C. DE SAINTK MADKI.HINE SLR CES PAROLES
Apparuil primo Mariœ Magdatenœ. {Marc.
ivi, 9.)
I. Privilèges et exemptions de Marie-Madeleine. — II. Trois regards de Jésus sur elle, chez le pharisien, en la croix, au sépulcre, et leurs effets.
I. Celte primauté , remarquée par le Saint-Es[)ril conduisant la plume do l'évangéliste, nous insinue une autre sorte de primauté en cette âme ; c'est qu'elle est la première à avoir fiart en la vie ressuscilée de Jésus. Chaque vie de Jésus est vie et source de vie; et la communication aux diverses sortes de vies du Fils de Dieu est l'origine desdivers étals de grâce et «Je gloire au ciel. Jésus est la vie et la forme el la différence de l'éternité. Or la vie ressus(;ilée de Jésus est une sorte dévie nouvelle, vie principale, vie q<ii commence en la terre, et se couimunique,. mais à peu, mais très-rarement dès la terre : et en eux auxquels elle est communiquée, elle porte des exemptions singulières de 11 nature et du péché : et aussi voyezvous que Madeleine vit trente ans en un désert, sans assujettissement à la nature et à la grâce môme ordinaire en l'Kglise. Sa grâce et sa vie a une autre conduite; elle est sans sacrements, mais non pas sans l'auteur des sacrements; elle f-st sans usage en l'Eçlise militante, mais elle est comme associée à l'EgliiC triomphante, à l'Eglise vies
anges, h l'Eglise du ciel, où les anges relèvent sr.uvent, ce dit l'Iiisloire: elle vit sans dépendanc e de la nature, mais en déftendance d(; Jésus, (pii est sa vie et son aliment, «a subsistence et s(u> amour.
II. Trois r-gards singulièrement remar- (juables en l.i vie (Je Madeleine: Ee premier regard de Jésus sur elle rallirnnl, la changeant et la transportant en l'amour céleste (ju'elle allume en elle et h ses pied» chez le pharisien. Il semble que commo ce regard la tire hors du péché en la grâce, et grâce si éminente que les autres regards de Jésus la tirent hors de son être propne , et la mettent en l'être de Jésus, en la pureté, vérité , sainteté , réalité et divinité do l'être de Jésus vivant en elle, et nrm plus elle. Ee second regard de Jésus principal et im(ioitant est la crc)ix , oïl il la voit à ses pieds avec sa Mère et saint Jean. Digne assistance, digne compa;.^nie de Madeleine , regardant son amour en la croix! Ee Iroisièujc regard est au sépulcre , lorsqu'il eiprime son nom Maria : regard (jui la change toute lie larmes en joie, de douleur en liesse , d'insensibilité en allégresse, d'eljo en lui, et do son être f)ro()re en l'être de Jésus, et de sa vie ordinaire en participation de la vie ressuscilée de Jésus.
Pureté et sublimité de sainte Madeleine.
Les délices de Madeleine, en la présenro de Jésus, ne sont en rien semblables aux sentiments humains qui naissent (Je la présence des choses bien-aimées. Jésus est un objet tout divin, tout céleste, et sa présence ne produit dans les cœurs que des eJTets divins dignes de sa sainteté, dignes de sa qiialiié toute spirituelle et céleste. Comme ces délices ont un objet céleste , aussi leur impression est céleste et suppose un cœur pur, un cœur saint pour les recevoir et porter; et il faut que ce soit une main céleste qui forme ces impressions délicieuses et saintes dans les cœurs. La nature est incapable et de les recevoir et de les produire. Ne concevons rien de bas , humain et terrestre en la f)ensée des délices de cette âme, en la présence de Jésus. Ses délices tiennent en leur objet, en leur source et en leur qualité des délices de la gloire; elles participent aussi à leur condition céleste, et n'ont rien île commun avec les objets et plaisirs de la terre. C'est une ini|»ression toute sainte en un cœur saint, toute céleste en une âme céleste, toute divine en un esprit divin. Ce cœur n'a plus rien de la terre que sa demeure, tant il est purifié dans ses flammes, insensible à soi-même et à tout. Il n'a plus de vie et de sentiment qu'en Jésus. Il est mort pnur ce qui est d'ici-bas, il n'est vivant que pour le ciel, el il ne sent et ne savoure que ce qui est du ciel.
Participation de Marie- Madeleine, à l'Incarnation, à la croix et à la résurrection de Jésus.
L'Ecriture, qui nous parle de Madeleine, nous la représente toujours adhérente au Fils de Dieu, et adhérente à lui en trois su-.
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
jets et états dignes de considération ; à sa vie sur la terre, comme par une espèce d'hommage à l'Incarnation; à sa croix, et à sa vie ressu>citée ou céleste en la terre. En ces trois points et états, elle reçoit diverses sortes de partici[)ations au Fils de Dieu, et différentes grâces, et rend aussi différents hommages aux différents états de Jésus. Par le premier, elle honore et communique à la vie de l'Homme-Dieu, et à l'état de l'Incarnation; par le second, à la vie soulFrante de Jésus, et entre une vie souffrante qui adore celle de Jésus; par le troisième, à la vie céleste de Jésus, ce qui la lire et la dispose à son désert.