‹ Œuvres complètesChapitre 262 sur 540 · CLXV . DE l'adoration de dieu · texte numérisé non relu

CLXV . DE l'adoration de dieu

En quoi consiste l'adoration, grandeur de Dieu en ses œuvres. La manière dont Dieu fait SCS œuvres nous donne à connaître qu'il en peut faire infinis autres , plus grands et plus beaux. Dieu est l'Etre det êtres ; il voit, il fait, il contient tout. Combat entre la sainteté et la puissance de Dieu, dont l'une le juint à ceux qui l'offensent et l'autre l'en sépare.

1. Le jiremier devoir et plus fréquent exercice de la créature, c'est d'adorer son Dieu. 2.Pouraccomplirce<levoir, il fautenlendrê ces deux termes, adorer Dieu et savoir ce que c'est que Dieu et ce que c'est <pi'adorer. 3. Adorer est avoir une très-haute (lensée de la chose que nous adorons, el une volonté rendue, soumise el abaissée à l'excellence el dignité que nous croyons ou savons être en elle. Cette estime très-grande en l'esprit, el ce consentement de la volonté qui se rend toute à cette dignité suprême qu'elle conçoit, font l'adoration : car elle requiert non'la seule pensée, mais aussi l'affection qui soumet la personne adorante à la chose adorée, par l'usage el correspondance des deux facultés de l'âme, l'eniendement , et de la volonté, égalemenl employées el a(>pliquéesau regard dusujetque nous voulons ou devons adorer.

i. Si cette pensée est accompagnée de lurnière,et5i celte affection esl suivie d'un sen-

timentconformeàla créance ou connaissance que nous avons ; c'est une adoration intérieure et parfaite et qui procède des dons de sapience et de piété qui reluisent en beaucoup d'âmes particulières; mais ni cette lumière ni ce sentiment n'est nécessaire, et les deux actes des deux facultés de l'âme, c'està-dire de l'entendement et de la volonté, employés par la conduite de la foi à reconnaître cette excellence suprême, suffisent à cette adorrUion , el Dieu l'a agréable et y rend une récompense éternelle.

5. Quelquefois cette adoration ne subsiste qu'en res[)ril, et ne produit rien au dehors qui paraisse : et elle suffit à Dieu qui est esprit, et doit être adoré en esprit et vérité. Mais cela ne suffit pas à nous-mêmes; car étant composés de corps et d'esprit, nous devons servir de corps et d'esprit à Dieu , employant vers Dieu tout ce que nous avons reçu de Dieu même; l'adorant et par les actions intérieures de notre esprit, et quelquefois encore [)ar les actions extérieures de notre corps, qui déclarent et professent notre abaissement et humiliation, au regard de la chose que nous adorons.

6. Lors donc que nous voulons adorer Dieu, il nous faut entrer en pensée de sa grandeur ( t de son excellence infinies, le considérant en ses œuvres, pour le considérer par après en soi-même, nous conduisant par la vue des choses que nous voyons, à l'intelligence de celles que leur éminence et hautesse nous rend invisibles. C'est la conduite de la nature qui nous élève par les choses cor[)orelles aux s[)irituelles ; joignons-y la conduite de la grâce et de la foi, Drenant la première pensée que le symbole nous donne de Dieu, ra|)pelant Créateur du ciel et de la terre, et disons en nous-mêmes :

7. Ce monde que nous voyons a pour principe un Dieu que nous ne voyons pas, comme le corps que nous avons a pour son soutien un esprit qui nous est invisible.

8. Ce grand Dieu a fait ce grand monde de rien, ce qui ne convient qu'à une puissance infinie, qui n'a besoin de matière pour produire ce qui lui plaît , et c'est ce que veut dire ce terme de créateur. Il a fait ce même monde en un moment, n'ayant besoin de temps ni pour soi ni pour ses œuvres, car il est avant le temps, et il fait les temfis. Comme il n'a besoin ni de temps ni de matière, il n'a besoin aussi d'aucun instrument, et son vouloir seul lui suffit, et il opère sans travail. Dieu donc a fait sans aucun temps et sans aucune matière, sans peine et sans labeur, ce monde composé de tant de parties si dfférentes. 0 puissance infinie, qui fait de rien choses si grandes ! qui les fait en un moment et les fait si facilement, qu'il lui est beaucoup plus aisé de crééer toutes choses qu'il n'est à nous de vouloir, de dire ou de penser à la moindre chose du monde ! Lorsque nous voyons un portrait excellent, nousjugeons aussitôt qu'il a été fait par une main excellente, passant

(110) La conservaiion est une créaiion coulinuéç.

CARDINAL DE BERULLE

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de l'image au peintre, et d'une chose morte à une chose vivante. Voyant donc ce monde si grand et si beau qu'il emporte le nom de monde, et que plusieurs le voudraient, être leur demeure et héritage à jamais , passons au créateur du monde, et pensons à sa grandeur et à son excellence, et, ravis en cette pensée, disons: O grandeur 1 0 bonté 1 O puissance infinie l O grandeur, origine d'une chose si grande 1 0 bonté qui la fait sans retour et sans indigence! O puissance qui fait ce monde avec tant de facilité, et le l^it sans cesse (UO) 1

9. Un ouvrage peut bien égaler toute l'excellence de l'ouvrier, en sorte que ce soit son chef-d'œuvre et qu'il ne puisse rien faire de plus accompli : il n'est pas ainsi de ce monde au regard de Dieu. Ce grand ouvrage est beaucoup moindre que son ouvrier. Le monde est fini nonobstant sa grandeur. Dieu est infini, et le monde n'épuise pas sa })uissance. Celui qui a fait ce monde, peut faire beaucoup d'autres mondes s'il le voulait, et plus grands et avec même facilité. Admirant donc cet ouvrage, élevons-nous par-dessus icelui. Admirons beaucoup plus celui qui en est l'ouvrier: il surpasse et ce monde et notre connaissance, et toute la connaissance que tous les esprits créés peuvent avoir de lui. Nous ne pouvons le concevoir tel qu'il est en soi-même, étant toute autre chose que tout ce que nous en pouvons penser. En attendant que nous le connaissions parfaitement, le voyant face à face, pensons à lui, car il est le plus digne objet de nos pensées.

10. Entrant donc en la pensée de Dieu, reconnaissons-le comme un Etre suprême, comme un éire souverain de tout être, comme un être, principe et fin de tout ce qui est créé et peut être créé: comme un être qui est Esprit, et qui est tout esprit ; être et Esprit infini en puissance, en sainteté, en majesté, qui veut et doit recevoir son hommage de tout esprit et en toute action créée. C'est son droit et son tribut, et c'est le devoir de toute créature. C'est ce que les anges font sans cesse dans le ciel. C'est ce que les hommes doivent faire dans la terre. C'est à quoi sont employés tous les es[)rits raisonnables et religieux de l'univers.

11. Cet Etre tout-[)uissant, cet esprit infini est étendu partout, et opérant partout : il remplit le ciel et la terre ainsi qu'il dit lui-même par Isaïe : il donne être, vie et vigueur à toutes choses; il doit régir tout esprit , et il se nomme Père des esprits. Comme es[)rit, il nous voit et regarde en tout temps et en tout lieu: et sa lumière éclaire toutes nos actions les plus secrètes , les plus profondes et les plus cachées. Comme être, il soutient et conserve notre être et nous n'avons |)uissance, mouvement et action, que par lui. C'est en lui-même que nous sommes, que nous vivons, que nous opérons, ce nous dit saint Paul. [Act. xvii, 28.) C'est donc lui-même que nous offensons,

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