‹ Œuvres complètesChapitre 261 sur 540 · CLXIV. DE l'amOLR Dii DIEU · texte numérisé non relu

CLXIV. DE l'amOLR Dii DIEU

La vie de r homme est d'aimer Dieu. Cette vie et cet amour est digne de la vie et de la mort d'un Dieu. Dignité de l'amour de Dieu. Le péché nous a ravi le pouvoir d'aimer Dieu, et nous avons besoin de la puissance de Dieu pour aimer Dieu.

^ t. Chacun parle de la vie, chacun pense a la vie, chacun désire la vie , et toutefois jl y en a si peu qui sachent ce que c'est que la vie, en quoi elle consiste, et le moven

d'y parvenir! C'est ce que doivent apprendre ceux qui entrent en une vie nouvelle qui regarde une éternité de vie. Le Dieu vivant, ainsi se nomme-t-il lui-même en sa parole, pour se sé(»arer des dieux morts, que le monde a faits dieux par ignorance : et pour tirer les vivants à soi, par son non» propre et par sa qualité, lui qui est vivant et la vie même. Le Dieu vivant donc, et l'auteur de la vie, a créé plusieurs sortes de vies en la terre : la vie des plantes, la vie des animaux et la vie des hommes. Mais la vie la plus noble et la plus semblable à luimême, c'est la vie qu'il a donnée au nouvel homme, fait et vivant à son image et semblance. Celte vie excellente, propre à l'homme, et ditférente de toute autre vie qui soit en la terre, consiste à connaître, aimer et servir Dieu, et se conformer à celui qui est notre principe, notre fin et notre exemplaire tout ensemble.

2. Pour mieux entendre cette vie, il nous faut supposer qu'il y a en l'homme, comme au monde, fdusieurs sortes de vies (car aussi l'homme est un |)etit monde), màiï> la vie principale qui soit en l'homme, et la plus excellente en elle-même, c'est la vie de son âme; c'est la vie qui applique cette âme à l'objet principal et le plus noble de l'âme, qui est Dieu même; c'est la vie qui remplit et occupe sur cet unique objet toutes les facultés de cette âme, son entendement par connaissance, et sa volonté (lar amour; c'est la vie en laquelle consiste la félicité de l'âme qui sera heureuse, et éternellement heureuse en la vue et en l'amour de son Dieu. Et c'est la vie et la félicité tout en- .semble, que nous devons commencer en la terre par grâce, et à laquelle il nous appelle par son Saint-Esprit. Dieu est l'objet, la source et l'abîme de cette vie; et, à proprement parler. Dieu est la vie de l'âme, comme l'âme est la vie du corps; et vivre à Dieu, c'est vraiment vivre. C'est la fin pour laquelle nous sommes créés; c'est la vie qui nous approche le plus de la Divinité; c'est la vie excellente et divine que le Fils de Dieu (qui s'appelle Vie) est venu luimôme |)roposer aux hummes, et leur donner s'ils la veulent recevoir de lui, qui est l'auteur de la vie; c'est pour nous faire vivre de celle vie, que le Fils unique de Dieu a voulu vivre et mourir au monde. Vie digne de la vie et de la mort d'un Homme-Dieu 1 vie aussi qui rend les hommes dieux, et les rend dieux pour jamais 1

3. Estimons uniquement cette vie, puisque le Fils de Dieu l'a tant estimée, et l'a |)référée en certaine manière à lui-même, répandant son sang en la terre comme semence de vie, pour faire naître en la terre cette vie. Recherchons cette vie. Aspirons à cette vie, et employons notre vie à l'usage de cette vie. Reconnaissons que ce n'est pas vivre que vivre sans cette vie, et que nous commençons vraiment à vivre, lorsque nous commençons à vivre de cette vie.

Par cette règle nous n'avons pas commencé à vivre au jour de notre naissance, car nous

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(JKUVIIES DK PIETt. — Cl.XV, UL LADOIUTION l)K DlhU.

étions ^8llS coniiui>saiict> ni de Dieu, ni (In monde, ni de nous-niOnies. Kl pcui-f^lre (juo iKiiis n'avons |tns oncore coniiiioncti h vivio a|)iès iiMil «rannées dt; iKjlre vio, car, suivant celle Nénic, nous ne vivons pfts h proprcnieiil p.irler, dans I usage ordinaire et pror-iiiede la vie : ce n'tsl pas la vie de l'Iiotnri'.e coriitnt' lioiunio, cl ce n'(!sl pns la vie (|ui csl h l'image de Dieu, (pii esl le fond de son Olie et de sa vie et le terme de sa création, car il est créé à l'image et sf>m!)IarH'C do Dieu. Or Dieu esl vivant en la ctmlemplation et amour de soi-mômc, Dieu e-t heureux en cette vie et contemplalion de luimême : et pour Cire vivants cl heureux connue lui et avec lai, il laut penser 'i lui, il faut employer notre amour vers lui, el il nous faut entrer en ses lumières, en son amour et en sa jouissance, et nous |)erdro heureusement en cet abîme d'être, de vie et d'amour.

O vie, vraie vie et seule vie", vie du ciel et non de la lerre ! vie pro(ire au ciel, étrangère à la terre, et toutefois établie en la terre 1 Vie propre 5 Dieu , mais olferle à l'homme , s il veut passer de soi-même à Dieu, c'est-à-dire du néant à l'être et de la mort à la vie, et en un mot, s'il veut être Dieu 10 vie, qui doit être notre vie, puisque nous devons êlre domesii(|ues de Dieu, participant h l'être de Dieu, concitoyens des saints de Dieu, établie en la loi des prophètes et afiôlres selon le dire des apôlres I

k. Pour me préparer h celte vie, je considérerai comme c'est chose grande d'aimer Dieu, et de penser à Dieu pour l'aimer. Si la créature est ca[)able de diversités d'objets et d'actions, son [dus grand objet est Dieu, son plus grand pouvoir est celui qui le portée Dieu, et la plus grande de ses actions est celle qui s'exerce envers son Dieu. Entre toules les actions ([ue la créature peut exercer envers son Créateur, la |)lus granile, la plus noble, la plus digne et la plus heureuse , c'est l'ai lion de l'amour qu'elle doit et rend à son Dieu; c'est une action qui ''attire et l'élève à son Dieu; c'est une action qui l'approche de Dieu et l'unit à Dieu même; c'est une action (]ui met conversation, [trivauté el familiarité entre Dieu et l'âme. Car en abaissant Dieu à l'àme, et élevant l'âme à Dieu, elle met quelque pro-

ftortion , et, si on l'ose dire , quelque égaiié entre l'âme (}ui aime et Dieu qui esl aimé; tant est grande la puissance de l'amour à élever les choses basses, à abaisser les choses hautes, à approcher des choses si distantes, k égaler des choses si inégales , el môme à déitier l'être humain et créé, de sorte que comme l'un est Dieu par nature,

I; l'autre esl Dieu par amour.

h 5. Que l'homme est misérable de s'employer si peu à une action si grande, et se donner si peu à une chose si puissante ! Ce sont les restes du j»éché qui |>révalenl en nous el nous jettent en cette misère , el nous occu[>eni en tant de choses ou moindres ou mauvaises, [tour nousdiverlird'une chose et si sainte et si grande ; el c'est le pe-

tite

chc même qui nous a ravi la (missance «J'/iimer Dmîu : et nous avons besoin de grâce ()()ur le pouvoir, pour le vouloir et pour le faire. Hecherchons celte grâce et reconnaissons en cela combien c'est ( ho>e grande d'aimer Dieu, puisque toute la puissance de la naliinîest inégale à cette action, et «luil faut en nous la puissance de Dieu môme \tnr sa grâce pour aimer Dieu. Que j'emploie .'m e divin amour toute la puissance do la nature cl de la grâce pour ce divin amour l c'est i'acli(»n la plus grande de l'hommi', c'e>l la plu.s grande action de riioinmeenvei> son Dieu , c'esl une action requérante de la puissance de Dieu même communiquée h.

nous par Dieu môme. C est la plus grande action de la nature el de la grâce, loul enseml)le; c'est la vie de Dieu en soi-même, c'esl la vie de Dieu en nous, c'e^t la vie des anges au ciel et des saints en la terre ; et Kjutelois c'est la vie h laquelle j'ai pensé si peu jusqu'à présent el j'y pense encore et si rarement el si faiblement !

Que je me confonde en votre sainte présence , ô mon Dieu tant aimable el si peu aimé 1 Que je m'abaisse en ma misère et que je m'élève en votre grâce 1 Kl ([ue je vous aime de toute ma puissance! Que je vous aime pour jamais! Que je vous aime pardessus toutes choses 1 Que je vous aime en toutes choses! Que je n'aime que vous en toutes choses 1 El (lu'oubliant moi-môme, je me |)erde saintement et heureuseraenl en votre amour 1 O amour du ciel el de la terre! 0 abîme d'amour infini et incréé 1 O amour qui doit ravir, perdre et consommer en SOI tout amour!

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