‹ Œuvres complètesChapitre 224 sur 540 · I.i passion agilciil · texte numérisé non relu

I.i passion agilciil

II. \ oiis iiii; demandez assistance et ron solalioii en vos «léiressrs, «»t je la dois iiu.-uxi vous no me fori»;/, point riK»nrieur de la rc- ( licrclicr de moi. ijna ferai-je donc pour satisfaire h mon devoir, pour obéir à vos commandements, pour ne point ulcérer des esjiriis agités, et plus agités cpje la mer qui nous sépare d'avec eux ? Kn attendant que le temps guérisse ces esprits blcv^sés , (jue lo roi de la (irande-Hretagne ouvre les yeux, pour voir où on le lire, et à (iiiei dessein on rengage, et que le roi très-chrétien le fasse ressouveiiirde ses paroles, promesses et serments, je njo résous pour le présent, de <lélourner ma pensée et l'esprit de Votre Majesté de ces tristes objets qui l'environnent, jiour lui parler de Jésus-Christ Notre- Seigneur, selon les mystères que son Kglise en ce temps adore et contemple. Pensez h lui, Madame, il est le Dieu des dieux, le Hoi des rois, le salut et l'amour de son peu|)le. C'est un roi qui ne violente pas, ne tyrannise pas ses sujets, mais qui paye leurs dettes et qui meurt pour iceux ; c'est un roi à qui le rond de la terre a|)partient et la plénitude (ficelle; c'est un roi dont tous les rois sont les sujets et les vassaux; cesl un roi qui jugera les rois et les traitera en sa fureur, s'ils persécutent son Eglise et afïligei t ses sujets, ses enfants et ses membres, qu'il a[)pelle lui-même tendrement la prunelle de ses yeux, tant il a d'amour et de tendresse pour eux, et tant il oblige les grands à les traiter avec bénignité, s'ils avaient un cœur docile à son esprit et ouvert à sa parole. Mais oublions ces maux, essuyons vos larmes et parlons à votre âme de Jésus. C'est son roi, son cœur et son Dieu ; c'est sa vie» son salut et son amour ; c'est son refiige el son espérance; c'est sa force et sa défense, et il portera remède à ses douleurs.

III. Pour parler dignement et hautement de lui et de ses mystères, je prendrai ce discours en sa source et vous dirai, Madame, que le Dieu que nous adorons en la religion chrétienne est un Dieu d'unité et de société tout ensemble. Et il est tel, non-seulement en lui-même, mais aussi en ses œuvres et en ses mystères ; nous reconnaissons en lui unité d'essence et pluralité de personnes; car il est un seul Dieu, et Dieu est Père, Fils et Sainl-Espril, trois personnes liées ensemble par un lien de société [)arfaile. Ces trois personnes sont distinctes, mais non divisées; sont diverses, mais non séparées, et sont unies de j)lusieurs sortes d'unités en leur êire et opérations ; et liées d'un amour divin, qui est l'unité du-Saint-Esi>rit, unité que l'Eglise célèbre si souvent en ses oflices, et en laquelle se terminent ses vœux, ses louanges et ses prières.

IV. Ce Dieu [»uis>ant, aimable et adorable ; ce Dieu que les Chrétiens seuls reconnaissent et célèbrent, ce Dieu d'amour, d'unité ei de société divine tout ensemble, ne se contente pas d'être tel en soi-même; il en veut avoir l'état el en faire les effets hors

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ŒUVRES COMI»LETtS DU CARDINAL DE BERULLE.

de lui-môme ; il veut entrer en amour, en unité, en société avec ses créatures, et pour cet effet prend la voie la plus liante, la plus digne et la plus divine qu'on eût jamais osé penser; il faitunnouveau mystère; il épouse un nouvel être et une nouvelle nature; il ]irend naissance entre les hommes; il se fait homme et fils de rhomuie; il veut vivre et converser avec les houmies, i)0ur tirer les hommes en société, en amour et en unité avec lui.

V. Dessein grand en soi-même, et heureux j)our les hommes qui entrent en alliance avec Dieu; ce dessein s'accomplit en ])erfection par le sacré mystère de l'Incarnation et Nativité de Jésus-Christ Notre- Seigneur que l'Eglise célèbre en ce saint temps; c'est l'œuvre des œuvres de Dieu, le secret des secrets de son école, le mystère des mystères opérés en l'univers, le fondement et la i^ase de la religion chrétienne. L'Eglise épouse de Jésus nous assemble solennellement en ce saint temps, {lour célébrer ce haut mystère, pour l'adorer, j)0ur y penser, pour i)énétrer ses grandeurs, pour recevoir ses lumières, pour ()orter ses effets, et pour nous convier tous à entrer en unité et société avec Jésus, comme Jésus entre en unité et société avec nous par sa naissance et incarnation admirable. Et, ô bonté! ô grandeur! ô amour! par l'esprit et la grâce de ces mystères, il entre avec nous en cette unité sainte et société heureuse ; et y entre si humblement et si hautement, si secrètement et si solenneliemeiit, si suavement et si puissamment, si humainement et si divinement, si saintement et si amoureusement, que le ciel et la terre en sont ravis d'étonnement et d'admiration.

VI. Celui qui en ces jours prend naissance en la terre, en Judée, en Bethléem , si nous le regardons des yeux de la terre, c'est un Enfant et un Enfant couché sur la paille, gisant en une étable et rejiosant en une crèche, tremblotant de froid, et n'ayant pour com[)agnie que le bœuf et l'âne; mais SI nous le regardons des }eux du ciel, c'est un homme parfait en ce bas âge; c'est un Dieu tout-puissant en cette humanité ; c'est le Verbe éternel en cette enfance; c'est le Koi des rois en cette étable; c'est le Dieu du ciel et de la terre en cette crèche; c'est le Dieu des dieux en ce mystère. 11 e^t la pensée du Père éternel, pensons à lui ; il est la sapience éternelle, rendons-nous ses disciples; il est l'amour du Père, et donné ])ar amour, ayons amour pour lui; il est la source de vie et de grâce, recourons à lui. Et si nous avons si souvent et si longuement nos pensées attachées à tant de sujets bas, petits et vains, ap['iiquons, em[.loyons, élevons nos espri'is ù une [lensée si douce, si grande et si haute, c'est-à-dire, à celui qui est la pensée même du Père éternel, et l'objet lequel il contemple en son éternité. Et comme le Père conlem[)lant son Fils produit le Saint-Esprit avec lui, nous aussi contemplant son Fils incarné au monde, concevons en nous-mêmes le Saint-Esprit,

et produisons une affection sainte vers Jésus-Christ notre cher et souverain Seigneur. Vil. Ses qualités, ses bienfaits, ses œuvres nous y obligent : il est Sauveur et nous sommes en misères, il 'est Rédempteur et nous sommes en captivité, il est la vie et nous sommes en état de mort, il est roi et nous sommes ses sujets,, il est f)asteur et nous sommes ses ouailles, il est Père et nous sommes ses enfants , il est Dieu et nous sommes ses créatures. Parce mystère il vient visiter son peui)le, remédier"^ à nos malheurs, payer nos dettes,- effacer nos iniquités; et qui est plus, nous trouvant redevables à la justice de Dieu son Père, il vient lui-même se rendre le solvable, satisfaire en sa propre personne, et pâlir pour nous ; et il emploie sa naissance, sa vie et sa mort pour nous; c'est-à-dire pour d'enfants d'ire que nous sommes, nous rendre enfants de grâce, héritiers de Dieu, ses cohéritiers même ; lui qui est son Fils unique, nous donnant son mérite, sa gloire et son paradis, si nous voulons le servir et aimer comme ses humbles sujets, comme ses serviteurs fidèles et comme ses enfants légitimes, et si par une déloyauté extrême, comme pervers, hérétiques et barbares, nous ne renonçons point à sa loi, à sa foi, à son Eglige et à bOn héritage.

VIII. Le saint ajiôtre dit très-bien parlant de ce mystère : Apparaît henignilas et humaiiitas SalvatorU noslri Dei. [Tit. m, h.) Car en ce mystère nous ne voyons que douceur, bénignité et humanité : la divinité y est, mais elle n')- psrait {)as, elle est cachée dans rhumanité; la puissance y est, mais on ne la voit pas, elle est couverte de la bénignité ; la sapience y est, mais on ne l'y aperçoit pas, elle est voilée dans l'enfance. O enfance, et très-humble et très-haute 1 ô enfance adorable et adorée ! O Enfant Dieu 1 qu'y a-t-il de plus grand? 0 Dieu Enfant ! qu'y a-t-il de \)\wî> humble ? En cet état les grandeurs sont jointes avec les bassesses; car aussi la divinité yjest jointe avec l'humanité, et nous devons en nos pensées ne pas oublier ces grandeurs, en voyant ces bassesses; mais adorant les unes, admirer, aimer et adorer les autres; car ces bassesses sont divines, elles ne respirent que grâce, qu'amour et s;dut. Et ce divin Enfant n'est pas enfant comme nous par nécessité, mais par la grandeur et la dignationde son amour, et pour nous tirer hors de nos bassesses et de nos misères.

IX. Souvenons-nous que cet Enfant est Roi des rois et Dieu des dieux, aussi en son enfance est-il adoré des rois et adoré des anges, qui sont dieux servant au vrai Dieu. Ce mystère de l'enfance de Jésus est vraiment royal, et \qs rois et les reines sont obligés d'y |)rendre part particulière. Celui qui est né est roi et roi de sa naissance; il est proclamé roi en ce mystère et est proclamé roi par des rois qui viennent fondre à ses pieds et mettre leurs couronnes, leur grandeur, leur sagesse, leur puissance et leur vie aux pieds de cet

oi:i vuf;s in: pieté. - xcii. naissance et enfance de jesus.

Kiilniit. J(^siis est roi, M.iil.iiiU', et vous le <l"v«'/. ^iilon.T cil ( cKc (jii.ilili!' ; voyez «■oriiiiic il csl nti (»ar ii.iis>niii c cl non ji.'ir nIliniKc ; voyi'Z coiiinio il osl roi d^s s;\ ii.-iiss.iticr, nV't/iul |».is un niomcnl sur l.i tcrrt^ s/ins <'<'llc (iii.'ililé, cl s.uis <^iro rcclicrclK'*. reconnu, |iro(l,iiiiû Hoi en l'univers, (l.-ir dus .s(»n cnl^nirc il entre en droit et en puissance sur le ciel et sur \» terre; et sn roy;inté e^l si haute cl si éininenlc, (jue celle des rois de In U'rre n'est rien (ju'une ouil>ro, ou au plus nue imago do la sienne. Kn comparaison (Je lui, les rois (jue vous voye/ no sont <|ue des rois de carte et do it've, comme Ion dit; et dans peu (le jours ne seront plus rois, mais seront en roinl)rede la mort eliii(}me ils seront en l'omhre de l'enfers'iU sont infidèles. .Mais la royaiit(!' du Fils de Dieu, esl une roynuli!' s(di(re, immuable el c(ilcste ; ost une royauté' puissante et permanente .'i touteéiernilé, est une royauté (lui regarde le corps ct.r.lme : esl une r(5yaut(i qui esl étendue par toute la lerre, (juï de la terre paNse au MoI et du temps î\ I éternité. C'est cette royauté que nous devons e>:limer, regarder et adorer, et à l'emiiirc et [)uissance de la- (juelle, il nous faut soumettre si nous voulons être heureux éternellement.

X. Ce mystère de l'Enfant Jésus roi dos rois, adoré par les rois, esl un mystère tout auguste et tout royal, et serait encore vraiment un mystère tout déli(;ioux s'il n'y avait point d'Hérode ; mais ce cruel Hérode util lort à la dignité, et diminue la suavité de ce divin mystère. Cet Hérode nous tire hors (le ces ^lensées douces et dévoles, pour nous jeter en l'amertume de notre temps et de votre douleur, et m'oblige à vous dire, Madame, que si Hérode est encore en la lerre, c'est l'hérésie. Elle esl armée, furieuse et forcenée comme lui ; elle en veut à Jésus- Christ comme lui ; elle parle de Jésus-Christ comme lui; elle cherche Jésus-Christ duns les Ecritures comme lui ; elle s'enquête de Jésus-Christ comme lui : mais comme lui elle ne parle, elle ne s'enquête et elle n'adore Jésus-Christ, que pour occire Jésus-Christ, cl [>our l'ellacer de la terre. Elle a le glaive en la main comme Hérode, elle persécute les innocents comme Hérode, môme elle a tranché la tête d'une reine, mère du roi que vous avez pour mari, tant elle est félone, pétulante et audacieuse. Cruelle, détestable et impudente hérésie, d'avoir osé attenter sur un cou et un chef, qui avait porté deux couronnes, et était réservé à une troisième, et d'avoir terni une face et un soleil, (jui avait réjoui et éclairé la France, l'Anglelerre et l'Ecosse! Mais ce sont les chefsd'œuvre et les miracles de l'hérésie. Ce sont ses douceurs et ses faveurs ; elle est sanglante, cruelle et barbare comme un Hércjde. Mais elle finira aussi bien qu'Mérode, et le temps de sa tin approche : el c'est ce qui redouble sa fureur, car elle sent sa lin, et les signes en sont évidents. Mais elle veut rendre les abois dans le sang et le meurtre comme un Hérode, afin qu'elle expire dans les elforts el attentats de sa fureur,

OlàVRtS COMI'I. Ui: DE lÎLni LLE.

el (pie sa lin sftil aussi barbare et violefite que sa iiaiss.ifKc. Madame, l'hérésie esl rilcnxlc de votre .Ime et de ce siècle : c'est un Hérode (pie vous devez détester el alxjniiner, c'est rH(''rodo dont il vous faut éloigner. Ne voyez- vous pas aussi «lU! les trois rois s'éloignent el se séparent d Hérode? Kl /iprès avoir connu sa perfidie, ne vont plu» vers lui. A leur exemple ayez en horreur riiérésie, n'écoutez point l'hérésie, no prenez point départ aux m.\ stères de l'hérésie, car ce sont mystères d'iniquité; et séparez-vous do l'hérésie, comme les trois rois se sont éloignés et séparés d'Hérode, Ce misérable Hérode indigné contre ces rois, furieux (firitro Jésus-Christ, a bien eu le pouvoir de faire mourir les innocents, mais il n'a [tas eu le pouv(nr de nuire aux rois qui ont adoré Jésus-Christ; il n'a pas eu le pouvoir do faire mourir Jésus-Chrisl; ni d'etfacor sa foi et son nom en la terre; même il n'a pas eu pouvoir d'emftè'ber Jésus de bien faire h ces petits enfants, dont il me semble entendre les cris et les gémissements en co mystère. Jésus esl leur vie et leur mort ; Jésiïs esl leur salut en la persécution, Jésus esl la terreur d'Hérode (pii les fait mourir, et Jésus ne meurt pas, el maintenant il ne peut [)lus mourir, car il est immortel el vivant dans les cieux. Mais encore qu'il vive au ciel, il veut vivre aussi en la lerre : il veut vivre et se cacher en votre cœur, et votre cœur doit êlro son Egypte et sa retraite oii il est à couvert de la [tersécution ; et votre iniissance et constance doit encore le conserver dans le cœur des autres, et le mettre à couvert durant cet orage. Ça été bénédiction h i'Egy[)le de servir et garder Jésus-Christ au monde ; et en ce temps de calamité ce vous est gloire el bénédiction do servir Jésus, de garder Jésus, de posséder Jésus, et de conserver Jésus au peuple de Dieu. C'est le trésor du monde el (Je votre âme, et un trésor qui doit être caché et conservé précieusement, el ne doit nas être ouvert el exposé à ceux qui le veulent ravir. \\ faut imiter la foi, la conduite, la prudence des trois rois qui gardent cl conservent ce qu'ils ont trouvé en Bethléem, n'en donnent point de part à Hérode, et s'en retournent en leurs (Quartiers. Vous devez comme eux être à Jésus en tous lieux, el partout vous maintenir et conserver à Jésus, et avec lafoide Jésus retourner comme ces rois en vos quartiers, c'est-à-dire en votre pays, en votre lerre, en la terre des vivants, qui esl le ciel où nous devons tous tendre, as[)irer, et vivre avec lui ftour jamais. XI. Contemplant dans l'Evangile le tableau de ce mystère, le regard ino[»iné sur Hérode, m'a dérobé l'esprit à moi-même, cl à la suavité et sublimité de ce mystère. Il y faut retourner, el remarquer comme ce j(iur el mystère divin s'appelle Epiphanie, c'est-à-dire manifestation : car en icelui Jésus a été manifesté, il a été dignement et saintement manifesté en la terre et au ciel : en la terre par la foi des mages, et au ciel i»ar leur étoile. Et en la ferre encore il est

manifesté eridiverslieuï, c'est-à-dire en l'Orient et en la Judée, car ils parlent d'Orient, ils cherclient en Judée le roi des Juifs; même il est manifesté à l'empire romain, par le meurtre des innocents et la cruauté d'Hérode, le sang de ces petits agneaux et innocents, servant à annoncer l'Innocent et l'Agneau sans macule et à crier, Jésus, comme un sang qui a voix aussi bien que celui d'Abel, et une voix plus claire et plus douce. Car il annonce non la justice, mais la grâce et la miséricorde de Dieu descendue du ciel et arrivée au monde, c'est-àdire il annonce l'avènement de Jésus, qui est le salut du peuple, la miséricorde et la grâce du Père éternel.

XII. Ce mj'stère donc est un mystère de manifestation; je m'éjouis et m'élève en cette pensée, quand je vois que Jésus est manifesté en la terre, et manifesté par les rois, car c'est le devoir des rois de manifester Jésus : c'est pour sa gloire qu'ils sont établis sur la terre ; et si au lieu de l'annoncer ils la détruisent. Dieu les détruira et effacera de la terre. Ne soyez pas de ce nombre. Madame, que votre puissance serve à la puissance de Jésus, que votre royauté serve à sa royauté, que cette intention et cet etTet soient un des fruits de votre pensée sur ce mystère. Contemplez ce roi des rois, voyez trois rois à ses côtés, associez-vous à eux, et vous joignez comme eux à l'entour de Jésus : voyez-les à ses pieds, voyez leur foi, leur amour, leur piété; voyez leur joie, leur tendresse et leurs larmes en la vue de cet Enfant gisant au sein de sa mère. Ils adorent le FjIs, ils révèrent la mère, ils ne s'étonnent point de le voir en une élable entre le bœuf et l'âne : imitez ces saints rois : ils rendent à Jésus leurs vœux et leurs hommages; ils lui ouvrent leurs cœurs et leurs trésors; ils suivent sa conduite et ses inspirations : ils ne retournent point à Hérode, ils s'éloignent et séparent de lui, ils retournent en leurs quartiers, ils vont porter la foi et la gloire de Jésus en leur pays, et ont été les premiers rois à servir Jésus- Christ en la terre ; et, si nous pouvons parler ainsi, ils ont été les premiers apôtres de Jésus en l'Orient, en la Judée, trente ans avant les douze apôtres qui ont suivi et prêché Jésus-Christ au monde.

XIII. C'est un grand avantage à ces trois rois, trois mages, trois apôtres, par-dessus les douze afiôlres et les pêcheurs qui ont annoncé Jésus à la terre. Ces trois rois annoncent et publient Jésus lorsque Jésus est inconnu au monde, lorsque la terre ne pense point à lui, et ne parle point de lui, lorsqu'il est lui-même sans parole, sans l»uissance, sans miracle, lorsqu'il est caché dans les langes, et plus encore dans le silence, dans l'enfance, dans l'impuissance. Les douze apôtres suivent Jésus, lorsque Jésus est grand et connu du monde, lorsque saint Jean l'a manifesté à la Judée, lorsque les troupes le cherchent, le courent et l'environnenl, lorsque les miracles le publient et l'autorisent, lorsque les cités et les peuples

sont émus de ses merveilles, lorsque la terre et la mer obéissent à sa parole. Ce sont les deux temps et les deux voies différentes de la manifestation de Jésus au monde, l'un en son enftnce, l'autre en son adolescence; l'un par les rois, l'autre par les apôtres ; l'un jiar les miracles, l'autre sans miracles : mais par les miracles de la foi de ces trois rois inspirés de Dieu, conduits du ciel, cherchant et trouvant Jésus en Bethléem, l'adorant en une élable, le manifestant à l'Orient, à la Judée et à l'empire romain. Car Jésus est dignement et clairement manifesté par cette adoration publique et solennelle des trois rois, faite à la vue d'Hérode, et de toute la ville de Jérusalem, et par la direction du conseil célèbre des Juifs; tellement que ce mystère porte à bon droit le nom d'Epi ph«nie, car il est le mystère de Ja manifestation de Jésus en la terre.

XIV. Celui, Madame, qui est manifesté en ce mystère, celui que ces trois rois ont cherché en la terre, et trouvé en Bethléem, nous l'avons en lEglise; celui qu'ils ont trouvé en l'étable, nous le trouvons en nos mystères. Ce célèbre et heureux Bethléem qui a servi à la naissance du Fils de Dieu, s'appelle maison de pain, et l'Eglise est la maison qui contient, garde et distribue le ])ain vivant, le pain descendu du ciel, le pain céleste et non terrestre, mais couvert des espèces du pain de la terre. Comme les drapeaux et les langes n'ont pas empêché les trois rois de connaître et adorer Jésus par la lumière de la foi ; aussi les espèces basses et terrestres qui servent de voile à sa grandeur, ne doivent pas nous empêcher de le connaître et adorer en l'église et en l'autel, et si un roi le persécute en Bethléem, ce n'est qu'un Hérode, et un étranger au peuple lie Dieu. Mais il y a trois rois qui le cherchent et l'adorent, et ils sont suivis par après de tous les rois de la terre qui ontcru, suivi et adoré celui-là même que les trois rois adorent maintenant. Car il n'y a aucun pays et royaume qui n'ait embrassé la foi que vous professez. Et vous voyez encore les croix, les éj^lises, les autels en l'Angleterre où. les pierres parlent, soutiennent et défendent la loi qu'on vent ruiner, qui a été professée de tous les rois précédents d'Angleterre, hormis deux ou trois depuis peu d'années, et qui est établie par tout le rond de la terre, et y durera jusqu'à la fin du monde. Cette foi a pris sa naissance en la naissance de Jésus, et en la foi de ces trois rois, qui sont les preinices de la foi des gentils; celle foi aussi a toujours été persécutée, et celte persécution a commencé en ce mystère : mystère de manifestation et de persécution de Jésus tout ensemble. El c'est j)Ourquoi je vous écris de ce mystère au temps que l'Eglise le célèbre, afin que Jésus, persécuté en vos jours, soit manifesté en voire âme, soit adoré en votre cœur, soit })ublié par vous de plus en plus, comme il a été manifesté, adoré et publié par ces trois rois. Et si Jésus est persécuté en ce mystère.

Mftî OELVUKS DK PIETK. XCIII. bKSSIIN ItK hll L Si 11 I.A HKVOIION A J.A VIIJtCK. I iH

c'est pnr iiii Ilérode (}ni csl lo |iromit.'r h «l(»riiier coiniiioiicomtMil h \n |ior.séciili(»ti «le Jésus cil la Iltil', coiiiiue cos trois rois diil été l«*s priMiiicrs h «loiiner (•(»iiiiii(Mi«rmoiit h In |»ulilicali()ii et l\ la iiianifestalioii de Jésus au iiio'ide. Mais vovez la fin. Madame, rel llérode tie larde pas loii^t(Mii|is h |i(»rlei" l(j ttiAlitiient de son impiété ; il meurt misérablenioiit peu après, il est dans les enleis jiour jamais, et les trois rois sont au riel, et ceux (|ui les ont imités en leur foi et leur piété sont avec eux dans le ciel, possédant une gloire, une grandeur, une rovaulé éternelle. Pensez à ce mystère, coiUemplez lO Koi (les rois, imitez ces saints rois.

\V. lis ont été les premiers rois h servir Jésus-Clirisl en la terre. (",ette (jualité et pri- Qiaiilé est vénérahie; et plût à Dieu <pio la primauté nouvelle qu'on veut établir de nouveau en Angleterre, fût éciiangée en celle-ci; il en serait mieux et pour le roi do la (irande-hielagne et pour son peujtle; mais ce discours sera pour une autre lois. Disons maintenant comme cette qualité et primauté heureuse de ces trois rois, doit iiire soigneusement considérée des rois et des reines : ils ont été les premiers à adorer Jésus-Clirist, ils ne sont |)as les derniers ; plusieurs rois et reines les ont suivis et les suivront ju.squ'à la lin du monde. A'otre Majesté en doit être l'une, et d'autant plus lidele et coïK^tante que Dieu l'aime et l'éprouve de si bonne heure dans lesalilictions. ^ouvenez-vous, Madame, que vous êtes lille et sœur de roi , lille de tant de rois qui \ous ont précédée, qui tous ont vécu et sont morts en la même créance que vous professez, et un seul d'eux n'est mort en l'hérésie qui vous tourmente. Celui-là même qui la professe dans l'Angleterre, no peut lemonter jusqu'à sa grand mère qu'il ne la voie au pied d'un crucitix, mourante, soulfrante et immolée à la fureur de la môme intidélité qui tourmente son pays, et qu'il ne la voie adorant, et recevant à la mort la très-sainte Eucharistie, que l'hérésie présente foule aux [>ieds. Si lui est encore en cette erreur, Dieu l'en tirera avec le iemj»s et |»ar votre exemple : et l'heure heureuse arrivera fieut-ôlre qu'il se souviendra d'avoir une éjiouse catholique, et d'avoir eu une mère (comme l'on dit) et eu une grand'mère, comme il est évident, très-catholique. En iiltendanlce temps heureux, priez Dieu, Madame, et vous souvenez que vous êtes petite-tille d'un grand roi et d'un grand saint, le grand saint Louis, qui a fait trembler l'Orient au son de ses armes et de son nom. L'hérésie n'a [>oint de tels rois et de tels saints. Ceux qui l'ont fuit naître en ce siècle et en l'Angleterre sont infAraes et détestés par les leurs mêmes, tant leur lubri- ( ité est prodigieuse et leur cruauté est barl>are. Mais si l'hérésie, qui est un monstre, (levait naître en nos jours, ses pères et parrains devaient être des monstres, c'est-à-dire elle devait être enfantée par un moine apostat, par une femme impudique, par un roi débaui'hé.

XVL C'est la naissance «Je Hiérésie, .si récente ipi'on ne la peut i^'iK^rer, si piibii- (pie (pj'on ne la [icui désavouer, >i infilme (pion ne la peut supporter; ce n'est pas aiii>i (pjc Jésii' liait en sf)n Eglise : mais c'ot iiiatière pour vous entretenir une autre foi^, et il est temps de liiiir ce disi ours. Pour le linir utilement, considérez. Madame, que Dieu est votre créateur et vous sa ( réature, il vtjus a fait lille, épouse et sceur de roi ; comme telle adorez le Hoi des rois, adorez-le avec les rois, adorez-le av<M; l(^s trois rois (^ue ce mystère vous représente ; adorez-le comme ces trois roi<, avec humilité, avec conliance, avec lidélilé. Ne prenez point de part à l'hérésie, non plus (pieux à Hérutle, après avoir trouvé Jésus en Bethléem; imitez-les et adoiez comme eux Jésus en Kethléem, c'est-à-dire en son Eglise qui est la maison de pain, la maison qui conserve et donne le pain descendu du ciel, que l'hérésie infdme et infidèle ne connaît [)oint : lar aussi elle ne croit [lomt aux paroles de Jésus, qui est la vie et la vérité tout ensemble. En ce Bethléem, en celle vraie Eglise oij tous vos })rédécesseuis ont recherché , reconnu et adoré Jésus- Christ ; soyez à lui et il sera à vous , logezle en votre cieur et il vous logera au sein de son l'ère, honorez-le en la terre et il tous honorera au ciel : faites-le régner en cette île, et il vous fera régner avec lui en son paradis, où est et consiste la vraie grandeur, la vraie royauté et la vraie félicité.

xciil dessein de diei, slr la i>év0t10n ni; l'Église a la vieuge ; et polrqloi lv

VIERGE EST appelée COMMLNÉMENT NOTHI- DA.ME.

I. La providence et conduite de Dieu en sou Eglise, est d'augmenter la piété à proportion qu'elle est combattue par les hérésies. Ainsi la dévotion à la sainte J'rinilé, s'est accrue du temps des Ariens ; ainsi le soin de fréquenter les sacrements, par l'hérésie de ce siècle, qui les combattait ; ainsi encore le culte (Je la Mère de Dieu, que ces derniers religionnaires se sont etl'orcés d'effacer, parlant d'elle et de sa puissance en termes de mépris et de dérision. Pour nous conformer donc à la conduite de Dieu sur son Eglise ; et pour recueillir les grâces que la bonté et providence de Dieu firé[»are en ce siècle, et veut répandre sur les Ames , nous devons croître en cette partie de la piété chrétienne, qui regarde la dévotion envers la très-sainte \ ierge. Et il semble que Dieu ait agréable, que le triouiphe de l'Eglise contre l'hérésie moderne, commence par sa très-sainte Mère combattue par irelle, gui ira la terrassant en toutes ses parties ; d'où vient tant d'Eglises et de miracles de la Vierge en divers lieux en notre tem[)S. Si la V lerge a ce don de Dieu, d'abattre toutes les hérésies, il la faut invoquer contre celleci qui la combat directement, en son culte et honneur et en son autorité suprême de dame et reine du ciel et de la terre.

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