CI. DE SAINTE MARTHE ET DE L4 VIE ACTIVE
I. La liaison étroite des deux sœurs Marie et Marthe, ne permet pas d'en diviser les discours et les pensées. — II. Le Fils de Dieu êorlant du sein de son Père, se lofje au corps et au rœur de sa Mère, et en son Nazareth. — \\\. Jésus sort âgé de trente ans, quitte la maison de sa Mère pour sertir au conseil de son Père, et prend pour sa maison ordinaire la maison de Marthe et de Madeleine. Et c'est par amour quil loge en Béthanir, comme il s'est logé en Nazareth par amour. — IV. Trois demeures signalées du Fils de Dieu en la terre ; la crèche de Bethléem, la chambre de Nazareth et la maison de Marthe. Considération des faveuvs de cette troisième demeure. — V. Le Fils de Dieu établit en cette maison et en ces deux sœurs , la vie contemplative et la vie active, et leur en donne l'éminence et la primauté. — VI. Ces deux sortes de vies doivent être conjointes étroitement l'une à l'autre, par l'esprit de Jésus que toutes deux regardent, et cela est signifié par l'établissement qu'il en fait en deux sœurs germaines. Grandeur de la vie active , et l'éminence de sainte Marthe en icelle. La Vierge est la plus éminenle en la vie active, et après elle, sainte Marthe. — VII. La vie active de sainte Marthe adhère à Jésus comme à son principe et à son objet ; et elle a primauté, principauté, ou influence et exemplarité, au regard de toute la vie active des Chrétiens. — VIII. La vie active de sainte Marthe ne consiste pas simplement en quelques services et actions ; tnais c'est un office et une condition permanente, et lin office de l'état et couronne de Jésus. Exposition de ce que l'Evangile nous dit, de la vie active de sainte Marthe. Nous devons servir Jésus , à l'imitatiun de sainte Marthe en son Eucharistie et en nos prochains.
!. Le discours de sainte Madeleine nous oblige à quelque pensée sur sainte Marthe sa sœur, et nous lire en un autre discours sur "icelle. Ce sont deux sœurs que la nature a conjointes et la grâce encore [dus ; ce sont deux sœurs signalées on la faveur, en la suite et en la grâce de l'Evangile de Jésus ; ne sé|)arons fias ce (jue Dieu i conjoint. VA comme la t'èle do l'une est suivie de la fêle de l'autre en l'Eglise, en un même mois , et
en une même semaine , que les pensées (jui honorent l'une, soient suivies aes pensées qui doivent honorer l'autre. Donnez-nous votre Esprit, ô Seigneur, pour parler de vous en ce sujet, et de ce qui est vôtre, et vôtre pour jamais, vous ayant servi fidèlement en la terre, et vous servant à présent plus saintement, plus divinenjent, et ()lus glorieusement dans le ciel; et permettez-nous, en pensant et en parlant de vous, de vous adresser humblement et dévotement nos pensées et nos paroles.
II. Celui qui vous a produit éternellement, ô Fils unique de Dieu, vous a aussi donné une demeure digne de votre essence et naissance, et vous a logé en soi-même, car vous dites : Ego in Pâtre : « Je suis en mon Père. » {Joan.x, 38.) Ainsi vous êtes en lui comme vous êtes h lui, et vous êtes avec lui en société [)arfaite, société d'essence, d'opération et d'amour; et vous vivez ensemble une vie heureuse, une vie éternelle, une vie indépendante de tout ce qui est créé.
Aussi est-ce l'amour et non la nécessité qui vous loge ailleurs, et qui vous fait sortir hors du sein du Père pour venir au monde selon votre parole : Exivi a Pâtre et veni in mundum. [Joan. xvi, 28.) Vous venez y prendre une demeure à la vérité fort étrangère h votre grandeur, mais fort séante et naturelle à votre amour et à votre bonté inlinie, qui veut faire une effusion et communication infinie de soi-même à vos créatures. Comme donc vous avez un Père au ciel, vous voulez avoir une Mère en la terre ; et comme vous êtes en votre Père, vous voulez ôlre en votre Mère, et en son sein virginal par l'espace de neuf mois, et en son cœur i)Our jamais. El elle vous loge comme son Fils en son Nazareth, en son héritage paternel, en sa maison dont vous portez humblement le nom de Jésus de Nazareth ; et ce petit lieu, cette petite bourgade est plus illustre par votre conception et habitation, que les plus grands palais, les plus grandes villes, les plus grandes provinces, que tout le monde ensemble, par le nom illustre de tous ceux qui jamais y ont pris naissance et habitation. Mais Seigneur, si vous voulez avoir un autre séjour que celui que la grandeur de votre naissance vous a donné en votre Père ; que ne faites-vous un ciel nouveau et une terre nouvelle, un nouveau monde pour le nouvel homme, [)uisque vous avez fait celui-ci pour celui qui s'est fait le vieil homme ? Ou si cette terre vous plaît, que ne faites-vous en cette terre un [laradis nouveau, comme vous en avez fait un pour Adam, encore qu'il dût y faire un si petit séjour? Mais ce même amour qui vous fait sortir hors de la maison paternelle |)ar le mystère de l'Incarnation, vous fait vouloir aussi une demeure entre les hommes, comme Fils de l'homme ; une demeure en la terre, comme enfant d'Al)raham; une demeure en Nazareth, comme enfant de Ja Vierge; et comme vous y avez été conçu, vous y vivez et habitez aussi.
OKLVRES DE IMETE. — Cl, SAINTE MAKTHK, VIE ACTIVE.
III. Mais nprùs avoir vécu trento ans avec vdlrr lrt'>->'niiil<' Mùre on ro pclil séjour; «e iiK^inc .iiiiour (|ui vous a r.iil sortir liors lU; la iii.iisitu (lu Père, vous tait sortir hors de la uiaison dt» la Mrri', cl vous lui't eu puldic (-ounuo iloi'lcur, conuno |)ro|ihètu, couune Messie des Juifs cl Sauvi.'ur du niotuie. lù» col étal vous ave/, voulu (|uiller ce Nazarelli; et denieuraiit eu la condiliou d'Iionuue uiorlel, et |»a"-silile cuire les houuues pour le salut des iKuunies, vous avez fait choix d'une iKUivelle f.unille et maison pour vous servir de retraite, sinon ordinaire, au moins fi»^«pienle, familière et particulière; c'est la maison de Marthe et Madeleine, car v(mis «haiiiijez Nazareth en Hélhanie, puisijue les Nazaréens vous chassent et hannissent , leconnaissanl si peu ce (jue vous files, et ce i|u'ils vous doivcMit, el converlissanl leur luniheur en condanniation, el leur liénédiclion eu malédiction. Lisons les Ecritures (jui nous rendent témoignage de vous, et nous trouverons (jue votre amour s'est rcpijséen cette sainte famille ; et c'est le hienaimé disciple (jui nous l'apprend, digne secrétaire de voire Klat, de votre cabinet el do votre amour l car <'est lui (jui nous dit : Diliijebat Jtsus Marlhum Muriam el Lazarum. C est l'amour (jui vous a logé en Nazareth, c'est l'amour qui vous loge on Hélhanie, au chiUeau de Marthe el Marie ; car cet auiour divin (jue vous êtes venu |>orter en terre, est le digne fourrier de vos demeures.
IV. Nous trouvons trois cités signalées de votre présence ; Nazareth, Ca[)harnaum, Jérusalem : nous trouvons aussi trois habitations ePdemeures particulières qui vous appartiennent en l'Evarigile ; la crèche de lielhléem, que les animaux vous prêtent en votre naissance; la chambre et maison de Nazareth, (jue la Vierge vous donne en votre éducation, et vous donne comme son propre fonds el son iiéritage, après vous avoir donné son cœur, son sein, el sa propre substance ; et la maison de IkHhanie que Marthe el Madeleine vous olfrenl, lors(}ue vous êtes dans les sueurs et les travaux de votre vie [»ublique, et exposée à votre ministère. O villes, ô maisons, ô Jiahilations saintes 1 Que de grâces, que de merveilles, que d'elfets rares et divins ont été accomplis en ces séjours du Verbe incarné, l'honneur, l'amour el les délices du ciel el de la terre ! Kemellanl à un autre lieu ce qui concerne les deux |»reniières demeures, jetons l'œil sur celle de Marthe et de Marie ; c'est où vous avez passé tant d'heures, tant de jours et tant de nuits, depuis que voire vie a été ouverte cl abandonnée au salul des pécheurs, et aux atfairesde votre Père. C'est aux environs de ce lieu que vous avez voulu opérer le miracle de vos miracles, la résurrection de Lazare ; c'est où vcus dédiez la dernière semaine de votre vie laborieuse et douloureuse sur la terre; c'est d'où vous partez pour faire votre entrée en Jérusalem, el [tour ce triomphe pitoyable , (jui lire vos larmes, et tirera bientôt le sang de vos veines; c'est de là même, d'où vous parlez
jtour faire la nflque, el la pA(pie tant désiréd cl pour aller è la croix ; c'est où vous avez répandu tant de larmes, semé lant do f>ropos, fait t.uit du merveilles, (pie la terre doit Ignorer par son a.veuglemenl, et <|ue le ciel. a reciuiillies pour nous les garder, tonserver, et révéler en son temps et en sa lumière.
V. Or, en cette demeure de Marthe et Marie, vous avez opéré choses plus grandes qu'en aucune autre demeure après Nazareth ; et comme vous êtes vie et source de vie, vous avez établi el établi en celle sainte maisor;, deux sortes de vies diirércntes ; vies <jui partagent la vie des Chrétiens, et contiennent en leur diversité l'étendue dr; la vie parfaite, et l'étal de la religion chrétienne, el la grâce très-haute alfectée au christianisme. Vous êtes la vie. Seigneur, et l'auteur de la vie, et vous voulez établir deux sortes de vies en votre Eglise, et nous les peindre el hgurer en deux sojurs, toutes deux saintes, vénérables, et des plus signalées en votre grâce, en votre suite, el en votre Evangile ; l'une est la vie contemplative re|)résenlée en Madeleine , l'autre est la vie active pratiquée, enseignée et signitiée en sainte Marthe.
VL Ces deux sœurs, honorées fuir leur commun service de piélé vers un même objet, c'est-à-dire vers un uiême Jésus-Christ, nous enseignent que ces deux vies doivent être conjointes en charité l'une avec l'autre, comme deux sœurs germaines, et conjointes d'allinilé en un môme Jésus-Christ, que ces deux vies différentes regardent el honorent avec même intention el piélé, bien que [)ar des actions et fonctions fort différentes. O Marthe et Ma(Jeleine, logeant Jésus, vous logez à la vérité un homme mortel et passible, mais en lui vous logez la vie, car il est la vie el la source de vie , et comme tel, il daigne habiter en votre maison, et il la veut bénir de quelque grâce nouvelle I Comme vie donc et source de vie, il veut faire sourdre et naître de ce lieu deux sortes de vies, lesquelles il veut pro[»oser et laisser à son Eglise ; la vie active et la vie conlem[)lalive, conslilu.ml la primauté et la princi[)auié de l'une en Marthe, el de l'autre en Madeleine. Heureux partage de ces deux sœurs, el partage de vie pour avoir logé Jésus, qui est la vie et une nouvelle manière de vie au monde, vie divine el humaine tout ensemble ! O vie qui devrait occuper toute notre vie, et qui a saintement occupé la vie de ces deux sœurs, disciples et héritières de la vie! O vie, que l'éminence de la vie contemplative et la charité de la vie active, regardent et honorent saintement! Car certes, la vie active cl la vie contemi.lative doivent être 0( cupées sur Jésus, comme sur leur objet, el doivent être dérivées de Jésus, couime de leur source et de ^eur origine ; car en lui nous trouvons et l'active et la contemplative, et' il doit être l'exemplaire qu'il nous faut remarquer et imiter en ces deux vies.
VIL Ceui-Jà se troiDpent. qui sentçiiî