‹ Œuvres complètesChapitre 260 sur 540 · CLX. OBLATION A JÉSUS ET A SON ENFANCK DIVINE EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

CLX. OBLATION A JÉSUS ET A SON ENFANCK DIVINE EN PARTICULIER

1. Je me donne à vous, ô Jésus, selon tous mes besoins. Je me donne à vous, selon tous mes devoirs. Je me donne à vous, selon tous mes rapports vers vous. Je me donne à vous, pour tous les usages que vous voulez avoir en moi, et que je puis avoir de vous, et que vous voulez avoir de moi. Usez de moi, selon votre puissance et votre t)0n plaisir. Opérez en moi, et que j'opère vers vous ; que je porte les traits de votre amour et puissance, et que j'emploie tout mon pouvoir et toute ma capacité à vqus louer, aimer et servir. Je suis à vous, car vous m'avez acquis par votre sang. Je suis à vous, car je vous veux et choisis pour mon amour et mon souverain. Je suis à vous, car vos grandeurs me rendent vôtre.

2. Je vous regarde, je vous révère, je vous adore en votre enfance, ô Jésus I Je m'applique à vous en cet état, comme en un état auquel je m'offre, je me voue, je me dédie, [lour vous rendre un hommage particulier, pour en tirer grâce, direction, protection, influence et opération singulière, et m'êlre comme un état fondamental à l'état de mon âme, tirant vie, dépendance, subsistence et fonction de la conduite de cette enfance divine, comme de l'état de mon état, et vie de ma vie.

CLXI. DE NOS DEVOIRS ENVERS DIEU ET EN- VERS JÉSLS-CHRIST SON FILS NOTRE-SEIGNEUR, SUR CES PAROLES DE S4INT PALL (/ Tïm.

II, 5) : i'nus Deus , unus et Mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus.

1. Unus Deus. — Adorer Dieu en son essence, en ses })ersonnes et en ses opérations et internes et externes. 0 Dieu vivant. Dieu présent, Dieu opérant incessam-

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m»M]l, DitMi vivant el opt-rint, el toujours 0|iér.uit, el ()|i(^i.'int ict n<;tc de vie divine cl sii|trôiue, (|ui consislu h se voir el coiitcKiplcr soi-mûiiio, el h engendrer sou Verlie el produire son Sainl-Ks|»ril en soi ; el ainsi ôlre, vivre el o|térer en unil6 d'ossericc, en unilé de |»riiici|>e, eu unilo d'esprit, en re- |»on tUertiel 1

Adorant, rontein|il int et ninianl cet Ktre iniTÙé el inlini, el inliniinent aiin.iMe ; s'offrir et s'aliandouner l\ lui, à sa puissance, h son vouloir, à sa coiiduile ; comme sa créature par essence, sou sujet |»ar ohéissaucc ou puissance, et son esclave |)ar volonté.

'2. l'ntts Ml (tint or. — Le second devoir du (>lirélicn, c'est de prendre part à Jésus- Christ, (juo Dieu le Père nous a doiirié, en qui il a mis notre salut el notre vie. Il nous l/iut approprier à lui par dépendance, el l'approprier h nous par obéissance.

3. Considérer nos devoirs envers Dieu, nos liens avec Dieu, nos retraites el demeures en Dieu. Nos devoirs enversDieu comme Dieu, c'esl-ù-dire comme [ircmier être, comme souverain Etre, comuie Etre divin, c'est- ^-dire incrée, comme source dêlre, comme fin de tout être. Nos liens, qui nous rendent inséparables de Dieu, et nous attachent à lui. Nos demeures en Dieu, comme celui en qui esllecenlrc et la circonférence de toutes choses: celui en qui nous avons vie, subsistence el mouvements : celui qui est sa demeure à lui-même, el la demeure de la créature.

k. Adorer Dieu. 1° en nos émanations de lui par la création, el par la conservation qui est une création conlinuéo, comme si chaque jour était le premier de notre Aire. 2" Adorer Dieu en nos dépendances de lui, en noire être et en nos actions, en notre nature el en chaque état, comme étant notre étal jKîrmancnt, absolu, primitif. 3" Adorer Dieu eu nos relations vers lui, car il nous réfère lui-môme à lui, et nous rend capables de lui el nous tire h lui. '*" Adorer Dieu en nos regards, retours et rentrées en lui. Le premier usage de l'âme vers Dieu, c'est le regard [)ar la pensée; le second, c'est le retour {lar l'atrection qui nous porte à Dieu ; le troisième, c'e>t la rentrée par la demeure el le repos de l'âme en Dieu en l'usage j)arfail de la grâce. Le repos est plus que la deiueure, el la félicité plus que le repos, car nous demeurons eu [dusieurs lieux où nous n'avons pas re|)Os. Or il nous faut avoir et demeure el repl)s en Dieu.

5. En ce monde il nous faut trouver un autre monde; il nous faut chercher un autre monde, car il est présent mais caché, el qui le cherchera le trouvera , ce qui ne convient pas à ceux qui cherchent autre chose que Dieu. Hœc est gcneratio quœrentium Dominum (Psal. xxni, 6) ; c'est notre premier état que chercher Noire-Seigneur : Quœrcre Dominum: le second état, exprimé par le Fils de Dieu, est de ceux qui attendent Notre- Seigneur : Exspeclanliuin Dominum. — Estôle similes hominihui exspertaïUibus Dominum SHum, elc f.yir. \ii, :{(>.

CLXIL OlILiTIOX A jf>Ls IN KTIT liB SKKVITI i*i:.

Nous ferons tous les jour> h Jésus-Cfirist, Noire-Seigneur, une obîation actuelle et entière de nous- mômes, et nous présenterons h lui en oualité d'esclaves, et d'esclaves par amour; choisissant cet esclavage pour toute notre félicité, par amour et honneur que nous lui voulons rendre, non |iar contrainte el servitude forcée comme les e>claves ordinaires, mais par sujétion vol')ntaire el estimée de nous, plus tpie tout ce (pii n'est pas Jésus môme. En celleoblation nous nous j)résentero;is humblement comme indignes d'être ses esclaves, et aireclueusemenl comme n'ayant autre alfection que d'être à lui, non par jouissance comme au ciel, mais par servitude et sujétion comme en terre. Nous lui présenterons diotinclemenl notre corfis et es[)rit, ne voulant y avoir vie, action, mouvement et sentiment, que pour lui el par lui ; notre vie et nos actions, ne voulant faire que sa volonté, vivre, 0[)érer ni travailler qu'à le servir; notre temfis et éternité, ne voulant être pour jamais qu'à lui, et ce qu'il veut que nous soyons en lui. Et comme esclaves, nous voulons ne servir qu'à lui el non à nous-mêmes; comme tout ce qui est à l'esclave, revient à l'utilité el intention du maître el non à la sienne. Nous ressouvenant que lui-même est le Fils; e'. ce Fils par nature a servi à son Père en qualité d'esclave, cl a pris la qualité et forlue d'esclave peur le servir ainsi : Formam servi accipicns. El nous form-ml celte oblation à Jésus, pour honorer l'oblation et donation qu'il a faite de soi-même à Dieu soji Père en qualité d'esclave , et encore en l'hrwineur dy. l'oblation de la Vierge à Dieu dans le moment de l'Incarnation, en cet état de servitude, par ces paroles : Ecce ancilla Domini : et de l'oblation qu'elle tit peu de temps après, de ce mêiue Fils à Dieu dans son temple.

CLXIII. DL DEVOIR DES CHRÉTIENS ET DE LEDIV OBLIGATION A LA SAINTETÉ, SLR CES PAROLES :

Dei agricultura estis, Dei (pdi/icatio cstis, Dei templum estis.

Dieu a repos sans oisiveté, opération sans travail ; mais outre ce repos el cette opération en soi-même, il veut opérer hors de soimême, il veut prendre repos, et veut demeurer en nous, et veut être sanctitié en nous. Dei agricultura estis. {I Cor. m, 9.) Attention, ap[)lication, adhérence, coopéralion à Dieu travaillant en nous. Occupation avec Dieu, nulle avec le monde. Dei œdi/icatio estis. (Ibid.) Déloger et mettre toutes les choses créées hors de nos cœurs, afin que Dieu, qui veut être seul l'objet de nos j)ensées et de nos alTections, établisse sa demeure en nous. Templum Dei estis. {Ib.id.,^ IG). Sainteté en nos pensées, affections, dispositions, sentiments.

Nous ne sommes |»as seulement le fonds et l'héritage de Dieu : nous sommes son labour et son agriculture; et c'est Di.eu même et non autre qui est le laboureur el pread

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ŒUVIŒS COMPLETES DU CARDINAL DE BEUULLE.

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le soin de nous culliver : Pater meus agricola est. {Joan. xv, t.) Les grands ont des domaines qui sont à eux, mais ils les ménagent et font valoir par les mains de leurs serviteurs et fermiers. Dieu ne fait pas de même, nous sommes une terre qui lui appartient; et non content d'en être le seigneur, il en est lui-n)ême le laboureur, et Ja cnliive de ses propres mains; et le Fils de Dieu nous a(»prend, que toute plante que son Père réleste n'a point plantée, sera déracinée : « Omnis planlatio quamnon plunlavil Pater meus cœlestis eradicabitur. » {Matlh. XV, 13.) Quels devons-nous être vers Dieu auquel nous appartenons, vers Dieu duquel nous sommes l'ouvrage, vers Dieu duquel nous sommes le labourage et l'édifice? Quelle doit êtie notre disposition au regard de Dieu qui veut cultiver par luiniême le cliam[» de notre âme? et avec combien de diligence et d'ardeur, nous devons nous préparer à cette divine opération et fipf)lication? Adam a opéré en nous, il y a semé le péché, et toutes ses suites malheureuses : Jésus-Christ y veut opérer au nom et de la part de Dieu son Père, et il veut ensemencer nos âmes de grâce et de sainteté. O que ne devons-nous faire pour nous rendre dignes de ses soins et de son travail ! Si la terre que nous voyons de nos yeux, et que nous foulons de'nos pieds, était raisonnable, elle ouvrirait son sein au soc et à la charrue, elle recevrait volontiers lasemence, elle arracherait avecjoie l'ivraie et les ronces. Nous donc cjui somuies une portion de terre vivante et intelligente, et qui connaissons la charité de ce divin laboureur, et le fruit inestimable de îon travail , ne devonsnous pas travailler incessamment à la mortiflcation de nos cœurs, et ne désister de nos soins, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien qui puisse em|;êcher cette semence du ciel, ou d'entrer, ou de lever et fructifier?

Vous êtes le temple de Dieu. Cela vous oblige au recueillement intérieur, et à vivre continuellement en l'esprit de raison; car la maison de Dieu est maison d'oraison, comme il dit lui-même : Domus mea domus orationis est. [Matth. xxi, 13.) Cela vous oblige à la sainteté et rien moins ; car la sainteté est l'ornemeni nécessaire de la maison de Dieu : Domum Dei decet sanctitudo. {Psal. xGii, 5.) Vous ()ouvez tous êlre saints si vous voulez. Vous le devez tous être, et si vous ne l'êtes, vous profanez votre condition. Vous le pouvez et vous le devez. Qu'y a-t-il à ajouter, sinon à examiner si ce que vous pouvez et que vousdevez est acconifili?

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