CLIII. de la communication de l'esprit de
DIEU en l'ordre de LA GRACE.
Comme l'âme est la vie du corps, ainsi l'esprit de Dieu est la vie de l'âme, et comme cette âme est tirée d'ailleurs que du corps et vient de Dieu immédiatement : Insufflavit in eum spiraculiim vitœ [Gen. ii, 7), ainsi cet esprit vient d'ailleurs en cette âme, et est non-seulement infus de Dieu, mais Dieu même : Per Spiritum sanctiim qui datus est nobis [Rom. v, 5), qui se communique à
o;lvrf:s m: f'if.tk. - ci.v. oijlation a diku, a jesus et a ma(i:i
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lAiiu» ('oiimHM'spril (l.'n). Car «'n<f)re (lu'il ».uil tout, il «'si ( ((Miiiiuiii(|ué priiiiiliveiiK'iil coiiimo esprit, non comiiK' esseii(;e, ni romnio pcrsoiiiK', «'ncoro (|ii'il y ail «mi Dieu essence et |)ersniiiii' : (Jui Sjiirilu Dei nifuntur, hi sunt filii Iki. { Jtum. viii , l'i.) Ml secoiidenimt luul ce .jui est en Dieu vie, amour et iiitclli|,'erico, et autres jierfeerions divines liu nombre (le celles <jui sonl eouimunieables, nous est roniniuuKjué en (|ualité d'esprit, esprit de vie, esprit d'amour, esprit d'intelligence. Les péripalétitiens enseignent (jue cliaijue chose a sa forme, et les académiciens disent que Dieu est l'âme du monde; accordons-les, et disons que ceux-là ont rencontré en l'ordre de la nature, et ceux-» i en l'ordre dr. la grâce, où Dieu est l'esprit (jui vivifie les âmes in)m6dialement et par lui-môu)e, et non-stiilenienl par seselïels et ses ilons, tant en l'ét-it de la grâce qu'en l'état lio la gloire, et qu'il se conuuuni(^iie à l'une conmie vie, ù l'autre comme lumière, h l'autre comme amour, etc., mais h toutes comuie l'esprit de vie, de lumière fcl dauiour.
CLH'. o^LATIO^ a la tuès-sainti: tbiMté.
Trinité sainte, divine et adorable ! O'Je je m'abaisse en moi-môme et m'élève en vous, pour vous rendre mes devoirs, pour connaître vos grandeurs, pour recevoir vos iniluences, pour m'abandonner h vos vouloirs, pour entrer en vos voies, pour porter les elïel'. de vos miséricordes éternelles.
La première pensée que je reçois en la .umière de votre divine [)résence, me dispose à adorer ce que vous êtes en vousmême et au regard do vous même. J'adore donc votre êire su})rôme, ineffable et incomprénensible; vos opérations, productions et émanations éternelles. J'adore votre essence et vos personnes, el j'admire et adore l'unité de votre essence, et la trinité de vos personnes. Unité subsistante en pluralité; inTmilé comprise et teruiinée en trinité ; simplicité en distinction de personnes; majesté en société; société vivante en égalité, el félicité consistante en la jouissance et comuiunication mutuelle du Père au Fils, et du Père et du Fils au Saint-Esprit, trois oersonnes divines.
Ce sont les mystères et les miracles (s'il est permis de le dire ainsi) de l'éiernilé, dont les miracles que nous voyons et qui sont dans le cours des siècles, soit en l'ordre de la nature, soit en celui de la grâce, ne sont que des ombres qui figurent, qui expriment et adorent ces merveilles éternelles.
De vous je passe à moi, et me trouvant en vous comme l'etfet en sa cause et en son principe, j'adore ce que vous êtes au regard de moi, et au regard de tout être créé. J'adore votre puissance qui produit tout, votre immensité qui contient tout, votre bonté qui embrasse tout, votre science qui prévoit tout, votre ()rovidente qui pour-
voit h tr)ul. Je vous adore comme principe, et je vous recherclie comme la lin de mon être et do tout être. Je vousadore et ie vous regarde comme ma conduite, el je m a()()uie en vous comme en la subsislence de tout être créé, (pu procède de vous comme de son origine, qui tend à vous comme à son centre, qui repose en vous comme en sa subsistence, et se perd en vous comme en un abîme.
Que je vous connaisse et que je me connaisse! Que je me [troportionne et même* sure à vous I Que je me réfère à vous comme vous nj'y référez par la puissan» e et émineme de votre être , et j»ar la condition projtre de mon être, qui n'est (ju'une ombre inséparable de votre être, et une siin[tle relation à vous 1 Je suis h vous par vous, et ni l'enfer ni le |)éclié ne peuvent effacer ce droit, mais je veux être à vous [lar le choix de ma volonté, (jue je commets et délaisse entre vos mains. Je m'abandonae à vos pouvoirs et n'ai vouloir que peur me livrer à vos vouloirs.
Vous êtes ma substance, et je ne sui<« qu'une simple relation à vofis; vous êtes le fond et l'intime de mon être, et je ne suis qu'une simple dépendance de vous; mon bonheur est d'être 5 vous, et d'être une pure capacité de vous, remplie de vous.
L'excellence de votre être , sa puissance suprême et absolue sur nous, l'étendue de ses bénéfices vers nous (n'y ayant aucun bien en aucun temps, en aucun lieu, en aucune sorte et manière qui ne procède de vous. Océan de tout bien, et que nous ne recevions par vous qui nous êtes présent immédiatementjsont autant de liens qui me lient à vous. Mais je m'y lie encore par mes vouloirs, et en veux dépendre par l'élection de ma franche volonté pour jamais.
CLV. OBLATION A DIEU, A JÉSUS-CUr.I>T ET A LA TRÈS-SAINTE VIERGE.
Nous nous devons offrir à Dieu pour tous ses vouloirs sur nous. Inde ces vouloirs sur nous est d'y établir son amour et sa complaisance. En celle vie Dieu jouit de rdme, mais non l'âme de Dieu, et en l'autre la iouissance est mutuelle.
La première o()ération de Dieu est un regard sur soi-même, qui produit son Fils, et la |)remière opération du Fils est un regard vers son Père, et de ce mutuel regard est produit l'amour personnel qui est le Saint- Esprit, le lien et l'unité du Père el du Fils.
Adorons Dieu en son essence et en ses personnes, en son être et en ses opérations. En l'honneur de ce regard de la Divinité sur soi, en quoi consiste la vie, l'intelligence, la béatitude de la divine essence, l'essence de la divine essence, car cette essence est en acte et non en puissance, el cet acte est son essence, el celle essence est un acte pur et acte de connaissance, de contemplation, de vision, d'amour et de fruilion de soi-môme;
137) Saint Thoinâ?, p. i , q. 13, art. 3, enseigne que nouj recevons non-ieuleraent les effets du Saioi- Es^ril, niaiï sa personne ménit:-
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERL'LLE
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en l'honneiar, dis-jô, Je ce regard rauuiel du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit , commençons chaque jour notre vie par un regard intérieur ye.vs la Divinité; et en la Divinité vers la divine essence et les personnes divines , vers le Fils unique, Dieu et homme tout ensemble ; vers sa trèssainte Mère et vers ks objets intérieurs dirigeant noire vie; vers les saints et les anges protégeants et assistants à notre âme. O divine essence îô vie delà divine essence ! ô regard de la divine essence se contemplant soi-même ! ô vie intelligente de la divine essence 1
Oifrons notre être et notre vie à cet être et à celte vie! Offrons-le par hommage et adoration de celte vie, et [lar abaissement de notre être et de notre vie. Par relation A par liaison de notre vie h cette vie, par • lésir d'existence, par intimité de puissance, par souveraineté de jouissance, par amour et par complaisance que cette vie divine prend en notre êtio et en notre vie ; et en notre être et vie, l'anéantissant, la privant, 1.1 faisant souffrir, lui faisant porter les effets de sa vie divine, et même la force et puissance de sa vie, offusquant toute autre vie. Et en cela semble être l'acte suprême de la jouissance que Dieu prend de nous en la vie présente.Carily a jouissance du Créateur au regard de sa créature, comme il y en a de la créature au regard du Créateur ; et peutêtre que celle jouissance au regard de l'humanité sacrée de Jésus, est ex[)rimée en ces paroles : In quo mihi bene complacui .{Matth. XVII, 5.) Et en cet étal l'âme poi-te la jouissance que Dieu prend d'elle, et elle ne jouit }>as (le la divine essence. En cette vie, le j)remier est expérimenté, et en l'autre vie, le second est mutuel, l'âme jouit de Dieu, et Dieu jouit de l'âme. L'âme ici porte Dieu jouissan t d'elle, ])orte et expérimente la jouissance que Dieu prend d'elle , oii il y a plus de puissance de la part de Dieu et de la part de l'âme, plus de révérence et de délaissement qu'elle fait de soi à Dieu en elle, remplissant son néant, que d'amour consolant et jouissant.