C.ll, JOSKPII lArtlMATIIlE ET SLFL'I.TUnE DE JKSIS
cleui de la croix, et lui donner repos honorable dans un tombeau, allendanl l'heure et le moment de ses merveilles. Car la Vierge est en silence, en souiïrance, en imjiuissanco d'agir et d'onérer pour son Fil» : et les services qu'il a besoin et qu'il doit recevoir de la terre, ne doivent pas maintenant ôlre attendus d'elle, mais d'autres. Son tils cesse do vivre et d'ofiérer, et elle est aussi sans vie et sans opération dans le monde spirituel de la grâce, portant en elle l'expression et l'imitation [»arfaile de l'étal et de la condition de son Fils. Comme ce soleil est éclipsé, elle est aussi sans vigueur, sans vie et sans lumière. Comme cette vie nouvelle el divine est éteinte, elle est aussi sans vie et sans mouvement. Et comme cette source vive d'opérations divinement humaine et humainement divine, est tarie sur la terre et cesse d'o[)érer, Marie est sans parole et sans opération quelconque, n'ayant ôlre, vie et opération, que pour porter l'état de mort de son Fils. Elle est donc sans vie et sans o[»ération, et il faut aller à Pilate pour le service de son Fils, el il faut que Joseph y aille, il fautfju'il [larle, il faut qu'il vienne, il faut qu'il achète les parfums el les linges qui doivent envelop})er ce corps précieux ; il faut qu'il le détache de la croix, et qu'il le mette dans son monument, car la N'ierge n'a que son cœur et son esprit plus mort que vif, pour loger son Fils et son Dieu mort en elle-même, et elle est un monument vivant et animé, pour l'ensevelir en elle spirituellement. Mais il faut à co corps une autre sorte de monument, et Joseph est choisi pour lui donner. Comme la croix, la mort et la sépulture du Fils de Dieu, est un des états plus étranges et admirables de sa personne, et auquel nous avons tous le plus de pari et de besoin; nous le devons contempler davantage el nous devons plus honorer ceux oui y ont eu lo plus de part à servir et nonorer Jésus en ces états , et Joseph en est un qui le sert lorsqu'il est abandonné de tous, et enseveli dans l'oubli de ses apôtres et dans la mort s[)iiituelle de sa très-sainte Mère, qui e>i en état de cessation et d'impuissance pour opérer.
Saint Joseph d'Arimathie esl choisi du Père éternel pour honorer son Fils au jour de son déshonneur, et pour commencer l'honneur public qui devait être rendu usa croix en l'Fglise, jusqu'à la fin des siècles, et même dans l éternité.
En attendant que les saints de Jésus soient les vôtres en cérémonie et solennité extérieure, je désire qu'Us le soient en piété el dévotion intérieure.
Liez-vous donc d'honneur et d'hommago à celui-ci que le Martyrologe honore en ce jour, et qui a honoré le Fils de Dieu au jour de ses opprobres, et l'a pris en sa possession lorsque ses plus fidèles amis l'ont abandonné et désavoué. C'est ce saint qui a détaché Jésus de sa croix, où nos pèches ravalent attaché, qui l'a reçu mort entre se*
ÇEUVRES COMIMJITES DU CARDINAL DL BERULLE.
bras, les apôtres ne l'osant accompagner en sa souffrance, qui a eu un don île force |>our demandera Pilate celui-là mort : Petiil audacter corpus Jésus (Marc, xv, 4-3), que ses serviteurs ont abandonné vivant, et qui a tiré Jésus hors du pouvoir des gentils, auxquels le Père éternel l'avait livré: Tradetur genlibus. {Luc. xviii, 32.) C'est ce saint qui met tin aux opprobres de Jésus sur la terre, et qui commence le premier à l'honorer jusqu'à ce que le Père éternel l'honore en sa résurrection , et que l'Eglise continue à l'honorer en l'acceptant pour son Dieu et son sauveur. Tellement que de(>uis cet hommage rendu par Joseph dArimalhie à Jésus, ce n'a été qu'une suite d'honneurs non interrompus, et qui durera jusque dans l'éternité. O que celte primautéid'honneur et de service rendu au Fils de Dieu, ainsi suivie par les opérations du Saint-Esprit en la terre et au cœur des fidèles, est à honorer et à estiuier! Ces deux circonstances sont à peser : qu'il honore Jésus au jour de son déshonneur et de ses 0])probres, et qu'il est le premier à lui rendre cet honneur public et signalé, et que depuis ce premier service et honneur, ce n'est qu'une suite d'honneurs etdeser>ices à Jésus, jusqu'à la fin du monde et dans rélernilé. Comme si ce saint avait eu charge et commission du Père éternel «le finir les opprobres de son Fils, et le Père éternel dessein de commencer l'honneur qu'il voulait ci-après être rendu à son Fils jusqu'en l'éternité.
cm. CATÉCHÈSE nu FILS DE DIEU A LA SAMA- RITM>E, ET EXPLICATION DE CES PAROLES :
Si !<cires donum Dei. (Joan. iv, k.)
Une des excellentes catéchèses du Fils de Dieu est celle qui est faite en la campagne de Samarie en plein raidi, et en un ardent soleil, qui du ciel recevait sa lumière de ce soleil qui était en la terre. Cette catéchèse se passe entre Jésus d'une part, et une femme seule de l'autre, en l'absence de ses apôtres, où le Fils de Dieu très-haut et l'humble Fils de Marie, le Fils de Dieu trèshaut abaisse sa grandeur, il parle à celte jiauvre femme qui ne cherchait que de l'eau de la terre, et il lui parle de l'eau du ciel, et la |)répaie à trouver la source et la fontaine vive de l'eau céleste niôme, qui pour lors est auprès de ce puits de Jacob, le Père et le Dieu de Jacob même, le Messie des Juifs, le Sauveur du monde. Cette catéchèse est admirable en ses circonstances, en ses paroles, en ses eiïets, car elle contient en .)eu de paroles les plus hauts mystères du iitdut, annoncés jiar le salut mêiue à une sim[)lo femmelette, qui ne pense qu'à la terre et ne -cherche que l'eau qui est au fond de ce puits de Jacob, qui la peut abreuverensa.soif corporelle. Et en un moment il la tire de l'erreur à la vérité, du J>éché à la grAce, de la [)erle au salut, et de I ignorance d'elle-même à Dieu, et à la connaissance et adorati-jn du Fils de Dieu en
la terre, le [)lus haut point et plus nécessaire qui fut lors au luonde, le mystère de l'Incarnation. Mystère adoré des anges, inconnu au diable, ignoré en Judée, et révélé à cette {)auvre femme, qui devient à l'heuro môme, af.ôtrede Samarie. Heureuse femme d'avoir rencontré Jésus et d'avoir rencontré la source de l'eau vive, qui arrose et lecie! et la terre, en ne cherchant qu'à remplir sa cruche d'un peu d'eau de la terre! Or en cette haute et admirable catéchèse, qui n'a que les anges pour témoins, et cette seule femme pour catéchiste, et le seul saint Jean, disciple bien-aimé, poursecrélaire et évangéliste ; tout est haut, tout est céleste, tout est grand, tout est digne de l'art et de la sapience incarnée et cachée en terre. Mais il y a entre autres un |)etit mot qui mérile d'être considéré, d'être adoré, d'être pénétré de nos esprits, c'est où Jésus dit à cette femme: Si scires donum Dei. Cav celte parole nou< marque un soupir et une langueur du Fils de Dieu, ravi en l'excellence de cette vérité et en douleur de l'ignorance d'icelle au monde, tant cette vérité est haute et importante au salut de la terre 1 Kt c'est à nous à adorer la pensée, la douleur, la langueur et les sentiments du Fils de Dieu, et à [lénétrer cette vérité qui nous est dite en la personne de cette pauvre Samaritaine. Que do choses basses et petites nous savons en la terre, que de vanités et de curiosités nous V recherchons, et il n'y a aucune vérité plus haute et plus utile que celle qui est ici [)roposée : Si scires donum Dei, et pour laquelle le Fils de Dieu ail plus d'ardeur et de désir pour le salut du monde! Si nous pensons, nous ne devons avoir autre force en es(>rit, que d'éplucher cette vérité: Si scires donum Dei. Si nous parlons, nous ne devons avoir autre sentence en la bouche, pour dire à notre prochain : Si scires donum Dei. Si nous d-iclons, nous ne devons proférer autre apof)hthegme. Si nous écrivons, notre plume ne doit marquer autre vérité que ces paroles : Si scires donum Dei. Paroles proférées par la sapience éternel!e pour le salut éternel, et proférées avec douleur et avec langueur même.
En cette parole le Fils de Dieu nous convie à entrer en science, si scires. Mais à entrer en science du don de Dieu, et en ces deux paroles nous convie à connaître, et Dieu et le don de Dieu. O Dieu! ô don de Dieu ! 6 science ! ô Dieu très-haut ! ô don très-excellent ! ô science très-parfaite, et seule suflisante au ciel et à la terre 1 De naissance nous sounnes tous professeurs d'ignorance, car nous naissons sans connaître ni Dieu, ni le monde, ni ncns-mèmes, ni Dieu qui nous a créés, ni le monde qui nous porte, ni nous-mêmes un objet si présent et si proche, et les plus beaux esprits font profession d'ignorer ceschoses. Et si nous en avons quelque connaissance, qu'elle est faible, qu'elle est mêlée d'erreurs et de ténèbres, môme dans les plus vives et dans les plus grandes luniières des saints! Or de l'ignorance le Fils de Dieu nous lire à la connais-
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OKL'VRKS DE l'IKTK. — (V. SOCIKTK I»E I.II(»MMK AVKC LKS ANGES Dieu, et (lu (ion du Dieu t'.iit à ^
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Aux religi*ïus«>s (lanuclites ilii (-(mim-iiI <Ii'... pour l;i fOlf (le saillie TiicièM".
I. Im senlrncc tfur le Fils de Dieu primoucr sur les cinij virr(/es folles est ilujne d'élitnnemenl. II. Aous ne sinntnes ijue misère et miséricorde. — |||. Trois choses à honorer en suinte Thérèse , Id ijnïce de Dieu en elle , l'usdyr (lu elle en fnil , et son influence sur iurarc.
Joflésire.irifs Scpurs, vous fnircpnrt d'nnp jieMsée .)u'il n |ilu h Dieu nous dotinerdu- -anl la sainte Messe, sur lévani;;!!!! i\n\ n été lu , croyant (jii'il n»'a été donné et pour vous el pour moi, puisipie c'a été dans votre éjjlise el en votre l'ùle. Je me suis étonné rounne en cet évangile toute d'amour, où il est traité de la venue de l'époux , et qui semhie ne devoir être rempli (jiie de consolation, il y a repemiant rigueur et trèsgrande rigueur union avis. L'évangile porte que dii vierges sont attendant I époux , toutes dix vierges , et ce|)endant ( in(| sont dites folles. Si la vérité même ne le disait, j'aurais peine à lecroij-e, car je ne remarque en elles aucun signe de folie, ce semble ; elles sont vierges, (jui est une grande vertu, el non-seulement elles sont vierges, mais elles sont en la coiupagnie des autres vierges qui sont dites sages; non-seulement elles y sont, mais elles y persévèrent : quel signe de folie, pour moi je les trouve trèssages, elles attendent l'époux avec les autres. A la vérité il est dit qu'elles s'endormirent, mais aussi firent les sages, ce qui fait bien voir que ce dormir était de nécessité, el non de lâcheté, et [)our cela elles ne doivent ôlre réputées folles. Mais pourquoi donc le Fils de Dieu dit-il : quinque fatuœ {Matlh. XXV, 3), les appelant folles '/Quand l'époux vient, toutes se [>réparent, elles n'ont j»oint d'Iiuile, elles en demandent à celles qui en ont, on leur dit qu'elles en aillent acheter; elles ne sont point paresseuses, elles y vont. Que voudrait-on davantage? Pour moi je prends volontiers leur défense, et si la Vérité même, qui ne se peut tromper, ne les accusait, je les maintiendrais sages, et ne pense pas qu'en la compagnie aucune les voulût faire passer pour folles ; et cependant elles le sont, [luisque la Vérité le dit. Oh quelle rigueur, mes Sœurs, que de dix vierges assemblées, il y en ail autant de folles que de sages, et jugées telles par le Fils de Dieu ! Oh 1 qu'il est bien |ilus sévère examinateur que nous ne pensons, cl que nos examens sont trompeurs au prix du sien ! Qu'il y a peu d'âmes aussi iidèles que ces pauvres vierges 1 Qu'il yen a peu oui fassent tout ce qu'elles peuvent, comme elles ont fait ! Cerlainemeni si je vous trouve en la visite aussi diligentes, etavecaulant de soin de [irofiier des giâcesque Dieu vous présente, je serai obligé de vous tenir pour sages el
de me rontenler. Ce n'est pas tout que de recevoir la grâre, mais il faut faire usage de cette grâ«e ; mais qu'il y en a jieu qui lu fassent.
Voulez-vous savoir re que nous sommes en telle vie ? Uien que misère et miséricorde; de la part de Dieu toute miséricorde, de la [larl de nous-mênies toute misère. Qu'esl-(e une âme sans la grâce? Pure misère, el d'autant plus grande qu'il y a misère en nous ilans les grâces mêmes. Kl c'est ce qui faisait dire si souvent à votre sainte Mère : Miscricordias Domini in œternum cuntubo {PsalXwwwi,'!), parcequ'elle voyait en elle loule misère, el en Dieu toute miséricorde. Ce n'est pas assez de solenniser les fêtes des saints extérieurement, mais il le faut aussi faire intérieurement. Or vous vous devez occu[)cr sur trois choses en la sainte: la première, vous devez ren<lrc grâce è Dieu des grâces qu'il a données à celte âme sainte; et secondement, vous devez rendre Çrâce à la sainte du bon usage qu'elle en a lait; car quan<i Dieu donne grâce à l'âme, cl (ju'elle en fait bon usage, ce sont deux grâces, grâce donnée de Dieu en l'âme, el grâce d'en faire bon usage. \j\ première nous doit occuper vers Dieu, lui rendant grâce de celle qu'il communique à la sainte, et la seconde vers la même sainte , lui rendant grâce et honorant le bon usage qu'elle en fait. Et en troisième lieu, vous lui devez aussi présenter tous vos besoins particuliers et ceux de l'ordre , car vous la devez tenir pour votre mère après la sainte Vierge , et mère de votre ordre, honorant sa maternité et le pouvoir que Dieu lui a donné sur vous, vous offrant toutes à elle. Dieu a opéré en elle plusieurs choses pour l'établissement de son ordre, que vous devez honorer, et maintenant dans le ciel elle reçoit une influence de Dieu pour communiquer à son ordre, f)Our toutes vos âmes en général, et pour chacune en particulier, si vous vous y disfiosez. Je prie Dieu qu'il vous en fasse grâce.