‹ Œuvres complètesChapitre 229 sur 540 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

OEUVRES COMPLETES DU CAKDLNAL DE BEKLLLE.

trop bassement de l'élat de la vie active, et de Marthe occupée à cet état. Dieu eM grand, et tout est grand en la maison du grand des grands, et il donne grandeur à tout ce qui le regarde ; et dans son temple tout était d'or, jusqu'aux mouchettes du chandelier. A cet effet, considérons une vérité grande, et qui honore la grandeur du in^-stère de l'Incarnation. Comme le Fils de Pieu par son avènement a relevé la nature humaine, il a aussi relevé les fonctions et Actions de la vie humaine ; et bien autre est l'état de la vie active, depuis que le Fils de Dieu est venu au monde, qu'il n'était pas Auparavant. C'est une condition et un genre de vie, qu'il a élabli en la terre pour la sanctification de plusieurs ; en honneur, en imitation, en participation et en dépendance de la vie dont il a voulu vivre en la terre, particulièrement les trois dernières années de î<a demeure et conversation avec nous. Et il a voulu que Marthe fût éminente en cet état et genre de vie, et être lui-même non-seulement le principe, la fin et l'exemplaire, mais aussi l'objet de sa vie active. Vlll. Cette vie active, qui a Jésus-Christ même pour objet, a commencé en la Vierge r elle est la premièrequi l'a servi en la terre en des manières toutes divines et qui lui sont propres, et ne peuvent convenir à autre qu'à elle par sa qualité de mère : car dès aussitôt que Dieu est entré en état d'avoir besoin de nos services, c'est la Vierge qui l'a servi de son sang, île son lait et du travail de ses mains, et l'a servi divinement en toutes ces choses, comme mère et digne Mère de Dieu. Mais après la vie active de la A'ierge, c'est celle de sainte Marthe qui est la plus éminente : car elle a Jésus pour objet, elle a Jésus pour son origine, elle a une primauté, et })rimaulé de grâce, d'influence et d'exemplarité sur toute la vie active des Chrétiens. Trois privilèges de la vie active de sainte Marthe de très-grande considération, et distingués les uns des autres : car ce sont choses très-différentes en la vie active d'avoir Jésus pour principe, et de l'avoir pour objet, et il est le principe et l'origine de la vie active de plusieurs saints, dont il n'est pas l'objet lui-même et en sa propre nature. Et pareillement le troisième de ces [)riviléges est différent des deux précédents : car la vie active peut avoir Jésus pour origine et pour objet, sans qu'on lui attribue primauté comme à celle de sainte Marthe. Et derechef, la primauté de sainte Marthe en la vie active porte principauté ou influence et exemplarité, qui sont encore choses distinctes, d'autant que plusieurs ont principauté qui n'ont ni exemplarité ni primauté, et ont peut-être princi[te et origine, sans être ou le modèle ou le premier des autres. Et à tout ce que dessus nous pouvons ajouter qu'elle a dans le ciel une >orle d'adhérence et participation à Jésus, correspondante à l'adhérence immédiate quelle a eue à lui en la terre comme à

(122) Ce discours nest pas eiiieremenl achevé.

l'origine et à l'objet de sa vie «ctire.

Cette vie active de sainte Marthe est fondée en tous les saints devoirs et offices qu'elle a rendus à Jésus en la terre, et ces offices et saints devoirs sont les marques et les effets de sa vie active. Mais la vie active de Marthe ne consiste pas seulement en cela : elle a bien un plus grand fonds et une plus grande étendue; et il faut remarquer qu'elle adhère au Fils de Dieu, non par quelques actions et quelques services de la vie active, comme plusieurs qui l'ont servi et suivi ; mais par olUce et par état, par condition permanente et par le dessein que Jésus a de lui conférer cet état et cet office en sa maison, qui est son Eglise, comme un office de sa couronne. Il est parlé de sainte Marthe en plusieurs endroits de l'Evangile, où. l'Ecriture nous donne à entendre que c'est Jésus qu'elle ref;oit et loge en sa maison; que c'est pour Jésus qu'elle est occupée en son ministère; que c'est h Jésus qn'elle fait son banquet et qu'elle prépare tous les mets que son soin et son industrie lui peuvent offrir, mais par-dessus tout, son cœur et son labeur; que c'est au service de Jésus qu'elle veut employer toute créature, et sa sœur même, si elle la i)0uvait divertir de son attention, et la séparer des pieds de Jésus, oi^ elle est si saintement attachée. O Marthe, vous logez Jésus, et Jésus vous loge; vous le logez en la terre, et il vous loge au ciel ; vous le logez en votre maison, et il vous loge en son paradis, en soi-même, en son Père; et il vous donne une demeure éternelle oià vous vivez sans mourir, oiJ vous jouissez sans pâtir, où. vous avez un' rej»os et une félicité qui ne uniront jamais 1

La vie des Chrétiens a le même objet et le même Jésus, mais en son esprit, et non en sa personne, selon cette parole : Quod uni ex minimis mets fecistis, mifii fecistis. [Matth. XXV, iO.) Et même elle l'a |)résenl en son propre corps au saint sacrement! Oh ! combien le devons-nous loger dignement en nos églises, en nos cœurs! Oh! combien soigneusement le devons-nous servir en la personne de tous les fidèles, où son esprit repose avec tant d'efficace, de liaison et d'appartenance à sa personne divine, qui les regarde et veut qu'ils soient regardés comme lui-même! Logeons-le et il nous logera, et nous logera en lui-même et en son Père : Ubi ego sutHy illic minister meus erit. [Joan, xii, 26.) Servons-le, et il nous servira : Et transiens ministrabit illis. [Luc. xii, 37.) (122)

en. DE SAINT JOSEPH DARIMATHIE ET DE LA SÉPILTURE DE JÉSLS.

L Les grâces et privilèges du temps, de la vie et conversation de Jc'sus en la terre. Explication de ces paroles : Beati oculi qui vident qucB vos videlis, etc. — IL Lorsque le Fils de Dieu fut mort, ses disciples ne pensaient point à l' ensevelir; la Vierge était en quelque impuissance de lui rendre ce de-

ni7 OKU vu ES DE PIETE

voir: et celle charge ii honorable dlail ré- $ervée à Joseph.

I. Si étant a[»[)ol6sîi l'éleriiité comme nous sommes nous devons faire (juel(|uo choix des siècles et des teiiins, nos désirs, nos regnrds, nos nfToclions (loivent'étre flp[)li(jués vers le siècle nu'iuel lo Kils de Dieu a voulu être sur la terre. Aussi ce tem[)s s'a|»|iello la plénitude des temps, |iar le Fils de Dieu ni^me, et c'est le teuips (jui liénil l'élernilé môme; et un des avantages (jue noux avons detlans l'éternité, c'est (|u'elle nous rendra co temps et (et ohjet présents. Les anciens Israélites regardaient la terre do [)romi'>sion de tous les endroits du [lays oi> ils étaient bannis, et Daniel se tournait vers le tem[>lo dans le palais de Babvione ; son cœur était présent, et ses regards étaient tournés vers ce lieu, lorsque son corps en était si distant et éloigné, et attaché ou palais de Babvione.

Si la terre nous doit ôlre quelque chose, ëlant créés linalcment pour le ciel et non l»our la terre, nos pensées et nos regards doivent êlreà cette terre promise, parce que c'est la terre de Jésus, et qu'il a été naissant, vivant et mourant dans icelle, et la remplis- >ant de ses merveilles : et du ciel môme nous regarderons celle terre, puisque le Fils de Dieu la regardée du ciel et l'a choisie pour sa demeure. C'est honorer Jésus d'honorer celle terre, et ce temps auquel le roi des siècles a voulu ôlre dans les siècles, et ce temps est comblé de grâce et de bénédiction.

C'est une des félicités que le Fils de Dieu même a remarquée et estimée en sa parole: Beali ociili qui viderunt quœ vof tidistis {Luc. \, 23); car en ce temps, la vue, la présence, l'assistance et le service rendu au Fils de Dieu incarné, portait bénédiction jiarliculière. Si les veux devaient être ouverts, quel regard plus heureux que de voir cette lumière du monde et ce soleil en la lerre? Et si les oreilles doivent ôlre ouvertes, «juelle bénédiction [)lus grande que d'ouïr la vérité de la bouche de la Vérité même? Si nos aitouchemenls doivent être saints, quelle sainteté plus grande leur [»eul-il arriver que de toucher ce corps qui n'exhale et ne respire que sainteté, et dont il dit luimôme : Quis me tetigit? novi enim virtutem exiisse ex me ? {Luc. viii, 46.) Quel heur et bénédiction, qu'ayant à servir, de servira Dieu incarné, de le servir ou naissant, comme Joseph, ou vivant comme Marthe et Madeleine, ou mourant comme Joseph d'Arimathie? Si nous considérons ce temps et ces moments, quelle plus grande félicité sur la lerre, et quel plus grand service pouvaiton rendre à Dieu pour lors, que de servir à Dieu naissant, vivant et mourant sur la terre? Pesons ces circonstances et ces vérités.

II. Lorsque le Fils de Dieu était mort en la croix, le plus grand service qui [louvail être rendu au Père éternel et au Fils de Dieu m^mc, élail de détacher ce corps pré-

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