‹ Œuvres complètesChapitre 242 sur 540 · CXXI. TROIS SORTES DE SERVITUDE PAR NA- TURE , PAR PÉCHÉ, PAR GRACE · texte numérisé non relu

CXXI. TROIS SORTES DE SERVITUDE PAR NA- TURE , PAR PÉCHÉ, PAR GRACE

La servitude est inséparable de la créature , et dure jusque dans les enfers. Jésus - Christ est plus connu dans l'Ecriture par sa souveraineté que par sa divinité; et cela nous apprend robligaiion que nous avons d'entrer en sa servitude.

La première sorte de servitude est par J'essence de l'être créé : car toute créature est essentiellement esclave de Dieu son Seigneur, et cette servitude ne lui peut être non plus ôtée que sa propre essence , étant plus à son Dieu qu'à elle-même. Et celte relation est la première qui soit en la créature; elle est transcendante toute autre pro- ])riété et différence de son être; et cela lui convient par son émanation de Dieu et sa création. Car en tant qu'issue de lui et dépendante de lui , nécessairement et perpétuellement elle le regarde comme son souverain par une relation réelle, qui est la première qui soit en elle. Cette servitude est aussi ancienne que la créature , elle est d'aussi longue durée : elle est imprimée si profondément dans l'être créé, en tant que créé et différent de l'être incréé, que ni le péché ni la consommation du péché dans l'enfer et dans les démons ne la peuvent effacer. Les émanations divines et éternelles qui s'accomf)lissent en unité et égalité, égalité de personne et unité d'essence, sont sans dépendance et sans servitude ; mais dans* les communications que Dieu fait hors de soi, comme il y a inégalité ou distance, et dislance inûnie", aussi y at-il servitude, et servitude infiniment grande. Et si, dans l'étendue d'une même espèce, selon Aristole, les uns sont naturellement serfs et les autres naturellement libres, les uns naissent pour commander et les autres pour dépendre d'eux : combien plus de sujet }• a-t-il de fonder la servitude de l'être créé sur la distance de l'être incréé , puisqu'elle est infinie? 0 excellence de l'être incréé! ô distance de l'être créé 1 0 dépendance I ô servitude! ô profonde servitude de l'être créé ! que ni la sublimité de la grâce d'adoption des enfants de Dieu , ni la dignité incomparable de Mère de Dieu de la Vierge, ni la filiation divine incréée et consubstantielle du Verbe éternel, communiquée à son humanité sainte, ne peuvent ôter. Car et les Chrétiens demeurent serviteurs et esclaves de Dieu dans leurs adoptions; et la Vierge dit humblement et véritablement: Ecce nncilla Domini , au moment qu'elle est installée en la divine maternité; et le Père éternel, contemplant son Fils dansnotre nature , le qualifie son serviteur, et se glorifie d'avoir un si grand sujet dans le ressort de sa souveraineté : Servus meus es tu, Israël, quia in te gloriabor. {Isa. xlix, 3.) La seconde sorte de servitude est par notre

naissance d'Adam ; par laquelle nous naissons enfants d'ire de Dieu, esclaves du péché et dudiable, sujets à infinité de misères. Et nous demeurons dans cette condition servile que porte le péché, même après le baptême, qui est le sacrement de notre régénération, et qui nous fait héritiers et entants de Dieu. Et de là vient que tant d'hommes sont assujettis à de si vils ministères, et ju.s(ju'à servir les animaux que les autres entretiennent pour leur utilité ou pour leur plaisir : et comme ceux qui sont faits esclaves par les hommes y sont assujettis par la loi de leur#esclavage , ceux-(;i le sont par la misère de leur condition , par la bassesse de leur naissance, et originairement par le péché de notre premier père.

La troisième sorte de servitude est par la grâce de Jésus-Christ , lequel, nous tirant de la servitude du péché et du diable, nous engage heureusement dans la sienne , qui est notre gloire et notre avantage, et la plus belle de nos qualités : Pei^ilus servus Jesu Christi, etc. {Rom. i, 1.) Jésus-Christ nous a rachetés non avec or et argent corruptible, mais par effusion de son précieux sang ; et étant achetés, et achetés si chèrement, nous ne sommes plus à nous. Nous n'étions déjà plus à nous, nous avions perdu notre liberté, le péché qui avait triomphé de nous, nous avait fait ses captifs : mais quand nous serions à nous-mêmes jusqu'alors, du moment que Jésus-Christ nous a achetés, nous sommes à lui et ne sommes plus nôlies. A cette troisième sorte de servitude, appartient celle qui est par élection volontaire : car, par le choix de notre volonté , nous nous pouvons rendre esclaves soit de Jésus-Christ, soit du diable, et je dis qu'elle appartient à la troisième sorte de servitude, d'autant que ce n'est qu'une acceptation de servitude qui nous convient au regard de Jésus par sa souveraineté, et un moyen d'avancer de plus en plus : et notre devoir est d'em[)loyer tout ce que nous avons de puissance à nous lier à lui; le meilleur et plus saint usage de notre liberté étant de la remettre entre ses mains; faisant étal, que plus nous serons siens, plus nous serons libres. Aussi voyons-nous que c'est ce que nous recommande l'Ecriture sainte, et que, nous parlant de Jésus-Christ, elle [)rend un soin spécial de le qualifier Notre-Seigneur, Domini nostri Jesu Christi, si souvent dans les Epîtres de saint Paul, des apôtres et dans les symboles de la foi ; et que les apôtres, en leurs prédications, ont premièrement parlé de sa souveraineté et domination que de sa divinité, pour nous ap[)rendre que notre })remier devoir vers lui est de servitude; et peut-être que c'est le sens de ces paroles du psaume ii, 8 : Dabo tibi gcntes hœreditatein tuam, par lesquelles nous sommes à Jésus- Christ par son Père , en qualité d'héritage et de domaine, sur lequel il a un droit et l)lein pouvoir de disposer comme il lui jiIaira.Et pour confirmation de celte plénitude de puissance et d'autorité, le Père lui dit : Reges cas in rirgn ferrea, et tunquam vas (i-

(JtXVKES DE FMETE. — CXXIII. DOIIJLE MOUVEMENT DE LAME.

yuliconfn'iiget eo$ ( Psal. il 9), pour donner à entendre 'lu'il lui donne les [leuplc»!, nonseuloinenl [lour les perler h croir»; en lui et le servir, in.iis porir s'en servir en In manière (ju'il lui pl.iirn.O (pie jiisleeslcelle puissance su|»rônie de Jésus-Clirist ! (S (ine cfUe servitude lui est jiislcnieiil due! 6 "iue iious sonunes étroitement obligés d'en faire i)rofession !

L'être, le péelié cl la prAco , c'esl-î>-dirc tout ce (|ui est en nous (car tout le reste n'est rien, quoi(juo nous le considérions pour un temps), concourent à nous réduire en état de servitude, môme au regard de Dieu , l'être nous rendant dépendant de sa jiuissance, le péché de sa justice, et la grâce de sa miséricdrde. Car nous n'avons rien i|ue par émanation de la puissance de Dieu, par la première condition de notre être : parle péché, nous avons perdu tous les droits que nous avions reçus de Dieu par sa puissance, et nous n'avons aucune ressource que dans sa [)ure miséricorde; par Jû grâce, nous recevons un nouvel être, (p]i nous rend encore [dus dépendants de Dieu que le premier, et nous met en étal de nouvelle servitude par le nouveau titre de la rédem|)lion : It qui virunt, jam non sibi virant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit. {Il Cor. v, 15.) L'être de la créature a besoin de sa imissance pour être conservé ; le péché des enfants d'Adam a besoin de sa miséricorde pour être effacé, et la grâce du juste de sa sainteté pour être consommée.

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