérode qui ne le cherche que pour

OtUVUKS l)L l'ihll..— Ml. KOVUTL DK JliSLS-ClllUSi.

l'occire. Col Hérodo périra bientôt el pmit jniiini^i, et Jésus vivra étiMiiull«MiK'iit. Kt ( i-t lltioiiu lit; servira j'ar ses ^.les.Msitis cl p.ir ses conseils ikm vers, i]n'h nvam cr s.i proiirc rnine, et h servir h Jésus de liér.iul par le rond de la lerr»;, Taisant lui-niùme le preniicr la prorlanialion de sa nai>sani-e, de sa grandeur cl de s.i rowtulé, rerhiMcliée niAine et adorée des rois dès son eniance; car celui que nous voyons irisant en celle cr(!?i lie, est et un iMilant et un loi, et un Dieu tout ensemble.

l\. L'héiésie, Madame, est i'Ilérode de nos jours, «pii clien lit; Jésus en apparent u pour l'adorer, cl enellel |)our le luiner tlan» le cœur des lldèles. Je vous l'ai dil une oulre l'ois pour vous en donner ganle ; je vous dois mainlenanl dire chose plus agréable, el vous enlrelenir dv^ anges et dos rois 3ui sont il renU)ur do Jésus, el tpii vous onnenl exeni|ile de le clierclier el ladorer. Rendez-lui compagnie el lionuuage en sa crèche h l'exemple de ces anges el de ces rois. Les uns sont les grands du ciel, les auliessoni les grands ue la terre, el les uns ei les autres l'ont hunnnage à Jésus, car il e-t roi du ciel el de la lerre. Je dis qu'il est roi, et iKin qu'il sera roi; car il est roi dans ce JJelhléeui, il est roi dans celte élable, il est roi tlans ce berceau ei dans cotte crèche, il est Knfanl-Dieuet Knfarit-Uoi ; l'un répugne à la sagesse de l'Iiomme, et l'aulic à la nature de Dieu. Mais Dieu a l'ail cette merveille de joindre cette enfance à sa divinité; par une môme puissance, il joint aussi la royauté à l'enfance. Cet Enfant donc est roi, comme cet Knfanl est Dieu, Dieu vraiment, cl vraiment enfant ; Dieu par nature, et enfant |;ar nature ausssi, mais c'est dignation et non nécessité qui le rend Enfant, pouvani être et pouvant naître tout d'une autre manière s'il n'avait plus d'égard à nous qu'à lui, et à son amour qu'à sa propre grandeur. C'est donc un roi, un Dieu et un Enfant tout ensemble; el ces trois qualités lui conviennent en [iropriélé et en vérilé, car la foi est vérité. Cet Enfant est Jésus, el sera bientôt noimné Jésus; il est Jésus, el il est roi par conséquent , car il sauve son peuple, qui est l'ollice des rois, (car le salut du peuple est la tin pour laquelle la royauté est établie), ce que les rois doivent remarquer, el ce qui les fera trembler un jour, s'ils sont la ruine et non pas le bonheur de leurs sujets. Or ce Jésus sauve son peuple, el le sauve de la mort el du péché, et de la mort éternelle, qui est l'oLlice projne de ce roi des rois, el ne peut convenir à autre, tant cet oflice est grand, el tant la royauté île Jésus est singulière el éminen le. T<jus les rois sont captifs; ils sont esclaves de la mort , de l'enfer el du )iécbé, el Jésus seul Roi des rois, el roi des âmes, les en peut délivrer. Recberciiez, aimez el adorez ce nouveau roi, et ce roi éternel, el vous rendez esclave de sa puissance. Ne pensez pas que ce soit abaisser votre grandeur, c'est l'élever au contraire. Ce Jésus, cet Enfant est Dieu, il est Dieu et homme tuul eiiseiiible. Cet Homme-Diçu

lO.Si

e^l roi par conséquent, et roi plus éminent par-dessus les rois, (|ue les rois ne sont par-dessus les hommes, tpie les hommes no stuit par-dessus le reste de la lerre. Car il est dans un ordre singulier, dans un étal liMil iliUéreiit, <'l ilans une espèce nouvelle; il est dans l'être, dans la subsislem e, dans l'état de la Divinité, el sa ro\aulé est fondée non sur une naissance humaine et incertaine, comme aux rois par succession, non au vouloir des [icuples, comme aux rois par élection, non or: la force du bras de l'homme, comme aux rois con(juéranl> ; mais en sa naissance éluriudle, mais en stjii essence divine; mais en la nuissance ijui fait le ciel el la terre, ijui fait les cteurs el les vouloirs de tous les hommes, el les lient en sa main. V. Ce sont des litres de grandeur et souveraineté qui no conviennent tpi'à lui, ce sont des titres aussi qui fondent une majesté el autorité qui n'a|»partienl (ju'à lui. Or il n'est pas déchu de ces titres pour s'être rais en c(;lte crèche, car il n'est pas déchu de sa grandeur. Ne jugez pas. Madame, selon vos sens de la condition de.cel Enfant, sa grandeur est cachée, mais elle n'est pas anéantie en sa petitesse. Par le mystère qui le fait naître en Relhléem, il a épousé une nouvelle nature; mais il n'a [tas délaissé sa nature première, qui l'élève par-dessus tout ce qui est créé, et lui donne môme de nouveaux droits el de nouvelles grandeurs en sa nouvelle nature. Ne iûécûnnaissons-{»as ce divin objet, |)énélrons ses grandeurs en ses abaissements. 11 est Knfant en Bethléem, mais il est celui-là même qui était en Sinai, loudroyanl, éclairant et éioniianl son peuple, el lui donnant la Loi. Ce n'est pas le même état, mais c'est le même Dieu et la même puissance. 11 est en une éiable entre le bœul et l'âne, mais c'est celui-là même qui est au ciel entre les anges, et aussi les an-;es du ciel le viennent accompagner en terre. 11 est l'humble Fils de Marie, mais il est le Fils du Très-Haut, Fils unique de Dieu, héritier de son Père 5 qui tout api-arlienl ; et parlant il est né roi de l'univers, el l'univers est son propre domaine. El d'autant que l'univers le méconnaît, il le vient conquérir par sa puissance; elle ciel et la terre pliera bientôt sous l'étendard de sa croix, et il sera un roi conquérant; mais il est conquérant d'une autre sorte que les autres, el aussi ses armes sont ditl'érentes et pro[)res à lui; sa conquête sonl les àuies ; ses armes c'est la douceur de sa parole, l'elEcace de son esprit, les attraits de son amour, les douleurs de sa croix, sa croix ou il meurt pour son peuple. Ainsi il gi^gn^-s non en ruinant, mais en attirant; non en domptant, mais en persuadant; non par force, mais par amour, comme roi des cœurs et Père des esprits. Et il est un roi, élu roi, choisi et accepté [iour son peuple. 11 est donc- roi par naissance, roi par puissance et roi par élection ; et tous les droits que la terre reconnaît en toutes les sortes de royautés de la terre, sonl conjoints éminemment et divinement eu lui. Rendons-nous à une

puissance si légitime, et à une majesté si haute et si huQiljle, si douce et si puissante. Le ciel y rend dès à présent ses devoirs, et c'est "^pourquoi tant d'anges viennent fondre à celle crèche. La terre dans peu d'années fléchira sous sou pouvoir, et déjà les pasteurs et les rois accourent à cette étable; ai)rès eux, de temps en temps, tous les souverains mettront leurs couronnes aux }»ieds de cet Enfant, et adoreront sa croix. Ils ne sont que les ombres de sa grandeur; et ieur plus grande qualité, c'est d'être les premiers sujets de l'empire de Jésus, et les jiremiers commis de sa puissance, tant la gloire, la puissance, la majesté de ce divin Enfant est grande.

VL Ce discours ne doit pas vous être ennuyeux, car je parle de roi et de royauté à une reine, et je parle d'un roi qui tient et les rois et les royaumes en sa main. Je ne laisse toutefois de craindre que ce propos ne soit un peu trop grave et sérieux, et je désire le rendre plus doux et plus familier, et je le veux })arsemer de ilenrs nonobstant la rigueur de la saison, A la vérité ce tetnps est rude, si nous suivons les sens; mais si nous suivons l'étoile et la conduite de la foi, et si nous avons égard à des pensées plus hautes, ce temps est vraiment le printemps de la grâce. Ne voyons nous pas que, selon nos mystères, le soleil de la foi s'approche de notre hémisphère et luit en Bethléem? Ne voyons-nous pas que, selon les prophètes, la terre produit son fruit, ce fruit lequel par excellence a le nom de fruit dans les Ecritures, comme étant le seul fruit digne de Dieu par soi-même, et pour lequel porter la terre était conservée? Ne voyons-nous [)as que, selon le souhait des justes, la rosée du ciel tombe en la terre, et le sein fécond de la Vierge produit la belle fleur de Nazareth, et que cette fleur singulière en beauté commence à paraître en Bethléem? Les pasteurs sont les premières fleurs de l'Eglise chrétienne, les anges sont comme autant de Heurs du ciel qui commencent à paraître en la terre, et à paraître à l'entour de Jésus et de Marie. Oh 1 que de fleurs, et de fleurs excellentes en ce rare printemps 1 T(ms ces petits martyrs qui accompagnent et honorent l'enfant Jésus en sa naissance, et dans ieur innocence, rendent témoignage h son avènement par leur sang et par leur silence (non loquendo sed moricndo, ce ditl'Eglise), sont autant de fleurs, et sont les premières fleurs de la grâce du martyre, que le printemps de la grâce commence à produire, et à répandre à l'entour de l'Agneau qui doit ôlre occis pour le salut du monde. Fleurs délicates et délicieuses, que l'hiver de la persécution a flétries pour un temps en h terre, mais fait fleurir au ciel pour une éternité.

VIL En ce printemps de la grâce et avant toutes ces fleurs, nous voyons naître devant nos yeux la fleur des champs, c'est-ii-dire Jésus, car ainsi il se nomme lui-même en son cantique, et il est, et la fleur des champs et la fleur de Nazareth ; la fleur des fleurs,

et la plus belle fleur de la grâce, voire la grâce des grâces, Tauteur et le principe de la grâce même ; et nous voyons paraître au même temps, les premiers rayons de la puissance et de l'empire de Jésus en la terre. Le centre de ce nouvel empire est Bethléem ; là il commence, et de là il s'étendra en Sion ; son trône sera le ciel, et sa circonférence sera le rond de la terre ; mais ce petit lieu de Bethléem est le premier point de ce grand empire, et le lieu oii son roi prend naissance et repos ; cette crèche est son berceau, et nous donne plus de lumière que le soleil qui nous éclaire. Les premiers qui reçoivent les rayons de cette grande lumière qui rend la nuit plus claire et plus belle que le jour , c'est la Vierge et Joseph ; ils sont les premiers à adorer l'enfant Jésus, et ils sont aussi les premiers sujets et officiers de sa couronne; puis il tire les anges du ciel, les rois de l'Orient, les pasteurs de leurs cabanes, et il commence ainsi à jeter les fondements de son empire. Mais qui aurait des yeux pourvoir les milliers de millions d'anges qui viennent fondre aux pieds de cet Enfant, et adorer sa puissance, eût vu plus d'anges en Bethléem qu'il n'y avait d'hommes en toute la terre; et un seul de ces anges être plus grand et })lus puissant que tous les hommes ensemble, et eût été ravi devoir sitôt une si grosse puissance assemblée au service et à la gloire de cet enfant. Cet Enfant est petit, mais son empire est grand, et grand même dès sa naissance, si nous avons égard à ses sujets ei serviteurs qu'il a dans le ciel, et qui délaissent maintenant le ciel pour fondre à ses pieds en la terre. N'ap[)liquons pas bassement nos pensées vers la terre, élevons-les au ciel ; la terre est la lie de l'univers, elle est pleine d'ordures et couverte d'iniquités ; il n'y a rien de précieux en la terre que Jésus et sa Mère, et ce qui prend part à eux.

Jésus naît en la terre, et cela seul est la grandeur et la félicité de la terre; mais il vient du ciel et non de la terre, et son empire est céleste, et il fait aussi ses premiers elfets dans le ciel , et nous ne devons pas mesurer sa grandeur et sa puissance par ce qui nous paraît en la terre. Jl naît dans une étable, et repose dans une crèche, mais son pouvoir atteint jusqu'au [)lus hautdes cicux ; et s'il voulait user de sa puissance cachée en sa petitesse, niHérode, ni Auguste, ni le rond de la terre ne seraient rien en sa présence ; mais son conseil est de couvrir sa grandeur à la terre ; elle est trop basse, trop vile et trop petite, [)Our porter sa gloire; c'est trop do gloire et d'honneurà la terre de porter los abaissements de Jésus, le ciel est réservé pour en [)orter la gloire. En terre Jésus cache sa divinité en son humanité, et sa puissance en son entance; et il réserve la vue entière de sa gloire, au jour qui est nommé son jour dedans les Ecritures, qui est le jour de sa majesté. Or maintenant c'est le jour de son inflrmiié, de son abaissement et de sa faiblesse, puisque c'est le

{JI-:UVHKS DE IMKTK. — \CI. ROYAUTE DE JESUS-CIIRIST.

jour «le sa naissance et de son enfance ; et loulefois einelle mùiiie f.iiMesse il ilt'MMiuvie un rn>iHi (le sa puissance, il étonne Hérudt! et ré|Mniv.uil(î ; et <ci Knl-nil d.ins un Imt- (MMU lait p.Hir et frémir Hérodc, et met In crainte et la fureur dans le ((eur de relti; |)ôte fér(K;e. Mai*» jr veux mellrc maintenant eet Hérotlt; en dulili ; je ne veux par mêler nn sujet si gracieux connue Jésn> naissant, a ver, un sujet si runcslocomme Hérndj'clicrtliant à faire mourir Jésus; joint que les fureurs (IHérode me représentent les fureurs de l'hérésie tjui vous environne, et qui poursuit Jésus à mort dans le eœur des ftdéles. Kt je ne poux soutfrir ces pensées ; je ne |)uis vous voir en i:et état sans être transporté de douleur. Il faut que ie détourne ma jiensée et la vôtre de ce fAclieui olijet ; il faut que je vous donne la pensée de Jésus,

de sa vie, et (juc j'essaye à le laire vivre en votre I ojur, et 5 l'y faire vivre pour jamais, car c'est pourquoi il est naissant et vivant, et sera un jour soutirant et mourant sur la lerre.

VIII. Laissons donc cet Hérode et cotte liérésie, et plaise 5 Dieu vous en séparer pour jamais 1 Approchons-nous de Jésus et de Marie, et soyez à eux pour jamais. Oul)lions ces funestes sujets qui causent vos douleurs, p.irlons de sujets plus doux et jdus agréables ; (larions, Aladame, de Jésus et de sa Mère: ce sont les sources vives et j)erpétuelles de notre bonheur en la terre et au ciel. Parlons des anges, des pasteurs, des rois et du Uoi des rois qui est l'Enfant de Bethléem, qui naît dans une étable, qui repose en une crèche, et qui en cet état dépeuple le ciel et ravit les anges. Cet humble Enfant est seul, sans suite, sans garde, sans compagnie ; il est inconnu à la lerre, à la Judée, à Bethléem môme, et toutefois c'est le (i(s de David, c'est le roi des Juifs, c'est le Boi des rois, c'est le roi du ciel et de la terre, et c'est celui à qui Auguste .même rend service sans le connaître et sans y penser ; oui, l'empereur le sert par son édit royal, qui le fait naître en Bethléem selon les prophètes ; il est conçu en Nazareth [tar la parole d'un ange; il est né en Bethléem par un édit royal, qui sert à vérifier'les oracles. Et Jésus fait ainsi son entrée dans la terre, servi des anges et des rois, comme Boi des rois et des anges mêmes. Et Auguste, le premier erapereurde la terre, est le premier servant de Jésus, et le premier ofllcier public de sa couronne, saiis y penser, sans le connaître. Ce grand roi et petit enfant a plusieurs sortes de gens à son service, les uns le servent en le. connaissant comme Josefili, la Vierge, Elisabeth et Jean-Baptisie ; les autres le servent en ne le connaissant itas. Le premier de ceux-ci est Auguste ; et Je premier empereur lui sert de premier héraut pour lui faire jtlace en Bethléem, et le faire seoir au trône de ses prédécesseurs, et prendre possession de l'héritage du roi David, qui lui appartient comme fils de D*N-id, et le fairt' ronnaitre fib de David et

roi des Juifs dès sa naissanco au monde. Cette pensée est grande et «ligne d'être considérée d<*> rois et des reines. Les grand> ont bien souvent des pensées plus liasses;qu'il me soil jieiiuis de leur donner celle-ci. C'est une pensée royale et Uigiu; de leur grandeur; elle regarde Jésus, le monarqucîduciel et de la lerre; elle concerne Auj^uste, le pi^emier empereur de l'univers. Et je me plais à penser et repenser (joe ce premier empereur du monde soit le [»remier oflicier servante Jésus, le premier ollicier public de sa couronne, le premier (jui sert h préparer le lieu de sa naissance, et a le tirer de Nazareth par la voie royale, pour le faire naître en Bethléem selon ses oracles; et qu'il serveà faire son entrée au monde, dans le lieu mômeoij il doit recevoir le [tremier hommage de ses créatures, la première escorte de la milice du ciel, et la première adoration des rois de la terre.

Heureux Auguste, s'il eût connu ce qu'il faisait, s'il eiit pensé à qui et à quoi il servait 1 Mais il l'ignore et n'est pas digne de le connaître. Et toutefois, par le conseil du Créateur de l'univers, il n'est Auguste et empereur que pour cela, c'est-à-dire pour l)réparer la paix h l'empire de Jésus,' pour faire naître en paix le prince de paix, et pour faire naître au milieu des siècles le roi de tous les siècles, que le Prophète appelle le Père des siècles à venir. Heureux Auguste, s'il eût connu, cherché et adoré Jésus avec les rois d'Orient 1 A la vérité, il ne le persécute pas comme le roi Hérode, mais il nei le cherche pas et ne l'adore pas comme les mages ; il le sert sans le connaître, et sa plus grande félicité a été de tenir dans les terres de son empire, celui qui commande à Auguste et à l'empire, et oui nous doit tous écrire et enrôler dans le livre de vie. Je remarque en cette histoire trois sortes de rois employés et occupés à cette naissance du Boi des rois : les uns qui le servent sans le connaître, sans le persécuter, comme Auguste ; les uns qui le servent et le publient, en le voulant occire, comme Hérode , et comme les rois qui régnent i)ar l'esorit de l'hérésie ; les autres qui le servent, le cherchent, le connaissent, l'adorent comme ces trois rois venus d'Orient. Et vous devez vous joindre à eux, chercher Jésus comme eux, trouver Jésus comme eux, adorer Jésus comme eux, vous offrir à Jésus comme eux, et lui oQ'rir votre cœur royal au milieu des trésors do la terre ; lui otfrir votre cœur pur et préservé de toute corruption, avec la myrrhe de la croix ; lui otfrir votre cœur et l'élever au ciel avecl'encons d'adoration, de piété et de dévotion. C'est ce qui doit adoucir l'amertume et amollir la pointe de vos douleurs et tristesses. Entretenez votre solitude par des pensées si douces et si élevées. Tenez fidèle compagnie en votre cœur, en votre cabinet à Jésus Boi des rois. Adorez ses grandeurs, admirez ses abaissements, écoutez sa parole, invoquez sa grâce, portez sa croix, rendez-vous «ligne de le servir et d'as5isler ses pauvres serviteurs ['cr-

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